Loading the Elevenlabs Text to Speech AudioNative Player…N’aimez point le monde, ni les choses qui sont dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est point en lui ; car tout ce qui est dans le monde, la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie, ne vient point du Père, mais vient du monde. Et le monde passe, et sa convoitise aussi ; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement.
Jean ne dit pas seulement : « Ne faites pas comme le monde. » Il va beaucoup plus loin : « N’aimez pas le monde. »
Pourquoi ? Parce qu’on ne peut pas donner son cœur à Dieu et au monde.
Ce texte peut nous paraître excessif, presque extrémiste. Le même Jean n’a-t-il pas écrit que Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils ? Pourquoi Dieu aime-t-il le monde alors que nous ne devons pas l’aimer ?
Il faut ici bien définir ce à quoi Jean nous appelle. Le mot « monde », ici, ne désigne pas la bonne création de Dieu ni les êtres humains que Dieu veut sauver. Il désigne le système de valeurs, de désirs et de mensonges qui rejette l’autorité du Créateur. Jean ajoute plus loin :
Nous savons […] que le monde entier est sous la puissance du malin.
1 Jean 5.19
Satan est en effet appelé le prince de ce système-monde (Jn 12.31 ; 14.30 ; 16.11). Le monde considère l’Évangile comme une folie et hait ouvertement le Christ et ses disciples. Il s’est fermé pour ne pas recevoir le Christ, Parole et lumière de Dieu (Jn 1.5, 10 ; 3.19).
Le « monde » dans lequel nous évoluons n’est donc pas neutre. C’est un ennemi mortel. Il produit une culture saturée de séductions et d’idolâtries qui détournent nos cœurs du Dieu qui nous aime tant. Aimer le monde, affirme Jean, c’est aimer ce dont Dieu nous a délivrés.
Pour reprendre une image de Voddie Baucham, aimer le monde tout en prétendant aimer Dieu, c’est comme venir à son propre mariage en courtisant la meilleure amie de sa future épouse.
L’amour du monde est un adultère
Son commandement s’adresse à des hommes et des femmes, dont les péchés sont pardonnés à cause du nom de Christ (v. 12), qui connaissent le Père (v. 13), en qui la Parole de Dieu demeure et qui ont vaincu le Malin (v. 14).
Soyons donc déterminés à ne pas redonner au monde le cœur que le Père a racheté par amour.
Ce texte nous place devant trois questions fondamentales :
1. À qui appartient réellement notre cœur ?
N’aimez point le monde, ni les choses qui sont dans le monde.
Ce n’est pas son conseil. C’est un commandement de Dieu adressé à tout chrétien.
Si nous trouvons Jean trop radical, c’est peut-être que nous manquons de discernement et de maturité spirituelle : nous ne voyons pas le monde tel qu’il est réellement. Nous nous laissons séduire parce que le monde maquille le péché afin de le rendre plus désirable que l’amour de Dieu.
Jean déclare pourtant : « Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est point en lui. »
Notre cœur est fait pour aimer ce qui le remplit de joie. Il ne peut pas ne pas aimer : c’est une usine d’amour. Et un amour en chasse un autre. Si notre cœur n’est pas enflammé pour Dieu, le monde se chargera volontiers de le remplir.
À qui voulons-nous donner notre cœur ?
L’avertissement de Jean est solennel : le monde veut notre cœur et fera tout pour le séduire. Si nous luttons contre ses séductions et que nos échecs nous attristent, c’est un très bon signe : nous sommes en résistance.
Mais si nous n’éprouvons aucune souffrance dans le monde, c’est que nous vivons déjà dans la compromission.
Si nous ne résistons pas à ses tentations, il envahira notre cœur et éteindra notre amour pour Dieu, car l’amour du Père et l’amour du monde sont deux allégeances rivales. La paix avec le monde est un signe de mort.
Ces deux amours sont mutuellement exclusifs. La sainteté et la corruption du péché sont antinomiques. Il n’existe dans notre cœur aucun terrain d’entente, aucune paix, aucune cohabitation, ni aucun compromis possible entre Dieu et le monde.
La question ultime est donc la suivante : qui mérite d’être aimé, Dieu ou le monde ? Jésus est mort pour nous arracher à l’esclavage du monde. Tolérer les valeurs et les influences du monde, c’est pactiser avec ce qui a poussé les hommes à clouer Jésus sur la croix.
Nous devons donc renoncer à ouvrir notre cœur au monde.
2. Comment le monde veut-il capturer notre cœur ?
Le verset 16 nous donne la raison du commandement énoncé au verset 15 :
Car tout ce qui est dans le monde, la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie, ne vient point du Père, mais vient du monde.
Le monde n’est pas seulement autour de nous. Il trouve en nous un complice : des désirs déréglés.
Notre cœur a été créé pour trouver son bonheur dans ce qu’il aime, mais le péché l’a désordonné.
L’objet de son amour peut donc être mauvais, mais il peut aussi aimer de bonnes choses d’une manière idolâtre.
L’un des pires mensonges dont le monde se sert pour nous détruire tient en trois mots : « Suis tes désirs. »
Le monde cherche à nous convaincre que nos désirs possèdent une autorité morale : « Quel mal y a-t-il à suivre mes désirs ? Pourquoi Dieu aurait-il le droit de s’opposer à ce que je veux ? Love is love. »
Mais un amour n’est pas moralement bon simplement parce qu’il est sincère.
Tous les amours ne sont pas justes, et nous le savons au fond.
- Aimer l’argent plus que tout est pervers.
- Aimer son travail plus que sa famille est pervers.
- Un adultère, même motivé par l’amour, demeure pervers.
- La sexualité vécue en dehors du cadre que Dieu lui a donné — le mariage entre un homme et une femme — est perverse.
- L’amour qu’un pédophile prétend porter à un enfant est une abomination.
La plupart reconnaissent plus ou moins ces vérités en fonction de ce qui les arrange, mais ils le font sur des fondements qu’ils peuvent eux-mêmes remettre en question tôt ou tard, car le monde les séduira autrement.
Nous devons donc nous demander comment le monde cherche à capturer notre cœur.
Car le monde fait du discipulat : il veut former nos désirs et notre imaginaire. Il n’enfonce pas la porte de notre cœur ; il le séduit au moyen de ce qui paraît normal, désirable et parfois même innocent. Il ne commence pas par nous demander de renier Jésus. Il nous apprend simplement, désir après désir, à aimer autre chose davantage que lui.
Jean décrit trois grandes façons dont le monde fait de nous ses disciples.
Le monde exploite la convoitise de notre chair et de nos yeux
Nous ne rencontrons pas seulement le monde au travail, à l’université ou lors d’une soirée entre amis. Il s’immisce dans notre intimité et nous poursuit jusque dans nos toilettes, dans notre poche et dans nos AirPods, grâce aux écrans.
Des industries dépensent des millions et gagnent des milliards en exploitant les désirs de notre cœur corruptible. La culture devient le cheval de Troie du monde : elle offre à notre cœur ce qu’il réclame pour mieux le vaincre.
« Publiez sur Instagram, nous vous donnerons des likes. Regardez cette série, nous vous ferons oublier votre vie. Vous désirez du sexe ? Le porno est là. Consommez encore et encore : vous serez heureux. »
Le mensonge du monde, c’est de nous faire croire qu’il peut satisfaire nos désirs. Son véritable objectif est de nous apprendre à aimer autre chose que Dieu.
Ce que nos yeux contemplent, notre cœur ne tarde pas à le convoiter.
La publicité nous rappelle ce qui nous manque. Les réseaux sociaux mettent en scène ce que les autres possèdent. La convoitise des yeux devient ainsi le moteur de l’économie de l’attention, de l’infidélité et de l’instabilité personnelle comme professionnelle.
Son pouvoir de destruction dépasse l’entendement. Elle est à la source des adultères, des vols, des comparaisons, des compromissions et du consumérisme.
Ces questions sont complexes, et je ne prétends pas posséder à moi seul la sagesse nécessaire pour en discerner tous les enjeux. Nous ne vivons pas dans une réalité dualiste où tout serait parfaitement réparti entre ce qui est saint et ce qui est profane.
Toute production culturelle — films, séries, romans ou musique — est touchée par la grâce commune et reflète donc quelque chose de vrai, de beau et de bon. Mais elle est aussi contaminée par le monde et porte la marque de ce qui est mensonger, pervers et laid.
La bonne question n’est donc pas seulement : « Ai-je le droit de regarder cela ?», mais : « Qu’est-ce que ça m’apprend à aimer ?»
Lorsque nous regardons ou écoutons des œuvres dont le but implicite ou explicite consiste à faire l’apologie de la sensualité, de l’immoralité sexuelle ou de la superficialité, pouvons-nous vraiment prétendre le faire par amour pour Dieu ?
Quels désirs ces œuvres produiront-elles dans notre cœur ? Nous pousseront-elles à aimer Dieu de tout notre cœur ?
Dieu veut notre cœur et notre maturité. Il veut que nous discernions ce qui peut nous éloigner de lui et que, par amour pour lui, nous sachions y renoncer.
Si nous sentons qu’une série ou qu’un film nous éloigne de Dieu, notre réponse devrait être simple : « Parce que mon amour pour Dieu est plus important, j’y renonce avec joie. Je n’aurai rien perdu lorsque le FOMO1 du monde sera passé. »
Pourquoi notre cœur est-il si souvent sec lorsque nous ouvrons la Bible ou chantons des cantiques, après avoir passé des heures à faire défiler des contenus qui nourrissent notre amour du monde ?
Parce que « tout ce qui est dans le monde ne vient point du Père ». Nous aimons trop le monde, et cet amour nous aveugle à la beauté suprême de Dieu.
Le monde nourrit « l’orgueil de la vie »
Le monde gonfle notre ego par ce que nous possédons, accomplissons ou représentons : « Regardez ce que j’ai. Regardez ce que j’ai fait. Regardez ce que je suis devenu. »
L’orgueil de la vie consiste à vivre en se croyant tellement supérieur aux autres que l’on pense n’avoir besoin de personne, pas même de l’amour du Père.
Pour certains, cet orgueil se nourrira de la réussite dans les études, de la carrière, du statut social, du salaire, de ce qu’ils peuvent acheter et de tout ce qu’ils peuvent consommer. Pour d’autres, il prendra la forme d’un mode de vie prétendument plus vertueux : une vie plus saine et sportive, plus écoresponsable ou plus minimaliste. D’autres encore tireront leur fierté d’une productivité dopée à l’intelligence artificielle, qui les fera paraître plus intelligents et plus travailleurs qu’ils ne le sont réellement. Pour d’autres, ce sera l’orgueil du ministère et de l’influence dans l’Église.
Le monde peut ainsi se revêtir de vertus contradictoires pour nourrir notre orgueil, mais son principe demeure identique : nous pousser à aimer autre chose davantage que Dieu. Il porte toutes les couleurs politiques, culturelles, philosophiques et idéologiques. Il peut être laxiste ou moraliste. Dans les deux cas, il nous apprend à vivre sans dépendre humblement du Père.
La convoitise de la chair veut ressentir. La convoitise des yeux veut posséder. L’orgueil de la vie veut paraître. Mais tout cela, nous dit Jean, « ne vient point du Père, mais vient du monde ».
3. Pourquoi devons-nous aimer Dieu seul ?
Jean répond :
Le monde passe, et sa convoitise aussi ; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement.
Jean ne dit pas seulement que le monde passera un jour. Il affirme que sa disparition est déjà en cours. Il appartient à un âge condamné. Par la résurrection de Christ, la vie éternelle a déjà fait irruption dans le présent. Jésus a vaincu le monde ! (Jn 16.33)
Convoiter le monde, c’est consacrer toute sa vie à obtenir la meilleure cabine sur le Titanic. C’est aimer la vanité. Tout ce que le monde célèbre sera réduit à néant, car il est déjà jugé (Jn 3.18–21).
Le cœur partage le destin de l’objet de son amour. Jean nous rappelle donc notre espérance : « Celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement. » L’amour du Père produit une vie qui rejette le monde qui passe et s’attache à ce qui demeure éternellement.
Faire la volonté de Dieu, c’est laisser la vie éternelle nous gouverner dès aujourd’hui. C’est vivre en prenant la fin comme point de départ. C’est vivre déjà conformément à ce que nous serons pour toujours : saints. Par amour pour Dieu, nous lui soumettons nos loisirs, nos relations, nos études, notre travail, nos ambitions, notre emploi du temps et tous nos désirs.
C’est ainsi que nous vivons dans le monde sans appartenir au monde, parce que notre citoyenneté, notre espérance et notre héritage sont ailleurs.
Jésus nous libère de l’amour du monde
Jésus-Christ se trouve au centre de cet amour, car il nous sauve du monde. Jésus est venu dans le monde. Il en a vu la laideur, la perversion et la corruption. Il a lui-même été tenté en toutes choses, mais le monde n’a trouvé aucune emprise sur son cœur, car il n’a jamais cessé d’aimer le Père. Il a exposé les mensonges du monde et haï le mal qui tenait les hommes captifs. Là où nous avons aimé le monde, Jésus a parfaitement aimé le Père. Sur la croix, il a porté la condamnation due à notre amour du monde.
Le monde promet la vie, mais conduit à la mort. Jésus s’est laissé conduire à la mort pour nous offrir sa vie éternelle.
Oui, nous luttons contre notre amour du monde. Mais l’amour de Dieu pour nous est plus grand que tout, et cet amour nous transforme. Nous ne vaincrons donc pas le monde en serrant les dents, mais en laissant l’amour de Dieu inonder notre cœur. Cet amour est supérieur à tout ce que le monde nous promet ; lorsqu’il nous remplit, les séductions du monde perdent leur force.
L’œuvre que l’Esprit a commencée en nous consiste précisément à nous apprendre à vivre pour Jésus plutôt que pour le monde.
À qui appartient votre cœur ?
Lorsque Dieu nous dit : « N’aimez pas le monde », désobéir est un péché aux conséquences terribles. L’une des histoires les plus tristes de la vie de Paul nous est racontée en une seule phrase. L’apôtre écrit à Timothée :
Démas m’a abandonné, par amour pour le siècle présent.
2 Timothée 4.10
Démas avait travaillé aux côtés de Paul. Il avait pris un bon départ et s’était engagé. Mais il n’a pas rejeté le monde. Il n’a probablement pas abandonné Paul en un jour. L’amour du monde s’est installé par une tolérance, puis par un compromis, puis par un autre, jusqu’au jour où ce qu’il aimait en secret est devenu plus précieux que Jésus. Voici son épitaphe spirituelle : « Il a aimé le siècle présent. »
Qu’attendez-vous secrètement du monde que vous devriez chercher en Dieu ? Quels désirs nourrissez-vous qui risquent de vous détourner de son amour ?
Confessons-les à Dieu et écoutons ce que Jean nous affirme :
Voici comment Dieu a manifesté son amour pour nous : il a envoyé son Fils unique dans le monde pour que, par lui, nous ayons la vie. Voici en quoi consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés ; aussi a-t-il envoyé son Fils pour expier nos péchés.
1 Jean 4.9-10, BDS
Ce qui orientera vos pensées, vos affections et vos actes, bref, votre vie entière ne sera pas seulement votre connaissance de Dieu, mais l’objet de votre amour suprême.
Ne donnons notre cœur à rien ni à personne d’autre qu’à Dieu.
Le monde passe avec ses désirs. Mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement.
- FOMO : Fear of missing out. Désigne la peur constante et anxiogène de rater une information, un événement ou une opportunité sociale. ↩︎







