Le pouvoir du péché est brisé en Christ

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Le pouvoir du péché est brisé en Christ
Benjamin Eggen
Benjamin Eggen

La clé pour lutter contre le péché est de réaliser qu’il n’est plus notre maître. Unis à Christ, nous sommes libérés du pouvoir dominateur que le péché avait sur nous.

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À travers cette série, nous avons vu que tous les bienfaits du salut sont les nôtres lorsque nous sommes unis à Christ. Le salut n’est pas le don de choses, mais le don d’une personne. Dans l’article précédent, nous avons développé cela en lien avec la justification : nous sommes justes devant Dieu grâce à notre union avec Christ. Dans cet article, nous allons explorer un autre bienfait du salut qui découle de cette même union : la sanctification.

Lorsque nous parlons de « sanctification » aujourd’hui, nous avons souvent en tête la lutte contre le péché. C’est ce que l’on appelle la sanctification progressive. Nous allons venir à cela dans un prochain article, mais aujourd’hui, nous nous intéressons à la sanctification définitive.

La plupart du langage du Nouveau Testament à propos de la sanctification décrit une réalité accomplie : nous avons été sanctifiés (1Co 6.11), nous sommes saints (1Co 1.2), nous sommes ceux qui sont sanctifiés (Ac 20.32, en référence à un événement passé). Il ne s’agit pas d’une réalité progressive et future, mais d’un fait déjà accompli qui continue d’être vrai aujourd’hui.

Comme John Murray le met en avant, cet aspect de notre sanctification est à ranger dans la même catégorie que l’appel efficace, la régénération, la justification ou l’adoption, qui sont « définitifs » par leur « nature »1. La plupart des théologiens s’accordent à dire que cette sanctification définitive fait référence à la destruction du pouvoir du péché, le changement de sphère qui a lieu au début de la vie chrétienne. Comme nous allons le voir, cela a lieu grâce à notre union avec Christ.

Nous sommes vivants parce que nous sommes morts (Romains 6)

Dans Romains 5, Paul décrit le salut en termes de changement de maître ou de changement de sphère : nous étions en Adam, et nous sommes maintenant en Christ. Comme nous l’avons vu, c’est cette inclusion en Christ qui nous met au bénéfice de sa justice. Dans Romains 6, Paul met en avant un autre bienfait qui découle de notre inclusion en Christ : la libération du pouvoir du péché.

Paul explique que nous sommes morts au péché (Rm 6.2). Il ne veut pas dire que nous ne péchons plus, mais plutôt que le pouvoir que le péché avait sur nous a été brisé. Alors que nous étions en Adam, nous ne pouvions pas ne pas pécher : c’était plus fort que nous. Nous étions esclaves du péché, asservis à ses désirs (voir Ép 2.1-3). Ce que Paul affirme, c’est que ce pouvoir a été brisé : en Christ, nous pouvons ne pas pécher, parce que nous sommes morts au péché. Nous n’existons plus dans cette sphère de péché, car notre vieil homme, celui qui existait en Adam, a été crucifié (Rm 6.6). Nous ne sommes donc plus esclaves du péché, mais esclaves de la justice (voir aussi Rm 6.15-23).

Comment cela a-t-il eu lieu ? Comment le pouvoir du péché a-t-il été brisé ? Dans Romains 6, Paul met en avant deux éléments qui sont étroitement liés :

  1. D’abord, il décrit les événements historiques concernant la mort et la résurrection de Christ : Christ est mort et il est ressuscité (Rm 6.3, 4).
  2. Ensuite, Paul parle de notre propre mort et de notre résurrection dans notre expérience.

C’est notre union à Christ qui relie ces deux éléments ensemble et qui fait que le premier est la cause du second. Par notre union à lui, nous sommes au bénéfice de la mort et de la résurrection de Christ : sa mort est notre mort (Rm 6.5), sa crucifixion est notre crucifixion (Rm 6.6), sa résurrection est notre résurrection (Rm 6.4, 8).

Il est vrai que nous n’existions pas lorsque Christ est mort et ressuscité il y a 2 000 ans. Cependant, l’union que réalise l’Esprit de Dieu lors de notre conversion nous met au bénéfice de sa mort et de sa résurrection, de sorte que sa mort effectue notre propre mort au péché, et sa résurrection, notre propre résurrection pour une vie nouvelle. On pourrait dire que la vie chrétienne commence par une crucifixion et une résurrection.

En d’autres termes, l’union avec Christ dans les événements historiques de sa mort et de sa résurrection garantit la liberté vis-à-vis du péché dans l’expérience du croyant. John Murray, s’appuyant sur Romains 6, fait référence au « passé historique » et à « l’expérientiel ». Le passé historique concerne les événements de la mort et de la résurrection du Christ dans l’histoire. L’expérientiel fait référence à la mort du croyant au péché dans son expérience. Romains 6 met ces deux éléments en avant et montre qu’ils sont distincts, mais liés. Murray écrit :

Il est nécessaire de souligner les deux aspects, le passé historique et l’expérientiel, d’une part dans leur distinction, et d’autre part dans leur interdépendance.

John Murray, Collected writings of John Murray, vol. 2, p. 291.

C’est donc notre union dans la mort de Christ qui cause la mort du pouvoir du péché en nous2. Nous voyons cela également ailleurs dans le Nouveau Testament : notre union avec Christ est la source de notre vie nouvelle (Ga 2.20 ; 2Co 5.14-15 ; 2Co 5.17).

Cela ne veut pas dire que le péché n’est plus présent en nous. Comme nous le disons souvent, nous ne sommes pas encore libérés de la présence du péché. Mais, par notre union avec Christ, nous avons été libérés de la punition du péché (Rm 5) et nous avons été libérés de la puissance du péché (Rm 6).

Considérons quelques implications pratiques de cette réalité pour notre manière de considérer le péché.

Conséquence 1 : Nous pouvons lutter contre le péché

Romains 6 montre que nous sommes morts au péché et que nous n’en sommes plus esclaves. Nous sommes désormais « vivants pour Dieu en Christ Jésus » (Rm 6.11) et esclaves de la justice (Rm 6.15-23). Cela veut dire que le péché n’est pas plus fort que nous.

Il est facile de penser, en lien avec certains péchés : « J’ai toujours été comme ça, c’est mon caractère, je ne pourrai jamais changer. » C’est une erreur. S’il s’agit d’un comportement pécheur, non seulement nous devons changer, mais aussi nous pouvons changer.

De plus, penser ainsi revient à ne pas prendre suffisamment en compte la réalité de notre union avec Christ. Par notre union à lui lors de notre conversion, le pouvoir du péché a été brisé. Nous avons changé de sphère, changé de maître. En Christ, nous pouvons donc changer et vivre selon ce que nous sommes : comme serviteurs de la justice plutôt que serviteurs de l’injustice.

Cela ne veut pas dire que nous allons atteindre un stade dans cette vie où nous ne pécherons plus. Mais cela veut dire qu’à chaque instant, nous avons les armes pour lutter. J’aime la manière dont Henry Martyn, un missionnaire des 18ᵉ-19ᵉ siècles, met ces réalités ensemble :

Je ne peux pas m’attendre à vivre sans péché dans ce monde, mais je peux désirer vivre sans pécher à chaque instant3.

Conséquence 2 : La justification n’a pas lieu sans la sanctification

Autrement dit : il n’est pas possible d’être pardonnés de ses péchés sans une vie qui va grandir dans la justice et la sainteté. Cela ne veut pas dire que notre justice et notre sainteté produisent le pardon de nos péchés devant Dieu. Mais cela veut plutôt dire que ces deux bienfaits, la justification et la sanctification, viennent de la même source : le Seigneur Jésus-Christ.

Justification et sanctification constituent une « double grâce » que nous recevons alors que nous sommes unis à Christ, comme l’exprime Jean Calvin4. Il est important de les distinguer : notre justification ne dépend pas de notre sanctification. Mais nous ne pouvons pas les séparer, en réclamant l’une sans prendre l’autre. Calvin explique que séparer la justification et la sanctification, en disant que l’on peut avoir l’une sans l’autre, reviendrait à couper le Seigneur Jésus-Christ en morceaux5. C’est impossible ! C’est une autre raison pour laquelle il n’est pas juste de dire que l’on peut recevoir Jésus comme Sauveur sans le recevoir comme Seigneur. Faire cela, c’est couper Jésus en deux.

Girolamo Zanchi, un réformateur italien du 16ᵉ siècle, illustre ceci en parlant du mariage d’un roi. Lors de son mariage, le roi donne à celle qu’il épouse de nombreux cadeaux merveilleux, des habits et des ornements royaux, une magnifique couronne, etc. Cependant, elle n’est pas la femme du roi parce qu’elle est habillée de ces vêtements royaux ; elle porte ces habits prestigieux parce qu’elle est la femme du roi6. De la même manière, nous ne sommes pas acceptés par Dieu parce que nous vivons avec sainteté ; nous vivons nécessairement avec sainteté parce que nous sommes unis à Christ. Nous ne pouvons pas avoir l’un sans l’autre.

Qu’est-ce que cela implique pour notre lutte contre le péché au quotidien ? C’est le sujet du prochain article, où nous verrons les implications de notre union avec Christ pour la sanctification progressive.


1.John Murray, Collected writings of John Murray, vol. 2, p. 277. 2.C’est le pouvoir du péché qui est mort en nous, pas le péché lui-même. Comme l’écrit Sinclair Ferguson, « nous sommes déjà morts au péché, mais le péché n’est pas encore mort en nous » (Sinclair Ferguson, Union with Christ, Ligonier Ministries, 2025, p. 89). 3.J’apprécie aussi la manière dont Richard Gaffin exprime cette réalité en disant (en anglais, pour garder la rime) : « Sin is indwelling, but not overpowering ; for the believer, indwelling sin is not enslaving sin. » Richard Gaffin, By faith, not by sight, Paul and the order of salvation, p. 88. On pourrait traduire la première partie : « Le péché est rémanent, mais pas tout-puissant. » Si quelqu’un a une idée de traduction pour la deuxième partie, qui conserve la rime, je suis preneur ! 4.Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne, 3.11.1, Éditions Kerygma, p. 658. 5.Dans la section 3.16.1 de l’Institution de la religion chrétienne (Éditions Kerygma, p. 730), Calvin explique que pour recevoir la justification « il faut, d’abord, posséder Christ ». Et une fois que nous possédons Christ, alors nous recevrons nécessairement et justification et sanctification, puisque Christ « ne peut pas être coupé en morceaux »6.Girolamo Zanchi, The spiritual marriage between Christ and his Church and every one of the faithful, Reformation Heritage Books, 2021, p. 96. 


Dans la série « À la découverte de notre union avec Christ »

  1. L’union avec Christ, un thème important mais négligé ?
  2. Qu’est-ce que l’union avec Christ ?
  3. L’union avec Christ est la source de notre salut
  4. L’union avec Christ est le ciment de la doctrine du salut
  5. La sécurité d’avoir été élu en union avec Christ
  6. Notre justification a lieu en union avec Christ
  7. Le pouvoir du péché est brisé en Christ
  8. Christ est la source de notre lutte contre le péché
  9. Je suis uni à Christ grâce au Saint-Esprit
  10. L’union avec Christ est mystérieuse
  11. L’union avec Christ est indestructible
  12. Sommaire et ressources pour aller plus loin