Pourquoi je ne demande plus à Dieu d’être débarrassé d’un péché une fois pour toutes

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Pourquoi je ne demande plus à Dieu d’être débarrassé d’un péché une fois pour toutes
Raphaël Charrier
Raphaël Charrier

Aujourd’hui, Dieu veut que je prie pour mon obéissance. Aujourd’hui, Dieu ne veut pas que je prie pour mon obéissance de demain. Il veut que, demain, je prie pour mon obéissance.

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Il m’a fallu des années pour comprendre cela. Dieu ne veut pas que je lui fasse de grandes promesses du genre : « Je te promets que plus jamais je ne… Plus jamais ! Et je te demande la force d’y parvenir. »

Après un énième échec, je doutais de la puissance de Dieu en moi.

Pourtant, s’engager à ne plus vouloir pécher plaît à Dieu, n’est-ce pas ? N’a-t-il pas promis que, si l’on demande, on reçoit (Lc 11.9) ? Alors, pourquoi ne répond-il pas à ce genre de prière ?

1. Parce qu’il n’agit ni pour ma gloire ni par magie, mais à travers la prière permanente qui manifeste notre bonheur de lui appartenir

Selon moi, demander à Dieu d’être débarrassé d’un péché une fois pour toutes montrait que j’avais oublié la sainte dépendance envers lui qu’il veut créer en moi.

Calvin introduit son Institution de la religion chrétienne en citant Clément d’Alexandrie :

Presque toute la sagesse que nous possédons, qui est, en définitive, réelle et véritable, présente un double aspect : la connaissance de Dieu et de nous-mêmes.

Effectivement, vouloir être débarrassé d’un péché une fois pour toutes démontre à quel point je suis naïf quant à ma vulnérabilité et ignorant quant à la pédagogie de l’Éternel.

Voici pourquoi je ne fais plus de tels vœux.

2. Parce que je veux proclamer que j’ai besoin de la grâce à chaque instant

La prière « Notre Père » (Mt 6.5-14) est-elle autre chose que la reconnaissance de notre dépendance et de notre soumission quotidiennes envers le Père céleste et souverain ?

Jésus, par sa vie de prière, nous apprend à dépendre de Dieu au quotidien. Cela va à l’encontre d’une demande faite une fois pour toutes, comprise comme une transaction et non comme une relation fondée sur la grâce.

Dieu se glorifie en nous quand nous reconnaissons notre dépendance. Tous les jours, Dieu nous dit : « Mon fils, donne-moi ton cœur » (Pr 23.26).

Vous luttez contre l’impureté ? Ne demandez pas l’obéissance pour demain, mais pour aujourd’hui. Demain, reformulez la supplication et louez-le pour hier. Si nécessaire, demandez la même chose jusqu’à son retour.

Toute notion de dépendance est synonyme de permanence. Nous ne pouvons produire la sainteté par nous-mêmes, car elle est le fruit de notre relation avec lui.

3. Parce que Dieu veut être l’objet de mes pensées chaque jour

Notre justification a été accomplie une fois pour toutes par Jésus à la croix.

Mais notre transformation à son image se fait progressivement et de façon non linéaire. Ainsi l’a voulu Dieu.

Dieu aime remplir nos pensées au quotidien et nous rappeler que nous avons besoin de lui en permanence (Ph 4.4-8). Nous ne pouvons cesser de penser à Dieu sans que les vagues de la tentation nous assaillent aussitôt.

Cette pédagogie est parfaite, car elle nous pousse à tourner les yeux vers lui, pour notre plus grande joie. Dieu désire nous apprendre ici-bas, dans un monde qui le rejette, à mettre à mort les œuvres de la chair et à l’aimer de plus en plus, jour après jour, dans la dépendance à son Esprit.

Le contraire nous pousserait à compter sur nous-mêmes. Ce qui revient à dire que nous courrions alors à notre perte.

Ainsi se réjouit le psalmiste :

Car ce n’est pas en mon arc que je me confie, ce n’est pas mon épée qui me sauvera ; mais c’est toi… Nous nous glorifions en Dieu chaque jour, et nous célébrerons à jamais ton nom.
– Psaumes 44.7-9

Dans sa grâce, Dieu nous donne des victoires durables tant que nous gardons les regards fixés sur lui (Hé 12.1-3).

4. Parce que Dieu veut que je sois quotidiennement acteur de ma sanctification

Si Dieu répondait à ma prière : « Délivre-moi une fois pour toutes », je regarderais le péché sans être tenté, mais serais-je plus enclin à me tourner vers lui ? Le Seigneur nous accorde le privilège d’être pleinement acteurs de notre sanctification grâce à la présence de son Esprit en nous. Ainsi, il nous pousse tous les jours à nous livrer à lui (Rm 6.19) et à affirmer qu’un jour auprès de lui vaut mieux que mille ailleurs (Ps 84.11).

5. Parce que Dieu ne se lasse pas de démontrer la gloire de sa grâce

Si nous ne nous sentons pas en danger, c’est le fruit de sa grâce.

Ainsi donc, que celui qui pense être debout prenne garde de tomber ! Aucune tentation ne vous est survenue qui n’ait été humaine ; Dieu est fidèle et ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces ; mais, avec la tentation, il donnera aussi le moyen d’en sortir, pour que vous puissiez la supporter.
– 1 Corinthiens 10.12-13

Si nous chutons, nous avons besoin de sa grâce. Dieu désire que nous la contemplions et l’expérimentions au quotidien.

Se sentir définitivement à l’abri du péché sans avoir été ressuscité nous conduirait à penser que nous n’avons plus besoin de lui. Or, Dieu se glorifie quand nous reconnaissons que nous sommes faibles (Rm 8.26 ; 2Co 12.9).

Dieu promet de ne jamais nous laisser tomber. Il manifeste la gloire de sa grâce lorsque nous sommes faibles et éloigné de lui. Il prend plaisir à nous pardonner et à nous ramener à lui afin que nous fassions l’expérience de sa grâce au présent et chaque jour. Nous avons besoin de puiser dans la grâce comme nous avons besoin de puiser de l’eau.

6. Parce que la tactique du diable consiste à me faire promettre des choses irréalistes pour mieux m’éloigner de Dieu

Dans son fameux livre, Tactique du diable, C. S. Lewis met en scène un démon vétéran nommé Screwtape, qui écrit des instructions à un démon novice, Wormwood, chargé de détourner un jeune chrétien de la foi. Ce procédé littéraire très ingénieux nous permet de nous placer en observateurs du camp ennemi.

Dans sa lettre XV, Screwtape lui fait remarquer :

Les hommes vivent dans le temps, mais notre Ennemi [Dieu] les destine à vivre dans l’éternité. Je pense que c’est là la raison pour laquelle il veut qu’ils tiennent toujours compte de deux choses : de l’éternité et de ce laps de temps qu’ils appellent le présent… C’est seulement dans le moment présent que les hommes font une expérience qui ressemble à celle que fait notre Ennemi [Dieu] de la réalité dans sa totalité… C’est pourquoi l’Ennemi [Dieu] voudrait les voir constamment préoccupés ou de l’éternité (ce qui revient à dire qu’ils s’inquiètent de lui) ou du moment présent ; en train de méditer soit sur leur union éternelle avec lui, soit sur leur séparation éternelle d’avec lui, ou alors en train d’obéir à ce que leur conscience leur dicte aujourd’hui, de porter leur croix aujourd’hui, de recevoir la grâce pour aujourd’hui et de le remercier pour les joies d’aujourd’hui. (C’est nous qui soulignons.)
– C. S. Lewis, Tactique du diable, lettre XV

À la suite de ce constat, Screwtape encourage Wormwood à détourner les pensées soit vers le passé, soit vers le lendemain (qui est incertain et angoissant), afin de décourager le chrétien.

Et nous tombons dans le piège. Lewis nous rappelle que nous ne pouvons espérer obéir que dans le présent ou dans l’éternité.

7. Parce que Dieu seul peut promettre pour toujours

Pour tenir parfaitement une promesse, il faut être parfait. Dieu seul l’est.

Il nous a unis à lui par le Christ et nous en avons la certitude par le sang de la nouvelle alliance. Christ a rempli les conditions qui nous garantissent qu’aucun de nos péchés ne peut nous séparer de l’amour du Père, car il en a porté la culpabilité à notre place. Ainsi, il est fidèle à ses promesses : il a promis qu’il nous garderait dans sa main pour l’éternité.

Notre espérance réside uniquement dans l’accomplissement de ses promesses, et non des nôtres :

Le Dieu de toute grâce, qui, en Christ, vous a appelés à sa gloire éternelle, après que vous aurez souffert un peu de temps, vous formera lui-même, vous affermira, vous fortifiera, vous rendra inébranlables. À lui la puissance aux siècles des siècles ! Amen !
– 1 Pierre 5.10-11

Aujourd’hui, Dieu veut que je prie pour mon obéissance.

Aujourd’hui, Dieu ne veut pas que je prie pour mon obéissance de demain. Il veut que, demain, je prie pour mon obéissance.

Aujourd’hui, le mot qui change tout dans ma prière

À chaque jour suffit sa peine. Dieu prendra soin de notre obéissance de demain. Ce n’est pas à nous de nous en soucier. Ce qu’il désire, c’est que nous lui obéissions maintenant. C’est le meilleur moyen d’apprendre à lui obéir demain.

J. C. Ryle disait aux jeunes chrétiens que demain est le jour de Satan, mais qu’aujourd’hui est le jour de Dieu :

Satan ne s’inquiétera pas de vos intentions ni de vos résolutions, aussi saintes qu’elles soient, pourvu qu’il les fasse renvoyer à demain.
– J. C. Ryle, Exhortation aux jeunes hommes

La prière quotidienne manifeste donc notre espérance de vivre chaque jour dans ses mains, pour être à l’abri même lorsque nous sommes tentés.

Alors, voici comment je prie :

Seigneur, aide-moi en ce jour pour que je vive selon ta volonté. Tu sondes mon cœur et tu sais ce qui me tente maintenant. Tu connais mes faiblesses. Maintenant, je me confie en toi. Maintenant, je fixe mon regard sur toi et sur tes promesses. Sans toi, je ne peux rien faire qui te glorifie. Dans ta bonté, au nom de Jésus, aide-moi à t’obéir aujourd’hui. Dans ta grâce, viens à mon secours pour qu’aujourd’hui je ne vive que pour toi et que je te ressemble un peu plus. Aujourd’hui, je veux te redire que je t’appartiens et que mon espoir est en toi. Garde-moi de me soucier de demain, garde-moi du mal. Et je te prie pour que, demain, je ne me soucie que du présent.

ℹ️ Article publié pour la première fois le 21 novembre 2018. Remis en avant par la rédaction pour atteindre une nouvelle génération de lecteurs.