Le suicide de Judas (Matthieu 27.1-10)
Lorsque nous prenons pleinement conscience du prix et des conséquences de notre péché, une question décisive surgit : quelle est la différence entre un simple regret… et une repentance authentique ? Une question d’autant plus fondamentale quand on sait que c’est précisément la repentance qui ouvre la porte du ciel.
Dans la même série :
- Jésus, entre menace et amour (Matthieu 26.1-13)
- Et Judas entre en scène (Mattieu 26.14-25)
- Jesus, la nouvelle Pâque (Matthieu 26.26-35)
- L’ultime tentation (Matthieu 26.36-46)
- Jésus est trahi (Matthieu 26.47-56)
- Jésus est jugé (Matthieu 26.57-68)
- Jésus est renié (Matthieu 26.69-75)
- Le suicide de Judas (Matthieu 27.1-10)
- Le procès romain de Jésus (Matthieu 27.11-26)
- La crucifixion du Roi (Matthieu 27.26-45)
Version écrite de la prédication
Introduction
Les remords conduisent à la mort, à l’inverse de la repentance…
Lecture : Matthieu 27.1-10
Le matin venu, tous les principaux sacrificateurs et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus, pour le faire mourir. Après l’avoir lié, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate le gouverneur.
Alors Judas, qui l’avait livré, voyant qu’il était condamné, fut pris de remords et rapporta les trente pièces d’argent aux principaux sacrificateurs et aux anciens, en disant : J’ai péché, en livrant le sang innocent. Ils répondirent : Que nous importe ? Cela te regarde.
Judas jeta les pièces d’argent dans le temple, se retira et alla se pendre. Les principaux sacrificateurs ramassèrent les pièces et dirent : Il n’est pas permis de les remettre dans le trésor sacré, puisque c’est le prix du sang. Et, après en avoir délibéré, ils achetèrent avec cet argent le champ du potier, pour la sépulture des étrangers. C’est pourquoi ce champ a été appelé champ du sang, jusqu’à ce jour.
Alors s’accomplit la parole du prophète Jérémie : Ils ont pris les trente pièces d’argent, la valeur de celui qui a été estimé par les fils d’Israël ; et ils les ont données pour le champ du potier, comme le Seigneur me l’avait ordonné.
La condamnation (Mt 27.1-2)
Le matin venu, tous les principaux sacrificateurs et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus, pour le faire mourir. Après l’avoir lié, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate le gouverneur.
Nous sommes donc vendredi matin. Il doit être 6 h. Le coq a chanté. Pierre a renié Jésus à trois reprises et s’est retiré en pleurant. Jésus est maintenant seul devant ses tortionnaires.
Pendant la nuit, Jésus a été conduit auprès d’Anne, l’ex-souverain sacrificateur. Il a tenu un conseil restreint, pour tenter de trouver un acte d’accusation qui permettrait de condamner Jésus à mort.
Peine perdue. Rien.
Caïphe, son gendre et souverain sacrificateur en exercice, le reçoit alors. Il essaie aussi de trouver le moyen de le condamner. Il est notamment intéressé par les propos que Jésus a tenus vis-à-vis du Temple — Jean 2.19 : « Détruisez le temple et en trois jours je le relèverai ». Il pense avoir là quelque chose parce que, voyez-vous, le droit romain condamnait à mort tous les sacrilèges. C’était un moyen de préserver la paix sociale. Une personne qui s’en prenait au temple d’Isis ou de Cybèle devait mourir. Si Jésus était reconnu coupable simplement de l’intention de détruire le Temple, il avait de quoi le faire condamner. Hélas pour Caïphe, les témoignages n’étaient pas concordants.
Contrairement au protocole dont nous avons parlé, établi dans le traité du sanhédrin, le souverain sacrificateur mène un procès à charge, alors qu’il ne devait que faire défiler les accusateurs et les défenseurs… Mais nous sommes là au cœur d’un procès d’exception. Caïphe demande alors à Jésus s’il est « le Christ, le Fils de Dieu » (Mt 26.63). C’est d’une profonde ironie ! Pendant des siècles, la nation d’Israël attend le Messie promis, et lorsqu’il arrive, c’est précisément sa messianité qui le conduira à la mort. Remarquez à quel point la perfection de Jésus est révélée par l’absence de critiques.
Jésus est donc condamné parce qu’il est le Messie. Cela prépare l’accomplissement parfait d’Ésaïe 53.
Le chef d’accusation trouvé, il faut maintenant le faire valider. Cela ne peut se faire qu’au petit matin, car le sanhédrin n’avait pas le droit de se réunir de nuit pour un tel procès. La condamnation est entérinée. Il suffit maintenant d’obtenir l’aval de Pilate, représentant de l’Empire romain, car les Juifs, sous tutelle romaine, n’avaient pas le droit de mettre à mort.
Il faut faire très, très vite et le conduire à Pilate.
Normalement, Pilate résidait à Césarée, mais il était souvent à Jérusalem, notamment pendant les fêtes officielles, sources de troubles potentiels. Les fêtes religieuses étaient l’occasion de bien des fantasmes religieux, où les foules pouvaient soudainement s’imaginer être revêtues de puissance pour tenter de renverser Rome. Pilate est là pour conduire ses troupes et mater toute rébellion…
Il fallait faire vite aussi pour éviter que la foule ne s’émeuve. Normalement, une peine de mort n’aurait pas pu être décidée avant le dimanche, trois jours plus tard. Mais la crainte du trouble à l’ordre public est l’une des motivations principales de Caïphe (Jn 11.50). Il faut expédier cette affaire.
Pilate doit également avoir un emploi du temps chargé. Il faut lui présenter Jésus avant qu’il ne commence sa journée. C’est vraisemblablement son premier rendez-vous de la journée.
Nous retrouverons bientôt Pilate et nous reparlerons de lui en détail.
Sachez qu’il pourrait être né à Lyon, à Fourvière.
C’est l’empereur Tibère qui le nomme procurateur de Judée vers 26 ap. J.-C. Tacite nous apprend qu’il reçut l’autorisation exceptionnelle d’être accompagné de sa femme (Annales 3.33). Il ne brille pas vraiment par de grands talents. Ce n’était absolument pas l’administrateur honnête du film de Mel Gibson. C’était un homme obstiné et borné qui s’est fait remarquer par des erreurs politiques et des massacres qui ont finalement eu raison de son poste. Sommé de s’expliquer devant l’empereur, il aurait été exilé.
Les traditions divergent sur sa mort. Il se serait suicidé à Lyon (selon Eusèbe), ou il serait mort à Vienne (d’où le nom du mont Pilat), ou encore à Lucerne, en Suisse. Des écrits apocryphes parlent de sa conversion — mais c’est vraisemblablement faux, car ce serait attesté par des historiens comme Eusèbe.
Judas réalise donc maintenant que sa dénonciation entraîne des conséquences plus drastiques que prévues.
Il voulait l’argent — mais pas la mort de Jésus.
Il voulait se débarrasser de Jésus — mais pas être la cause de sa condamnation.
Il voulait plaire à sa femme — mais pas au point que Jésus soit crucifié.
Comme quoi, on ne sait jamais ce qu’engendrent nos actes mauvais…
David lance le recensement sans réaliser que bientôt l’Ange de l’Éternel apportera la peste… Neboukadnetsar est cruel, et son royaume est renversé.
Barnabas s’oppose à Paul et il disparaît de la scène du Nouveau Testament.
Caïn n’a pas voulu dominer sur sa jalousie et sur sa colère. Il tue son propre frère et le voici condamné à une vie d’errance et de tristesse…
S’il y a une chose que nous apprend le péché, c’est qu’il fait naître des conséquences qui sont en dehors de tout contrôle. Les conséquences du péché ont une vie en elles-mêmes. Judas voit que son péché lui a échappé…
Le regret (Mt 27.3-4a)
Alors Judas, qui l’avait livré, voyant qu’il était condamné, fut pris de remords et rapporta les trente pièces d’argent aux principaux sacrificateurs et aux anciens, en disant : J’ai péché, en livrant le sang innocent.
À la lecture de ces versets, on comprend que Judas réalise l’horreur de son crime quand il en voit les conséquences. Peut-être qu’il apprend la condamnation de Jésus et cherche à changer la donne. Judas expérimente un profond regret.
Regretter, avoir des remords… une expérience qu’on a tous connue…
Mais il réalise en plus que Jésus est innocent. Jésus n’est pas coupable d’un moindre crime. Il ne mérite en aucun cas la mort — « j’ai péché en livrant le sang innocent ».
Il revient auprès de ceux qui lui avaient donné de l’argent pour qu’il leur livre Jésus — nous verrons leur réponse dans un instant.
Il est difficile de ne pas remarquer le contraste existant entre Pierre et Judas.
Tous deux ont péché gravement.
Tous deux ont connu des sentiments très forts. On peut pleurer de regret, comme on peut pleurer de repentance.
Et pourtant l’un se suicidera et continuera son existence en enfer, à jamais connu sous le nom de « fils de perdition ». L’autre se repentira et sera appelé à prendre soin de l’Église naissante, pour mourir sans nier Jésus de nouveau…
Cela invite une question nécessaire, et même fondamentale : quelle est la différence entre le regret et la repentance ? Une question fondamentale quand on sait que c’est précisément la repentance qui ouvre la porte du ciel : « Repentez-vous donc et convertissez-vous, pour que vos péchés soient effacés » (Ac 3.19). Je crains d’ailleurs que de nombreuses conversions ne soient simplement l’expression molle d’un regret vague, et non une repentance…
| Regret | Repentance |
|---|---|
| Le regret se vit dans l’émotion de tristesse | La repentance dans la pensée du droit violé |
| La douleur des conséquences | La douleur infligée à Dieu |
| La honte que l’on rejette | La culpabilité que l’on accepte |
| La fierté et la réputation mises à mal | La grâce et la justification venant de Dieu |
| Regarde en arrière vers l’irréparable | Regarde en avant avec la grâce constructrice |
| Ôte tout espoir | Ouvre tout espoir |
| Un signe de réalisme | Un signe de maturité |
| Une stagnation | Un demi-tour |
| Un abattement durable | Une transformation durable |
| Est motivé par la peur | Est motivé par le courage |
| Est proportionnel au regard des autres | Est proportionnel au regard de Dieu et sa Parole |
Pour résumer la différence, je dirais que :
Le regret provient de la désapprobation des hommes ; la repentance de celle de Dieu.
Le regret me fait baisser le visage sur moi et mes échecs ; la repentance sur Dieu et sur sa grâce.
Le regret arrête ma marche ; la repentance me remet en marche avec un pas transformé.
Le regret me place MOI au centre ; la repentance place DIEU au centre.
Bien entendu, la frontière n’est pas si précise ni si facile à démarquer. Et parfois ce sont les symptômes associés au regret qui portent des fruits de repentance. Cela a été l’expérience de Corinthe, c’est certain. Paul a été dur avec l’église de Corinthe ; il la reprend vertement dans 1 Corinthiens — et notamment dans sa gestion d’un homme qui a péché ouvertement et avec fierté (1Co 5). Lorsqu’il écrit sa seconde lettre, il est reconnaissant pour l’influence :
Si même je vous ai attristés par ma lettre, je ne le regrette pas. Même si je l’ai regretté — car je vois que cette lettre vous a attristés momentanément — je me réjouis à cette heure, non pas de ce que vous avez été attristés, mais de ce que votre tristesse vous a portés à la repentance ; car vous avez été attristés selon Dieu, si bien que vous n’avez subi de notre part aucun dommage.
En effet, la tristesse selon Dieu produit une repentance qui mène au salut et que l’on ne regrette pas, tandis que la tristesse du monde produit la mort. Et voici : cette même tristesse selon Dieu, quel empressement n’a-t-elle pas produit en vous ! Bien plus ! Quelles excuses, quelle indignation, quelle crainte, quel désir ardent, quel zèle, quelle punition ! Vous avez montré à tous égards que vous étiez purs dans cette affaire.
— 2 Corinthiens 7.8-11
Si vous êtes pris de remords pour des fautes commises, je vous en supplie, examinez votre cœur pour voir si c’est seulement la tristesse des conséquences du péché, ou la profonde réalisation que notre Dieu a été offensé, et qu’il vous invite à changer d’avis, à changer de vie.
Caïn a expérimenté le remords d’avoir tué son frère, mais rien ne parle d’un changement de cœur.
Abraham a regretté d’avoir menti au sujet de sa femme, mais quelque temps plus tard, il ment de nouveau — et ce n’est pas une repentance.
Saül a regretté d’avoir été jaloux de David au point de vouloir le tuer, mais cela n’a pas été une repentance…
L’expérience de David est intéressante à cet égard.
Après son crime, il connaît du regret, dont il parle dans le psaume : « Tant que je me suis tu, mes os se consumaient, je gémissais toute la journée ; car nuit et jour ta main pesait sur moi, ma vigueur n’était plus que sécheresse, comme celle de l’été » (Ps 32.3-4).
Mais ce regret n’était pas de la repentance, jusqu’à ce que Dieu, par l’intermédiaire de Nathan le prophète, ne le confronte directement. Et alors seulement, il se repent. Le second psaume de repentance :
Ô Dieu ! fais-moi grâce selon ta bienveillance, selon ta grande compassion, efface mes crimes ; lave-moi complètement de ma faute, et purifie-moi de mon péché.
Car je reconnais mes crimes, et mon péché est constamment devant moi. J’ai péché contre toi, contre toi seul, et j’ai fait le mal à tes yeux, en sorte que tu seras juste dans ta sentence, sans reproche dans ton jugement.
— Psaumes 51.3-6
Hélas pour Judas, il n’a pas compris. Comme le dit François Mauriac : « Il s’en est fallu de très peu que les larmes de Judas ne fussent confondues, dans le souvenir des hommes, avec celles de Pierre. Il aurait pu devenir un saint, le patron de nous tous qui ne cessons de trahir » (Mauriac, Vie de Jésus, p. 229).
Le tourment (Mt 27.4b-5)
Ils répondirent : Que nous importe ? Cela te regarde. Judas jeta les pièces d’argent dans le temple, se retira et alla se pendre.
Le tourment du regret a dû être dur à vivre. La conscience est labourée de manière bien vive et brutale lorsqu’elle est saisie. L’attitude des prêtres a certainement attisé cette conscience. « Que nous importe ?»
Ben… c’est précisément cela le problème : la justice devrait être leur souci ! S’ils considéraient Jésus comme innocent, il aurait dû être amené immédiatement devant le sanhédrin pour témoigner en faveur de Jésus.
Dans un certain sens, les prêtres ont raison : la trahison est d’abord le fait du traître, mais d’un autre, ils se condamnent eux-mêmes en révélant qu’ils n’ont aucun désir de justice. Judas réalise qu’il a nourri des monstres qui n’ont pas véritablement le souci du droit — du moins pas pour le cas « Jésus ».
Cet argent qu’il lui plaisait de voler pendant les 3 ans de son périple avec Jésus devient brûlant. Une pièce à conviction qui lui rappelle sa bêtise — et le terme est bien trop gentil.
Certains pensent qu’il jette l’argent dans le lieu saint.
Mais il est plus probable que c’était dans l’une des dépendances du lieu…
Un apocryphe rapporte que Judas se serait confié à son épouse qui faisait rôtir des poulets. Il lui aurait dit qu’il était tourmenté par l’idée que Jésus ressusciterait pour venir le juger. Sa femme lui aurait dit quelque chose comme : « Écoute, Jésus ne ressuscitera jamais, aussi vrai que ces poulets ne sortiront jamais des flammes… » et les poulets seraient sortis des flammes, et auraient fui, ce qui aurait fini d’effrayer totalement Judas qui se serait pendu. C’est évidemment mythique !
Judas se retire et va se pendre. L’apôtre Pierre, quelques dizaines de jours plus tard, apportera les précisions suivantes :
Frères, il fallait que s’accomplisse l’Écriture dans laquelle le Saint-Esprit, par la bouche de David, a parlé d’avance de Judas, devenu le guide de ceux qui se sont saisis de Jésus. Il était compté parmi nous, et avait obtenu part à ce même ministère.
Après avoir acquis un champ avec le salaire du crime, cet homme est tombé en avant, s’est brisé par le milieu, et toutes ses entrailles se sont répandues. La chose a été si connue de tous les habitants de Jérusalem que ce champ a été appelé dans leur langue : Hakeldamah, c’est-à-dire, champ du sang.
— Actes 1.16-19
On rapporte qu’il se serait pendu à une branche surplombant un ravin. La branche se serait rompue, et le corps se serait brisé sur les roches. Si en plus la branche ne s’est pas brisée immédiatement, le corps exposé au soleil du printemps a dû rapidement commencer à se décomposer avant de se briser sur les roches.
Or, il est interdit à un homme de toucher un corps décédé sans devenir rituellement impur. Il était hors de question, en ce jour de Pâque, précédant le sabbat, que quiconque vienne ramasser les morceaux.
Un corps déchiqueté qui devient la proie des aigles et des charognards a dû marquer les esprits. Au point de nommer ce champ en l’honneur de l’événement : le champ du sang…
Judas se suicide. Ce n’est pas une bonne idée, le suicide.
Du latin suicidium, du verbe sui caedere: « se massacrer soi-même ».
On peut en parler de manière statistique : 16,2 pour 100 000 habitants en France, l’un des taux les plus forts du monde occidental, avec le Japon. Les plus faibles taux sont en Italie, en Grande-Bretagne et aux États-Unis.
En France, 160 000 personnes tentent de mettre fin à leurs jours chaque année, et 12 000 réussissent. 32 chaque jour.
Certains ont tenté d’expliquer le geste. Durkheim est l’auteur d’une analyse sociologique du suicide et il les classe en différents types : le suicide altruiste / anomique… Mais quels que soient les modèles, Dieu ne voit pas la chose en termes sociologiques :
C’est en opposition absolue avec ce que dit Dieu sur la sainteté de la vie :
Celui qui verse le sang de l’homme, par l’homme son sang sera versé. Car Dieu a fait l’homme à son image.
Et vous, soyez féconds et multipliez-vous, peuplez la terre et multipliez-vous sur elle.
— Genèse 9.6-7
C’est en opposition absolue avec l’un des dix commandements qui dit : « Tu ne commettras pas de meurtre. »
On trouve des suicidés dans la Bible. Il y en a six.
Abimélec, grièvement blessé, se fait donner la mort par son écuyer afin de sauver son honneur (Jg 9.54).
Saül, blessé au combat, demande à son écuyer de le tuer pour échapper aux tortures des Philistins ; devant le refus de ce dernier, il se jette lui-même sur son épée (1S 31.4). Saül mort, l’écuyer se prend la vie de la même manière (1S 31.5).
Ahitophel, déçu de n’avoir pas été écouté par son roi, s’étrangle (2S 17.23).
Zimri, devant l’imminence de la déroute militaire, se retire dans son palais, l’incendie et meurt brûlé (1R 16.18).
Et puis, il y a Judas.
Je conclus avec le Dictionnaire biblique Emmaüs: « Si l’on excepte l’écuyer de Saül, mal connu, aucun de ces hommes n’a marché dans les voies du Seigneur : Abimélec, un usurpateur sanguinaire, meurtrier de ses propres frères ; Saül, un roi infidèle rejeté par Dieu ; Ahitophel, un traître ayant fait alliance contre David ; Zimri, un usurpateur et meurtrier ; Judas, le traître du Seigneur. Un tableau peu glorieux. »
Le suicide est un péché terrible et inacceptable pour un véritable disciple de Jésus : c’est une erreur d’appréciation extrêmement grave. Souvent, le suicidé veut échapper à une vive douleur. Mais la douleur temporaire laisse place à une douleur éternelle pour celui qui n’est pas en Christ. On n’échappe pas à la souffrance par le suicide, on la scelle définitivement. Même un site non chrétien observe :
« La troisième chose est ceci : on pense souvent au suicide pour trouver un soulagement à sa douleur. On ne veut pas mourir, mais arrêter de souffrir. Souvenez-vous que le soulagement est une sensation. Et vous devez être vivant pour la ressentir. Vous ne sentirez pas le soulagement que vous cherchez si désespérément, si vous êtes mort. »
Pour un disciple de Jésus, c’est une claque à la providence du Seigneur qui dit que « toutes choses — même les épreuves — concourent au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rm 8.28). C’est une terrible offense à l’encontre de Jésus.
C’est un meurtre multiplié. Quand Saül se suicide, son plus proche collaborateur se suicide aussi. Combien de familles ont été marquées par une sorte de chaîne continue de suicidé(e)s… Comme un exemple morbide qui plane sur les cœurs et sur les âmes.
C’est une souffrance durable infligée à ceux qui restent. Les parents d’un suicidé se condamnent pendant des années, ou s’enferment parfois dans un rejet de la vie parce qu’ils se sentent responsables de cet acte finalement très égoïste.
Je me dois de souligner que ceux qui sont témoins de suicide ou qui sont victimes d’un suicide parmi leurs collègues ou les membres de leur famille n’en sont pas coupables.
Le suicide est un meurtre commis sur soi-même, et le sang qui coule demeure la responsabilité de celui qui le verse. Il faut déculpabiliser ceux qui ressentent vivement cet acte de folie.
Si des copains d’un lycée se moquent d’un jeune homme et que ce dernier se suicide, les copains de ce jeune sont coupables de moqueries — pas de meurtre. Certes, ils doivent reconnaître la méchanceté de leur cœur et s’en repentir, mais ils ne peuvent endosser la responsabilité de cet acte.
Chacun porte sa propre charge et son propre fardeau, et c’est déjà bien suffisant.
La question est souvent posée : « Est-ce qu’un chrétien peut se suicider ?» Je répondrais par une autre question : est-ce qu’un chrétien peut pécher ? Est-ce qu’un chrétien peut tuer ? Hélas, un chrétien peut commettre un tel acte. Le problème, c’est qu’on ne saura jamais si ce suicide est l’acte terrible d’un chrétien découragé, ou la démonstration d’incroyance d’une personne… On ne lit pas les cœurs. Dieu sait ce qui s’y passe. Mais restons fermes en Lui !
Ils sont nombreux, les hommes de Dieu dans la Bible qui ont souhaité la mort (Moïse, Élie, Job, Jonas…). Mais ils se sont attachés à Dieu. Judas se pend, et quelque part il représente ceux qui ne connaissent pas le réconfort de Dieu…
L’accomplissement
Les principaux sacrificateurs ramassèrent les pièces et dirent : Il n’est pas permis de les remettre dans le trésor sacré, puisque c’est le prix du sang. Et, après en avoir délibéré, ils achetèrent avec cet argent le champ du potier, pour la sépulture des étrangers.
C’est pourquoi ce champ a été appelé champ du sang, jusqu’à ce jour. Alors s’accomplit la parole du prophète Jérémie : Ils ont pris les trente pièces d’argent, la valeur de celui qui a été estimé par les fils d’Israël ; et ils les ont données pour le champ du potier, comme le Seigneur me l’avait ordonné.
— Matthieu 27.6-10
Les prêtres ont le bon sens de respecter Deutéronome 23.19 : « Tu n’apporteras pas dans la maison de l’Éternel, ton Dieu, le cadeau d’une prostituée ni le salaire d’un chien, pour l’accomplissement d’un vœu quelconque ; car l’un et l’autre sont en horreur à l’Éternel, ton Dieu. »
Leur « bon sens » est amusant. En refusant que cet argent alimente le trésor sacré, ils admettent que cet argent n’est pas propre. Pas juste.
C’est presque une reconnaissance du fait que l’ensemble du processus est faussé. Le champ du potier était probablement un nom communément admis.
À l’époque comme de nos jours, l’attribution des sépultures posait problème. Et notamment pour ceux qui étaient étrangers. On ne voulait pas que les corps se mélangent !
On a un problème fascinant ici, au verset 9 : Matthieu dit que c’est la parole du prophète Jérémie… Or c’est une citation de Zacharie : « Je leur dis : Si vous le trouvez bon, donnez-moi mon salaire ; sinon, ne le faites pas. Ils pesèrent pour mon salaire trente pièces d’argent. L’Éternel me dit : Jette-le au potier, ce prix magnifique auquel ils m’ont estimé ! Je pris les trente pièces d’argent, et je les jetai dans la Maison de l’Éternel, pour le potier » (Za 11.12-13). Est-ce que Matthieu a fait une erreur ? Certainement pas ! En fait, c’est fascinant.
Certains affirment qu’à l’époque, la section des prophètes commençait par Jérémie. Et ainsi, Matthieu ne ferait que citer la partie prophétique du canon juif.
Mais Don Carson dévoile, je pense, qu’il y a là une grande subtilité de la part de Matthieu. Il cite effectivement Zacharie 11, et montre que la trahison de 30 pièces était vraiment anticipée. Mais en parlant de Jérémie, Matthieu renvoie à une autre image, bien plus sombre, rapportée en Jérémie 19. Et je vous invite à ouvrir vos bibles à ce passage :
Ainsi a parlé l’Éternel : Va, achète une cruche d’argile de chez un potier, prends avec toi des anciens du peuple et des anciens des sacrificateurs. Sors vers la vallée de Ben-Hinnom, qui est à l’entrée de la porte de la Poterie ; et là, tu crieras les paroles que je te dirai.
Tu diras : Écoutez la parole de l’Éternel, rois de Juda, et vous, habitants de Jérusalem ! Ainsi parle l’Éternel des armées, le Dieu d’Israël : Me voici, je vais faire venir sur ce lieu un malheur tel que les oreilles en tinteront à quiconque en entendra parler. Car ils m’ont abandonné, ils ont rendu ce lieu méconnaissable, ils y ont offert de l’encens à d’autres dieux, que ne connaissaient ni eux, ni leurs pères, ni les rois de Juda, et ils ont rempli ce lieu du sang des innocents ; ils ont bâti des hauts lieux à Baal pour brûler au feu leurs fils en holocaustes à Baal : ce que je n’avais pas ordonné, ce dont je n’avais pas parlé, ce qui ne m’était pas venu à la pensée.
C’est pourquoi voici que les jours viennent — oracle de l’Éternel — où ce lieu ne sera plus appelé Topheth et vallée de Ben-Hinnom, mais : Vallée du Carnage. Dans ce lieu j’anéantirai le conseil de Juda et de Jérusalem ; je les ferai tomber par l’épée devant leurs ennemis et par la main de ceux qui en veulent à leur vie ; je donnerai leurs cadavres en pâture aux oiseaux du ciel et aux bêtes de la terre.
Je ferai de cette ville un objet de stupeur et de raillerie. Tous ceux qui passeront près d’elle seront stupéfaits et la railleront à cause de toutes ses plaies. Je leur ferai manger la chair de leurs fils et la chair de leurs filles, et ils mangeront chacun la chair de son prochain, au milieu du désarroi et de la détresse où les réduiront leurs ennemis et ceux qui en veulent à leur vie.
Tu briseras ensuite la cruche, sous les yeux des hommes qui seront allés avec toi, et tu leur diras…
— Jérémie 19.1-10
Il s’agit bien d’un champ qui devient un sépulcre. Un sépulcre de tragédie. Qui fait référence immédiate à l’invasion de Neboukadnetsar qui détruira la ville une première fois au VIe siècle avant Jésus-Christ. Mais c’est là une annonce assez subtile des malheurs qui viendront sur la ville de Jérusalem de nouveau, quelques années après ces événements.
Conclusion
Le suicide de Judas est l’exemple même de tout le cycle du péché. Dans ce sens, Judas incarne bien le titre de « fils de perdition » :
- Il pèche.
- Il est saisi de remords.
- Il rejette Dieu.
- Il se suicide.
- Il passe l’éternité en enfer, loin de Dieu…
Le contraste entre Pierre et Judas doit nous porter à considérer la différence qui existe entre regretter ses péchés et s’en repentir.
Le regret provient de la désapprobation des hommes ; la repentance de celle de Dieu.
Le regret me fait baisser le visage sur moi et mes échecs ; la repentance sur Dieu et sur sa grâce.
Le regret arrête ma marche ; la repentance me renvoie vers une marche transformée.
Le regret me place MOI au centre ; la repentance place DIEU au centre.
La repentance engendre un changement de vie. Avez-vous besoin de dire à Dieu : « Accorde-moi un changement de cœur… »









