Jésus est jugé (Matthieu 26.57-68)
Dans cette sixième prédication sur les chapitres 26 à 28 de Matthieu, nous nous penchons sur le jugement de Christ. Nous verrons que le traitement qui lui a été infligé n’était pas seulement injustifié, mais aussi en totale contradiction avec le système judiciaire des autorités religieuses juives de l’époque. Le sort particulier de notre Seigneur nous révèle la miséricorde infinie de Dieu, mais aussi la colère réservée à ceux qui n’auront fait aucun cas de lui.
Dans la même série :
- Jésus, entre menace et amour (Matthieu 26.1-13)
- Et Judas entre en scène (Mattieu 26.14-25)
- Jesus, la nouvelle Pâque (Matthieu 26.26-35)
- L’ultime tentation (Matthieu 26.36-46)
- Jésus est trahi (Matthieu 26.47-56)
- Jésus est jugé (Matthieu 26.57-68)
Version écrite de la prédication
Introduction
La notion de justice
Comment reconnaître un voleur ? Nous sommes au milieu du 19e siècle. À l’hôtel de Police de Paris, on amène un vieil homme qui porte un bijou volé. Il dit l’avoir pris pour payer les soins à sa femme malade qu’il a laissé dans un hôtel. Il dit venir de la campagne, et qu’il n’arrive plus à se rappeler dans quel hôtel il l’a déposé.
Les policiers ont le cœur attendri. Sauf un ! Il s’appelle Alphonse Bertillon et il l’accuse d’être menteur et voleur. M. Bertillon choque ses collègues qui lui demandent d’apporter des preuves. À cette époque on ne savait pas que les empreintes digitales étaient uniques aux individus, et l’identification des individus était difficile.
Bertillon le fait passer dans son bureau et commence à mesurer la taille de son index, de son front, de sa tête. Son assistant trie rapidement tout un tas de cartes de références. Le vieil homme supplie les policiers de le croire. Ils sont embarrassés et souhaitent que Bertillon cesse ces mesures humiliantes. Une carte pourtant contenait toutes les mesures de cet homme. Bertillon lui dit : « tu n’es pas un fermier, tu n’as pas de femme malade, mais tu es un voleur dont j’ai déjà pris les mesures. »
Alphonse Bertillon est le héros fondateur de la police scientifique — et c’est un français !
Quand nous étions aux États-Unis, nous avons rencontré un homme faussement accusé par sa femme d’attouchements sur leurs enfants. Par une machination machiavélique, elle réussit à le faire condamner à 15 ans de prison — et personne ici n’aimerait être victime d’une telle injustice.
On aime la justice ! Les victimes apprécient qu’un criminel soit condamné — et les criminels apprécient qu’ils ne soient pas lynchés en public par une foule en colère.
On doit beaucoup à la Loi de Moïse pour donner un sens de justice. Que ce soit par les 10 commandements ou que ce soit par les précisions apportées dans le Deutéronome sur les procédures à suivre :
- Les magistrats sont invités à une éthique irréprochable : 18 Tu établiras pour toi des juges et des magistrats dans toutes les villes que l’Éternel, ton Dieu, te donne, selon tes tribus ; ils jugeront le peuple avec justice.19 Tu ne porteras pas atteinte au droit, tu n’auras pas égard à l’apparence des personnes et tu ne recevras pas de présent, car les présents aveuglent les yeux des sages et pervertissent les paroles des justes. (Dt 16.18-19)
- Il devait y avoir plusieurs témoins, et de haute facture morale, et un faux témoin s’exposait à la peine qu’il souhaitait donner à autrui « 15 Un seul témoin ne suffira pas contre un homme pour constater une faute, un forfait, un péché quelconque qu’on peut commettre ; un fait ne pourra s’établir que sur la déposition de deux ou de trois témoins. 16 Lorsqu’un témoin à charge se dressera contre quelqu’un pour l’accuser d’un crime, 17 les deux hommes en contestation se tiendront devant l’Éternel, devant les sacrificateurs et les juges en fonction ces jours-là. 18 Les juges feront une enquête sérieuse. Le témoin est-il un faux témoin, a-t-il fait contre son frère une fausse déposition, 19 alors vous le traiterez comme il avait dessein de traiter son frère. Tu extirperas ainsi le mal du milieu de toi. 20 Les autres l’apprendront et auront de la crainte, et l’on ne commettra plus un acte aussi criminel au milieu de toi. » (Deutéronome 19.15-20)
- Et dans les cas de peines de mort, la Bible favorise une certaine réserve : « 6 Celui qui mérite la mort sera exécuté sur la déposition de deux ou de trois témoins ; il ne sera pas mis à mort sur la déposition d’un seul témoin. 7 La main des témoins se lèvera la première sur lui pour le faire mourir, et la main de tout le peuple ensuite. Tu extirperas ainsi le mal du milieu de toi. » (Deutéronome 17.6-11)
- Un faux témoin n’aurait pas seulement menti, mais il aurait en plus été coupable de meurtre ! Au fil du temps, le système judiciaire s’est profondément affiné en Israël : « La procédure juridique du Sanhédrin est décrite de manière vivante dans le traité Sanhédrin de la Michnah. Aucune preuve indirecte, aussi convaincante fût-elle, n’était admise. Dans les cas de peine capitale, la procédure favorisait tellement l’acquittement que selon l’opinion d’un tanna, le Sanhédrin qui prononçait une peine de mort tous les soixante-dix ans était considéré comme un ‘tribunal meurtrier’« (Dictionnaire Encyclopédique du Judaïsme, p. 922) :
- Les témoins ne devaient pas être des gens de mauvaises vies (les parieurs, ou les usuriers, etc.) Ils étaient interrogés longuement sur leur motivation avant de pouvoir témoigner.
- Dans le cas d’un procès criminel :
- Des 23 juges nécessaires, 11 voix suffisaient à acquitter ; il en fallait 13 pour condamnerLes juges ne pouvaient apporter de condamnation
- Le verdict ne pouvait être rendu de nuit, mais seulement de jour. S’ils n’étaient pas d’accord ce jour, ils devaient décider le lendemain.
- Le verdict de condamnation à mort ne pouvoir être rendu que le 3e jour, et en aucun cas la veille du sabbat ou d’un jour de congé officiel
- Les procès devaient commencer par la défense
- Les témoins étaient instruits que s’ils mentaient, ils mériteraient la même condamnation sur eux-mêmes comme sur tous leurs descendants.
- Sept questions étaient posées à l’accusé portant sur des informations précises (l’année, le mois, le jour, l’heure, etc.) S’il répondait « je ne sais pas », son témoignage était rejeté.
- Ils font venir le 1er témoin, puis le 2nd. Si leur témoignage est compatible, la parole est à la défense. Si la défense est convaincante, l’accusé peut être immédiatement acquitté. Si elle n’est pas convaincante, le verdict est reporté au lendemain. Les juges n’ont pas le droit de manger trop, et le vin leur est interdit. Ils sortent par deux et doivent discuter longtemps du cas.
- Si 11 juges condamnent l’accusé et que le 12e l’acquitte, il est acquitté. Un juge qui a acquitté la veille ne peut changer d’opinion, mais un juge qui a condamné la veille peut changer d’opinion.
- Lorsque la condamnation à mort était prononcée, le coupable devait être lapidé immédiatement, à l’extérieur de la ville. Mais un homme restait aux portes du tribunal, avec un drapeau à la main. Un 2e homme à cheval devait garder les yeux fixés sur le drapeau, à mi chemin du lieu d’exécution. Si une information survenait susceptible de modifier le jugement, le 1er homme devait lever le drapeau et le second devait galoper pour empêcher l’exécution et ramener le prévenu. Jusqu’à 4 ou 5 fois, pourvu que l’information soit suffisamment importante.
- Sur le lieu d’exécution, on prenait le modèle de Josué et d’Achan pour demander la confession du coupable, qui disait : « ma mort paye pour tous mes péchés » sauf s’il s’estime coupable et il dit alors « ma mort paye pour tous mes péchés exceptés celui-ci ».
- Il était mis à nu, puis lié et poussé dans un contrebas de plusieurs mètres. S’il n’était pas mort, le 1er témoin lui jetait une pierre, s’il n’était pas encore mort, le 2nd témoin lui jetait une pierre.
- Mais il fallait pendre les blasphémateurs, selon la loi, car ils avaient maudit le ciel.
Gardez ceci en tête alors que nous lisons le procès du Seigneur. Son procès révèle sa perfection morale, spirituelle…
Lecture : Matthieu 26.57-68
« 57 Ceux qui avaient saisi Jésus l’emmenèrent chez le souverain sacrificateur Caïphe où les scribes et les anciens s’assemblèrent. 58 Pierre le suivit de loin jusqu’à la cour du souverain sacrificateur, y entra et s’assit avec les gardes pour voir comment cela finirait. 59 Les principaux sacrificateurs et tout le sanhédrin cherchaient quelque faux témoignage contre Jésus, pour le faire mourir. 60 Mais ils n’en trouvèrent pas, quoique plusieurs faux témoins se soient présentés. Enfin il en vint deux qui dirent : 61 Celui-là a dit : Je puis détruire le temple de Dieu, et le rebâtir en trois jours. 62 Le souverain sacrificateur se leva et lui dit : Ne réponds-tu rien ? De quoi témoignent-ils contre toi ? 63 Jésus garda le silence. Et le souverain sacrificateur lui dit : Je t’adjure par le Dieu vivant, de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu. 64 Jésus lui répondit : Tu l’as dit. De plus je vous le déclare, vous verrez désormais le Fils de l’homme assis à la droite du Tout-Puissant et venant sur les nuées du ciel. 65 Alors le souverain sacrificateur déchira ses vêtements et dit : Il a blasphémé. Qu’avons-nous encore besoin de témoins ? Vous venez d’entendre son blasphème. Qu’en pensez-vous ? 66 Ils répondirent : Il est passible de mort. 67 Là-dessus, ils lui crachèrent au visage et lui donnèrent des coups de poing ; d’autres le giflèrent, en disant : 68 Christ, devine, dis-nous qui t’a frappé. »
L’assignation — illégale
57 Ceux qui avaient saisi Jésus l’emmenèrent chez le souverain sacrificateur Caïphe où les scribes et les anciens s’assemblèrent. 58 Pierre le suivit de loin jusqu’à la cour du souverain sacrificateur, y entra et s’assit avec les gardes pour voir comment cela finirait.
— Matthieu 26.57-58
Jésus est donc arrêté. Pour les responsables religieux, c’est une course contre la montre. Un véritable tour de force : pour réussir leur projet, ils doivent organiser deux procès : l’un selon les lois du Sanhédrin, l’autre selon les lois de l’Empire romain. Parce qu’à eux seuls, les Juifs n’avaient pas le droit d’administrer la peine capitale. Ils devaient obtenir l’aval de Pilate, et convaincre Rome que leur condamné méritait de mourir.
Nous sommes dans la nuit entre jeudi soir et vendredi matin. Il faut tout faire très vite, saisir Pilate à son réveil. Il faut donc que le procès du sanhédrin ait lieu de nuit. Ce qui empêchera tout soulèvement populaire. À personnage exceptionnel, procès exceptionnel !
Du jardin de Gethsémané, Jésus est conduit dans la propriété du souverain sacrificateur. Il y avait là un vieux renard. Matthieu n’en parle pas, mais la phase juive du procès de Jésus commence avec Anne, le beau-père de Caïphe. Il a été souverain sacrificateur pendant longtemps, si longtemps que les romains ont craint son pouvoir. Ils l’ont déposé et ont mis en place Caïphe, son gendre.
Pourquoi commencer avec Anne ? Ils ont besoin d’un peu de temps pour rassembler quelques membres du sanhédrin. Voyez-vous, ils ont besoin d’un vrai talent juridique et politique. Il faut trouver un juste moyen de condamner Jésus. Il faut trouver quelque chose pour l’attaquer. Voici ce que nous rapporte Jean :
« 19 Le souverain sacrificateur interrogea Jésus sur ses disciples et sur son enseignement. 20 Jésus lui répondit : J’ai parlé ouvertement au monde ; j’ai toujours enseigné dans la synagogue et dans le temple, où tous les Juifs s’assemblent, et je n’ai parlé de rien en secret. 21 Pourquoi m’interroges-tu ? Demande à ceux qui m’ont entendu de quoi je leur ai parlé ; voici qu’ils savent, eux, ce que moi j’ai dit. 22 A ces mots, un des gardes qui se trouvaient là donna une gifle à Jésus, en disant : Est-ce ainsi que tu réponds au souverain sacrificateur ? 23 Jésus lui répondit : Si j’ai mal parlé, prouve ce qu’il y a de mal ; et si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? 24 Alors Anne l’envoya lié à Caïphe, le souverain sacrificateur. »
— Jean 18.19-24
- On n’instruit pas un procès en demandant au présumé coupable de se condamner lui-même !
- On avance des témoins dignes de confiance pour accuser et pour défendre, et les juges jugent.
- Jésus au moins fait preuve d’une bonne connaissance du processus juridique légitime !
Les coups commencent. C’est l’échec pour Anne, qui ne peut que le présenter à son gendre sans rien avoir découvert à lui reprocher. Comme nous l’avons vu, c’est l’archétype du responsable politico- religieux frauduleux. J’aimerais vous dresser le portrait de cet homme :
- C’est un faux souverain sacrificateur — il ne fait pas partie de la lignée d’Aaron
- C’est un fin politique — il est en poste depuis 20 ans (alors que la moyenne=3 ans).
- C’est un opportuniste sans principe – C’est lui qui donne ce conseil : « Il est préférable qu’un seul homme meure pour le peuple ».
- C’est un escroc expert du commerce religieux — il est responsable de la vente des sacrifices, et souvent, ses sbires refusaient les animaux qui n’étaient pas achetés chez lui ; il est responsable des banques qui changent l’argent des autres pays. Il faut donc vous imaginer une grande propriété carrée, avec une cour intérieure. Il est vraisemblable que l’une des ailes était la propriété d’Anne, et les autres celle de Caïphe. Pendant qu’Anne tentait de trouver un chef d’accusation, un semblant de sanhédrin se rassemblait après de Caïphe. Je ne sais pas si vous avez jamais participé à un procès. Une fois dans sa vie, c’est à faire. Mais c’est impressionnant. Et si vous avez à témoigner, c’est encore plus bizarre. Vous vous retrouvez dans une pièce à part, isolé du procès en cours. Vous êtes avec tous les témoins. Il y a le clan de ceux qui veulent la peau du prévenu, et qui crient leur haine. Il y a le clan de ceux qui le défendent et qui doivent décider de répondre ou pas. Et puis on vous fait entrer. Vous êtes plus bas que les juges et les avocats. Et on vous demande de parler… Pourquoi ces précisions ? Parce que regardez ce qui suit… Pierre « pour voir comment ça finirait ». Alors laissez moi vous donner un conseil. N’entrez jamais quelque part où se trame un conflit « juste pour voir ». Ayez une bonne raison d’y être ou vous risquez d’être emporté par ce conflit… On verra l’exemple de Pierre plus en détail la semaine prochaine — c’est une source immense d’instruction sur la grâce. En tout cas, l’histoire de l’église montre que dans un temps de persécution, il ne faut jamais s’exposer en croyant qu’on honore Dieu et qu’on sera fort. Ceux qui ont tenu sont ceux qui ont été pris à cause de leur fidélité, et sans provocation de leur part…
L’audience — illégale
59 Les principaux sacrificateurs et tout le sanhédrin cherchaient quelque faux témoignage contre Jésus, pour le faire mourir. 60 Mais ils n’en trouvèrent pas, quoique plusieurs faux témoins se soient présentés. Enfin il en vint deux qui dirent : 61 Celui-là a dit : Je puis détruire le temple de Dieu, et le rebâtir en trois jours. 62 Le souverain sacrificateur se leva et lui dit : Ne réponds-tu rien ? De quoi témoignent-ils contre toi ? 63 Jésus garda le silence.
— Matthieu 26.59-63a
Le sanhédrin se compose de plus de 70 personnes (les prêtres principaux, les scribes et les anciens), plus le souverain sacrificateur. Il en fallait 23 pour que le quorum soit suffisant. Ce que Matthieu souligne c’est que le sanhédrin tenait une session officielle. Il y a avait là au moins 23 d’entre eux, et il fallait 13 voix pour le condamner.
Il faut s’imaginer toutes les puissances de l’enfer se déchaînant pour condamner Jésus. Toute l’intelligence satanique, toute la haine démoniaque — et le sanhédrin ne trouvent que des faux témoins. C’est-à-dire des gens qui se contredisent ! Le mensonge est facile à repérer lorsque deux personnes le profèrent ! Ils sont dans l’impossibilité de trouver un témoignage concordant !
Le sanhédrin a de toute façon décidé d’exécuter Jésus — il cherche simplement un motif qui puisse justifier une décision déjà prise.
Si je n’étais pas convaincu de la sainteté du Christ, ce serait suffisant de me convaincre de sa parfaite justice ! Si nous prenions n’importe quel français, si nous prenions n’importe quel pape, dalaï-lama, ou imam, et si nous faisions son procès, un procès public, enflammé par la haine, et conduit par tout ce que Satan a vu de ses personnes — je vous garantis que personne ne tiendrait droit dans ses bottes !
Personne n’est capable de révéler une faute en Jésus. Ni dans son enseignement, ni dans ses paroles. Il est le saint d’Israël cet homme ! Parfait, l’Agneau parfait ! Dans Jean 8.46 nous lisons : « Qui de vous me convaincra de péché ? Si je dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas ». Jésus est moralement parfait et il est parfait dans son enseignement.
Finalement, le sanhédrin trouve deux personnes, dont Actes 6.11 nous dit qu’ils furent soudoyés. Ces deux témoins tombent d’accord pour dire quelque chose de + ou – concordant : « Celui-là a dit : Je puis détruire le temple de Dieu, et le rebâtir en trois jours. » Marc 14 précise : « 58 Nous l’avons entendu dire : Je détruirai ce temple fait par la main de l’homme et en trois jours j’en bâtirai un autre qui ne sera pas fait par la main de l’homme. 59 Et même sur ce point-là, leurs témoignages ne concordaient pas. » (Marc 14.58-59)
Ils pensent avoir là le prétexte d’une condamnation à mort. Parce que ce Temple de Jérusalem a dans son centre un complexe appelé le lieu saint et le lieu très saint.
- Seuls les prêtres avaient accès au lieu saint et tous les jours ils alimentaient le chandelier, s’occupaient des pains de propositions, etc.
- Seul le souverain sacrificateur avait accès au lieu très saint une fois par an.
- Et toute personne qui entrait dans ces lieux pouvait être mise à mort sans procès, et surtout sans l’aide de Rome.
- Caïphe se dit peut-être qu’il est une menace au lieu saint, et que par là-même il mérite la mort. Bien entendu les propos de Jésus n’avaient pas cette signification.1
9 Jésus leur répondit : Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai. 20 Les Juifs dirent : Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce temple, et toi, en trois jours, tu le relèveras ! 21 Mais il parlait du temple de son corps. »
— Jean 2.19-21
Dans ces propos, Jésus nous dit qu’il est lui, le lieu de rencontre avec Dieu le Père. Il est lui le Temple. Il est lui le chemin, la vérité, la vie. Il est la porte. Il est l’intermédiaire. Il est le bon berger. Tout ceci se résume par cette affirmation : je suis, moi, le lieu de rencontre avec Dieu. Vous voulez connaître Dieu ? Venez à lui ! Vous voulez adorer Dieu ? Venez à lui !
Jésus ne répond rien. Devant l’injustice, le silence est parfois la meilleure réponse. « Il a été maltraité, il s’est humilié Et n’a pas ouvert la bouche, Semblable à l’agneau qu’on mène à la boucherie, A une brebis muette devant ceux qui la tondent ; Il n’a pas ouvert la bouche. » (Ésaïe 53.7)
Et en même temps, légalement, ce n’est pas à lui de répondre. On voit que l’audience est illégale en ce qu’on demande à l’accusé de se défendre et qu’il n’a pas le droit à l’assistance d’un témoin en sa faveur.
Le verdict — illégal
63 Et le souverain sacrificateur lui dit : Je t’adjure par le Dieu vivant, de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu. 64 Jésus lui répondit : Tu l’as dit. De plus je vous le déclare, vous verrez désormais le Fils de l’homme assis à la droite du Tout-Puissant et venant sur les nuées du ciel. 65 Alors le souverain sacrificateur déchira ses vêtements et dit : Il a blasphémé. Qu’avons-nous encore besoin de témoins ? Vous venez d’entendre son blasphème. Qu’en pensez-vous ? 66 Ils répondirent : Il est passible de mort.
— Matthieu 26.63b-66
Pour briser le silence du Christ, Caïphe utilise la forme du serment, ce qui légalement oblige Jésus à répondre. Caïphe joue une carte qu’il croit imparable : si Jésus ne répond rien — il désobéit à la procédure judiciaire. Si Jésus répond qu’il est le Messie, il est immédiatement défait, car aux yeux de Caïphe et de ses gens, le vrai messie ne se serait jamais laissé emprisonner, et ne serait en aucun cas dans cette vulnérabilité qu’ils méprisent.
Jésus accepte de répondre sous serment, et affirme la vérité : je suis effectivement, le Messie, le Fils de Dieu ! Hélas pour Caïphe, il ne saisit pas qu’en citant Psaumes 110 et Daniel 7, Jésus prépare aussi la suite de son ministère messianique. Aujourd’hui, il est celui qui meurt. Demain, il revient en gloire.
- « 1 De David. Psaume. Oracle de l’Éternel à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied. 2 L’Éternel étendra de Sion le sceptre de ta puissance : Domine au milieu de tes ennemis !» (Psaumes 110.1-2)
- « 13 Je regardais pendant mes visions nocturnes, Et voici que sur les nuées du ciel arriva comme un fils d’homme ; Il s’avança vers l’Ancien des jours, et on le fit approcher de lui. 14 On lui donna la domination, l’honneur et la royauté ; Et tous les peuples, les nations et les hommes de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle Qui ne passera pas, Et sa royauté ne sera jamais détruite. » (Daniel 7.12-14) À ce moment là, un homme de Dieu dans la position de Caïphe aurait dû arrêter ce procès de folie. Il aurait dû demander des témoignages en faveur ou en opposition à ce propos. En entendant les gens guéris, il aurait dû prendre note que la Bible annonçait que le Messie guérirait. En écoutant sa sagesse, il aurait dû reconnaître le ministère de l’Esprit dans sa vie. Imaginons même qu’il soit convaincu que Jésus est le Messie d’Israël, il aurait pu se prosterner avec tout le sanhédrin, et pleurer avec tout le peuple, posant ses mains sur Jésus comme il l’avait fait chaque année sur l’agneau de la Pâque, et sur le bélier d’expiation… Il aurait pu déclarer la repentance de toute la nation, et conduire Jésus à la croix, réalisant qu’il devait en être ainsi… Mais leurs pensées ne sont orientées ni vers la recherche de la vérité, ni vers celle de la justice. Poussés par toutes les forces de l’enfer, leur seul souci c’est d’établir un verdict de culpabilité pour le tuer le plus vite possible. Ils ne comprennent même pas que Jésus leur annonce son retour en Personne pour imposer son règne — et que eux-mêmes seraient confrontés à sa gloire. Caïphe déchire ses vêtements. Signe culturel de honte ou de repentance. Ce qui est intéressant c’est que la Loi interdit au souverain sacrificateur de déchirer ses vêtements (Lv 10.6). Son verdict et son comportement sont illégaux. Vous savez, l’année passée, on a retrouvé le tombeau de Caïphe. Il est magnifique. Plein de gloire. Ses os sont là. Ils attendant la résurrection. Celle qui aura lieu devant le grand trône blanc. Là-même ou une seule sentence sera prononcée, la condamnation de la seconde mort, dans le lac de feu, par le jugement des œuvres — dont aucune ne peut sauver.
« 65 Alors le souverain sacrificateur déchira ses vêtements et dit : Il a blasphémé. Qu’avons-nous encore besoin de témoins ? Vous venez d’entendre son blasphème. Qu’en pensez-vous ? 66 Ils répondirent : Il est passible de mort. »
C’est vraiment surprenant. Il est condamné à mort pour blasphème. Sans le réaliser, Caïphe, en tant que souverain sacrificateur impie du peuple Juif, vient d’établir l’identité de Jésus. Il le condamne à mort — ou le fait condamner à mort — parce qu’il est le Messie, et qu’il refuse de le croire.
L’humiliation — illégale
67 Là-dessus, ils lui crachèrent au visage et lui donnèrent des coups de poing ; d’autres le giflèrent, en disant : 68 Christ, devine, dis-nous qui t’a frappé.
— Matthieu 26.67-68
Le droit à l’humiliation d’un condamné n’existe pas. Je ne sais pas de quel exutoire ils ont besoin, mais peut-être réalisent-ils l’énormité de ce que Jésus a dit : il reviendra en gloire… Peut-être essayent-ils de se rassurer en se montrant les plus forts… Peut-être se disent-ils que s’ils l’écrasent ainsi, ils confirment qu’il n’est pas le Messie…
Le spectacle est dégradant, et ce n’est que le commencement. Les humiliations se succèdent. Les coups pleuvent. Les moqueries alternent avec les gifles et les insultes.
J’imagine Jésus entendre « devine, dis-nous qui t’a frappé » tout en connaissant tout de la vie de chacun de ses agresseurs : son nom, sa vie, ses péchés, ses motivations. Je l’imagine prier son Père : « Pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. »
Conclusion
13 Il n’y a aucune créature, qui soit invisible devant lui : tout est mis à nu et terrassé aux yeux de celui à qui nous devons rendre compte
— Hébreux 4.13
1 Corinthiens 1.30 déclare : « Or, c’est par lui que vous êtes en Christ-Jésus qui, de par Dieu, a été fait pour nous sagesse, et aussi justice, sanctification et rédemption » (version Colombe)
ou, selon la Bible en français courant :
« Mais Dieu vous a unis à Jésus-Christ et il a fait du Christ notre sagesse : c’est le Christ qui nous rend justes devant Dieu, qui nous permet de vivre pour Dieu et qui nous délivre du péché. »