Se souvenir : antidote à l’amnésie de l’Évangile

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Se souvenir : antidote à l’amnésie de l’Évangile
Terry Chan
Terry Chan

« La mémoire ne consiste pas simplement à se rappeler, mais à intégrer l’expérience du passé dans la conscience de ce qui est vivant dans le présent. » – Hannah Arendt

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Lors de l’été 2025, François Bayrou, alors Premier ministre, a proposé de supprimer deux jours fériés lors de la présentation de son plan pour le budget 2026, prévoyant un rendement de « plusieurs milliards » d’euros, selon lui. Cette annonce a suscité des réactions vives et majoritairement négatives. Il avait suggéré de supprimer le lundi de Pâques et le 8 mai : deux dates commémorant des événements importants de l’histoire et de la culture françaises.

Même si la grande majorité des Françaises et des Français ne se rendent ni à l’église, le lundi de Pâques, pour commémorer la résurrection de Christ, ni à la cérémonie du dépôt de gerbe sur la tombe du Soldat inconnu par le président de la République, nos concitoyens demeurent malgré tout attachés à ces dates marquantes.

Se souvenir est un rituel humain fondamental. Commémorer une personne ou un événement permet de rester relié à son passé, tout en établissant un lien avec le présent et l’avenir, que ce soit individuellement ou collectivement.

Dans la Bible, le souvenir prend même la forme d’un rituel d’ordre moral. Les alliances que Dieu a conclues avec ses créatures – Adam, Noé, Abraham et David – en sont des exemples.

Mais c’est dans les livres du Pentateuque, en particulier dans le Deutéronome, que l’on trouve l’impératif divin du souvenir exprimé avec le plus de force. Après la délivrance miraculeuse du peuple hébreu hors d’Égypte, Dieu ne cesse de lui rappeler qu’il doit se souvenir de cette libération :

Souvenez-vous de ce jour où vous êtes sortis d’Égypte, de la maison d’esclavage. En effet, c’est par sa main puissante que l’Éternel vous en a fait sortir.
– Exode 13.3

Tu te souviendras que tu as été esclave en Égypte et que l’Éternel, ton Dieu, t’en a fait sortir avec puissance et force.
– Deutéronome 5.15

Souviens-toi de ce que l’Éternel, ton Dieu, a fait au pharaon et à toute l’Égypte.
– Deutéronome 7.18

Tu te souviendras que tu as été esclave en Égypte et que l’Éternel, ton Dieu, t’a racheté. Voilà pourquoi je te donne ces commandements à mettre en pratique.
– Deutéronome 24.18

Dieu connaît le cœur tortueux des hommes. Il sait notre tendance à l’oubli : oublier qui il est et ce qu’il fait pour nous. L’amnésie de l’Évangile est un fléau qui nous guette quotidiennement. Cela était vrai pour les Israélites ; cela l’est encore pour nous, disciples de Christ.

Ce n’est pas anodin que Jésus, lors de son repas, ait institué pour ses disciples un rituel de commémoration : la Cène. Ce devoir de mémoire est crucial pour vivre sa foi. Se rappeler régulièrement comment Dieu nous a accompagnés dans notre marche avec lui est une pratique simple, mais ô combien salvatrice.

Se souvenir de la manière dont Dieu nous a touchés avant que nous mettions notre foi en lui.
Se souvenir de la raison pour laquelle nous sommes passés par les eaux du baptême.
Se souvenir des moments où nous étions désespérés et où Dieu a répondu présent.
Se souvenir des personnes qu’il a placées sur notre chemin pour nous encourager.
Se souvenir des événements au cours desquels nous avons clairement vu la main de l’Éternel.

J’ose imaginer que beaucoup d’entre nous ont déjà de nombreux souvenirs avec notre Seigneur et Sauveur, et que de nouveaux souvenirs se créeront. Mais il est essentiel de les revisiter fréquemment pour ne pas oublier.

L’une des ironies de la croix est que la crucifixion, conçue par les Romains, avait entre autres pour objectif d’effacer de la mémoire collective la personne crucifiée. Avec Jésus, c’est l’inverse qui s’est produit. On se souvient de lui précisément pour cette raison : il est mort à la croix pour nous donner la vie.

Se souvenir nous permettra de revenir constamment à la croix, non seulement pour ne pas oublier, mais surtout pour honorer sa mémoire en célébrant la personne et l’œuvre de Christ.