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Dans cette onzième prédication, nous nous arrêtons sur les ténèbres qui ont couvert la terre au moment de la mort de Jésus. Nous verrons comment, à travers celles-ci, Dieu manifeste son jugement face au péché ainsi que la portée salvatrice de la mort de son Fils.

Dans la même série :


Version écrite de la prédication

Introduction

Le cœur de l’Évangile

Nous lisons les lettres de Pierre dans mon groupe de croissance. La mort de Jésus y est centrale. Elle est au centre de notre espérance, elle est au centre de notre vie, parce qu’elle est suivie de la résurrection corporelle de notre Seigneur…

Lecture : Matthieu 27.45-53

Les ténèbres pour dire la justice

Depuis la sixième heure jusqu’à la neuvième heure, il y eut des ténèbres sur toute la terre.
– Matthieu 27.45

Il y a quelque chose qui m’a profondément marqué en réfléchissant à l’enchaînement des événements.

Dans un premier temps, Jésus est l’objet de la fureur jalouse des hommes :

  • on a lu la trahison,
  • on a lu les moqueries,
  • on a lu les accusations mensongères,
  • on a vu les coups répétés des soldats,
  • on a vu toute la bêtise humaine associée à la méchanceté,

…on a vu tout cela s’abattre sur lui, coup après coup, humiliation après humiliation, tout cela venant des hommes. Tout cela était prévu, et ce n’est que le début.

Dans un deuxième temps, Jésus est l’objet de la violence haineuse du diable. Le diable et tous ses démons se sont investis dans la mort du Christ.

Au départ, le diable tente d’orienter Jésus loin de la croix : lors de la tentation au désert, il cherche même à se faire adorer pour « lui » éviter la croix (Mt 4.1-11) ; ou lorsque Pierre tente de dissuader Jésus de mourir (Mt 16). Mais lorsque cela semble impossible et que Jésus est déterminé à se rendre à Jérusalem pour y mourir (Lc 9.51), Satan change de stratégie et va user de tous ses talents pour infliger le plus de peine possible à celui qui est en train de le vaincre, de le dépouiller de sa puissance… Satan entre en Judas (Jn 13.27) et va le livrer aux responsables religieux.

Dans Luc 22.53, nous lisons : « Mais c’est ici votre heure et le pouvoir des ténèbres. » Et c’est peut-être aussi ce qui explique la prière de Jésus pour les soldats : « Pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font… » Ils sont portés par une puissance qui les dépasse… Satan savait ce que Dieu a dit de la descendance de la femme : « Celle-ci t’écrasera la tête et tu lui écraseras le talon » (Gn 3.15).

Jésus n’avait-il pas dit : « Je ne parlerai plus guère avec vous, car le prince du monde vient. Il n’a rien en moi » (Jn 14.30) ? Puisque la croix est sa défaite, autant la rendre aussi douloureuse que possible. Par la violence, par les moqueries, par la douleur.

Ainsi notre Sauveur bien-aimé passe d’abord entre les mains des hommes, avec toute leur injustice et toute leur jalousie, leur petitesse et leur sadisme. Puis, de 9 h à 12 h, c’est comme s’il passait dans la main du diable, qui l’afflige au-delà de toute imagination. C’est une véritable boucherie. Une boucherie barbare et primitive. Vraiment, il est « semblable à l’agneau qu’on mène à la boucherie… emporté par la violence et le jugement… » (És 53.7-8).

Mais ce qui se passe dans les trois dernières heures, les heures de silence, les heures de ténèbres, est la phase la plus violente de toutes. À midi, et jusqu’à 15 h, tout devient très calme. Glacial. Terrifiant. Il n’y a plus de paroles de Jésus. Il n’y a plus de moqueries de passants. Le silence. Les ténèbres…

Que se passe-t-il ? Le Père en personne arrive sur les lieux, manifeste sa présence. Il est courroucé. Il est rempli de fureur. Il est rempli de justice. Il a rempli son carquois de flèches de condamnation. Chacune porte le nom des hommes, chacune porte le nom des péchés des hommes, chacune apporte une condamnation, chacune apporte un paiement, une rançon…

Si vous avez déjà été dans la jungle ou dans des pays tropicaux, vous avez un bruit constant autour de vous. Tous les animaux font un vacarme extraordinaire, le vent, la chute des fruits ou des branches : c’est très bruyant. Et les autochtones vous apprennent que le danger est caractérisé par… le silence. Lorsque tout devient calme, c’est qu’un prédateur imposant et puissant est entré, et chacun est en alerte.

Essayez de vous reporter dans le temps. D’imaginer la scène. De 9 h à midi, des cris, des hurlements, des blasphèmes, des moqueries, le va-et-vient de la foule qui s’apprête à célébrer la Pâque… Les chefs religieux qui proclament au peuple que ce Messie autoproclamé est la honte d’Israël, et qu’il est maudit puisqu’il est pendu au bois… Et trois hommes sont défigurés. La flagellation, les clous – leurs corps ne sont que plaies ouvertes, qui tentent vainement de soulager leur douleur, au bord du choc, des spasmes, des crampes, de l’impossibilité de respirer, de la soif… Et les rires autour, et les moqueries…

Soudainement, le soleil « s’éteint », le silence s’installe, les ténèbres règnent. Pourquoi ?

1. C’est la manifestation de la présence du Père

Lorsque Dieu conduit son peuple hors d’Égypte, il le conduit ainsi :

Elle se rendit entre le camp des Égyptiens et le camp d’Israël. Elle était, pour les uns, nuée et ténèbres et, pour les autres, elle éclairait la nuit. Ils ne s’approchèrent pas les uns des autres pendant toute la nuit.
– Exode 14.20

Vous vous êtes approchés et vous vous êtes tenus au pied de la montagne. La montagne était embrasée par le feu jusqu’au milieu du ciel. Il y avait des ténèbres, des nuées, du brouillard.
– Deutéronome 4.11

La présence de Dieu n’est pas toujours comme on l’attend ! La présence de Dieu se manifeste aussi par des ténèbres impénétrables, symbole de densité, de mystère, de grandeur, de terreur, mais aussi de protection, de matrice nourricière…

2. C’est la manifestation de la colère du Père

C’est par des ténèbres que Jésus parle parfois de l’enfer (Mt 25.30 ; cf. Jd 13).

L’Éternel dit à Moïse : Étends ta main vers le ciel, et qu’il y ait des ténèbres sur le pays d’Égypte, des ténèbres palpables.
– Exode 10.21

Et c’est d’ailleurs sous forme de ténèbres que sont évoqués les temps futurs de transition vers la nouvelle terre.

Malheur à ceux qui désirent le jour de l’Éternel !
Qu’attendez-vous du jour de l’Éternel ?
Il sera ténèbres et non lumière.
– Amos 5.18

En parlant du jugement de son peuple :

Ce jour est un jour de courroux, un jour de détresse et d’angoisse, un jour de dévastation et de ravage, un jour de ténèbres et d’obscurité, un jour de nuées et de brouillards.
– Sophonie 1.15

3. C’est la manifestation de l’alliance du Père

L’une des alliances les plus importantes pour comprendre le plan de Dieu à travers les âges est celle réalisée avec Abraham. Elle est promise et développée en Genèse 12, 13, 15 et 17, puis souvent répétée. Cette alliance est scellée par le sang d’un sacrifice en Genèse 15. Écoutez les versets 17-18 :

Quand le soleil fut couché, l’obscurité devint profonde ; alors une fournaise fumante et des flammes passèrent entre les animaux partagés. En ce jour-là, l’Éternel conclut une alliance avec Abram en disant : Je donne ce pays à ta descendance ; depuis le fleuve d’Égypte jusqu’au grand fleuve, à savoir l’Euphrate [etc.].
– Genèse 15.17-18

Dieu a établi son alliance au milieu des ténèbres :

Après avoir entendu la voix du milieu des ténèbres, et tandis que la montagne était embrasée, vous vous êtes approchés de moi avec tous vos chefs de tribus et vos anciens.
– Deutéronome 5.23

Pourquoi des ténèbres ? Parce que la nouvelle alliance, promise dans Jérémie 31.31, est scellée du sang de l’Agneau.

Reportez-vous encore sur cette scène. Imaginez que vous soyez là, aux côtés de ces croix. Imaginez que défile le film de votre vie, et notamment le film de vos péchés. Et pour éviter que quiconque se sente mal à l’aise, permettez que ce soit moi qui sois là…

Dieu le Père voit mes meurtres. Parce que mes colères injustifiées, qui ont blessé ceux qui m’entourent, sont des meurtres à ses yeux… « Florent, tu es un meurtrier, pour avoir haï parfois, pour avoir insulté et découragé des gens… c’est la peine de mort », et le Père se tourne et frappe son Fils : « Prends les meurtres de Florent. »

Dieu le Père voit mes adultères. Parce que mes convoitises sont des adultères à ses yeux… « Florent, tu as convoité, tu es adultère à mes yeux… c’est la peine de mort… », et le Père se tourne et frappe son Fils : « Voici pour les adultères de Florent. »

Dieu le Père voit mon manque d’amour, mes mensonges, mes faiblesses, mes idoles passées ou futures, mes calomnies et médisances – et vous connaissez la suite.

De même que tu as été pour beaucoup un sujet d’effroi, de même son aspect n’était plus celui de l’homme, son apparence n’était plus celle des fils d’Adam.
– Ésaïe 52.14

Comme l’annonce Ésaïe, « certes, ce sont nos souffrances qu’il a portées… »

Bien-aimés, quand les gens disent que le Dieu de la Bible est une invention, je trouve que c’est une idée bien idiote. Qui pourrait inventer un tel amour ? Un pasteur observe :

Dieu ne s’est pas détourné de Jésus alors qu’il était l’Agneau expiant pour les péchés. Pendant les ténèbres, le Père a longuement regardé au Fils. Chacun sachant pleinement ce que l’autre faisait pendant ce deuxième aspect unique de la coupe que le Père demandait au Fils de boire. N’était-il pas normal que son aspect ne soit plus celui de l’homme, qu’il soit difforme au-delà de tous les fils d’Adam qui l’ont précédé (És 52.14) ? Comment en serait-il autrement ?

Pendant trois heures – la colère divine épanchée et acceptée par le seul capable de la recevoir.
Pendant trois heures – la soumission silencieuse et volontaire de l’Agneau de Dieu, le Serviteur de Yahweh.
Pendant trois heures – Jésus a payé la plénitude des péchés passés, présents et futurs.

Pendant trois heures – le Père a frappé le Fils de toute la colère que lui seul pouvait manifester.

Et puis soudain – il s’est arrêté.

– Greg Harris, The darkness and the glory, Kress, 2008, pp. 96-97.

L’abandon pour dire l’enfer

Vers la neuvième heure, Jésus s’écria d’une voix forte : « Éli, Éli, lama sabachthani ?» c’est-à-dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?» Quelques-uns de ceux qui étaient là l’entendirent et disaient : « Il appelle Élie. » Et aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge, qu’il remplit de vinaigre, il la fixa à un roseau et lui donna à boire. Mais les autres dirent : « Laisse, voyons si Élie viendra le sauver. »
– Matthieu 27.46-49

Vers 15 h de l’après-midi, la colère est passée, le Fils l’a endurée, le Père est satisfait. Le Fils a été frappé pour les péchés. Les péchés ont été expiés. Soudainement, pour la première fois de toute l’éternité, et pour la seule fois de toute l’éternité, se brise la communion parfaite entre Jésus et le Père.

Jésus s’exclame : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?»

Cette exclamation témoigne d’une véritable rupture. C’est une affirmation que le Père a véritablement abandonné le Fils.

L’Évangile selon Jean commence avec l’affirmation suivante : « La Parole était avec Dieu. » La vie de cette Parole se termine avec l’abandon de Dieu.

J’espère que maintenant vous comprenez l’origine de cette séparation. Les yeux de Dieu sont trop purs pour voir le péché (Ha 1.13), et comme Jésus est devenu péché (2Co 5.21), le Père qui a frappé le Fils le laisse maintenant mourir…

Comment est-ce que Dieu le Père peut être en rupture avec Dieu le Fils ? Il n’existe aucun moyen de le comprendre. Aucun moyen de l’imaginer.

La rupture n’est pas absolue non plus. Jésus prie « mon Dieu ». Mais elle est réelle. Puissante. Parlante.

La rupture avait déjà en partie commencé puisque Jésus a quitté sa gloire en venant sur terre (Ph 2) et qu’il s’apprêtait à la retrouver (Jn 17). Mais celle que Jésus expérimente sur la croix est unique en son genre, parce qu’il est lui, le Fils unique de Dieu.

Même le premier homme, Adam, chassé du paradis, n’a pas connu ce type de séparation. Parce qu’il venait d’être créé, et qu’il était un être limité, sa communion parfaite avec Dieu n’était pas toutefois infinie comme celle du Père et du Fils.

Dans ce sentiment d’abandon, Jésus ne doute pas. Encore une fois, il s’adresse, dans son humanité, à « son Dieu ». Ce n’est pas un doute ! C’est d’ailleurs surprenant que toutes les discussions des non-chrétiens se focalisent sur la notion de doute ! C’est faux, il ne doute pas ! Au contraire, dans le sentiment d’abandon, il cherche Dieu.

Mieux, il affirme la véracité de l’Écriture. Puisqu’il cite le psaume 22, dont je voudrais lire quelques extraits :

Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m’as-tu abandonné ? Mes paroles plaintives sont loin de me procurer le salut… De nombreux taureaux m’entourent, des taureaux de Basan m’environnent. Ils ouvrent contre moi leur gueule, comme un lion qui déchire et rugit. Je suis comme de l’eau qui s’écoule, et tous mes os se disloquent ; mon cœur est comme de la cire, il se fond au milieu de mes entrailles. Ma force se dessèche comme l’argile, et ma langue s’attache à mon palais ; tu me réduis à la poussière de la mort. Car des chiens m’entourent, une bande de scélérats rôdent autour de moi, ils ont percé mes mains et mes pieds. Je compte tous mes os. Eux, ils observent, ils arrêtent leurs regards sur moi ; ils se partagent mes vêtements, ils tirent au sort ma tunique. Et toi, Éternel, ne t’éloigne pas ! Toi qui es ma force, viens en hâte à mon secours !
– Psaumes 22.1, 12-20

Vous savez ce que Jésus expérimente ici ? Jésus vit l’une des dimensions centrales de l’enfer : l’absence de la manifestation de Dieu.

En parlant des impies, nous lisons :

Ils auront pour juste châtiment une ruine éternelle, loin de la face du Seigneur et de la gloire de sa force.
– 2 Thessaloniciens 1.9

Certes, Dieu n’est jamais absent réellement d’un lieu puisqu’il est omniprésent. Mais les manifestations de sa présence sont différentes : il est partout, mais sur un trône ; ou partout, mais pas en enfer. En sorte que l’enfer sera tout de même sous son regard (Ap 14.10).

En parlant des Juifs qui n’auront pas cru à la Bonne Nouvelle, comme ce sera le cas de toutes les nations qui n’auront pas cru, Jésus dit :

Mais les fils du royaume seront jetés dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents.
– Matthieu 8.12

De toute la vaste étendue de notre monde, de toute la vaste étendue du monde à venir, il y a un petit coin créé au départ pour le diable et ses anges. Lorsque Dieu a créé le monde, il n’a pas dit à un jour particulier : « Qu’il y ait un lieu de ténèbres sans ma présence qu’on appellera l’enfer, et il en fut ainsi, énième jour. » Non ! Plutôt, c’était le lieu que Dieu a préparé pour le diable et ses anges. Et lorsque l’homme a suivi le diable dans ses idées, il l’a rejoint aussi dans sa destinée. Et ce coin que Dieu a préparé est un lieu où la manifestation de sa bienveillance et de sa gloire sont absentes. C’est sous son regard, mais en son absence.

Ce que Jésus vit là est la partie infiniment douloureuse de l’enfer. L’expérience de l’absence de Dieu…

Jésus s’exprime pour la quatrième fois, la première en trois heures. Il cite ce psaume 22, qui se termine en chant de victoire. Les « bœufs » qui sont autour de lui ne comprennent rien à ce qui se passe.

Certains pensent qu’il appelle Élie – ce prophète qui n’est pas mort et dont la tradition juive dit qu’il vient secourir les justes qui sont dans la détresse (Carson, Matthew, EBC).

Les moqueries reprennent alors. Jésus s’exclame qu’il a soif, et c’est la cinquième parole sur la croix (Jn 19.28). Des soldats veulent lui donner à boire de leur boisson, un vin bas de gamme qui a tourné, coupé à l’eau. Ils ne font que prolonger le supplice, ce qui n’est en rien un acte de miséricorde.

C’est l’accomplissement du psaume 69 :

Le déshonneur me brise le cœur, et je suis malade ; j’espère un signe de pitié, mais rien ! Des consolateurs, et je n’en trouve pas. Ils mettent du poison dans ma nourriture, et, pour apaiser ma soif, ils m’abreuvent de vinaigre.
– Psaumes 69.21-22

La dérision de ceux qui veulent voir Élie revenir rend cette scène d’autant plus touchante.

Quelle puissance dans l’amour de Jésus, dans l’amour du Père. Comme le dit si bien Godet : « Il se sent un moment abandonné, afin que je ne le sois jamais !» Comme le dit si bien Jésus :

Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle.
– Jean 3.16

La mort pour dire la victoire

Jésus poussa de nouveau un cri d’une voix forte et rendit l’esprit.
– Matthieu 27.50

C’est maintenant terminé. Jésus prononce deux paroles :

Tout est accompli.
– Jean 19.30

Père ! entre tes mains je remets mon esprit.
– Luc 23.46

« Tout est accompli. » Un seul verbe : Tetelestai.

Troisième personne du singulier parfait passif.

Le parfait indique une action révolue, terminée, dont les effets se poursuivent encore et encore et encore.

Tout – tout ! – est accompli !

Qu’est-ce qui est accompli ?

L’Écriture qui annonçait le rejet, la souffrance et la mort du Messie. Moïse et les prophètes attestent de ces choses, et Jésus les a accomplies ! « C’est ainsi que le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour beaucoup » (Mt 20.28).

C’est aussi la victoire définitive et absolue contre le diable, qui est l’adversaire des plans de Dieu. En Genèse 3.15, il est annoncé qu’un fils d’Ève écraserait le diable, mais que celui-ci lui mordrait le talon. C’est ici le triomphe du Fils de Dieu sur Satan.

« Il a écrasé celui qui avait le pouvoir sur la mort, c’est-à-dire le diable » (Hé 2.14). « Il a dépouillé les principautés et les pouvoirs et les a publiquement livrés en spectacle, en triomphant d’eux par la croix » (Col 2.15).

C’est encore la victoire absolue contre toute culpabilité pour ceux qui se confient en lui. Colossiens 1.22 dit : « Il vous a maintenant réconciliés par la mort dans le corps de sa chair pour vous faire paraître devant lui saints, sans défaut et sans reproche… » En sorte que l’apôtre Paul dit : « Il n’y a maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Christ » (Rm 8.1).

C’est la victoire et le triomphe de l’amour : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15.13), et Jésus nous donne ainsi l’accomplissement exemplaire de ce qu’est l’amour.

Tout est accompli !

Il a pleuré pour que je passe l’éternité sans pleurer.

Il est mort pour que je passe l’éternité dans la vie.

Il a payé mes péchés pour que jamais je ne les paie.

Il a aimé jusqu’au bout pour que je sache ce qu’est aimer jusqu’au bout.

Il a accompli toute justice pour que toujours je sache que la justice compte et qu’elle a été accomplie.

Il a ouvert le chemin d’une réconciliation universelle – non pas dans le sens que tous seraient sauvés, c’est faux, mais dans le sens où la nature même va pouvoir être unie à Dieu ! Alléluia !

Matthieu rapporte que « Jésus poussa de nouveau un cri d’une voix forte et rendit l’esprit » (Mt 27.50). Ce dernier cri nous est rapporté plus exactement dans Luc 23.46 : « Père ! entre tes mains je remets mon esprit. »

C’est le moment de la mort. La délivrance d’un supplice que nul n’a jamais connu et ne connaîtra jamais. Quand les médecins parlent de cette mort, voici ce qu’ils écrivent :

La perte de fluide des tissus a atteint un niveau critique ; le cœur comprimé lutte pour pomper du sang lourd, épais, qui monte lentement dans les tissus ; les poumons torturés font un effort frénétique pour inhaler de petites bouffées d’air (source : Croixsens.net).

La difficulté d’exhaler conduit à une forme lente de suffocation. Le dioxyde de carbone augmente dans le sang, conduisant à un taux élevé d’acide carbonique dans le sang. Le corps répond instinctivement en augmentant la respiration. Parallèlement, le cœur bat plus vite pour faire circuler l’oxygène. La diminution d’oxygène issue de la difficulté d’exhaler engendre des dommages aux tissus et les capillaires commencent à distiller un fluide liquide dans les tissus. Ce qui conduit à une présence de liquide autour du cœur, une effusion péricardique, et dans les poumons, une effusion pleurale. Les poumons qui s’effondrent, associés au cœur qui fatigue, avec la déshydratation et l’incapacité d’alimenter les tissus en oxygène, asphyxient la victime par suffocation. La diminution de l’oxygène endommage le cœur, provoquant un infarctus myocardique, ce qui conduit à un arrêt cardiaque. Dans des cas sévères de stress cardiaque, le cœur peut même éclater, un processus connu sous le nom de rupture myocardique.

Effectivement, Jésus serait mort d’un arrêt cardiaque, peut-être d’une rupture du cœur. C’est d’ailleurs ce qui expliquerait que le soldat chargé de vérifier la mort de Jésus, et qui le transperce d’une lance, voit du sang et de l’eau – ce qui ne se produit pas quand on perce le corps d’un homme. Mais l’épanchement dû à l’extraordinaire stress physiologique s’est libéré par le coup de lance, tout comme le sang qui avait envahi le péricarde brisé…

Ça, c’est pour l’analyse physiologique. Mais voyez-vous, cette froide analyse ne rend pas compte d’un aspect unique de la mort de Jésus :

Jésus nous apprend ceci :

Le Père m’aime, parce que je donne ma vie, afin de la reprendre. Personne ne me l’ôte, mais je la donne de moi-même ; j’ai le pouvoir de la donner et j’ai le pouvoir de la reprendre ; tel est l’ordre que j’ai reçu de mon Père.
– Jean 10.17-18

En sorte qu’il n’est pas victime dans sa mort de ce qui se passe. Sa force éblouissante dans l’endurance qu’il vit sur la croix ne le conduit pas à l’épuisement puis à la mort. Le Fils de Dieu est mourant, mais pas victime des circonstances – jamais.

Parce que tout est accompli, il peut maintenant choisir d’éteindre la vie de son corps.

Conclusion

Avec la croix, Dieu a répondu à deux exigences : l’amour et la justice.

La justice parce que le péché a été condamné.

L’amour parce que Dieu offre son pardon.

Plus de fardeau !

Le Père s’est déplacé pour juger le péché. Que jamais il ne soit dit que Dieu est injuste quand il pardonne – il pardonne parce que le prix infini du péché a été payé. Il a lui-même payé le prix de nos fautes. Que jamais il ne soit dit que Dieu manque d’amour en laissant des hommes aller en enfer – il a lui-même fait le chemin de l’enfer pour délivrer ceux qui étaient esclaves du péché et de la mort.

Quel exemple !

D’une certaine manière, la mort de Jésus est unique et sans correspondance dans la vie des hommes. Personne n’a vécu et ne vivra jamais ce que Jésus a vécu.

D’une autre manière, sa mort est exemplaire. Certainement un domaine plutôt difficile à vivre. Mais nous sommes identifiés à sa mort et sa résurrection avec notre conversion (Rm 6). Et à ce titre, il nous faut voir la vie à travers ceci :

Nous donc aussi, puisque nous sommes environnés d’une si grande nuée de témoins, rejetons tout fardeau et le péché qui nous enveloppe si facilement, et courons avec persévérance l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus, qui est l’auteur de la foi et qui la mène à la perfection. Au lieu de la joie qui lui était proposée, il a supporté la croix, méprisé la honte, et s’est assis à la droite du trône de Dieu.
– Hébreux 12.1-2