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Le péché est une réalité grave et omniprésente de notre humanité : il s’oppose frontalement à Dieu. Pourtant, le reniement de Pierre nous apprend une vérité surprenante : même nos pires chutes ne sont pas plus grandes que la grâce et le pardon de Dieu.

Dans la même série :


Version écrite de la prédication

Introduction

Curieux le péché

C’est curieux le péché :

  • David commet l’adultère avec Bath Shéba, tue le mari de celle-ci. Et Dieu pardonne. Ananias et Saphira trompent les apôtres et l’Église sur le don qu’ils font, et ils meurent.
  • Ouzza accompagne l’arche de l’alliance qui revient à Jérusalem, les bœufs glissent, l’arche risque de tomber, Ouzza éteint sa main, touche l’arche, ce qui est un sacrilège parce qu’il n’était pas lévite, et il meurt. Les trois amis de Job ne cessent de le décourager avec une fausse perspective sur Dieu – et ils vivent.
  • Un homme couche avec la femme de son père, il se repent, et il vit. Les fils d’Aaron offrirent un feu étranger sur l’autel ; ils meurent.
  • Démas abandonne le Seigneur par amour du siècle présent et il vit. Le peuple qui sort d’Égypte se plaint de la manne et demande de la viande et des cailles. Dieu leur donne des cailles et quand ils en ont plein les dents, ils meurent.
  • La femme de Lot est triste de quitter Sodome et Gomorrhe, et se retourne pour voir ce qu’elle perd, et les flammes qui brûlent la plaine. Elle meurt, transformée en statue de sel. Abraham ment sur sa femme en disant qu’elle est sa sœur. Sa femme est deux fois prise dans les palais des rois à cause de sa grande beauté. Abraham reste en vie. C’est curieux le péché.

Le péché est une réalité omniprésente de notre humanité. Nous sommes des fils d’Adam, adoptés pour devenir des fils de Dieu, mais l’éducation est en cours et nous n’avons pas encore été transformés à sa gloire.

Le péché est en même temps la réalité inacceptable du Chrétien. Dans mon Groupe de Croissance nous relisons Actes, et j’ai été saisi par la manière dont Paul menait sa vie :

C’est pourquoi, moi aussi, je m’exerce à avoir constamment une conscience irréprochable devant Dieu et devant les hommes.
– Actes 24.16

Il ne dit pas s’exercer constamment à une conscience irréprochable, mais s’exerce à avoir constamment une conscience irréprochable…

Le péché est en même temps masqué par une affirmation extraordinaire: nous sommes par le sang de Jésus déclarés justes à jamais.

Il n’y a maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Christ Jésus.
– Romains 8.1

En latin l’expression sonne bien : justus et peccator. Le chrétien est simultanément juste et pécheur :

  • Il est saint devant Dieu.
  • Il est encore pécheur. Alors que se passe-t-il quand il y a chute ? Quand il y a péché ? Comment appréhender la réalité du péché de nos vies ? Ce qui est triste c’est que certains chrétiens ont abdiqué dans leur désir de sainteté. Ce qui est triste aussi c’est que certains chrétiens ont péché, et se sentent paralysés à vie. Ils n’osent plus avancer avec le Seigneur. La Bible est vraie pour plein de raisons, et l’une d’entre elles c’est qu’elle raconte la vie de ses héros avec réalisme. On trouve des hommes et des femmes qui se sont plantés. Parfois gravement.

L’histoire que nous lisons nous apprend une chose : il est un péché plus grave que de pécher, c’est de ne pas se relever…

Lecture : Matthieu 26.69-75

69 Cependant, Pierre était assis dehors dans la cour. Une servante s’approcha de lui et dit : Toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen. 70 Mais il le nia devant tous disant : Je ne sais pas ce que tu veux dire. 71 Comme il se dirigeait vers le porche, une autre le vit et dit à ceux qui se trouvaient là : Celui-ci était avec Jésus de Nazareth. 72 Il le nia de nouveau avec serment : Je ne connais pas cet homme. 73 Peu après, ceux qui étaient là s’approchèrent et dirent à Pierre : Vraiment, tu es de ces gens–là, ton langage te fait reconnaître. 74 Alors il se mit à faire des imprécations et à jurer : Je ne connais pas cet homme. Aussitôt le coq chanta. 75 Et Pierre se souvint de la parole que Jésus avait dite : Avant que le coq chante, tu me renieras trois fois. Il sortit, et dehors il pleura amèrement.

Les 4 évangiles rapportent les faits. Comme pour montrer combien on ne peut faire l’économie de ce sujet. C’est l’une des qualités de la Bible qui atteste de son authenticité : les héros de la Bible sont présentés dans la réalité de leur faiblesse et de leurs péchés. L’évangile de Marc a été rédigé sous la dictée de Pierre. Et son évangile est terriblement honnête. Pierre, l’étoile des apôtres, le leader des 12, le plus passionné des 12, s’effondre. J’avoue que c’est heureux qu’il y en ait un comme lui.

  • Son parcours nous éclaire sur les sentiers qui mènent à la chute.
  • Son parcours nous éclaire aussi sur les sentiers qui mènent à la grâce.
  • Son parcours nous éclaire enfin sur les sentiers qui mènent au rétablissement.

1er reniement – simple (Mt 26.69-70)

69 Cependant, Pierre était assis dehors dans la cour. Une servante s’approcha de lui et dit : Toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen. 70 Mais il le nia devant tous disant : Je ne sais pas ce que tu veux
dire

Les événements se sont enchaînés.

  • Judas conduit une foule nombreuse chargée d’arrêter Jésus.
  • Jésus est arrêté.
  • Pierre veut le défendre et ne réussit qu’à couper l’oreille d’un certain Malchus. Jésus le guérit.
  • Tous les disciples l’ont abandonné. Tous ont fui, malgré la promesse que jamais ils ne le feraient !
  • Jésus est mené devant l’ancien souverain sacrificateur, Anne, chargé de trouver le bon motif pour le condamner devant la réunion du sanhédrin qui aura lieu à l’aube.
  • Il fait encore nuit. Jean 18 nous apprend que l’apôtre Jean a pu rentrer dans la cour du souverain sacrificateur parce qu’il connaissait cette famille. Puis Pierre arrive aux grilles de cette propriété, et Jean vient convaincre une servante de le faire entrer (erreur fatale). Il fait encore nuit.
  • Marc 14.66 : « Pendant que Pierre était en bas dans la cour, il vint une des servantes du souverain sacrificateur. 67 Elle vit Pierre qui se chauffait, le regarda en face et lui dit : Toi aussi, tu étais avec Jésus de Nazareth. »
  • Luc 22.55 : « Ils allumèrent du feu au milieu de la cour, et s’assirent. Pierre s’assit au milieu d’eux. Une servante, qui le vit assis devant le feu, le fixa et dit : Cet homme était aussi avec lui. Mais il le nia en disant : Femme, je ne le connais pas. » Pourquoi est-ce que Pierre est venu ?
  • Quelques versets précédents nous apprennent qu’il voulait voir comment cela allait se terminer. Il y avait probablement une juste curiosité – après tout Pierre était intéressé par ce qui allait arriver à Jésus.
  • Il avait peut-être le souhait de participer au procès de Jésus en tant que témoin. Souvenez-vous du message précédent où il était impératif que l’accusé puisse invoquer des témoins à sa défense. J’imagine Pierre marcher le cœur battant en se faisant tout un film de ce qu’il dirait pour défendre celui qu’il aimait… Il faut vous représenter la scène. Imaginez que vous venez d’entrer dans l’enceinte de l’ancien palais de justice de Lyon. Au-delà des marches, plusieurs dizaines de notables entrent et sortent en courant (aujourd’hui des notaires, des avocats, des députés, des évêques…). Tout le monde s’agite pour prouver rapidement la culpabilité de Jésus.
  • Il y a des soldats qui gardent le palais. Il y a des serviteurs qui préparent des pains, des boissons.
  • Ces gens là font un feu parce qu’avant l’aube on arrive au moment le plus froid de la nuit. Le brasier les réchauffe.
  • Jean est déjà là. Pierre entre. Je suppose qu’il y a une chose à laquelle il ne s’attendait pas, c’est qu’une femme, une servante, le questionne. Et mes amis, cette femme ne vient pas lui parler à l’oreille. Elle le fixe des yeux, et elle parle fort, elle déclare publiquement que cet homme était avec le Galiléen ! Elle ne pose pas sa question discrètement, elle affirme cela publiquement, elle prend les autres à partie. « tu étais avec Jésus… Écoutez, cet homme était avec Jésus !» Pierre est obligé de répondre. S’il avait répondu oui, il n’aurait pas nécessairement été inquiété par le sanhédrin, qui était trop occupé par le procès de Jésus. Il aurait peut-être été battu, ou il aurait peut- être été jeté dehors, ou il aurait peut-être été emprisonné. Mais l’option de la discrétion n’était plus possible. Il ne pouvait pas rester entre deux chaises. Alors il répond : « non, c’est pas vrai, je vois pas de quoi tu parles ». Il nie connaître Christ. Pierre nie connaître Jésus « devant tous » (Mt 26.69). Le verbe est fort. Regardez comment il peut être utilisé dans le Nouveau Testament :
  • Pour exprimer un rejet, un reniement de la personne de Christ : « 22 Qui est le menteur, sinon celui qui nie que Jésus est le Christ ? Celui–là est l’antichrist, qui nie le Père et le Fils. 23 Quiconque nie le Fils n’a pas non plus le Père ; celui qui confesse le Fils a aussi le Père. » (1Jn 2.22-23)
  • Pour exprimer un refus « 4 Car il s’est glissé parmi vous certains hommes, dont la condamnation est écrite depuis longtemps, impies qui changent en dérèglement la grâce de notre Dieu et qui renient notre seul Maître et Seigneur Jésus–Christ. » (Jd 1.4)
  • « 1 Il y a eu de faux prophètes parmi le peuple ; de même il y a parmi vous de faux docteurs qui introduiront insidieusement des hérésies de perdition et qui, reniant le Maître qui les a rachetés, attireront sur eux une perdition soudaine. 2 Beaucoup les suivront dans leurs dérèglements et, à cause d’eux, la voie de la vérité sera calomniée. » (2P 2.1-2)
  • Et Jésus félicite l’église de Pergame : « Je sais où tu demeures ; là est le trône de Satan. Tu retiens mon nom, et tu n’as pas renié ma foi, même aux jours où Antipas, mon témoin fidèle, a été mis à mort chez vous, là où demeure Satan. » (Ap 2.13) Pierre est pris au piège de ses mots, réalise qu’il a gaffé, et il s’éloigne du feu dont le reflet l’a révélé…

2e reniement – sous serment (Mt 26.71-72)

71 Comme il se dirigeait vers le porche, une autre le vit et dit à ceux qui se trouvaient là : Celui–ci était avec Jésus de Nazareth. 72 Il le nia de nouveau avec serment : Je ne connais pas cet homme.

Pierre s’éloigne donc et trouve un coin plus obscur. Plus sombre. Plus à l’écart.

Mais c’est terrible parce que Pierre ne peut pas s’échapper. Il est dans l’antre de la vipère, et il est sous le coup d’une prophétie extrêmement précise : Ni à ce que Jésus lui a affirmé : « avant que le coq chante, tu me renieras trois fois » (Mt 26.34), ce à quoi il avait répondu avec beaucoup de facilité et de naïveté : « Quand il me faudrait mourir avec toi, je ne te renierai point. »

Ce n’est généralement pas une bonne idée de dire au Seigneur : ‘tu as tort’. Vraiment pas une bonne idée…

Voilà que la pression grandit d’un cran. Une autre personne annonce publiquement que Pierre fait partie du groupe. En comparant avec les autres évangiles, c’est peut-être parce que la servante l’a suivi et qu’elle fait de la publicité sur ce qui se passe. Un autre reprend la charge et le flambeau et s’exclame devant tous : « Celui–ci était avec Jésus de Nazareth. »

  • Je ressens une telle proximité avec la situation de Pierre. Il est coincé !
  • Avez-vous jamais ressenti comme un piège qui se referme et aucune option ne semble jouable et chaque choix, chaque tour de table vous enfonce plus profondément… Hélas, il est rare que les choses s’améliorent d’elles-mêmes. Il faut une réactivité ferme ou un secours particulier du Seigneur… Pour le coup, le ciel est silencieux… « Il le nia de nouveau avec serment : Je ne connais pas cet homme. » Ce second reniement est pire que le premier. Parce qu’il est « avec serment ». Ça veut dire en jurant.
  • C’est ce que Jésus avait dit de ne pas faire : « moi je vous dis de ne pas jurer [même mot]… que votre parole soit oui, oui ; non, non » (Mt 5.34, 37)
  • C’est par serment que Dieu a promis à Abraham… (Lc 1.73) Il promet, il jure, il jure solennellement, il certifie, il garantit qu’il ne connaît pas cet homme. Pire, qu’il ne l’a jamais vu – c’est le verbe connaître par la vue et non par l’apprentissage qui est utilisé… Promis juré craché… je ne connais pas Jésus… Pierre aurait dû réaliser son incapacité à faire face à la pression et partir avant le pire. Car le pire est venir.

3e reniement – sous anathème (Mt 26.73-74)

73 Peu après, ceux qui étaient là s’approchèrent et dirent à Pierre : Vraiment, tu es de ces gens–là, ton langage te fait reconnaître. 74 Alors il se mit à faire des imprécations et à jurer : Je ne connais pas cet homme. Aussitôt le coq chanta.

Cet ultime reniement est le pire des trois. Quelques dizaines de minutes ont passé (une heure selon Luc). Ce n’est plus une servante qui le suit en affirmant qu’il fait partie des disciples. C’est maintenant une petite troupe qui le presse, le questionne et discute avec lui. Son accent le trahit ! Il est vraiment de Galilée ! C’est comme si un marseillais s’égarait à Paris – il n’a pas besoin de plaque d’immatriculation pour signaler son origine !

Mais la réponse de Pierre est la pire de toutes. « alors il se mit à faire des imprécations et à jurer ». Vous savez ce que cela veut dire « faire des imprécations » en grec ? Ça vient d’un verbe qui veut dire maudire, vouer à la destruction. Il nous a donné anathème en français. Mais le grec contient l’ajout d’une préposition d’intensification.
Pierre dit en substance :

  • « que je sois maudit à jamais si je mens, je vous le garantis : je ne connais pas cet homme. »
  • « que je devienne anathème devant le Seigneur si je mens je ne connais cet homme. » Il n’existe pas de formulation plus forte pour nier Christ. Il n’existe aucun moyen de dire plus sévèrement, méchamment qu’on n’a aucun lien avec Jésus… C’est l’échec le plus complet. La chute la plus terrible. La mort spirituelle et humaine la plus horrible. Il n’a pas eu le courage de s’identifier à Jésus à l’heure du trouble. Et le coq chante. Rappel immédiat de ce que Jésus avait annoncé…

Et puis les larmes (Mt 26.75)

75 Et Pierre se souvint de la parole que Jésus avait dite : Avant que le coq chante, tu me renieras trois fois. Il sortit, et dehors il pleura amèrement.

Le coq chante l’aurore. La nuit s’achève. Le sanhédrin se rassemble pour entériner l’accusation trouvée par Anne. Le jour des tortures commence.

Luc est le seul à mentionner un détail extraordinairement touchant. « Le Seigneur se retourna et regarda Pierre » (Lc 22.61)

  • De toute évidence, Jésus vient de sortir de chez Anne, et le passage à tabac avait commencé.
  • Et alors que les gardes le giflent, lui crachent dessus, lui hurlent leur haine… le Seigneur se retourne et regarde Pierre
  • Le verbe suggère que Jésus regarde longuement et délibérément Pierre. Il pose ses yeux sur Pierre et le regarde, et le regarde encore. Vous imaginez son regard ? Comment a-t-il regardé Pierre ? Quelle en était le message ? Qu’est-ce que disaient ses yeux ? Que voulait dire son regard, cette fenêtre de l’âme ? Qu’en pensez-vous… Pouvez-vous l’imaginer ?
  • Était-ce une exhortation, un reproche, une accusation ?
  • Était-ce de la tristesse, de la résignation ?
  • Était-ce de la compréhension, de la compassion ?
  • Était-ce de l’espoir, l’anticipation d’un retour à lui ?
  • Était-ce un appel à la repentance, un message d’espérance, l’anticipation de son retour ?
  • Ou peut-être un mélange de toutes ces émotions ? C’est le rappel brutal de ce que Jésus lui avait dit : « Avant que le coq chante, tu me renieras trois fois. » Et lui qui avait répondu « à moi jamais… » se retrouve dans l’âme de l’homme dont le cœur est mis à nu. Corrompu. C’est brutal et sévère. « Il sortit, et dehors il pleura amèrement. » L’amertume ressemble à un pieu enfoncé dans le cœur et l’âme. Une meurtrissure qui blesse et qui perce. Pierre ne pleure pas après le 1er reniement. Ni après le 2nd ni après le 3e. Il pleure quand il voit Jésus. Toutes nos valeurs morales, toutes nos convictions servent de barrière à notre conscience. Et en même temps, réaliser qu’on franchi des barrières – que l’on pèche – ne conduit pas automatiquement à la repentance. Nous sommes vendredi. Jésus mourra bientôt. Le lendemain, il sera placé dans un tombeau, un jour de sabbat. Dimanche, Jésus ressuscite, et se manifeste à des femmes. Tout cela semble bizarre à Pierre. Une semaine plus tard, Pierre semble encore un peu confus. Il encourage quelques-autres à venir avec lui pêcher quelques poissons. Et voilà que Jésus leur apparaît, c’est la 3e fois qu’il se montre aux disciples. « 13 Jésus s’approcha, prit le pain et le leur donna, ainsi que le poisson. 14 C’était déjà la troisième fois que Jésus se manifestait à ses disciples, depuis qu’il était ressuscité d’entre les morts. 15 Après qu’ils eurent mangé, Jésus dit à Simon Pierre : Simon, fils de Jonas m’aimes-tu plus que (ne le font) ceux–ci ? Il lui répondit : Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit : Prends soin de mes agneaux ! 16 Il lui dit une seconde fois : Simon, fils de Jonas m’aimes–tu ? Pierre lui répondit : Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit : Sois le berger de mes brebis. 17 Il lui dit pour la troisième fois : Simon, fils de Jonas, m’aimes–tu ? Pierre fut attristé de ce qu’il lui avait dit pour la troisième fois : M’aimes–tu ? et il lui répondit : Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t’aime. Jésus lui dit : Prends soin de mes brebis. 18 En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais plus jeune, tu attachais toi–même ton vêtement et tu allais où tu voulais ; mais quand tu seras vieux, tu étendras tes mains, et un autre te l’attachera et te mènera où tu ne voudras pas. 19 Il dit cela pour indiquer par quelle mort Pierre glorifierait Dieu. Après avoir ainsi parlé, il lui dit : Suis–moi. » (Jn 21.13-19) En fait, c’est peut-être l’une des histoires les plus encourageantes du Nouveau Testament. Car il n’existe pas de chute plus terrible que celle de Pierre. Mais il n’existe pas non plus de rétablissement plus spectaculaire :
  • Pierre doit modérer la réalité de son amour, certes, et reconnaître qu’il aime Jésus petitement…
  • Pierre doit compter que la grâce l’a non seulement couvert, mais rétabli.
  • Pierre peut même être serein : un jour, il donnera sa vie pour Christ. Il passera le test ! Ce qui se produisit d’ailleurs – il mourra crucifié, la tête en bas, sous Néron, après avoir vu sa femme périr de la sorte… Matthieu tisse l’histoire de deux pécheurs : celle de Judas, et celle de Pierre.
  • Celle de Judas se termine par le remords et le suicide, celle de Pierre par la repentance et un service renouvelé pour le Seigneur.
  • Judas est le symbole de ces pécheurs qui regrettent mais ne viennent pas à la croix. Pierre est l’image de ces pécheurs qui demeurent conscients de la grâce.

Conclusion

Il y a plusieurs leçons dans cette histoire. Toutes pertinentes. Certainement pertinentes pour tous.

  1. Notre force n’est jamais acquise
    Quelque temps auparavant, Jésus avait prévenu Pierre : « 30 … En vérité, je te le dis, aujourd’hui, cette nuit même, avant que le coq chante deux fois, toi tu me renieras trois fois. 31 Mais Pierre affirmait plus fort : Quand il me faudrait mourir avec toi, je ne te renierai point. Et tous disaient de même. » (Mc 14.30-31)
  • Remarquez bien que tous ont dit la même chose. Par ignorance.
  • Il y a des péchés où je me suis dit dans ma jeunesse : « ça, jamais ». Seulement pour réaliser des années plus tard que ce n’était pas aussi facile que ça.
  • Jésus parle ici de l’heure des ténèbres, l’heure où toutes les puissances démoniaques se sont déchaînées, et personne à part Christ n’était en capacité de faire face.
  • Éphésiens 6 parle du mauvais jour pour nous. Ne soyons pas aussi stupide de croire que nous pouvons faire face à tout… Pierre a voulu prouver qu’il serait plus fort que les autres, que l’annonce de Jésus pouvait être inversée. Il faut beaucoup beaucoup d’arrogance ou de bêtise pour dire à Jésus qu’il a tort…
  1. Le contexte peut se révéler mortel Je sais que ce point-ci est dangereux. Nous devons chacun prendre la responsabilité de nos actes sans jamais nous défausser sur le contexte, ni accuser autrui de nos actes – un peu comme en Genèse « c’est à cause de la femme que tu as mise à mes côté… »
  • En même temps, si Pierre était resté loin de la maison du souverain sacrificateur, ce ne serait pas arrivé.
  • Si tu luttes avec l’alcoolisme, tu ne vas pas prendre un apéro après le travail avec tes potes, parce que tu sais que c’est un mensonge : tu ne t’arrêteras pas avec un apéro. Tu changes d’amis si tu as l’habitude de t’abreuver d’amitié et d’alcool avec eux. Si tu luttes avec la colère tu identifies les points de déclenchements pour les éviter en amont. Si tu luttes avec la pornographie tu veilles à installer des filtres sur ton ordinateur…
  1. La solitude est un ennemi Quand je serai au ciel, j’aimerais bien demander à Jean où il était quand Pierre est tombé. Après tout, c’est Jean qui l’a fait rentrer. Est-ce qu’il a vu la scène ? Est-ce qu’il a tenté de dire à Pierre de partir ? Est-ce qu’il s’est distancié de lui ? Regardons Galates ensemble :
    « 1 Frères, si un homme vient à être surpris en quelque faute, vous qui êtes spirituels, redressez–le avec un esprit de douceur. Prends garde à toi–même, de peur que toi aussi, tu ne sois tenté. 2 Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez ainsi la loi du Christ. 3 Si quelqu’un pense être quelque chose, alors qu’il n’est rien, il s’illusionne lui–même. 4 Que chacun examine son œuvre propre, et alors il trouvera en lui seul, et non dans les autres, le sujet de se glorifier, 5 car chacun portera sa propre charge. » (Ga 6.1-5)
  • Il y a une vraie gloire d’être aux côtés d’un frère qui lutte. Non pour l’accabler, mais pour l’accompagner dans ses luttes, et l’aider à se relever.
  • Il est vrai que le péché doit être dénoncé, et que lorsqu’il n’y a pas repentance, il faut inviter d’autres à le rencontrer pour l’inviter à la repentance (Mt 18). Mais avec tout cela, et surtout en amont de tout cela, il doit y avoir le souci fraternel et réciproque de s’encourager à vivre dans la sainteté – ensemble.
  • Je crois au bienfait des groupes de croissance. Je crois au bien fait de se voir à 1 ou 2 frères ou 1 ou 2 sœurs pour prier ensemble, partager ses fardeaux…
  1. Le péché blesse Jésus avant tout.

    Lorsque David confesse son péché dans les psaumes 51 et 32, il s’exclame, « j’ai péché contre toi, contre toi seul ». Certes nous nous faisons du mal quand nous péchons les uns contre les autres. Mais en même temps, c’est avant tout notre Créateur que nous offensons. Je suppose que ce sera cela le plus dur lorsque nous passerons devant le tribunal de Christ – le tribunal des récompenses. Nous serons confrontés à nos actes non pas comme des transgressions (après tout, elles sont couvertes par le sang de Jésus) mais comme une agression directe à la face de notre Sauveur.
  2. Il existe un péché plus grave que de pécher, c’est celui de ne pas se relever.

    Le cri normal du cœur est comme celui de Jérémie 14.20 « Éternel, nous reconnaissons notre méchanceté, la faute de nos pères ; car nous avons péché contre toi ». Mais qu’est-ce qui se passe après ? Je lis un extrait de Piper, « le remède pour les pécheurs paralysés et les saints qui sont tombés » Dieu a fait l’essentiel du boulot en détruisant le désespoir, la futilité et la lâcheté. Il a livré son Fils à la torture et à la colère. Une vie parfaite, une mort parfaite et l’œuvre entière était terminée. Mais il y a des millions d’individus qui sont des ‘anesthésiés de l’espoir’ à cause de toutes les choses qu’ils ont faites contre Dieu et des terribles sentiments qui les accompagnent. Ils n’élèvent pas leur voix en défiance contre Dieu et sa vérité ; ils se rétractent et se sentent véritablement extérieurs. Ils ne renient pas Dieu consciemment ; ils se vautrent seulement dans la nourriture et les canapés. À part l’excitation périodique de l’expression sexuelle, du sport et du cinéma, la vie est ennuyeuse. Aucune passion pour le sens des choses. Pour beaucoup, il n’y a plus de passion du tout. Il existe une version chrétienne de ce schéma. Une décision a été prise de faire confiance à Christ. La pousse de l’espoir et de la joie s’est levée. La longue bataille contre le péché a commencé. Mais les défaites sont nombreuses et la plante commence à sécher. Le problème ne vient pas du doute ou des assauts de la persécution. Le problème ce sont les trop fréquentes chutes. Petit à petit, une perspective fatale s’installe : le combat est futile, il ne vaut pas la peine. […] Il est tellement remarquable que l’évangile biblique de la justification par la foi seule réponde aux trois échecs de la condition humaine : le désespoir des non-croyants, la sensation de la futilité qui vient de la chute, et la peur d’affirmer l’exclusivité du Christ. Pour les pécheurs anesthésiés et sans convictions, qui se sentent éloignés de tout espoir de piété, la Bible dit : « Quant à celui qui ne fait pas d’œuvre, mais croit en celui qui justifie l’impie, sa foi lui est comptée comme justice. » (Rm 4.5). Dieu justifie l’impie. Cette vérité brise la colonne du désespoir. […] au saint qui est tombé, qui sait qu’il s’est imposé les ténèbres et qui ressent la futilité de rechercher de l’espoir dans un juge accusateur, la Bible donne un exemple choquant d’une culpabilité courageuse. Elle présente un prophète qui a échoué, devant un Dieu juste qui fronce les sourcils et qui porte son jugement avec courage et cœur brisé simultanément. « 8 Ne te réjouis pas à mon sujet, mon ennemie ! Car si je tombe, je me relève ; Si je suis assise dans les ténèbres, l’Éternel est ma lumière. 9 Je supporterai la colère de l’Éternel, Puisque j’ai péché contre lui, Jusqu’à ce qu’il défende ma cause et me fasse droit ; Il me fera sortir à la lumière, Et je contemplerai sa justice. » (Mi 7.8-9). Voilà une contrition courageuse. Un saint est tombé. Les ténèbres de l’indignation de Dieu sont tombées sur lui. Il ne l’ignore pas mais il attend. Et il se place résolument devant ses accusateurs, avec la confiance que ce juge courroucé plaidera lui-même sa cause pour exécuter sa justice, mais non pas contre lui. C’est l’application de la justification au saint qui est tombé. Cœur brisé, culpabilité courageuse! […] Accueillez comme votre trésor le cadeau de la justification. Il n’y a aucun lieu de votre vie où cela ne sera pas précieux au-delà de toute mesure. Le péché est grave. Il ne faudrait pas développer des tendances antinomiennes (c’est-à-dire contre toute loi morale sous prétexte qu’on est sous la grâce.). Il ne faudrait pas non plus développer des tendances légalistes (ou le jugement tombe vite sur les pécheurs qui violent les commandements)… L’équilibre c’est la transparence. La transparence d’une vie dans la lumière devant le Seigneur, dans l’humilité d’une confession fraternelle, dans l’encouragement des uns et des autres… Il faut reconnaître que nos adversaires (la chair, le monde et le diable) poussent durement pour ruiner nos vies, notre image auprès des autres. Il faut nous encourager à la pratique de l’encouragement franc. Justus et pecator.