Le procès romain de Jésus (Matthieu 27.11-26)
Devant Pilate, Jésus semble être l’accusé. En réalité, ce procès révèle le cœur de tous ceux qui l’entourent : les religieux, la foule, Hérode, Pilate… et nous avec eux. Le Roi est traité comme un criminel, le juste prend la place du coupable, et l’injustice humaine devient le lieu où Dieu accomplit le salut.
- Jésus, entre menace et amour (Matthieu 26.1-13)
- Et Judas entre en scène (Mattieu 26.14-25)
- Jesus, la nouvelle Pâque (Matthieu 26.26-35)
- L’ultime tentation (Matthieu 26.36-46)
- Jésus est trahi (Matthieu 26.47-56)
- Jésus est jugé (Matthieu 26.57-68)
- Jésus est renié (Matthieu 26.69-75)
- Le suicide de Judas (Matthieu 27.1-10)
Transcription
Introduction
Pilate…
Jésus est renvoyé devant Pilate pour qu’il autorise la mise à mort décidée par le sanhédrin. Pilate est né à Lyon en 10 avant Jésus-Christ.
En 26 après Jésus-Christ, l’empereur Tibère César l’envoie à Jérusalem pour établir le règne de Rome sur la ville et la population. Il portera le titre officiel de préfet ou procurateur.
La garnison romaine est à Césarée, depuis l’an 6 après Jésus-Christ, suite à l’union des provinces de Judée et de Samarie. C’est d’ailleurs là qu’on a retrouvé en 1961 une inscription spectaculaire, car elle mentionne le nom et le titre de Pilate.
Caïphe. Pierre. Judas. Pilate. Hérode. Toutes ces personnes se positionnent autour de Jésus et révèlent leur cœur…
Lecture : Matthieu 27.11-26
Jésus comparut devant le gouverneur. Le gouverneur l’interrogea en ces termes : Es-tu le roi des Juifs ? Jésus lui répondit : Tu le dis. Mais il ne répondit rien aux accusations des principaux sacrificateurs et des anciens. Alors Pilate lui dit : N’entends-tu pas tout ce dont ils t’accusent ? Et Jésus ne lui donna de réponse sur aucun point, ce qui étonna beaucoup le gouverneur.
À chaque fête, le gouverneur avait coutume de relâcher un prisonnier, celui que demandait la foule. Ils avaient alors un prisonnier fameux nommé Barabbas. Comme ils étaient assemblés, Pilate leur dit : Lequel voulez-vous que je vous relâche, Barabbas, ou Jésus appelé le Christ ? Car il savait que c’était par jalousie qu’ils avaient livré Jésus.
Pendant qu’il siégeait au tribunal, sa femme lui fit dire : Ne te mêle pas de l’affaire de ce juste, car aujourd’hui j’ai beaucoup souffert en songe à cause de lui. Les principaux sacrificateurs et les anciens persuadèrent la foule de demander Barabbas et de faire périr Jésus.
Le gouverneur prit la parole et leur dit : Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche ? Ils répondirent : Barabbas. Pilate leur dit : Que ferai-je donc de Jésus, appelé le Christ ? Tous répondirent : Qu’il soit crucifié ! Le gouverneur dit : Mais quel mal a-t-il fait ? Et ils crièrent encore plus fort : Qu’il soit crucifié !
Pilate, voyant qu’il ne gagnait rien, mais que le tumulte augmentait, prit de l’eau, se lava les mains en présence de la foule et dit : Je suis innocent du sang de ce juste. Cela vous regarde. Et tout le peuple répondit : Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! Alors Pilate leur relâcha Barabbas ; et après avoir fait flageller Jésus, il le livra pour être crucifié.
L’ironie de l’accusation : un « roi » (Mt 27.11-14)
Jésus comparut devant le gouverneur. Le gouverneur l’interrogea en ces termes : Es-tu le roi des Juifs ? Jésus lui répondit : Tu le dis. Mais il ne répondit rien aux accusations des principaux sacrificateurs et des anciens. Alors Pilate lui dit : N’entends-tu pas tout ce dont ils t’accusent ? Et Jésus ne lui donna de réponse sur aucun point, ce qui étonna beaucoup le gouverneur.
Il doit être peu avant 6 h du matin (Jn 19.14) et Jésus rencontre Pilate. Ils ont besoin de la condamnation prononcée par Pilate, parce qu’alors les prêtres et les scribes pourront toujours dire que Jésus a été condamné d’une double condamnation : celle du sanhédrin et celle de Rome. De quoi prouver que Jésus était vraiment condamné à juste titre.
Ils n’ont pas eu de scrupules à tuer Étienne (Ac 6) ni à tenter de tuer Paul quelques années plus tard (Ac 23).
Mais ils ne voulaient pas que le meurtre de Jésus soit le fruit d’une foule déchaînée. La popularité de Jésus exigeait que cela suive un processus légal.
Alors ils le conduisent auprès de Pilate. Avec les autres Évangiles, une image plus complète émerge de la situation. D’abord avec Jean 18 :
De chez Caïphe, ils emmenèrent Jésus au prétoire : c’était le matin. Ils n’entrèrent pas eux-mêmes dans le prétoire, afin de ne pas se souiller et de pouvoir manger la Pâque. Pilate sortit donc pour aller vers eux et dit : Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? Ils lui répondirent : Si ce n’était pas un malfaiteur, nous ne te l’aurions pas livré.
C’est sidérant. Ils n’entrent pas chez un païen parce qu’ils estiment qu’ils seraient contaminés et qu’ils deviendraient impurs à son contact — mais ils ne se posent pas la question de la pureté d’un procès à charge, bâclé et injuste !
Non seulement leur sens des priorités religieuses est terriblement faussé, mais en plus ils se moquent du discernement de Pilate : « si ce n’était pas un malfaiteur, nous ne te l’aurions pas livré. » De quel droit, Pilate, remets-tu en question notre jugement ?!
Luc nous apprend l’accusation qui est portée devant Pilate, au chapitre 23.1 :
Ils se levèrent tous ensemble et conduisirent Jésus devant Pilate. Ils se mirent à l’accuser, en disant : Nous avons trouvé celui-ci qui incitait notre nation à la révolte, empêchait de payer l’impôt à César, et se disait lui-même Christ, roi. Pilate l’interrogea en ces termes : Es-tu le roi des Juifs ? Jésus lui répondit : Tu le dis.
C’est choquant, l’accusation a changé, n’est-ce pas ?! Le sanhédrin a condamné Jésus pour blasphème. Seulement les responsables juifs savent qu’ils n’obtiendront pas de condamnation à mort pour un blasphème.
Alors ils l’accusent de sédition. Généralement, les Romains réagissaient assez durement à ce qui menaçait la paix romaine, à ce qui menaçait le gouvernement romain.
S’ils arrivent à le convaincre que Jésus est une menace pour le règne de César, alors c’est gagné pour eux.
Seulement Pilate sait très bien ce qui se passe. Nul doute qu’il a entendu parler de son entrée triomphale à Jérusalem. Il sait que cela n’a généré aucun trouble à l’ordre public. Il sait que Jésus a humilié les prêtres en dénonçant leur commerce au Temple. Il sait aussi que les Juifs le détestaient, lui, Pilate, pour sa cruauté. Jamais ils ne lui présenteraient quelqu’un qui serait une menace contre Rome ! Ce serait plutôt l’inverse ! Si vraiment Jésus était une menace pour Rome, alors les responsables de la nation d’Israël feraient tout pour le protéger ! Toujours en Jean 18, nous lisons :
Pilate rentra dans le prétoire, appela Jésus et lui dit : Es-tu le roi des Juifs ? Jésus répondit : Est-ce de toi-même que tu dis cela, ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ? Pilate répondit : Moi, suis-je donc Juif ? Ta nation et les principaux sacrificateurs t’ont livré à moi ; qu’as-tu fait ? Jésus répondit : Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu pour moi, afin que je ne sois pas livré aux Juifs ; mais maintenant, mon royaume n’est pas d’ici-bas. Pilate lui dit : Tu es donc roi ? Jésus répondit : Tu le dis : je suis roi. Voici pourquoi je suis né et voici pourquoi je suis venu dans le monde : pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. Pilate lui dit : Qu’est-ce que la vérité ? Après avoir dit cela, il sortit de nouveau pour aller vers les Juifs et leur dit : Moi, je ne trouve aucun motif de condamnation en lui.
— Jean 18.33-38
Ses soldats lui ont peut-être même rappelé son intervention pour guérir l’un de ceux qui l’ont arrêté. On lui a peut-être rapporté que Jésus avait dit qu’en aucun cas la violence ne ferait partie de son programme, et que celui qui prendrait l’épée périrait par l’épée. Écoutez bien le verdict de cette première audience : « Moi, je ne trouve aucun motif de condamnation en lui » (Jn 18.38).
Mais il a un problème : l’insistance de l’establishment religieux et politique qui veut la peau de cet homme… Luc nous rapporte : « Mais ils insistèrent et dirent : Il soulève le peuple, en enseignant dans toute la Judée, depuis la Galilée où il a commencé, jusqu’ici » (Lc 23.5).
Voilà la solution ! Pilate réalise qu’il peut peut-être se débarrasser de Jésus quand il apprend qu’il vient de Galilée. Sur ce territoire règne le fils d’Hérode le Grand, Hérode le Tétrarque. Le vrai pouvoir, et notamment le pouvoir juridique et militaire, c’était Rome. Mais Rome avait mis en vente quelques titres pompeux. Ceux qui les avaient acquis étaient plutôt des roitelets, au pouvoir limité, mais qui amassaient de grandes fortunes et qui pouvaient parfois servir la cause de Rome…
Hérode le Tétrarque
Il n’est pas juif (fils d’Hérode et de Malthace, une Samaritaine). Il a été élevé à Rome et reçut de son père la Galilée et la Pérée. Il s’éprit de sa belle-sœur, Hérodias, dont il devint l’époux. C’est la fille d’Hérodias qui réclama la tête de Jean-Baptiste !
Jésus parle de lui comme d’un renard (Lc 13.31-32) et met en garde contre son influence (Mc 8.15).
Jésus fut confronté à Hérode qui était à Jérusalem pour les fêtes. Mais Jésus ne lui dit rien.
Quand Pilate entendit cela, il demanda si cet homme était Galiléen ; ayant appris qu’il relevait de l’autorité d’Hérode, il le renvoya à Hérode qui se trouvait aussi à Jérusalem en ces jours-là. Lorsqu’Hérode vit Jésus, il en eut une grande joie, car depuis quelque temps il désirait le voir à cause de ce qu’il avait entendu dire de lui, et il espérait lui voir faire quelque miracle. Il l’interrogea assez longuement, mais Jésus ne lui répondit rien. Les principaux sacrificateurs et les scribes étaient là et l’accusaient avec véhémence. Hérode, avec ses gardes, le traita avec mépris ; et après s’être moqué de lui et l’avoir revêtu d’un habit éclatant, il le renvoya à Pilate. Ce jour même, Pilate et Hérode devinrent amis, d’ennemis qu’ils étaient auparavant.
— Luc 23.6-12
Flavius Josèphe (Ant. 18.7) nous apprend que l’accusation de complot avec les Parthes valut à Hérode d’être banni à Lyon en 39 après Jésus-Christ, mais qu’il serait finalement mort en Espagne.
Tout ceci est ironique. Le sanhédrin condamne Jésus pour blasphème parce qu’il confirme qu’il est le Messie. Pilate condamne Jésus parce qu’il est roi, roi d’un autre royaume, qui ne prend pas les armes pour le faire descendre sur terre… Normalement, on ne condamne pas à mort un roi… On le vénère… C’est tout le thème de Matthieu qui est résumé au verset 11 : « Es-tu le roi des Juifs ? Tu le dis. »
L’ironie de la substitution : un « criminel » (Mt 27.15-23)
À chaque fête, le gouverneur avait coutume de relâcher un prisonnier, celui que demandait la foule. Ils avaient alors un prisonnier fameux nommé Barabbas. Comme ils étaient assemblés, Pilate leur dit : Lequel voulez-vous que je vous relâche, Barabbas, ou Jésus appelé le Christ ? Car il savait que c’était par jalousie qu’ils avaient livré Jésus.
Pendant qu’il siégeait au tribunal, sa femme lui fit dire : Ne te mêle pas de l’affaire de ce juste, car aujourd’hui j’ai beaucoup souffert en songe à cause de lui. Les principaux sacrificateurs et les anciens persuadèrent la foule de demander Barabbas et de faire périr Jésus.
Le gouverneur prit la parole et leur dit : Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche ? Ils répondirent : Barabbas. Pilate leur dit : Que ferai-je donc de Jésus, appelé le Christ ? Tous répondirent : Qu’il soit crucifié ! Le gouverneur dit : Mais quel mal a-t-il fait ? Et ils crièrent encore plus fort : Qu’il soit crucifié !
La coutume des armistices est assez répandue. Dans cette région et à cette époque, c’était à Pâque. Rome avait arrêté trois hommes et s’apprêtait à les crucifier. L’un d’entre eux était célèbre. Barabbas. On ne sait pas grand-chose de lui. Son nom pourrait laisser penser qu’il était le fils d’un rabbin connu, mais ce n’est qu’une conjecture.
Les autres Évangiles décrivent un leader de l’insurrection contre Rome. Probablement un zélote, on dirait aujourd’hui un guérillero, ou encore un terroriste.
Pilate sait que Jésus est là par jalousie (Mt 27.18). Il connaît aussi la popularité de Jésus auprès des foules. Il est probable qu’il misait sur une expression de sympathie. Il se dit que cette coutume allait le sortir d’affaires. Alors il lance à la foule cette requête : « Lequel voulez-vous que je vous relâche ? »
Théoriquement, la gestion de la foule en faveur de Jésus aurait dû être spontanée ou au moins facile… Mais voilà que Pilate est interrompu par sa propre femme.
Imaginez un juge actuel qui siège à son tribunal. On n’imagine pas que sa femme puisse accéder à son mari en plein milieu d’un procès. Il faudrait quelque chose d’extrêmement grave pour qu’une femme ose interrompre un procès en cours.
Il en était de même à l’époque. Pourtant, la femme de Pilate est tourmentée : elle a rêvé de Jésus et elle comprend qu’il est juste. Elle sait que l’avenir de son mari se joue là. Alors elle fait appeler son mari…
Cette interruption sauve le complot : ça leur donne le temps nécessaire pour retourner la foule, pour menacer ceux qui diraient autrement.
Et la foule qui a crié « Hosanna ! » une semaine avant crie maintenant « Qu’il soit crucifié ! ». Entre le choix du sanhédrin et le choix de Pilate, la foule va du côté du sanhédrin…
Pilate ne se montre pas très fin dans cette histoire. Il est le représentant de Rome et le garant de la justice romaine. Et quand on est dans cette position, on dit la loi. On ne fait pas voter la loi ! Et en même temps, sa question est la plus pertinente de toutes : « Que ferai-je de Jésus ? » Tous les hommes de tout temps doivent répondre à cette question.
Ce que je fais de Jésus conditionne mon rapport éternel avec Dieu.
J’espère que vous avez très présent à l’esprit le contraste entre Pierre et Judas. Deux hommes qui ont gravement péché. Deux hommes qui ont regretté et pleuré sur leurs actes. Mais l’un s’est repenti et l’autre n’a eu que des remords. L’un a fait de Jésus son Sauveur. L’autre son juge. L’un a été pardonné, l’autre condamné et porte à jamais le titre de « fils de perdition ».
C’est ironique, je trouve, que Jésus soit condamné à la place d’un criminel. Lui, le juste, meure à la place d’un criminel. Mais cette histoire illustre à la perfection ce qu’Ésaïe avait annoncé :
Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait sa propre voie ; et l’Éternel a fait retomber sur lui la faute de nous tous.
Il a été maltraité, il s’est humilié et n’a pas ouvert la bouche, semblable à l’agneau qu’on mène à la boucherie, à une brebis muette devant ceux qui la tondent ; il n’a pas ouvert la bouche.
Il a été emporté par la violence et le jugement ; dans sa génération, qui s’est soucié de ce qu’il était retranché de la terre des vivants, à cause des crimes de mon peuple, de la plaie qui les avait atteints ?
— Ésaïe 53.6-8
L’ironie de la condamnation : un « juste » (Mt 27.24-26)
Pilate, voyant qu’il ne gagnait rien, mais que le tumulte augmentait, prit de l’eau, se lava les mains en présence de la foule et dit : Je suis innocent du sang de ce juste. Cela vous regarde. Et tout le peuple répondit : Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! Alors Pilate leur relâcha Barabbas ; et après avoir fait flageller Jésus, il le livra pour être crucifié.
— Matthieu 27.24-26
Le procès romain de Jésus se termine de façon invraisemblable. Pilate réalise qu’il est en train de perdre ce procès, et que très vite la foule en colère peut devenir instable et susciter une rébellion… La pression augmente énormément sur Pilate. Jean 19.12 nous informe que le sanhédrin sort son joker : « Dès ce moment, Pilate cherchait à le relâcher. Mais les Juifs crièrent : Si tu le relâches, tu n’es pas ami de César. Quiconque se fait roi se déclare contre César » (Jn 19.12).
Sa carrière est particulièrement terrible… L’histoire séculière nous apprend que c’était un homme de petit caractère, cruel et plutôt incapable :
Dès son arrivée, il introduisit à Jérusalem des étendards portant l’effigie de l’empereur. Au matin, le peuple juif était si horrifié de ce sacrilège qu’il se rassembla comme un seul homme pour supplier Pilate de retirer de telles images. Pendant 5 jours et 5 nuits, ils restèrent prosternés. Pilate convoqua le peuple et donna l’ordre à ses soldats de se tenir prêts. Il menaça les insurgés de les égorger s’ils ne se retiraient pas… Tous tendirent le cou… Pilate donna alors l’ordre de retirer les images. Ce fut une défaite politique monumentale.
Un peu plus tard, il vola dans les coffres du Temple l’argent nécessaire à la construction d’un aqueduc à Jérusalem. Ayant anticipé la révolte, il plaça des soldats en civil qui utilisèrent des gourdins, en en tuant plusieurs et lançant une panique qui causa la mort de centaines de personnes. Pilate se fit détester.
Pilate fit suspendre des boucliers d’or, couverts d’inscriptions idolâtres adressées à Tibère dans le palais d’Hérode. Le peuple supplia en vain Pilate de les enlever. Les notables de Jérusalem envoyèrent alors une pétition à Tibère, qui ordonna au procurateur de ramener les boucliers à Césarée (Philon, Légat. ad Gaïum, 38).
Luc nous rapporte à quel point sa manière de gouverner était malsaine : « En ce temps-là, quelques personnes vinrent lui raconter ce qui était arrivé à des Galiléens dont Pilate avait mêlé le sang avec celui de leurs sacrifices » (Lc 13.1).
« Une lettre d’Agrippa I, que cite Philon, présente Pilate comme un homme de caractère inflexible, aussi impitoyable qu’obstiné. Agrippa craint que les Juifs ne se plaignent de Pilate auprès de l’empereur, l’accusant de corruption, de violences, d’outrages au peuple, de cruauté, de continuelles exécutions sans jugement préalable, d’atrocités inutiles » (Dictionnaire biblique Emmaüs).
Finalement, les capacités d’un homme ne seront jamais que la somme de ses décisions passées : confronté au chantage des responsables religieux, il sait qu’il est coincé. Il a fait couler trop de sang innocent et il est placé sur un siège éjectable. La moindre plainte nouvelle et c’est la fin. C’est d’ailleurs ce qui se passera plus tard… Un massacre inutile de chercheurs de trésors du tabernacle sur le mont Garizim fut dénoncé auprès du légat de Syrie, Vitellius (le chef de la région). Ce dernier démit Pilate de ses fonctions et exigea qu’il se justifie devant l’empereur. Arrivé à Rome après la mort de l’empereur Tibère, il se serait retiré en France et se serait suicidé à Vienne, non loin de son lieu de naissance…
Voyez-vous, dans ces moments de crise qui définissent une vie, on ne sera jamais que la somme de nos décisions passées. Le comportement injuste et violent de Pilate le poursuit. Et là où il voudrait faire preuve d’un sursaut de justice, du maintien d’un certain ordre moral, il en est incapable. Parce qu’il est lié par son passé. Quelle leçon. Quelle mise en garde. Le chemin des compromis n’a pas toujours de garde-fou. Une fois qu’on y chemine, il n’est pas dit qu’on puisse faire marche arrière.
Le simulacre d’innocence de Pilate est inacceptable. Il est, lui, le seul garant de la justice de la loi romaine. Il a, lui, la responsabilité de libérer les justes et de condamner les méchants. Il aurait dû accomplir toute justice. On ne dit pas « je suis innocent du sang de ce juste » quand on est un juge. On est responsable du sang des hommes qu’on juge…
Pilate ne prend pas ses responsabilités. Le sanhédrin a été profondément injuste envers Jésus. Pilate a été profondément injuste envers Jésus. Vous savez pourquoi ? Parce que toutes les nations de la terre se sont unies contre le Messie, selon ce que le Psaume 2 annonçait.
Le peuple juif a beaucoup souffert de ce verset : « Et tout le peuple répondit : Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! »
C’est devenu le fer de lance de l’antisémitisme soi-disant chrétien. On a même parlé du peuple juif comme étant le peuple déicide — c’est-à-dire du peuple qui avait tué Dieu. Certains ont cru lire dans ce verset qu’il était justifié de venger le sang du Christ en répandant le sang des Juifs.
L’expression est connue dans l’Ancien Testament (2S 1.16, 3.28) comme dans le Nouveau Testament (Ac 18.6, 20.26) pour signifier qu’on prend ou qu’on se décharge personnellement de la responsabilité d’un meurtre ou d’un jugement. Matthieu souligne ici que le peuple juif de cette époque endosse pleinement ce choix.
La nation juive va tomber quelques années plus tard, en 70 après Jésus-Christ.
Le peuple d’alors connaîtra des malheurs terribles qui sont probablement le fruit de ce rejet du Messie. Mais ce verset n’est en aucun cas la justification d’une violence à accomplir sur les Juifs.
Ézéchiel 18 nous apprend que jamais les enfants ne payent la culpabilité des parents. Chacun est responsable de son propre péché — et c’est bien suffisant.
Pilate rend son verdict. « Alors Pilate leur relâcha Barabbas ; et après avoir fait flageller Jésus, il le livra pour être crucifié. »
La passion de notre Seigneur Jésus commence. Lui le juste. Lui le Roi. Lui le Messie. Lui le Créateur. Lui la Parole. Lui le premier Consolateur. Lui le Lion de Juda. Lui l’Agneau immolé dont le sacrifice commence.
La flagellation chez les Juifs était limitée à 39 coups. Chez les Romains, il n’y avait que la limite de la force des soldats. Les récits qui décrivent cette punition sont nombreux. Flavius Josèphe, Eusèbe de Césarée rapportent des scènes difficiles à lire.
Le condamné était dévêtu et attaché à un pilier.
Le fouet, flagellum, était composé de lanières de cuir serties de pierres ou de morceaux d’os plaqués de plomb. Chaque coup enfonçait les pierres ou les morceaux de métal dans la chair. Chaque fois qu’on retirait le fouet, les lanières emportaient les morceaux de chair.
On frappait le dos de la victime, parfois deux soldats de part et d’autre du condamné administraient la sentence.
Les soldats avaient le choix d’étaler leurs coups sur l’ensemble du dos. C’était moins douloureux parce que les coups entamaient la chair moins profondément. Ou bien ils se concentraient sur une région du dos.
Il n’était pas rare que les coups entament la chair très profondément. Jusqu’à ce que soient exposés les tendons, les os, voire même les organes intérieurs.
Administrée en tant qu’unique punition, la flagellation pouvait facilement conduire à la mort.
Le volume de sang perdu est important. La pression sanguine descend. Le choc physiologique est inimaginable, à la limite de la syncope. Jésus est dévoré par la soif, car son corps appelle à compenser cette baisse de tension.
On place un manteau de pourpre, couleur de royauté, sur son dos. Il coagule plus facilement et le saignement s’arrête un peu. Jusqu’à ce qu’on le lui arrache bientôt. Des ronces feront bientôt saigner le cuir chevelu.
Conclusion
Qu’est-ce qui se passe, en fait ?
Le rejet des hommes se traduit par une violence inouïe. Violence qu’on comprend mieux quand il s’agit de se venger d’un dictateur. On n’est que moyennement ému du sort de Mussolini. On n’est pas fondamentalement triste de la fin de Hitler. Mais de Jésus ? Pourquoi ces hommes-là sont-ils tellement remplis de haine ?
C’est l’heure des ténèbres. Une fièvre démoniaque saisit tout ce monde.
C’est l’heure de la protection. Jésus est trop lumineux.
Et voici le jugement : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont aimé les ténèbres plus que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. (Jn 3.19)
C’est l’heure du transfert : Jésus est Dieu le Fils. Il est d’une façon toute particulière ici le Fils de l’homme, celui qui incarne l’homme et qui reçoit le péché de l’humanité. Dieu le Père entame un jugement voulu de toute éternité : celui du mal. Jésus devient péché pour nous (2Co 5.21). Il est nécessaire que le Père le condamne, pour les fautes de tous les hommes de tous les temps. Jésus commence à boire la coupe qu’il aurait voulu éviter à Gethsémané. La coupe de la colère de Dieu tombe… Il accepte d’être un bouc émissaire. Lui le juste pour des injustes.

