Dans l’histoire, l’union avec Christ (dont nous parlons depuis le début de cette série d’articles) a souvent été décrite par le terme « d’union mystique ». Quand on pense à quelque chose de « mystique » aujourd’hui, on imagine peut-être une scène où quelqu’un plane sur un nuage, les yeux fermés. « Mystique » signifie quelque chose d’abstrait et de détaché de la réalité.
Quand les théologiens du passé ont décrit l’union avec Christ comme « mystique », ils voulaient simplement dire que c’est un mystère, comme la Bible le dit également (Ép 5.32 ; Col 1.27). En faisant cela, ils voulaient pointer le fait que, même si nous pouvons comprendre certains éléments de notre union avec Christ, il y aura toujours une réalité qui nous dépasse. On pourrait plutôt parler aujourd’hui, comme Henri Blocher nous y encourage1, d’une union « mystérieuse ».
La notion de mystère peut se comprendre lorsque nous considérons les images que l’Écriture emploie pour décrire cette union. Comme John Murray le souligne, le Nouveau Testament utilise de nombreuses images pour illustrer l’union qui existe entre Christ et les croyants. Cette union est parfois comparée à la relation qui existe entre les pierres d’un bâtiment et la pierre angulaire (1P 2.4-5), parfois à l’union qui existe dans le mariage (Ép 5.22-33), parfois à l’union entre un corps et sa tête (Ép 4.15-16), parfois à l’union qui existe entre le sarment et les branches (Jn 15.1-5). Cette union est même comparée à l’union qui existe entre les personnes de la Trinité (Jn 14.23 ; 17.21-23)2! Tous ces éléments sont des images que l’Écriture utilise pour nous enseigner quelque chose concernant « le mode, la nature et le genre » de l’union avec Christ. Cependant, il faut bien comprendre que « ce sont des analogies et non des représentations exactes ». Comme l’écrit Murray :
Ce qui est analogue n’est pas nécessairement identique. Comparer n’est pas la même chose que faire une équation. De toutes sortes d’union ou d’unité qui existent parmi les créatures, celles des croyants avec Christ est la plus élevée3.
Ce que Murray met en avant ici est utile pour plusieurs raisons. D’abord, cela nous aide à comprendre la place des images que l’Écriture utilise. Ce sont des métaphores qui pointent vers une réalité. Il serait faux de faire une équation entre l’image et la réalité, comme si la réalité était exactement et totalement comme l’image. Non, la réalité dépasse l’image, et c’est d’ailleurs pour cela que des métaphores sont nécessaires. En même temps, cela n’enlève rien à la véracité de l’image. Il faut éviter une fausse dichotomie entre métaphore et réalité : tout notre discours théologique est analogique et néanmoins bel et bien réel4.
Ensuite, la contribution de Murray montre qu’il est nécessaire de prendre toutes les images de l’Écriture en compte afin de réellement comprendre ce qu’est l’union avec Christ. Chacune des images contribue de manière unique à notre compréhension de cette union. Il serait faux de réduire l’union avec Christ à une seule de ces images : l’Écriture nous en a donné plusieurs, car elles sont toutes nécessaires pour comprendre la vérité que Dieu a voulu nous révéler à ce sujet.
Enfin, il faut garder en tête que même en prenant en compte toutes ces images, ce n’est pas suffisant pour décrire totalement la réalité de notre union avec Christ. La réalité dépasse toutes les métaphores humaines. L’union avec Christ est mystérieuse.
Nous devons donc nous rappeler que ces images sont nécessaires : la connaissance de Dieu dépasse largement l’entendement humain. Si Dieu ne se révélait pas à nous en se mettant à notre niveau, nous ne pourrions le connaître. Comme Edward Polhill (1622-1694) le met en avant, « le Saint-Esprit, condescendant à notre faiblesse, illustre cette union à travers de nombreux modèles terrestres5 ».
Soyons donc reconnaissants pour ces modèles terrestres que Dieu nous a donnés, qui nous permettent de comprendre un peu d’une réalité qui nous dépasse largement : Christ en nous, l’espérance de la gloire (cf. Col 1.27).
1.Plutôt que de parler d’union mystique, Blocher préfère parler d’union « mystérieuse ». Il dit que c’est dans ce sens que la tradition protestante employait le terme « mystique », et vu les confusions concernant le mysticisme, il vaut mieux éviter le terme aujourd’hui. Voir Henri Blocher, La doctrine du péché et de la rédemption, p. 193. ↩2.John Murray, La rédemption, p. 226. ↩3.Ibid., pp. 226-227. ↩4.Sanders applique la réalité analogique de notre discours théologique aux images concernant l’union avec Christ : « Dans chacune de ces images révélées, la structure analogique est celle de quelque chose de similaire et de quelque chose qui dépasse la similitude. » (Fred Sanders, Union with Christ and the life of faith, p. 72). ↩5.Cité par Sanders, Ibid., p. 71. Polhill utilise le verbe « shadows out », en référence au Saint-Esprit, que j’ai traduit par « illustre ». ↩
Dans la série « À la découverte de notre union avec Christ »
- L’union avec Christ, un thème important mais négligé ?
- Qu’est-ce que l’union avec Christ ?
- L’union avec Christ est la source de notre salut
- L’union avec Christ est le ciment de la doctrine du salut
- La sécurité d’avoir été élu en union avec Christ
- Notre justification a lieu en union avec Christ
- Le pouvoir du péché est brisé en Christ
- Christ est la source de notre lutte contre le péché
- Je suis uni à Christ grâce au Saint-Esprit
- L’union avec Christ est mystérieuse
- L’union avec Christ est indestructible
- Sommaire et ressources pour aller plus loin








