La crucifixion du Roi (Matthieu 27.26-45)
Deux mille ans après, la croix de Christ façonne encore notre quotidien. Elle s’affiche sur les églises, orne nos murs, se porte autour du cou et pour beaucoup, dans les cœurs. Le calvaire représente bien plus qu’une simple expression : il fut pour le Seigneur une réalité vertigineuse. Découvrez à travers ce 9ème épisode les perspectives les plus marquantes de la croix.
Introduction
Comment en parler ?
Nous discutons devanture. Devanture d’église. L’avancement des travaux des locaux est une préoccupation assez constante. Nous sommes un petit groupe d’amis vraiment soudés qui veillons à la construction…
Et l’une des questions qui se pose à nous est la suivante : faut-il mettre une croix sur la façade ? – Certains parmi nous sont des inconditionnels de la croix. Un marqueur religieux dans un paysage urbain, qui signifie et identifie un lieu de culte.
- D’autres sont plus réservés. Après tout, il n’y a aucune trace d’une notion de lieu de culte dans le Nouveau Testament. Le lieu de culte est le corps de chaque homme (Rom 12), et le rassemblement des corps en un corps (1 Cor 6 ; 12-14).
- Faut-il dès lors marquer ce lieu, au risque de devenir une religion / religiosité… au risque de faire fuir les Juifs et les Musulmans qui n’entreront jamais dans des lieux aussi « colorés »de christianisme…
Elles sont belles les croix. On en trouve en or, en argent, on en trouve même serties de diamants ou de perles précieuses. On en trouve aussi en bois, pour davantage de simplicité. On les décline en divers styles. Des crois celtes aux branches égales, des croix romaines les plus connues, des croix huguenotes, qui comprennent d’autres symboles…
Finalement, la croix a été domestiquée, apprivoisée, « joléifiée ». Et on a perdu de vue ce qu’était la croix, du temps de Jésus.
- C’était la honte. La nudité. Les moqueries.
- C’était la douleur inimaginable, à faire frémir les plus endurcis.
- C’était la mort lente, mille fois reportée, à chaque respiration, à chaque mouvement, à chaque parole…
- Il n’existe pas de torture plus terrible, semble-t-il…
Alors puisque la croix est devenue trop gentille, nous avons décidé de choisir en façade l’un de ces objets :
- Une guillotine à manivelle, qui coupe lentement chaque membre d’un individu – vous êtes d’accord ?
- Une chaise électrique avec un variateur pour monter lentement en puissance – vous êtes d’accord ?
- Une roue d’écartèlement utilisée au temps valeureux des rois – vous êtes d’accord ?
Et nous mettrons tous des colliers avec le même objet en or. Nous nous promènerons dans nos bureaux, et au parc de la tête d’or, avec une guillotine autour du coup, ou bien la chaise électrique, ou bien encore une roue d’écartèlement…
C’est choquant, n’est-ce pas ? Révoltant en fait. C’est cela la croix – d’avant. L’horreur, la honte, la douleur, le sang, les hurlements, les cris, les maux de têtes, les crampes, le choc, le cœur qui s’emballe, les organes qui se gonflent d’eau, le péricarde prêt d’exploser…
Au prétoire… des soldats
26 Alors Pilate leur relâcha Barabbas ; et après avoir fait flageller Jésus, il le livra pour être crucifié. 27 Les soldats du gouverneur conduisirent Jésus dans le prétoire, et ils assemblèrent autour de lui toute la cohorte. 28 Ils lui ôtèrent ses vêtements et le couvrirent d’un manteau écarlate. 29 Ils tressèrent une couronne d’épines, qu’ils posèrent sur sa tête, et ils lui mirent un roseau dans la main droite ; puis ils s’agenouillèrent devant lui en se moquant de lui et en disant : Salut, roi des Juifs ! 30 Et ils crachaient sur lui, prenaient le roseau et le frappaient sur la tête. 31 Après s’être ainsi moqués de lui, ils lui ôtèrent le manteau, lui remirent ses vêtements et l’emmenèrent pour le crucifier.
—Matthieu 27:26-31
Pilate décide qu’il ne veut pas sacrifier sa carrière ni sa vie pour Jésus.
- Il n’a de toute façon pas un grand sens de la justice, comme le rappelle sa carrière inique et injuste parmi les Juifs.
- Il n’est pas non plus bien épaulé par sa femme qui lui propose de fuir ce procès plutôt que de rendre une décision juste et courageuse.
- Il ne veut surtout pas qu’un autre rapport tombe sur le bureau de César. Cela lui vaudrait une convocation à Rome, et son poste est déjà bien précaire.
Pilate fait flageller Jésus. Un supplice auquel plusieurs ne survivaient pas. Les propos sont sobres, et j’en ai déjà parlé. Je ne reviens pas dessus.
Les soldats romains se rassemblent. Pour se moquer.
- Une cohorte, normalement 600 personnes. Il faut plutôt comprendre le « toute »comme ceux qui étaient de garde ce jour-là.
- La scène est macabre. Elle est le reflet de la nature humaine. Des hommes qui font du mal parce qu’ils sont en mesure de le faire. Des hommes qui blessent, qui mutilent, qui se moquent. – Ces soldats ne sont pas pires que les centaines de milliers qui ont gardé les prisons Khmer Rouges, les camps staliniens, ou les camps de la mort.
- Un ami me disait des camps de concentration du Cambodge qu’il y a un signe dans les salles de torture : « il est interdit de crier ». L’horreur de l’homme qui est libre de faire le mal qu’il veut…
Bon, alors c’est au tour des Romains de donner libre cours à leur violence.
Le sanhédrin s’est moqué de lui en tant que Messie. Les Romains se moquent de lui en tant que roi. C’est profondément ironique. Se moquer d’un roi, sans savoir qu’il est vraiment roi. Ces soldats disent la vérité – par le ridicule. Quelle folie.
- Ils le mettent à nu pour l’humilier. Les vêtements doivent être ensanglantés. Je n’imagine pas la douleur d’enlever des vêtements d’un corps sanglant.
- Ils le couvrent de l’une de leur capes. Elles sont de couleur rouge ou pourpre (Jean & Marc). La couleur est là pour offrir un simulacre de dignité – ils le revêtent d’un faux costume de roi… – Ils lui enfoncent une couronne d’épines. Les empereurs romains portaient la couronne civique, composée de feuilles de chêne. C’était une distinction honorifique qu’ils conféraient à leurs plus braves soldats. Une farce, faite d’épines qui pénètrent sa peau. On saigne beaucoup du cuir chevelu.
- Et puis il y a ces roseaux, qui forment un sceptre royal. Un hochet ridicule, qu’ils placent dans la main droite.
Et il semble qu’ils font trôner Jésus au milieu de la cour. Et puis les uns après les autres, chacun fait un véritable numéro de cirque devant Jésus :
- Ils s’exclament « salut, roi des Juifs ! »le pendant du célèbre « Ave César »
- Ils s’agenouillent devant lui, prétendant l’adorer.
- Ils lui font les cadeaux d’usage : crachats, ou bien encore des coups pour enfoncer la couronne plus profondément dans la tête. Le verbe implique des coups répétés, multipliés…
Quelle folie. C’est une folie que de s’en prendre à un être humain, car il porte en sa personne l’image de Dieu. Quelle plus grande folie encore de s’en prendre au Créateur. Vous imaginez ? J’imagine la surprise de ces soldats à leur mort. Se retrouver face à face avec Jésus, le juge souverain. Non seulement de paraître devant Dieu avec la vie finalement bien triste d’un pécheur. Mais de réaliser que ce Dieu qu’on a offensé, c’est celui-là même qu’on a fait souffrir.
La Bible dit que « tout genou fléchira ». Finalement ces soldats auront le triste privilège d’être les seuls non croyants à s’être prosternés deux fois devant Jésus : une fois en se moquant de lui, une autre en entendant leur sentence qui les plongera en enfer.
L’image est pathétique. Symbolique aussi. Ce roi est rejeté car il doit mourir. Et il porte sur sa tête une couronne d’épines – ces mêmes épines qui ont surgi de la terre après la chute, après le péché. Il est en train de renverser la chute, de renverser les effets du péché…
31 Après s’être ainsi moqués de lui, ils lui ôtèrent le manteau, lui remirent ses vêtements et l’emmenèrent pour le crucifier.
Chacun des soldats a eu son tour. Pilate revient et présente Jésus à la foule.
5 Jésus sortit donc, portant la couronne d’épines et le manteau de pourpre. Et Pilate leur dit : Voici l’homme ! 6 Lorsque les principaux sacrificateurs et les gardes le virent, ils crièrent : Crucifie ! Crucifie ! Pilate leur dit : Prenez–le vous–mêmes et crucifiez–le ; car moi, je ne trouve pas de motif (de condamnation) en lui.
—Jean 19.4-5
Il paraît que les crucifiés étaient mis à nus, puis conduits sur leur lieu d’exécution, accompagnés de soldats qui les flagellaient au passage. Jésus a déjà été flagellé et il n’aurait pas survécu à une deuxième torture. Alors ils le rhabillent, et ils l’emmènent.
Vers Golgotha… Simon de Cyrène
32 En sortant, ils rencontrèrent un homme de Cyrène appelé Simon, et ils le forcèrent à porter la croix de Jésus. 33 Arrivés au lieu dit Golgotha, ce qui signifie lieu du crâne, 34 ils lui donnèrent à boire du vin mêlé de fiel, mais, quand il l’eut goûté, il ne voulut pas boire.
—Matthieu 27:32-34
Jean 19.17 nous apprend qu’on a forcé Jésus à porter la croix. Ce que l’on attendait du condamné d’ailleurs.
- C’était peut-être seulement la partie supérieure de la croix, là où on allait crucifier ses mains. – C’était plus probablement la croix complète.
Toujours est-il que Jésus n’avait pas la force physique nécessaire à poursuivre le chemin. Il sort de la ville, encadré par des soldats. Les condamnés étaient crucifiés en-dehors de la ville, – On retrouve Nombres 15.35 dans cette histoire, où il était exigé que les condamnations devaient avoir lieu hors du camp.
- Il faut bien voir que Deut 21.23 annonce déjà que « celui qui est pendu est un objet de malédiction auprès de Dieu »
Tous ceux qui sont maintenant vraiment déçus par Jésus – un messie pathétique, humilié, c’est très loin des idées qu’ils se faisaient – ont l’impression d’avoir été trompés, et que finalement, c’est bien ainsi…
Il est 8h30 le matin, les hommes et les femmes sont en pleine activité de préparation, notamment les judéens, à la fois pour la Pâques et le sabbat. Sur le chemin, il y a des foules. Luc nous rapporte la présence de femmes qui se lamentent…
27 Une grande multitude de peuple et de femmes le suivait ; celles–ci se frappaient la poitrine et se lamentaient sur lui. 28 Jésus se tourna vers elles et dit : Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ; mais pleurez sur vous et sur vos enfants. 29 Car voici : des jours viendront où l’on dira : Heureuses les stériles, (heureuses) celles qui n’ont pas enfanté, et qui n’ont pas allaité ! 30 Alors on se mettra à dire aux montagnes : Tombez sur nous ! et aux collines : Couvrez–nous ! 31 Car, si l’on fait cela au bois vert, qu’arrivera–t–il au bois sec ? »
—Luc 23:27-31
- Les femmes ne sont pas simplement sensibles au sort de Jésus. Elles ont probablement mieux perçu qui était Jésus.
- Le Seigneur leur annonce que le vrai malheur est à venir, anticipant la destruction de Jérusalem en 70.
- Ce que Jésus dit en 23.31 : « si l’on fait cela au bois vert, qu’arrivera-t-il au bois sec ? »fait froid dans le dos : Jésus, le bois vert, plein de vie, est traité avec une violence inimaginable. Le bois sec, c’est la nation d’Israël qui a perdu toute justice…
- Effectivement, les romains crucifieront des centaines de personnes sur les murs mêmes de Jérusalem. Les romains tenteront tout en tas de positions pour faire mourir les victimes plus lentement.
Sur la route il y a cette foule et ces femmes. Et puis il y a Simon de Cyrène. Marc nous apprend qu’il rentrait en ville, venant de la campagne.
- Il vient de Cyrène, aujourd’hui en Lybie, à l’ouest de l’Egypte. Une petite ville située à quelques kilomètres de la côte méditerranéenne. Il y a avait là une forte colonie juive. – C’est un parfait inconnu qui a dû être bien gêné d’être mêlé à cette situation. Et en même temps on apprend quelque chose de très touchant.
- Marc, qui écrit pour un public romain, nous dit que Simon de Cyrène est le père d’Alexandre et de Rufus. Or dans les salutations de la lettre de Paul aux Romains, on trouve cette phrase : « Saluez Rufus, l’élu dans le Seigneur, et sa mère, qui est aussi la mienne. »
- Il est possible que ce soient les mêmes personnes.
- Finalement, en forçant Simon de Cyrène à porter la croix, il a vu en Jésus un homme aux dispositions bizarres, qui prie que les criminels soient pardonnés, qui maintient une dignité exemplaire. Simon s’est converti, et sa vie transformée a touché le cœur de ses enfants, et de sa mère qui est devenue, par son service de Paul, comme sa propre mère…
33 Arrivés au lieu dit Golgotha, ce qui signifie lieu du crâne, 34 ils lui donnèrent à boire du vin mêlé de fiel, mais, quand il l’eut goûté, il ne voulut pas boire.
L’histoire suggère différents lieux de crucifixion. Mais la Bible parle d’un lieu-dit connu, reconnu par la forme d’un « crâne ». Or à 1 km du Temple se trouve justement une petite paroi où se dessine cette forme. C’est probablement là que Jésus a été crucifié.
Les soldats veulent faire boire Jésus. Le « fiel »ici est identifié comme de la myrrhe en Marc. Cette boisson était comme une drogue anesthésiante. Je ne crois pas que les soldats voulaient l’apaiser par une sorte de charité. Mais plutôt lui éviter de se débattre pendant qu’ils enfonçaient les clous dans ses membres.
Le texte nous dit « mais, quand il l’eut goûté, il ne voulut pas boire. »Une petite remarque qui semble anodine. Mais qui rappelle avec puissance que Jésus voulait boire la coupe du Père dans sa plénitude. Aucun raccourci. Jésus absorbera toute la malédiction qui repose sur lui, toute la condamnation qu’il choisit de porter, tout le jugement que le Père lui donne de recevoir. Il accepte pleinement, et jusqu’au bout, le jugement du Père…
Autour de la croix… des moqueurs
35 Après l’avoir crucifié, ils se partagèrent ses vêtements, en tirant au sort, afin que s’accomplisse la parole du prophète : Ils se sont partagé mes vêtements, et ils ont tiré au sort ma tunique. 36 Puis ils s’assirent, et le gardèrent. 37 On plaça au–dessus de sa tête une inscription indiquant le motif de sa condamnation : Celui–ci est Jésus, le roi des Juifs. 38 Avec lui furent alors crucifiés deux brigands, l’un à droite, l’autre à gauche. 39 Les passants blasphémaient contre lui et secouaient la tête, 40 en disant : Toi qui détruis le temple et qui le rebâtis en trois jours, sauve–toi toi–même ! Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix ! 41 Les principaux sacrificateurs, avec les scribes et les anciens, se moquaient aussi de lui et disaient : 42 Il a sauvé les autres et il ne peut se sauver lui–même ! Il est roi d’Israël, qu’il descende de la croix ; et nous croirons en lui. 43 Il s’est confié en Dieu ; que Dieu le délivre maintenant, s’il l’aime. Car il a dit : Je suis Fils de Dieu. 44 Les brigands crucifiés avec lui l’insultaient de la même manière.
—Matthieu 27:35-44
Vous avez remarqué le verset 35 ? Il n’y a aucune espèce d’apitoiement. Aucun voyeurisme. Aucune sollicitation émotive. Matthieu parle à peine de la crucifixion à proprement parler. Il dit juste « après l’avoir crucifié »!
- C’est pourtant d’une violence inouïe. Inventée par les Perses, cette méthode d’exécution a été utilisée de différentes manières par les Grecs puis les Romains avant d’être abolie par Constantin. – On pouvait pendre ou clouer un individu sur un poteau, parfois il y avait une branche horizontale formant un « T »parfois avec une remontée comme les croix actuelles. L’inscription au-dessus de sa tête milite pour cette forme-là.
- On plante les clous au bout du bras, au niveau du poignet. Il y a beaucoup de nerfs à cet endroit. Dont le nerf médian. Le corps tout entier doit être enflammé de douleurs…
- On a retrouvé les ossements d’un crucifié à Jérusalem en 1968. Un clou de 11,5 cm traversait encore chaque cheville, et dans son cas, ses pieds étaient fixés de part et d’autre du poteau… On a retrouvé des éclats de bois d’olivier, indiquant que sa croix était faite de bois d’olivier, et probablement à hauteur d’homme. Ses tibias avaient été brisés, comme ce sera le cas des brigands.
Le supplice est impossible à imaginer. Chaque mouvement ravive la douleur des plaies et envoie un choc nerveux à tout le système. Et tant de mouvements sont nécessaires pour respirer. Le condamné doit pousser sur ses pieds pour soulager le thorax afin de respirer. Mais la douleur des pieds le fait s’affaisser, blessant davantage les mains. Il est impossible de respirer.
- Le niveau de CO2 dans le sang augmente.
- Le cœur bat de plus en plus vite pour faire circuler l’oxygène dans le corps.
- Comme le souligne Jean-Maurice Clercq :
L’insuffisance respiratoire évolue vers la détresse respiratoire aiguë lorsque les altérations du métabolisme tissulaire deviennent sévères et menacent la vie. Le thorax se trouve serré comme dans un étau et l’amplitude du mouvement respiratoire de la cage thoracique s’en trouvait fortement entravé. La respiration devient difficile, pénible, courte, haletante et insuffisante. Il en résulte une perturbation importante des échanges gazeux entre l’air ambiant et la circulation du sang.
Il y a vraiment très peu d’information sur la douleur physique de Jésus dans la Bible. Écoutez ce que dit ce professeur de droit de la Sorbonne :
« le caractère le plus étonnant des récits évangéliques, quel que soit leur auteur, est certainement l’impassibilité avec laquelle sont narrées les souffrances du Christ, sa mort et sa mise au tombeau. À aucun moment, il n’est fait appel à la sensibilité du lecteur ; nulle émotion ne transparaît ; dans cette sorte de reportage consacré à une mort affreuse, l’une des plus douloureuses qui soit, le rédacteur ne veut faire surgir la compassion que par le simple exposé des faits »
[IMBERT Jean, Le Procès de Jésus, Paris : PUF, collection « Que Sais-Je ? », 1980, p. 113.
La crucifixion commence à 9h du matin. Sur cette croix, Jésus prononcera 7 phrases, 7 ultimes paroles. Elles révèlent encore davantage la majesté de notre Seigneur…
- La première parole qu’il prononce est pour les soldats : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font » (Luc 23:34)
- Ces brutes n’ont aucune idée de ce qu’ils font. Ils ont crucifié des dizaines de personnes et ce n’est certainement pas un problème pour eux.
- Sauf qu’effectivement, ils ne savent pas qu’ils exécutent leur Créateur… Ces hommes ne seront jamais jugés pour ce péché là – car le Père exauce toujours le Fils. D’ailleurs, le centurion fait partie des premiers convertis, comme le montre la suite du récit.
Les soldats se partagent les vêtements de Jésus : ses sandales, sa ceinture, son châle, sa robe intérieure. Mais sa tunique, ils décident de la jouer au sort. Un rappel du Psaume 22, un psaume prophétique qui annonce 1000 ans auparavant plusieurs détails de la crucifixion. Un psaume d’autant plus surprenant que ce supplice n’existait pas à cette époque.
Les moqueries continuent avec cette inscription : « roi des Juifs ».
- Elle contribue au mépris des spectateurs. Un roi ne se trouve pas un sur un bois. – Le fils de David devrait régner sur toute la terre – le voilà victime de Rome.
- Et puis il est flanqué de deux brigands. Jésus a d’ailleurs pris la place de leur chef, Barabbas. Un roi qui n’est même pas mort au combat ! Tué comme un renégat…
Il y a avait là les passants, ceux de Galilée, ceux de Judée, ceux qui avaient vu Jésus et l’avaient entendu. Mais eux aussi finalement sont déçus. Il n’est pas aussi bien, ce Messie. Ils ont appris le jugement du sanhédrin et finalement se rangent à son avis : il a vraiment blasphémé en impliquant qu’il pourrait détruire le Temple et le rebâtir en 3 jours. Le spectacle est terrible. C’est encore bien
ironique tout ceci : « il a sauvé les autres et il ne peut se sauver lui-même »– pourtant, c’est précisément ainsi qu’il sauvera et lui-même et les autres. Il faut qu’il meure pour qu’il vive à jamais, entraînant à sa suite dans le cortège de sa victoire tous ceux qui sont morts dans leurs péchés…
On comprend la brutalité des romains. On comprend moins les moqueries des foules. Mais on est terriblement bouleversé par les moqueries des prêtres. D’ailleurs, ils ne feront même pas ce qu’ils disent : « Il est roi d’Israël, qu’il descende de la croix ; et nous croirons en lui »(27.42). Jésus descendra de la croix, pour être vivant à jamais. Mais ils ne croiront pas…
Luc mentionne que l’un des deux brigands changera d’attitude.
- Est-ce parce que Jésus ne répond pas par l’insulte ? Est-ce parce qu’il ressent soudainement le poids de ses péchés à l’aube de l’éternité et de son trépas ? Ou bien est-ce que les moqueries des foules lui rappellent les versets qu’il a entendus à « l’école du dimanche » ?
- Toujours est-il qu’il expérimente un changement radical. Il se tourne vers Jésus et lui dit : « Jésus, souviens–toi de moi, quand tu viendras dans ton règne »(Luc 23.42)
- Nous avons alors la 2nde parole du Christ sur la croix. « En vérité, je te dis : Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis »
- Au milieu de cette souffrance, Jésus est encore, et toujours le Sauveur…
Il est bientôt midi. Jésus est sur la croix depuis 3 heures maintenant. Il prononce une 3e parole, que Jean nous rapporte :
26 Jésus, voyant sa mère, et debout auprès d’elle le disciple qu’il aimait dit à sa mère : Femme, voici ton fils. 27 Puis il dit au disciple : Voici ta mère. Et dès cette heure–là, le disciple la prit chez lui.
—Jean 19:26-27
C’est ce qui nous fait croire que Joseph était décédé. Il est absent de la scène. Et comme les frères et sœurs naturels de Jésus ne croyaient pas encore en lui, il confie cette femme à Jean, qui s’occupera ainsi d’elle.
Au-dessus de la croix… les ténèbres (27.45)
45 Depuis la sixième heure jusqu’à la neuvième heure il y eut des ténèbres sur toute la terre.
Il est midi (la 6e heure). Un miracle commence qui durera jusqu’au dernier soupir de Jésus. Des ténèbres s’installent.
- Il n’y a pas de raison de croire en un phénomène naturel – aucune éclipse ne dure 3 heures, et certainement pas à la pleine lune ! Certains ont pensé à un orage – mais ce ne serait pas
vraiment impressionnant tellement c’est courant.
- Dieu le Créateur fait ce qu’il veut des lois naturelles qu’il a lui-même mises en place. Dieu a recouvert l’Égypte de ténèbres quand il a voulu communiquer son jugement.
L’Éternel dit à Moïse : Étends ta main vers le ciel, et qu’il y ait des ténèbres sur le pays d’Égypte, des ténèbres palpables. Moïse étendit sa main vers le ciel ; et il y eut d’épaisses ténèbres dans tout le pays d’Égypte, pendant trois jours. (Exode 10:21-22)
- Dieu a fait reculer l’ombre de plusieurs degrés quand il a voulu. Dieu est maître !
- Le terme « terre »peut autant désigner « planète »que « terroir ». S’agissait-il d’un
phénomène localisé ? Ou planétaire ? - Il y a des remarques troublantes dans l’histoire. Eusèbe de Césarée mentionne Phlégon, dans son 14e livre, écrit « dans la quatrième année de la deux cent deuxième olympiade, il arriva une éclipse de soleil très grande et très étonnante entre toutes celles qui étaient déjà arrivées. Vers la sixième heure, le jour se changea tellement en nuit que les étoiles furent vues au firmament, que des tremblements de terre eurent lieu en Bithynie et que plusieurs bâtiments furent renversés à Nicée ». La date de l’événement est 33 ap. J.-C., année possible de la crucifixion…
Que le phénomène soit local ou qu’il soit universel n’est pas explicité et quelque part c’est secondaire. Ce qui est intéressant, c’est surtout qu’il ait lieu. Parce que les ténèbres sont un symbole puissant de jugement.
- C’est en parlant des ténèbres que Jésus décrit parfois de l’enfer (Matt 25.30, cf. Jude 1.16, 13).
- Et c’est d’ailleurs sous forme de ténèbres que sont évoqués les temps futurs de transition vers la nouvelle terre. « Malheur à ceux qui désirent le jour de l’Éternel ! Qu’attendez–vous du jour de l’Éternel ? Il sera ténèbres et non lumière. » (Amos 5:18)
Le ministère de Jésus commence ainsi : « Le peuple assis dans les ténèbres, A vu une grande lumière, Et sur ceux qui étaient assis dans le pays Et dans l’ombre de la mort, Une lumière s’est levée »
Il y a un silence pesant. Un silence terrible. Un jugement a lieu. Et finalement c’est sur ce point que les évangélistes mettent l’accent. Ils n’insistent pas vraiment sur le traumatisme physique de la crucifixion. Ils mettent en avant ce jugement inimaginable qui a lieu et qui est incompréhensible. Parce que voilà ce qui se passe :
- « Celui qui n’a pas connu le péché, il l’a fait (devenir) péché pour nous, afin que nous devenions en lui justice de Dieu. » (2 Corinthiens 5:21)
- Le texte d’Ésaïe en parle admirablement :
« 5 Mais il était transpercé à cause de nos crimes, Écrasé à cause de nos fautes ; Le châtiment qui nous donne la paix est (tombé) sur lui, Et c’est pas ses meurtrissures que nous sommes guéris. 6 Nous étions tous errants comme des brebis, Chacun suivait sa propre voie ; Et l’Éternel a fait retomber sur lui la faute de nous tous. 7 Il a été maltraité, il s’est humilié Et n’a pas ouvert la bouche, Semblable à l’agneau qu’on mène à la boucherie, A une brebis muette devant ceux qui la tondent ; Il n’a pas ouvert la bouche. 8 Il a été emporté par la violence et le jugement ; Dans sa génération qui s’est soucié De ce qu’il était retranché De la terre des vivants, A cause des crimes de mon peuple, De la plaie qui les avait atteints ? 9 On a mis sa tombe parmi les méchants. Son sépulcre avec le riche, Quoiqu’il n’ait pas commis de violence Et qu’il n’y ait pas eu de fraude dans sa bouche. 10 Il a plu l’Éternel de le briser par la souffrance… »(Ésaïe 53.5-10)
Ces ténèbres ne servent pas à marquer d’un voile pudique les souffrances du Christ. Elles sont là pour marquer la colère de Dieu. Dieu est en colère contre le péché. Dieu manifeste sa colère contre son Fils, qui prend le péché des hommes. Dieu le Père détourne sa face de Dieu le Fils ?
Comment Dieu peut-il se séparer de Dieu ?! C’est incompréhensible !
- Déjà dans l’incarnation, il s’est dépouillé de sa gloire, une gloire qu’il demande à retrouver en Jean 17.
- Déjà dans l’incarnation son rapport au Père et à l’Esprit est un peu différent. Il expérimente la venue de l’Esprit en début de ministère. Il expérimente la dépendance du Père dans un corps qui le pousse loin du Seigneur.
- Juste avant la croix, il est déchiré par le désir d’échapper à la croix et par la volonté d’obéir au Père.
- Et là, sur la croix, il est l’objet du châtiment… Dieu le Fils ressent la colère de son Père. – C’est un abandon. L’abandon nécessaire pour qu’il subisse réellement et pleinement la punition des fautes des hommes.
- Paul écrit « Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, étant devenu malédiction pour nous » (Galates 3:13)
Trois heures où la communion parfaite et aimante s’est transformée en jugement et violence. L’expiation a lieu. La mort arrive. Quatre paroles seront prononcées. On en parlera la prochaine fois.
Conclusion
De la folie de croire en un Jésus martyr
De la folie de croire en la religion humaine
De la folie de compter sur soi pour le salut.
Mais en tout cas, quelle source intarissable d’adoration. On comprend mieux Romains 5, lu ici dans la version Parole de Vie.
6 Oui, quand nous étions encore sans force, le Christ est mort pour les gens mauvais, au moment décidé par Dieu. 7 Déjà, pour une personne juste, on ne serait guère prêt à mourir. Pour une personne qui fait le bien, on aurait peut– être le courage de mourir. 8 Mais voici comment Dieu a prouvé son amour pour nous : le Christ est mort pour nous, et pourtant, nous étions encore pécheurs. 9 Maintenant, son sacrifice nous a rendus justes. Alors, c’est sûr, le Christ va nous sauver aussi de la colère de Dieu. 10 Oui, quand nous étions les ennemis de Dieu, il nous a réconciliés avec lui par la mort de son Fils. Puisqu’il nous a réconciliés, alors c’est sûr, Dieu va aussi nous sauver par la vie de son Fils. 11 Ce n’est pas tout ! Nous sommes fiers de Dieu à cause de notre Seigneur Jésus–Christ, qui nous a maintenant réconciliés avec Dieu.
—Romains 5.6-11

