Vivre dans le monde de Dieu (Matthieu 28.18-20)
Pour terminer cette série de prédications sur les chapitres 26 à 28 de Matthieu, à l’occasion du baptême d’un frère, découvrez une analogie édifiante entre l’immersion et le fait de donner sa vie à Dieu. Il s’agit d’entrer dans un monde différent, celui de Dieu, dont la Personne et les paroles deviennent les éléments constitutifs d’un nouvel environnement, d’une nouvelle vie.
- Jésus, entre menace et amour (Matthieu 26.1-13)
- Et Judas entre en scène (Mattieu 26.14-25)
- Jesus, la nouvelle Pâque (Matthieu 26.26-35)
- L’ultime tentation (Matthieu 26.36-46)
- Jésus est trahi (Matthieu 26.47-56)
- Jésus est jugé (Matthieu 26.57-68)
- Jésus est renié (Matthieu 26.69-75)
- Le suicide de Judas (Matthieu 27.1-10)
- Le procès romain de Jésus (Matthieu 27.11-26)
- La crucifixion du Roi (Matthieu 27.26-45)
- La mort du Roi (Matthieu 27.45-50)
- L’impact de la mort du Roi (Matthieu 27.51-56)
- L’enterrement du Roi (Matthieu 27.57-66)
- La résurrection du Roi (Matthieu 28.1-10)
- Les preuves de la résurrection du Roi (Matthieu 28.9-15)
- Le mandat du Roi (Matthieu 28.16-20)
- Vivre dans le monde de Dieu (Matthieu 28.18-20)
Transcription :
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Je ne peux pas vous dire le bonheur que c’est pour Laurie et pour moi d’être de nouveau ici dans ces lieux, de pouvoir partager ce moment. Puis en plus, pour l’occasion du baptême de Jules, c’est vraiment chouette. Et j’imagine que pour certains, si vous êtes là notamment pour rendre visite, c’est un peu particulier d’être plongé dans la culture d’une église évangélique. C’est très différent, n’est-ce pas ? Et depuis que je suis missionnaire, je voyage de partout dans… Enfin, pas partout vraiment, mais dans un certain nombre de pays où je découvre qu’il y a des choses qui changent beaucoup et auxquelles il faut faire très attention quand on est en déplacement.
Par exemple, si vous allez en République centrafricaine, n’oubliez jamais de porter avec vous votre passeport. Vous risquez d’être arrêté et après, c’est une longue conversation. Si vous allez en Alaska, il faut que vous appreniez à chasser, sinon vous vivrez une vie très solitaire. C’est des sauvages là-bas. C’est les États-Unis aussi, c’est normal. Si vous allez dans d’autres contrées, chacune a ses règles particulières et on plonge dans un autre monde véritablement. Si vous faites de la plongée sous-marine, ça ne m’est pas arrivé, j’ai fait juste une fois, je ne suis pas descendu à plus d’un mètre et c’était déjà largement suffisant. C’est très bizarre d’être environné de poissons et d’être dans un autre monde avec des règles différentes.
Plonger dans le monde de Dieu
Et Jules, dans quelques instants, tu te feras baptiser et quelque part, et pour nous tous qui avons fait ce geste et cette démarche de baptême, se faire baptiser, c’est quelque part plonger dans un autre monde et plonger dans le monde de Dieu, de manière très, très réelle. C’est faire de la personne de Dieu son monde, son environnement, sa vie. Et c’est très étrange comme repère, c’est un autre repère. Et là, vous avez noté, je ne parle pas d’un repère lié à une religion ou à une église, je ne parle pas de système, mais c’est vraiment considérer que la personne même de Dieu devient son monde, sa référence, son projet, sa vie.
Si vous êtes en Christ déjà, j’espère que ce sera une belle piqûre de rappel et un encouragement. Que lorsque nous nous tournons vers Christ, ce n’est pas pour goûter un peu et, je ne sais pas, développer une certaine moralité ou passer des dimanches dans une église sans air conditionné. Ce n’est pas ça, n’est-ce pas ? C’est passer d’un monde où Dieu est absent, si ce n’est de façon superficielle, dans le monde où Dieu est tout. Parce que si Dieu n’est pas tout, il n’est rien. Enfin, il ne se présente pas comme un peu entre les deux.
Alors, avec cette remarque, je vous invite à lire un texte que l’on connaît d’ailleurs très très bien et qui se trouve dans Matthieu chapitre 28. C’est les dernières paroles que l’évangéliste Matthieu, Saint Matthieu, écrit dans son évangile et par lesquelles il conclut le périple de Jésus-Christ. Et alors que vous ouvrez vos Bibles sur ce texte dans Matthieu chapitre 28, que je vais lire et qui s’affichera si jamais vous n’avez pas de Bible sur vous, j’ai choisi d’utiliser le mot plonger, bien sûr, par allusion au baptême, mais c’est aussi parce que jusqu’au cinquième, sixième siècle, le baptême était toujours une immersion complète de l’être. C’est symbolique, bien sûr. L’eau qui est là, c’est de l’eau normale. Elle n’a rien de particulier. Elle te donnera juste une douche de plus, mais rien de plus. C’est de l’eau normale, mais c’est un symbole d’une immersion entière.
Et on était avec quelques amis qui venaient de l’étranger. On leur a montré à Lyon. Si vous êtes de passage à Lyon, prenez le temps de regarder à gauche de la cathédrale de Saint-Jean. Il y a le baptistère qui reste d’une église du quatrième, cinquième siècle après Jésus-Christ. C’est un baptistère qui a été découvert il y a une trentaine, une quarantaine d’années. Et on voit qu’effectivement, c’était des bassins entiers. Parce que c’est l’entièreté de l’être qui est plongée dans le contexte du baptême.
L’ordre de mission du Ressuscité
Alors voilà, je vous invite à lire le texte hyper connu pour nous, puis j’espère en tirer des choses qui seront peut-être un petit peu sous un angle quelque peu différent. Mais Jésus s’approcha et leur dit… Quand il est question ici de « leur dit », il parle aux onze, même si un certain nombre de commentateurs pensent que c’est à ce moment précis que Jésus est apparu à plus de 500 personnes à la fois. Vous savez qu’il est mort, qu’il est ressuscité corporellement, physiquement, matériellement, qu’il est apparu à ses disciples, même à Thomas, lui qui a dit « Ah, moi, si je mets pas mes mains dans ses plaies, je ne croirai pas. » Eh bien Jésus paraît à lui et il se prosterne en disant « Mon Seigneur et mon Dieu !» Jésus est vraiment ressuscité, il apparaît à un certain nombre de personnes, et dans 1 Corinthiens, c’est l’apôtre Paul qui nous le rapporte, il dit qu’il est apparu à 500 personnes à la fois, quelque chose de spectaculaire vraiment. Et c’est peut-être à cette occasion qu’a lieu cette apparition. Toujours est-il qu’il dit :
Toute autorité m’a été donnée dans le ciel et sur la terre. Allez, faites de toutes les nations des disciples, baptisez-les pour le nom du Père, du Fils et de l’Esprit Saint, et enseignez-leur à garder tout ce que je vous ai commandé. Quant à moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde.
– Matthieu 28.18-20
Quelques remarques. Le terme qui est répété sur l’ensemble de ce texte, c’est quoi ? C’est extraordinaire comme ambition. Tout, toute autorité, toutes les nations, tout ce que je vous ai prescrit, tous les jours. Et j’aimerais que vous remarquiez le contraste. Si jamais un homme parmi nous disait ce qui vient d’être lu, on dirait « Mais c’est un fou, il faut l’enfermer. » C’est quelqu’un qui n’a pas de… Comment on pourrait tenir de tels propos ? Et c’est remarquable de par sa concision et de par son étendue.
Et là, on voit que ce qui était de l’ordre de l’humilité de Dieu par l’incarnation de la deuxième personne de la Trinité est en train de changer de texture, on va dire. Parce que c’est vrai que notre Dieu est un Dieu humble. Quand Jésus vient, il naît au sein d’une vierge qui sera méprisée. Parce qu’on ne sait pas d’où il vient finalement cet enfant, enfin, les gens disaient. Il s’incarne au sein d’une vierge. Il vit dans une bourgade totalement éloignée de tout ce qui est important. Et quand on le regardait, il n’y avait rien qui pouvait attirer notre regard ou notre attention. D’abord un petit bébé, ensuite un homme et probablement un charpentier. La seule chose qui le distinguait des humains, apparemment en tout cas, c’est qu’il était sans péché, sans faute jamais. Il représente parfaitement la race humaine que Adam n’a pas su représenter dans le premier jardin.
Condamné à mort parce que Dieu le Père l’a condamné à mort, et il l’a condamné à mort pour nos péchés, pour qu’il puisse porter nos péchés, afin que nous n’ayons plus jamais à les porter. Le voilà maintenant qui apparaît de nouveau dans ce qu’il est, le Dieu glorieux. Dans quelques jours, il va monter au ciel et retrouver la gloire qu’il a laissée, et son aspect sera passablement modifié. Quelques jours encore et puis il enverra le Saint-Esprit, et ça changera la vie du monde et de tous ceux qui accepteront Christ personnellement comme un Sauveur et comme un Seigneur. Et donc, dans ce propos, il doit être très, très clair que ce Jésus qui parle n’est pas le « petit Jésus », comme on aime bien en parler à Noël. C’est le Dieu de gloire et de majesté qui, maintenant, s’adresse à ses disciples et les oriente.
Et j’aimerais en tirer juste trois remarques particulièrement attachées à ces versets. C’est que, en ce qu’il dit ici, nous sommes invités à trois démarches en quelque sorte :
- La première, c’est de vivre sous l’autorité de Dieu ;
- La seconde, c’est de vivre selon le mandat de Dieu ;
- Et enfin, la troisième, c’est de vivre pour une intimité avec Dieu.
1. Vivre sous l’autorité de Dieu
Alors la première chose qu’on peut remarquer, c’est quand Jésus commence son propos, il dit quelque chose qui est surprenant : « Toute autorité ». Alors, quand la Bible parle de ça, on pense à plein de choses. Le mot « autorité » est souvent chez nous dissocié du pouvoir. Par exemple, un policier a l’autorité de vous arrêter, normalement, n’est-ce pas ? Mais il n’a pas la puissance de vous arrêter si vous êtes en camion. Vous voyez la différence ? Quelqu’un qui est en uniforme, qui se met au milieu de la route et qui demande à un camion de s’arrêter… Si le camion refuse d’obtempérer, ça ne se passera pas très bien pour le policier. Il a l’autorité, pas nécessairement le pouvoir, sauf si, bien sûr, il fait usage de son arme. C’est une autre question. Vous voyez ce que je veux dire ?
Mais lorsque Jésus-Christ présente ici son propos, dans la notion de l’autorité, il y a les deux aspects qui sont associés. Jésus a non seulement l’autorité, mais il a aussi le pouvoir, l’autorité et la capacité d’accomplir ce qu’il dit. Jésus a l’autorité sur toute chose. Sur Donald Trump, si si. Sur Emmanuel Macron aussi. Sur Kim Jong-un, sur l’État islamique également. Sur le réchauffement climatique et sur les ouragans. Sur la circulation à Lyon, comme sur la santé de chacun. Toute chose, toute autorité lui a été confiée.
Alors ça surprend quand on dit ça parce qu’on se dit « Bah dis donc, il fait quand même mal son travail, Dieu. Non ?» Spontanément, on se dit, c’est le propos que l’on entend quand on discute avec nos amis : « Ah mais si Dieu est Dieu, il n’y aurait pas la guerre ? Il n’y aurait pas la famine ?» Je suis content que vous n’ayez pas mentionné aucun des personnages que j’ai cités il y a quelques instants. On ne fait pas de politique ici, on est vraiment en dehors de toutes ces questions, n’est-ce pas ? Et évidemment, Jim Carrey pensait que c’était facile de devenir Dieu. Et il l’est devenu pour une seule journée. Je ne vous recommande pas forcément ce film, mais juste le concept. Pendant une journée, il devient Dieu et soudainement, il réalise que ça devient assez compliqué de gérer toutes les demandes contradictoires entre le fermier qui demande de l’eau et les randonneurs qui veulent le soleil pour une journée, entre ceux qui veulent la guerre parce qu’ils vendent des armes et puis ceux qui n’en veulent pas parce qu’ils sont au milieu justement de la guerre. On se rend compte qu’être Dieu, ça doit être quelque chose d’assez compliqué.
Alors, comment est-ce que cette autorité s’oriente ? Eh bien, Hébreux 2.8 nous dit la chose suivante :
Dieu a mis toutes choses sous ses pieds, c’est-à-dire sous les pieds de Christ. En effet, en lui soumettant toutes choses, Dieu n’a rien laissé qui ne lui soit soumis. Cependant, nous ne voyons pas encore maintenant que toutes choses lui soient soumises.
– Hébreux 2.8
Christ est en train d’accomplir deux choses. Éphésiens 1 nous dit qu’il réunit sous un seul chef, le Christ, tout ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre. Mais uniquement ceux et celles qui souhaiteront être sous son autorité. Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi est-ce que Dieu n’apparaît pas dans le ciel ? Imaginez, le matin, vous vous levez, puis il y a Dieu qui dit « Bonjour !» On se dit « Ah, ce serait la preuve ultime !» Mais en fait, la Bible dit que si les hommes ne croient pas en Dieu, ce n’est pas parce qu’ils n’ont pas suffisamment de preuves. Parce qu’expliquer la notion de conscience, d’information, d’origine, toutes ces choses-là témoignent assez vite finalement d’un Créateur et d’une intelligence. Mais si jamais il y avait un Dieu qui nous disait bonjour tous les matins, on serait obligé de l’aimer, de croire en lui, de le suivre, et certains trouveraient ça insupportable. Ça deviendrait presque comme une dictature indépendante d’un choix personnel. Et donc, Dieu va aligner et réunir sous Christ toutes choses, mais toutes choses parmi ceux et celles qui disent « Toi, tu seras l’objet de ma vie. Toi, tu seras mon monde et mon Sauveur. » L’apôtre Paul ajoute dans 1 Corinthiens :
Il faut qu’il règne jusqu’à ce qu’il ait mis tous ses ennemis sous ses pieds. Le dernier ennemi qui sera détruit, c’est la mort.
– 1 Corinthiens 15.25-26
Donc il y a une œuvre qui se fait, une œuvre que Dieu fait pour assujettir tout ennemi et pour permettre que tous ceux et toutes celles qui veulent être au centre de cette relation à Dieu puissent en bénéficier.
En réfléchissant à ça, je me suis dit mais finalement l’autorité, quand Jésus dit « Toute autorité m’a été donnée »… Bien sûr, il y a toute autorité politique, toute autorité en tout point, toute puissance, il n’y a rien qui échappe à son autorité. Jésus a dit qu’il n’y a pas un seul moineau qui tombe à terre sans que ce soit la volonté de notre Père. Même nos cheveux sont comptés. C’est un travail plus ou moins difficile selon les individus. Mais même le nombre de nos cheveux sont comptés, n’est-ce pas ? Mais en fait, cette autorité, dans le contexte qui nous préoccupe, elle s’exerce sur deux axes, finalement.
Je me dis, la première de ses autorités, c’est qu’il a, lui, l’autorité de sauver ou de perdre. Dans mon culte personnel, c’est-à-dire dans ma lecture quotidienne de la Bible, je réfléchissais de nouveau sur ce texte, je suis tombé dessus. Bien sûr, je lis un livre à la fois, chapitre par chapitre, tous les matins. Luc 12 m’a interpellé de nouveau, c’est connu, mais je vous le dit à vous, mes amis :
Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui, après cela, ne peuvent rien faire de plus. Je vais vous montrer qui vous devez craindre. Craignez celui qui, après avoir tué, a l’autorité pour jeter dans la géhenne. Oui, je vous le dis, c’est lui que vous devez craindre.
– Luc 12.4-5
Marrant, la notion d’enfer, la notion de géhenne, c’est un peu étranger à nous. Mais Dieu Créateur ne s’impose pas. Il propose un salut et il a l’autorité de faire rentrer. C’est une des métaphores que l’on trouve dans la Bible : il est la porte, par exemple. Une porte, ça sert à quoi ? Merci, rentrer ou sortir. Mais dans ce cas, c’est juste pour rentrer. Jésus dit qu’il est le chemin. Un chemin, c’est pour parvenir à. Eh oui, il est, selon 1 Timothée 2, l’intermédiaire entre Dieu et les hommes. Il est vraiment celui qui nous permet d’accéder, il a l’autorité d’ouvrir une porte.
Quand je suis parti au Tchad il y a un ans, j’étais vraiment heureux, c’était super. J’ai deux passeports parce que pendant qu’un récupère les visas, je voyage sur l’autre et vice-versa. Ça me permet de… parce que c’est souvent des processus un peu longs. Et donc, juste avant de partir pour le Tchad, je me dis « N’oublie pas de prendre le bon passeport. » Une semaine avant. Et donc, je change, je mets mon bon passeport, je suis tout content, tout fier. Et puis, la veille du départ, j’ai dû amener Laurie chez le médecin, j’étais un petit peu perturbé dans ma tête, je dis « Ah, il faut juste que je prenne le bon passeport. » Et je change de passeport. Absolument convaincu que je faisais la bonne chose.
J’arrive le matin à l’aéroport, je bosse toute la journée, je bosse super bien dans les avions, j’ai un petit ordinateur, ça va bien, c’est génial. Vraiment, la journée productive. J’arrive au Tchad, une semaine de boulot, ça va être génial. Et puis au moment de remplir les papiers, au moment de l’atterrissage, je me dis « Allez, maintenant, je vais pouvoir me décontracter un peu, voir ce qu’il y a au niveau films, remplir mes papiers. » Et je réalise et je deviens blanc, mais plus blanc que ceux chez qui j’allais voir. Blanc : j’avais le mauvais passeport. C’est très embarrassant. Très embarrassant. J’arrive devant des policiers qui m’ont dit : « Monsieur, où est votre visa ?» Je suis là juste une semaine… « Vous ne pouvez pas faire… Mais où est votre visa ?» Je n’ai pas mon visa, il est sur un autre passeport. « Vous voyez l’avion qui vous a déposé ? Il va vous attendre et puis vous repartez. » Et c’est ce que j’ai fait. J’ai moins bien travaillé sur le chemin du retour. Enfin, il faut dire que c’était la nuit. Mais c’est inflexible, une porte qui reste fermée.
Jésus, il a cette autorité, toute autorité, pour sauver. C’est génial, ça, et c’est aussi terrible. Parce que le salut se fait sous ses termes à lui. Et quand je regarde, en faisant un peu un comparatif des religions humaines, de l’ensemble des pratiques religieuses, ce que je remarque, c’est combien les hommes et les femmes de tous les continents cherchent à trouver le moyen que Dieu leur donne, par mérite, une entrée auprès de lui. Les gens, c’est frappant, sont prêts à des tas de sacrifices, des jeûnes, des flagellations, des coups, des privations, en pensant que la souffrance va payer pour le mal qu’ils ont fait. Parfois par des rites quotidiens, hebdomadaires, annuels, pour essayer d’obtenir un mérite qui compensera le mal qu’ils ont fait. Les gens sont prêts aux sacrifices les plus terribles. Il y a, au bord de l’Inde, au bord de la rivière du Gange, des hommes et des femmes qui tuent des enfants. Parce que c’est la seule solution qu’on leur a donnée pour expier leur propre péché.
Ce qui est terrible, c’est que lui a une pleine autorité, Dieu, en Jésus-Christ, pour donner un accès complet. Pas besoin de satisfaire des ancêtres. Pas besoin de satisfaire des saints. Pas besoin de satisfaire des prêtres ou, je ne sais, des pasteurs, une église. Pas besoin de payer son chemin vers Dieu, il a autorité.
Mais Jules, puisque c’est pour toi l’occasion de te baptiser, s’il a l’autorité de sauver, et tu l’as reconnu et accepté, il a aussi l’autorité d’orienter nos vies. S’il est Seigneur, c’est à moi de m’aligner. Et c’était comme ça qu’étaient caractérisés les premiers chrétiens, dont la qualification péjorative signifie « petit Christ » : chrétien. C’est-à-dire que c’était des gens qui étaient tellement associés au salut que Christ leur donnait, qu’ils réorientaient leur vie en sorte qu’ils ressemblaient à Jésus. Quand quelqu’un vous insulte en disant « T’es un chrétien, toi », on peut dire « T’es un petit Christ. » Et j’espère que c’est une réalité, certes imparfaite, parce qu’il y a du chemin, mais qui témoigne de ce que l’œuvre que Dieu a commencée en nous se prolonge et se manifeste de façon concrète.
2. Vivre selon le mandat de Dieu
Deuxième aspect de ce que cela signifie d’être plongé dans le monde de Dieu, c’est de vivre selon un mandat. Chez les évangéliques, on est assez, trop parfois… attachés à ce verset : « Allez, faites de toutes les nations des disciples, baptisez-les pour le nom du Père… » Parfois, certaines traductions disent « au nom du Père, du Fils et de l’Esprit Saint, et enseignez-leur à garder tout ce que je vous ai commandé. » Un verbe principal ici, « faites des disciples »; dans le grec, c’est le verbe qui est conjugué à un impératif. Les autres sont dépendants de ce verbe. C’est un peu exagéré ce que je vais dire, mais ça donne un peu l’idée. Voilà l’orientation : vous devez faire des disciples, en allant, en les baptisant et en les enseignant. Et donc l’idée, la grande idée, c’est que nous soyons des poteaux indicateurs, en quelque sorte, de la personne du Christ et de son salut. J’aimerais vraiment souligner : pas d’une église, pas de cette église, pas d’une personne, pas d’un système, mais… enfin, pas d’une personne, sauf la personne de Jésus-Christ.
C’est quoi un disciple ? Littéralement, c’est un apprenti, un élève, on pourrait le qualifier aujourd’hui de stagiaire. Un auteur qui s’est préoccupé de la question dit : « Un disciple est une personne qui se rapproche de Jésus pour apprendre, suivre et aimer ensemble avec d’autres disciples. » Lorsqu’on s’est préoccupé de la question à Yaoundé il y a 15 jours avec un ensemble de responsables de différentes communautés africaines, on est arrivé à cette définition : c’est une personne née de nouveau qui suit Jésus avec un mentor pour l’aimer, lui obéir et le servir. Et il y a cette notion de proximité vraiment avec Jésus.
Alors peut-être ça interpelle sur comment on fait pour devenir disciple ? Alors juste une chose : Dieu est Père, il n’est jamais grand-père. D’accord ? Donc ce n’est pas parce que papa et maman sont chrétiens que vous êtes chrétiens. Dieu est Père personnel ou il ne l’est pas, ça ne passe pas par des générations comme ça. Donc si vous êtes jeune et que vous avez grandi dans un environnement chrétien, c’est formidable parce que ça vous donne une perspective là-dessus. Mais néanmoins, il y a un moment donné où le fait de devenir disciple doit être ta préoccupation personnelle ou elle ne l’est pas. On ne naît pas disciple, on le devient.
Et par rapport à ce que j’ai dit sur tout ce que les gens essaient de faire pour obtenir une part du salut, finalement, c’est très simple de devenir des disciples, puisque Jésus en a parlé en ces termes : « Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux !» En fait, venir à Christ, c’est venir les mains vides. Et c’est pour ça que c’est tellement difficile. On est tellement fiers de nous-mêmes, non ? Je suis rempli d’arrogance. Si vous étiez dans mes pensées, c’est terrible, vous verriez ça. Mais devant Dieu, il n’y a aucun mérite possible. On vient à Dieu en ayant reconnu que l’on a fait faillite et que l’on n’a aucune capacité personnelle pour rentrer en sa présence. La bonne nouvelle, c’est quand on vient les mains vides, il les remplit. Et il les remplit de quoi ? Carrément du royaume des cieux. Dieu accueille celui qui reçoit, qui vient à lui dans l’humilité du « j’ai rien à te donner en fait ». Il y a quelque part une confiance exclusive pour justifier notre existence en la personne de Jésus.
Et finalement, faire des disciples, c’est quoi ? C’est que des hommes et des femmes découvrent qu’il y a en Christ tout ce qui contribue à la vie et à la piété. Et qu’on a besoin de Christ comme on a besoin de pain. Qu’on a besoin de Jésus comme on a besoin d’eau, particulièrement pendant les mois de l’été.
Et puis tu as remarqué qu’il s’agit de baptiser au nom du Père, du Fils et de l’Esprit Saint, ou pour le nom. Et ça me dit que, franchement, je réfléchissais à ça, il y a dans la personne de Dieu de quoi structurer une vie, un Dieu trinitaire. Quelques remarques :
Premièrement, la Trinité est le fondement de l’amour. Imaginez, si Dieu est un Dieu monothéiste strict, comme certains d’autres religions l’enseignent, c’est-à-dire qu’il est seul pendant toute l’éternité qui précède la création, il est seul et il n’y a pas d’amour. Et quelque part, il crée pour essayer de générer, d’obtenir ou manifester un amour qu’il n’a jamais connu. Mais le fait que Dieu soit trinitaire, ça montre que de toute éternité, ce qui est au centre de la personne de Dieu, c’est la joie de l’amour et des relations. Et lorsqu’il nous demande et qu’il demande d’être disciple, il nous apprend quelque chose, c’est qu’on rentre dans une communauté d’hommes et de femmes qui ont le devoir de s’aimer à l’image d’un Dieu trinitaire.
Deuxièmement, la Trinité est le fondement de la complémentarité. Et je trouve que pour la vie, c’est extraordinaire comme concept. Je peux avoir un boss et ne pas perdre mon identité en me disant « Ah là là, si seulement j’étais quelque chose d’autre », non ? Je peux avoir un patron et ça ne change pas qui je suis. Je peux être patron, ça ne change pas qui je suis. En fait, ça ne change rien, c’est une fonction. Comme au sein de la Trinité, il y a trois personnes qui ont la même identité et des rôles différents. Eh bien, de la même manière, dans l’ensemble des situations de vie, on a des situations de rôles différents. Et en même temps, ça ne touche pas à notre identité. C’est hyper reposant par rapport à l’existence. Rentrer dans le monde de Dieu, c’est rentrer dans un monde qui va me structurer comme dans une famille, comme dans un couple, comme dans l’ensemble des situations dans lesquelles on peut se trouver.
Et enfin, troisièmement, la Trinité est le fondement d’un engagement. Parce que Dieu le Père a aimé le monde, Dieu le Fils a sauvé le monde, Dieu le Saint-Esprit va appliquer ce salut. Et chaque personne a une différence pour accomplir cet objectif. Ce qui veut dire que j’ai un modèle d’engagement sociétal, un modèle d’engagement missionnaire. J’ai une orientation possible. Et c’est dans ce monde de la personne de Dieu que tu t’engages. Finalement, c’est quelque chose qui doit être sujet de réflexion et un modèle.
Alors, voilà le problème. Quand je regarde la vie, l’histoire de l’Église, c’est plutôt triste, non ? Vous ne trouvez pas ? Je viens de terminer un livre qui raconte le développement de la chrétienté, donc très large, avec toutes les branches du christianisme, sur tous les siècles, allant du début de l’ère chrétienne jusqu’à maintenant. Et c’est frappant de voir le nombre de guerres, de déviations doctrinales, de violences. Ce n’est pas toujours le cas, et ce n’est pas dans tous les mouvements, mais c’est quand même beaucoup le cas. Et on se dit, mais comment expliquer cela ? Comment expliquer que ceux qui sont normalement créés à l’image de Dieu, renouvelés par la conversion… et qui se réclament du christianisme puissent commettre des choses ainsi ?
Alors bien sûr, comme je l’ai dit, on ne naît pas chrétien, on le devient. Il y a beaucoup de gens qui se lient chrétiens qui sont simplement issus de familles chrétiennes. Ce n’est pas une réalité, donc on peut l’expliquer ainsi. Il y a beaucoup de gens qui prétendent être chrétiens mais qui n’ont pas de communion avec Christ. C’est une possible explication.
Un jour, j’ai discuté avec un collègue qui connaissait un peu le réveil au Rwanda. Dans les années 1920-1930, il y a eu un réveil au Rwanda qui a commencé par un homme noir et un homme blanc qui ont décidé de vivre à la lumière de l’Évangile. Et voilà la situation : l’homme blanc était médecin, l’homme noir était infirmier. Et un jour, ils ont dû reconnaître qu’il y avait une pointe de racisme dans leur relation. Ils étaient amis, mais il y avait une pointe de racisme dans leur relation. Ils étaient tous les deux chrétiens, vraiment des disciples de Jésus-Christ. Mais… il y avait cette idée que quand le blanc disait quelque chose, ses motivations n’étaient pas claires. Et quand le black disait quelque chose, ses motivations n’étaient pas claires. Et un jour, il y en a un des deux qui a décidé de vivre à la lumière de la croix. Il a confessé son péché en demandant pardon à ce frère. Et l’autre a répliqué « Mais tu sais, je vois la même chose dans mon cœur. » Et ils ont décidé de vivre dans la lumière, et que chaque fois qu’il y aurait ce genre de malentendus dans leurs pensées et leurs propos, ils se le diraient l’un à l’autre et prieraient l’un pour l’autre. Ça a tellement eu d’impact que des milliers et des milliers et des milliers d’hommes et de femmes ont décidé de vivre l’Évangile. Parce que c’est ça l’Évangile, c’est une réconciliation avec Dieu qui génère une réconciliation avec les hommes. Si c’est pas ça, c’est pas l’Évangile.
Comment expliquer des décennies plus tard le génocide ? Alors peut-être que les parents n’avaient pas enseigné correctement leurs enfants et que les enfants étaient chrétiens de nom et pas des disciples personnels de Jésus-Christ. C’est possible. Et je crois qu’une grande partie, c’est cela. Mais un de mes collègues a dit la chose suivante et ça m’a vraiment marqué. Il m’a dit : « Les pasteurs ont volé le réveil parce qu’ils ont construit des églises plutôt que de construire des disciples. » Et ils ont construit des églises où les gens payaient leur salaire et eux dirigeaient l’église, plutôt que de faire des hommes et des femmes amoureux de Christ. J’espère et je veux croire que devenir disciple, c’est s’orienter dans une vie qui reflète Christ. Et vous vous souvenez de la fin de ce propos : « enseignez-leur à garder tout ce que je vous ai commandé. »
3. Vivre pour l’intimité de Dieu
Allez, dernier point. Merci de votre patience. Je suis conscient qu’il fait chaud, qu’on va distribuer des éventails maintenant à l’entrée pour pouvoir tenir les cultes en été, et puis on passera au baptême. Mais la dernière remarque que je voudrais faire, c’est qu’il y a vraiment cette notion de vivre pour l’intimité de Dieu : « Quant à moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »
La vie chrétienne que tu as débutée il y a quelque temps, Jules, de façon personnelle et passionnante, mais aussi pleine de défis… Mais ce qui lui donne le plus de couleur, c’est l’intimité d’une relation avec Dieu. Certainement pas d’une religion, mais d’une relation avec Dieu qui se manifeste dans une communauté. Mais au centre, il y a cette intimité de Dieu. « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » Vous connaissez ce chant, Emmanuel? Ça vous dit quelque chose ? On le chante parfois à Noël. Emmanuel, c’est mignon.
Un jour, j’étais assis dans la salle, on chantait ce chant. Et puis, il y avait un pharmacien qui était à mes côtés. Et il n’avait jamais mis les pieds dans une église évangélique. C’est un peu surpris. Tous ces chants, tout ce truc comme ça, c’est un peu bizarre. Et il se penche vers moi et il dit : « C’est qui Emmanuel ?» Alors Emmanuel, c’est un nom prophétique que le prophète Ésaïe annonçait dans Ésaïe chapitre 7, où il est dit que ça veut dire « Dieu avec nous », Emmanuel, Dieu avec nous. Et c’est vraiment l’idée : quand Jésus vient sur terre, il est Dieu avec nous, Dieu parmi nous. Et il est avec nous à plein de titres ; il est avec nous dans ce qu’il fait, ça demeure en nous, il est avec nous en ce qu’il vient occuper l’Église, il est avec nous dans ce qu’il intercède pour nous, il est avec nous dans ce qu’il nous a baptisés de son Esprit Saint, il est avec nous, il est avec nous, c’est la définition même de la vie chrétienne : il est avec nous.
Et en cela, dans cette communion et dans cette relation à Dieu, il doit y avoir une ardeur et un désir de la cultiver. En venant à Christ, c’est vraiment un transfert, à la fois un transfert en Dieu et un transfert de Dieu en nous. Il y a cette communion qui s’installe et qui est à cultiver. Jésus dira, ou a dit, dans l’Évangile selon Jean :
Demeurez en moi comme moi en vous. Tout comme le sarment ne peut de lui-même porter du fruit s’il ne demeure dans la vigne, vous non plus si vous ne demeurez en moi. C’est moi qui suis la vigne, vous, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi comme moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruits. Hors de moi, en effet, vous ne pouvez rien faire.
– Jean 15.4-5
Alors Jules, je prie et je souhaite que tu cultives cette intimité, à la fois comme un choix conscient de choisir Dieu comme objet principal et central de notre adoration. C’est de l’adoration de Dieu que vient tout le reste, la louange, l’amour et le service et tout ça. Que tu aies une pratique aimante des disciplines de la vie chrétienne qui fortifient cette communion : la méditation de la Bible, la prière, la vie d’église avec ses symboles, le service dans l’assemblée, l’engagement dans la société, toutes ces choses qui font qu’un disciple, il reflète Christ.
Et puis enfin, que tu trouves en Christ un réconfort. Malheureusement, hélas, hélas et trois fois hélas, tu tomberas, chuteras parfois. Mais Christ est celui qui intercède pour nous et qui nous relève. Et la Bible dit très souvent à quel point Dieu est un Dieu de grâce qui accueille celui qui se repent en vue de le rétablir et de le réorienter.
Je termine. On va chanter le chant ensuite que Jules a choisi pour son baptême. Mais si c’est cela le christianisme, j’espère que ça vous parle de façon personnelle alors que vous accompagnez Jules, soit en tant que membre de cette église dans ce temps de baptême, ou que vous êtes là un peu témoin de cet événement. Et que vraiment vous puissiez dire : « Voilà le christianisme : devenir disciple et faire de Dieu son monde, son environnement et son exemple. »








