Faites ce que je dis, pas ce que je fais !

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Faites ce que je dis, pas ce que je fais !
Laura Nelson

La proximité relationnelle dans un petit groupe permet de transmettre la vérité par la Parole et par l’exemple.

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Si vous êtes parent, vous connaissez ce fou rire qui se transforme en malaise en voyant votre enfant reproduire parfaitement certains de vos gestes et expressions. Si vous êtes pasteur, vous avez probablement eu des sueurs froides à l’idée que les gens de votre Église risquent de reproduire vos faiblesses et vos dadas.

Si vous animez un petit groupe, avez-vous parfois envie de vous cacher derrière la Bible et de dire : « Regardez à Jésus, surtout pas à moi !» Cela semble être une attitude très humble en soi, mais il y a un problème : ce n’est pas l’attitude que nous trouvons dans la Bible ! Paul ne semblait pas souffrir de ce type d’angoisse. Était-il arrogant ? Ou « extra-saint »?

Soyez tous mes imitateurs, frères et sœurs, et portez les regards sur ceux qui se conduisent suivant le modèle que vous avez en nous.
– Philippiens 3.17

Ce verset n’est pas le seul. Nous trouvons cette même exhortation à maintes reprises, s’appliquant à lui-même ou à d’autres (1Co 11.1 ; 2Th 3.9 ; 1Tm 4.12 ; 1P 5.2-3). Il ne s’agit pas seulement d’imiter les apôtres, mais aussi d’autres responsables de l’Église. Le Nouveau Testament est particulièrement exigeant vis-à-vis des anciens/responsables d’Église qui servent officiellement de modèles.

En réalité, nous sommes tous appelés à encourager nos frères et sœurs par notre exemple, comme nous allons le voir ! Les plus mûrs dans la foi ont le privilège de montrer le chemin aux nouveaux arrivés dans la famille de Dieu. En effet, Dieu sait que nous avons tous besoin de suivre des personnes, pas juste des instructions.

Cette réalité représente l’un des quatre principes incontournables qui nourrit la croissance dans l’Évangile par le biais des petits groupes. Le groupe est en effet un espace idéal au sein duquel chaque participant peut grandir, certes grâce à la Parole de Dieu étudiée, mais aussi grâce à la Parole de Dieu incarnée. Il voit de ses yeux ce que signifie vivre en disciple de Jésus en mettant en pratique sa Parole.

Je ne sais pas ce que je ferais sans YouTube ! Installer une applique murale, changer une prise, remplacer une cartouche… Mission impossible il y a 10 ans, mais aujourd’hui tout à fait envisageable même pour une bricophobe comme moi. J’ai récemment reçu un nouveau store intégré pour le Velux de ma chambre. Il était accompagné d’un petit dépliant d’instructions pour l’installation : 15 étapes à suivre et impossible de repérer par quel bout commencer. Une liste de mots qui me font paniquer : « profilés », « entretoises », « châssis »… Et ces mots ne sont guère éclairés que par quelques schémas explicatifs en noir et blanc. Mais, merci YouTube ! Grâce à la gentille dame de Velux Academy, j’ai pu imiter ses gestes et voir exactement comment faire dans une petite vidéo de trois minutes. On peut même mettre cette gentille dame sur pause et zoomer si besoin !

D’un bout à l’autre de la Bible, Dieu nous interpelle afin de nous transformer. Il le fait, à la fois par sa Parole, mais aussi en nous donnant des modèles, et il nous encourage à devenir des modèles à notre tour. C’est un aspect important de notre mission de grandir ensemble. Attention, il ne faut toutefois pas se tromper quant à l’origine de la croissance. Côtoyer même le plus saint des chrétiens ne va pas automatiquement me rendre plus saint (demandez donc à Judas comment ça s’est passé !). Mais Dieu nous a placés dans le corps de Christ afin de grandir ensemble en étant des modèles les uns pour les autres, imparfaits certes, mais tous en chantier1.

Suivre le seul modèle parfait : Jésus

Jésus est notre modèle ultime.

Revenons à la lettre aux Philippiens. Paul se présente comme un modèle à suivre (Ph 3.17), mais seulement après avoir parlé de Jésus comme le modèle à suivre par excellence.

Que chacun de vous, au lieu de regarder à ses propres intérêts, regarde aussi à ceux des autres. Que votre attitude soit identique à celle de Jésus-Christ : lui qui est de condition divine, il n’a pas regardé son égalité avec Dieu comme un butin à préserver, mais il s’est dépouillé lui-même en prenant une condition de serviteur…
– Philippiens 2.4-7

En Jésus, nous voyons l’incarnation de ce que veut dire obéir à Dieu et se donner par amour. Personne ne l’a fait mieux que lui. L’exhortation est « écoutez », mais aussi « regardez ». Pour des centaines de personnes il y a 2000 ans, cela voulait dire laisser leur travail, leur maison, leur famille pour accompagner, observer, écouter un Galiléen dans la trentaine. Pour nous, en lisant les évangiles, nous « voyons » Jésus dans les Écritures.

Appelés à devenir des modèles imparfaits à sa suite

Mais nous sommes, nous aussi, appelés à être des modèles à sa suite, dans l’ombre du modèle parfait. Lisez ce que dit Paul aux Philippiens dans la suite de sa lettre :

Ce n’est pas que j’aie déjà remporté le prix ou que j’aie déjà atteint la perfection, mais je cours pour tâcher de m’en emparer, puisque de moi aussi, Jésus-Christ s’est emparé. Frères et sœurs, je n’estime pas m’en être moi-même déjà emparé, mais je fais une chose : oubliant ce qui est derrière et me portant vers ce qui est devant, je cours vers le but pour remporter le prix de l’appel céleste de Dieu en Jésus-Christ. Nous tous donc qui sommes mûrs, adoptons cette attitude et, si vous êtes d’un autre avis sur un point, Dieu vous éclairera aussi là-dessus. Seulement, là où nous en sommes, marchons dans la même direction [et vivons en plein accord]. Soyez tous mes imitateurs, frères et sœurs, et portez les regards sur ceux qui se conduisent suivant le modèle que vous avez en nous.
– Philippiens 3.12-17

Quand je parle d’un « chrétien mature », quelles images vous viennent en tête ? Je devine que ce n’est pas la liste des vertus de 2 Pierre 1, ni le fruit de l’Esprit dans Galates 5 ! Peut-être pensez-vous à votre père, votre mère, un pasteur ou simplement un membre de votre Église qui a traversé des épreuves et qui dégage une joie, une sérénité, une confiance inébranlable en Christ ? Moi, je pense à Ursula, à Christopher, à Jonathan et à Laurence. Et vous ?

Paul n’hésitait pas à se mettre en avant, comme exemple concret de maturité en Christ, face aux chrétiens de Philippe. Non pas comme un exemple de perfection, mais comme un exemple de persévérance.

Les chrétiens de nos petits groupes ont besoin de voir Christ dans les Écritures. Lui seul est l’exemple parfait, l’incarnation de l’amour de Dieu. Mais ils ont aussi besoin de voir des modèles, certes imparfaits, mais qui suivent Paul et Christ en tendant toujours vers le but, en vivant cette Parole au quotidien. Ils ont besoin de voir, aujourd’hui, à Paris, Lyon, Bordeaux ou Feignies, ce que cela veut dire de vivre pour Jésus, d’appliquer sa Parole dans un monde de streaming, de sites de rencontres et de sushis. Ils ont besoin de le voir en Corrèze, en Bretagne ou en Champagne, dans un monde de philosophie New Age, de dur travail de la terre et face aux défis de la ruralité.

Mais pour le leur montrer, êtes-vous prêt à ouvrir non seulement la porte de votre maison, mais aussi celle de votre vie ?

Petit groupe : des modèles au quotidien

Même si les responsables (pasteur, anciens) de nos communautés sont nos modèles privilégiés, nous ne pouvons pas tous observer de près la vie du pasteur. Et nous avons aussi besoin d’une variété de modèles : des femmes, des hommes, des gens mariés, des célibataires, des chrétiens à la retraite… Les petits groupes sont le lieu idéal pour vivre cette proximité où nous pouvons servir de modèles les uns pour les autres.

Il y a actuellement dans mon groupe une jeune femme qui a subi une intervention lourde à cause d’un cancer. Sa manière de parler ouvertement de sa fragilité, mais aussi de sa confiance en Christ est un modèle pour nous tous dans la gestion de nos problèmes de santé. L’année dernière, un homme du groupe est passé par une longue période de chômage et ce n’était pas facile pour lui. Il a souvent partagé ouvertement ses luttes et nous avons prié ensemble afin qu’il garde son identité en Christ tout au long de cette période.

Ces deux situations étaient très personnelles : nous n’avons pas toujours envie de parler de notre santé ou de nos difficultés professionnelles. Il y a bien sûr une place pour la discrétion. Ce n’est ni nécessaire ni utile de tout raconter à toute l’Église. Il faut faire preuve de discernement et respecter l’intimité et la pudeur des autres. L’animateur doit parfois discrètement dire un mot à une personne qui se livre de manière inappropriée. Mais Dieu nous a placés dans une famille spirituelle où nous encourageons les autres à persévérer par l’exemple de notre persévérance.

Au cœur de cette même lettre aux Philippiens, Paul les exhorte à suivre l’exemple de deux hommes qu’il leur envoie, Timothée et Épaphrodite : un coéquipier de toute confiance et un messager qui va lui remettre le don financier des Philippiens. Ils sont cités tous les deux comme des modèles d’amour sacrificiel. Épaphrodite a lui aussi dû faire face à une grave maladie (Ph 2.26-27). Leur persévérance dans le service est un encouragement à faire de même. Un modèle, un reflet de Jésus-Christ lui-même.

Ceci est particulièrement important pour les membres de nos Églises qui n’ont pas grandi dans une famille chrétienne. Comment vont-ils apprendre à mettre Éphésiens 6.1-4 en pratique s’ils n’ont pas été élevés par des parents chrétiens ? Les trois quarts de mon groupe de quartier ont grandi sans parents qui cherchaient à élever leurs enfants « dans le Seigneur ». Qu’allons-nous faire pour aider ces jeunes parents chrétiens qui aimeraient honorer Jésus au sein de leurs foyers, mais qui n’ont jamais eu de modèle ? Nous avons lu et étudié la Lettre aux Éphésiens dans notre groupe, et les questions ont fusé ! « Comment faire si mon enfant ne veut pas prier ?» « Comment les discipliner et en même temps leur montrer de la grâce ?» « Ont-ils besoin d’un rituel du soir ?» « Quels choix favoriser pour leur scolarité ?»

Pour aller plus loin, j’ai invité trois jeunes mamans à venir chez moi. Autour d’un repas, elles ont eu carte blanche pour interroger mes enfants adolescents au sujet de ce qu’ils ont apprécié (ou pas) dans notre éducation. Nous avons parlé de cas très concrets, avec nos Bibles ouvertes à Philippiens 1, pour réfléchir à nos priorités pour nos enfants. Elles ont pu me voir échanger avec les enfants et ressentir l’ambiance de notre foyer. Je suis loin d’être un exemple parfait d’éducation parentale (ce que mes enfants n’ont pas hésité à confirmer !), mais ces mamans ont pu voir en moi une grande sœur dans la foi qui persévère, par la grâce de Dieu, en essayant d’élever ses enfants « dans le Seigneur ». Comme pour le montage de mon store Velux, cette soirée-là leur a permis de comprendre certaines choses qui étaient jusque-là un peu théoriques.

Incarner : étape essentielle pour transmettre

Les experts présentent ainsi les étapes nécessaires pour transmettre une nouvelle idée ou un comportement2:

Il y a quelques années de cela, je me suis rendu compte que je sautais systématiquement de l’étape 1 à l’étape 4 dans mon service à l’Église et que je n’étais pas la seule à le faire !

Notre transmission se limitait très majoritairement à deux étapes : l’enseignement (notamment des prédications), puis on passait directement à la délégation, avec des applications du style : « voilà pourquoi c’est essentiel de lire la Bible tous les jours pour grandir !» ou « de prier pour ses amis pas chrétiens », ou « de pardonner à ceux qui vous font du mal », ou « de partager l’Évangile ». Les étapes 2 et 3 sont pourtant profondément bibliques !

Le problème est que, si nous sautons les étapes « incarner » et « accompagner », les gens vont très souvent se lancer bravement, échouer et se décourager. Pourquoi ?

Ils ont souvent besoin de voir à quoi cela ressemble dans la pratique : ils ont besoin d’un modèle. Nous disons parfois : « Il faut lire la Bible tous les jours !» comme si tout le monde savait comment le faire. Une dame de 60 ans, dans l’Église depuis longtemps, m’a récemment confié qu’elle ne savait pas comment faire pour lire la Bible… Elle l’ouvrait donc au hasard, mais comprenait très peu ce qu’elle lisait. Quel dommage ! Nous disons souvent aussi : « Il faut partager sa foi avec ses amis !» Certes, il ne suffit pas d’apprendre une méthode pour le faire, mais on peut tout de même beaucoup apprendre en observant un chrétien qui le fait avec simplicité et courage depuis des années.

Il faut ensuite accompagner les premiers efforts. Au lieu de juste enseigner, de montrer, puis d’envoyer les gens le faire chez eux, c’est tellement plus sécurisant pour eux d’être accompagnés dans leurs premières tentatives. Nous pouvons ainsi leur faire des retours, rectifier doucement le tir et puis les encourager à persévérer. Il y a bien plus de chances qu’ils arrivent ainsi à une certaine autonomie sans baisser les bras.


  1. Ce sujet est traité de façon magistrale dans le livre L’essentiel dans l’Église, de Payne et Marshall, pp. 76-82. ↩︎
  2. Schéma adapté du livre de Randy Pope, Insourcing, Grand Rapids, Zondervan, 2013, p. 41, qui cite lui-même Ken Blanchard. ↩︎

Cet article est extrait du livre Une pépinière de disciples dans mon salon, de Laura Nelson, BLF Éditions, juin 2026, chapitre 3 : ‘Incarner’, pp. 61-68.