Jon Bloom
Jon Bloom

« Un soir, David se leva de son lit. Comme il se promenait sur le toit du palais royal, il aperçut de là une femme qui se baignait et qui était très belle. » – 2 Samuel 11.2

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Le roi David et l’égoïsme

Lisez 2 Samuel 11 et 12.

Nous ne sommes jamais aussi vulnérables au péché que lorsque nous connaissons le succès, la prospérité, et que nous sommes admirés de ceux qui nous entourent. Le roi David en a fait l’expérience tragique.


Le printemps avait fait son retour. Dans le passé, David avait toujours aimé les doux après-midi de printemps qu’il passait sur le toit du palais, au milieu des parfums de fleurs. Mais cette année-là, les effluves de fleurs d’amandier n’avaient pour lui qu’un parfum de profond regret.

Quelle tromperie pathétique ! Il ne pouvait pas regarder ailleurs…

Il n’aurait jamais toléré qu’un autre homme lui offre une aussi piètre excuse. Si Nathan avait débarqué par surprise alors qu’il déshabillait cette femme du regard, n’aurait-il pas brusquement regardé ailleurs ? Bien sûr que si ! Il n’aurait jamais pris le risque de mettre en jeu sa précieuse réputation !

Mais seul sur son toit, il a persisté. Et au cours de ces quelques minutes, son laisser-aller coupable s’était métamorphosé en un terrible projet qui finirait par devenir un projet de mort.

David se mit à pleurer. Son égoïsme royal et sa convoitise sexuelle avaient volé l’honneur d’une femme mariée, assassiné son fidèle et courageux époux, et tué son propre petit bébé innocent. Bath-Shéba, éplorée, était plongée dans une profonde tristesse.

Et la sombre promesse de Dieu le faisait encore frémir :

L’épée ne s’éloignera plus de ton foyer.
– 2 Samuel 12.10

La destruction n’avait pas encore terminé son œuvre.

Comment en était-il arrivé là ?

David repensa à ces années troubles et difficiles au cours desquelles Saül le pourchassait alors qu’il se cachait dans le désert. Combien de fois s’était-il senti désespéré ? Chaque jour, sa survie ne dépendait que de Dieu. Il avait alors si souvent soupiré après un temps de paix et de repos. Aujourd’hui, il considérait ces années comme parmi les plus belles de sa vie.

Pendant les années qui ont suivi, années exaltantes et tumultueuses, David avait œuvré à l’unification de Juda et d’Israël sous son règne. Tous les ennemis avaient été soumis. Tout cela avait culminé lors de l’incroyable promesse de Dieu d’affermir le trône de David à tout jamais.

Un homme avait-il jamais été aussi béni de Dieu que lui ? Toutes les promesses de Dieu s’étaient réalisées. Tout ce que David entreprenait réussissait. Jamais la nation d’Israël n’avait été aussi spirituellement vigoureuse, politiquement stable, riche, et militairement puissante.

Et c’est au sommet de cette prospérité inégalée que David avait commis cet odieux péché. Pourquoi ? Comment avait-il pu résister à tant de tentations au cœur du danger, puis s’effondrer alors qu’il touchait le sommet de la gloire ?

À peine la question s’était-elle formée dans son esprit qu’il connaissait déjà la réponse : l’orgueil. Un orgueil monstrueux, égocentrique. Honoré par son Dieu, un héros pour son peuple, la terreur de ses ennemis, il vivait dans l’adulation et la richesse. Ainsi, le venin mortel de l’auto-adoration avait insidieusement trouvé son chemin jusqu’au cœur de David. L’image du petit berger que Dieu était allé chercher, par pure grâce, dans les collines de Bethléhem, afin de le servir en tant que roi d’Israël, avait disparu de son esprit. Il avait été remplacé dans ses propres pensées par David le Grand, David le sauveur de la nation – un homme dont le statut élevé lui donnait accès à certains privilèges exceptionnels.

David enfouit son visage dans ses mains alors que la honte le submergeait tout à nouveau. Le corps de Bath-Shéba n’avait été rien d’autre que l’un de ces privilèges exceptionnels qu’il avait décidé de s’octroyer. Et en agissant ainsi, il s’était placé au-dessus de Dieu, de son rôle de dirigeant, de sa nation, de l’honneur et de la vie d’Urie, du bien-être de Bath-Shéba. Au-dessus de tout. David avait sacrifié tout cela à l’idole de son propre orgueil.

David tomba face contre terre et pleura à nouveau. Il déversa devant Dieu son cœur brisé et contrit.

Mais une profonde espérance se mêlait aux terribles regrets qu’il éprouvait. Sachant qu’il méritait la mort, David était émerveillé par l’insondable richesse de la miséricorde de Dieu qui lui avait adressé ces paroles :

L’Éternel pardonne ton péché, tu ne mourras pas.
– 2 Samuel 12.13

Un sentiment d’adoration jaillissait de son cœur et il en avait le souffle coupé. Cette parole, dont la bonté dépassait sa compréhension, il l’avait reçue avant même d’avoir présenté le moindre sacrifice !

Voilà bien un amour qui surpasse toute connaissance (Ép 3.19). Quelque chose de miraculeux était à l’œuvre, quelque chose de bien plus puissant que son horrible péché. David ne saisissait pas quel en était le fonctionnement. Mais ce qu’il savait, c’est qu’il désirait que d’autres pécheurs expérimentent eux aussi les voies extraordinairement gracieuses de son Dieu (Ps 51.15-16).


Le plus grand ennemi de notre âme, c’est cet orgueil pathologique empreint d’égoïsme qui est à la base de notre nature déchue. Si nous cherchons bien, c’est toujours ce que nous découvrirons à la source de nos puissants désirs charnels.

Et c’est pourquoi la prospérité peut être si spirituellement dangereuse. Nous avons tendance à reconnaître notre besoin de Dieu plus facilement au cœur de l’adversité. Mais les temps de succès peuvent devenir les temps les plus dangereux de nos vies, car nous sommes si facilement trompés en nous forgeant une trop haute opinion de nous-mêmes (Rm 12.3). L’orgueil de l’auto-exaltation nous pousse à usurper l’autorité de Dieu. Prenons garde à ce danger qui nous guette pendant nos temps de bénédiction.

Et lorsque nous péchons, nous devons courir vers le trône de la grâce, au lieu de l’éviter (Hé 4.16). Puisque nous vivons après la crucifixion de Jésus, nous savons aujourd’hui ce que David ignorait à l’époque : Dieu a effacé nos péchés en les prenant sur lui. Ce n’est qu’à la croix que nous entendrons :

L’Éternel pardonne ton péché, tu ne mourras pas.
– 2 Samuel 12.13

Jamais.


Cet article est extrait du livre Où est ta foi ?, de Jon Bloom, BLF Éditions, 2016, chapitre 23, pp. 148-152. Publié avec l’autorisation de l’éditeur. Tous droits réservés.