La vie, ça frustre grave (Ecclésiaste 1.1-11) – Florent Varak

Découvre cette prédication de Florent Varak sur Ecclésiaste 1.1-11. Elle sera la première d’une série de 11 prédications que tu pourras retrouver ici.

La plupart des blogueurs ToutPourSaGloire.com sont également pasteurs. Aujourd’hui, tu peux toi aussi bénéficier de leurs enseignements grâce à notre nouveau podcast Prédications TPSG. Ces prédications, qui se veulent résolument textuelles et christocentriques, te feront redécouvrir le sens profond des Écritures et nourriront ta foi en Christ.

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Notes écrites de la prédication

Un soir de jazz

C’était une super soirée. Nous étions invités à un concert de jazz sur les collines de Fourvière. Il faisait beau, la musique était super. Je ne me souviens plus du nom de la jeune femme qui a joué en première partie du spectacle, mais j’ai retrouvé les paroles. Elles sont d’une mélancolie qui m’a profondément marqué…

Je n’ai pas peur de la route
Faudrait voir, faut qu’on y goûte
Des méandres au creux des reins
Et tout ira bien
Le vent l’emportera

Ton message à la grande ourse
Et la trajectoire de la course
À l’instantané de velours
Même s’il ne sert à rien
Le vent l’emportera

Tout disparaîtra
Le vent nous portera

La caresse et la mitraille
Cette plaie qui nous tiraille
Le palais des autres jours
D’hier et de demain
Le vent les portera

Génétique en bandoulière
Des chromosomes dans l’atmosphère
Des taxis pour les galaxies
Et mon tapis volant lui
Le vent l’emportera

Tout disparaîtra
Le vent l’emportera

Ce parfum de nos années mortes
Ce qui peut frapper à ta porte
Infinité de destin, on en pose un
Qu’est-ce qu’on en retient?
Le vent l’emportera

Pendant que la marée monte
Et que chacun refait ses comptes
J’emmène au creux de mon ombre
Des poussières de toi
Le vent les portera

Tout disparaîtra
Le vent l’emportera

J’ai appris depuis que c’est le groupe Noir Désir qui a écrit ce chant, profondément expressif à propos de la nature de notre existence humaine. Tout passe, rien ne demeure. La vie nous file entre les doigts…

Nous commençons ce matin une série sur l’Ecclésiaste. Un livre remarquable qui nous parle de la vie avec un réalisme saisissant. Son objectif est de fournir une certaine philosophie de l’existence…

Ecclésiaste 1.1-11

1 Paroles de l’Ecclésiaste, fils de David, roi à Jérusalem. 2 Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité. 3 Que reste-t-il à l’homme de toute la peine qu’il se donne sous le soleil? 4 Une génération s’en va, une génération vient, et la terre subsiste toujours. 5 Le soleil se lève, le soleil se couche; il aspire (à retourner) vers le lieu d’où il se lèvera. 6 Allant vers le sud, tournant vers le nord, tournant, tournant, ainsi va le vent, le vent qui reprend ses circuits. 7 Tous les fleuves vont à la mer, et la mer n’est point remplie; vers le lieu où ils coulent, les fleuves continuent à couler. 8 Toutes choses se fatiguent au-delà de ce qu’on peut dire, l’œil ne se rassasie pas de voir, et l’oreille ne se lasse pas d’entendre. 9 Ce qui a été, c’est ce qui sera, et ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. 10 Y a-t-il une chose dont on dise: Vois ceci, c’est nouveau! elle a déjà eu lieu dans les siècles qui nous ont précédés. 11 On n’a point souvenir du passé, et ce qui arrivera dans l’avenir ne laissera pas de souvenir chez ceux qui viendront dans la suite.

La frustration d’un spécialiste (Ec 1.1-2)

1 Paroles de l’Ecclésiaste, fils de David, roi à Jérusalem. 2 Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité.

L’homme qui écrit ces lignes est un professionnel de la vie – et de la frustration.

Ecclésiaste, c’est son titre, en passant par la traduction grecque. En hébreu, on l’appelle Qohéleth, c’est-à-dire:

  • Celui qui parle en assemblée (de qahal, assemblée), l’enseignant; le prédicateur
  • Celui qui rassemble le peuple pour discuter, ou qui rassemble des maximes à vivre.

La lecture laisse tout de suite penser qu’il s’agit de Salomon. Mais des livres entiers ont été écrits sur la question de l’identification de l’auteur:

Plusieurs voient ce livre comme une sorte de roman fictif qui prend Salomon comme caractère imaginaire. Ainsi Jacques Ellul voit là un éponyme. Mais ce n’est pas seulement dans le camp libéral. Plusieurs évangéliques sérieux ont pris parti pour cette thèse résumée par l’excellent commentaire de Sylvain Romerowski qui dit pencher plutôt “vers l’hypothèse qui fait du Qohéleth un personnage fictif, imaginé sur le modèle de Salomon » (p. 20). Comme si je voulais écrire sur la futilité de la guerre, et j’écrivais aujourd’hui un livre signé « Napoléon », en m’imaginant ce qu’il a pu vivre ou ressentir.

La force du livre vient en grande partie de son auteur Salomon. Ce qu’il écrit, il l’a vécu si profondément que ce ne sont pas les propos d’un homme qui examine la vie de l’extérieur. Il l’a vécue. Les pieds dans la boue parfois. Les yeux dans le ciel parfois.

Et c’est un livre qui se savoure en prenant conscience que ce sont les remarques d’un homme qui sait le poids des choses. Voici ce que Jacques Ellul a écrit en commentant ce livre:

Voici peut-être quarante ans, j’ai songé qu’une méditation actuelle sur ce livre pourrait être une conclusion adéquate à l’œuvre que je commençais à entrevoir. Il me semblait toutefois que cela ne pouvait venir qu’à la fin de mon chemin, intellectuel et vital. Le livre de l’Ecclésiaste est une conclusion, non un point de départ possible. Je crois que ceci est conforme au texte lui-même: toutes les affirmations (ou contestations) de l’Ecclésiaste arrivent, expérience faite, comme une espèce de point final. Non pas une conséquence, mais une conclusion, car je crois qu’il n’y a pas grand-chose à dire, possible à partir de, ou après l’Ecclésiaste. – La raison d’être, Méditation sur l’Ecclésiaste, p. 13

De mon côté, j’ai la conviction que Salomon a écrit le Cantique des Cantiques, ce merveilleux chant d’amour, alors qu’il était jeune. Probablement la seule vraie romance de sa vie, avant qu’il ne sombre lamentablement.

Puis il a écrit une partie des Proverbes alors qu’il avait un âge mûr. Les conseils qu’il donne à ses enfants ne sont pas ceux qu’on donne en maternelle. Ses enfants sont de jeunes hommes ou femmes. Et il les conseille sur les questions de business, et de tentation sexuelle…

Et enfin il a écrit l’Ecclésiaste vers la fin de sa vie. Parce que pour le meilleur comme pour le pire, on contemple tout ce qu’on a vécu. Pour le meilleur ou pour le pire. Le meilleur et le pire… On porte un regard doux amer sur la vie. On voit les conséquences des choix qu’on a faits. On voit ce qui a compté ainsi que ce qui a été vain et inutile. À la fin d’une vie, on serait en fait prêt à la refaire … en mieux!

Salomon est né dans une famille particulière:

Son père est le roi d’Israël. Au sommet de son succès, il voit une femme nue sur un toit, la convoque, passe la nuit avec elle. Un enfant est conçu de leur étreinte. Comme elle est mariée, et que son mari est à la guerre, il s’arrange pour le faire tuer par les ennemis. Ce qui se passe effectivement. La voie est libre pour épouser cette femme et couvrir son péché.

Sauf que Dieu n’était pas dupe, et il envoie son prophète pour confronter le roi, lui annonçant le jugement de Dieu. David confesse sa faute. L’enfant qui naît mourra. Mais la relation avec Bath-Chéba demeure forte. Un autre enfant sera conçu. Il portera le nom de la promesse de Dieu: Salomon veut dire pacifique (1 Ch 22.9), car le règne du successeur de David le serait. Le prophète Nathan le qualifiera de « bien-aimé de l’Eternel » (2 S 12.25).

Il devient roi de Jérusalem à 20 ans, autour de 970 av. J.-C. Et vous savez quoi? La descente commence…

  • Il était déjà marié à une Ammonite nommée Nahama (1 R 14.31). Mais quand il accède au trône, il épouse celle qui deviendra une reine, la fille du Pharaon d’Egypte. Un mariage de prestige probablement parce que l’Egypte était une grande puissance. Voilà que Salomon devient bigame. C’est pas une bonne idée, la bigamie. Même quand on est roi.
  • Une tendance qui ne fera que s’accentuer. À la fin de sa vie, on dit de lui qu’il avait un harem constitué de 700 femmes et de 300 concubines! Des femmes pour le prestige social et des concubines pour le plaisir. Laissez-moi vous dire, Salomon n’est pas cité parmi les héros de la foi en Hébreux 11. Salomon a un côté détraqué.
  • C’est assez intéressant comme observation. Des petits compromis engendrent des années plus tard de grandes catastrophes. Parce que ce sont ces femmes idolâtres qui le conduiront à mépriser Dieu…

Après ce mariage, Dieu lui apparaît en rêve. Dieu lui dit: « Demande ce que (tu veux que) je te donne » (1 Rois 3.5). C’est incroyable comme question!

Qu’auriez-vous répondu? Dieu se présente à vous et vous dit: « Fais un vœu et je l’exauce… »

Certains répondraient avec… le loto… la santé… la résurrection d’un être aimé… le succès professionnel… une vie de famille parfaite… Il y aurait tellement de choses à demander dans ce bas monde!

Il y avait un homme à Marseille qui a eu le même rêve… passionné de moto, il a demandé à Dieu une autoroute sinueuse pour aller en Australie… Dieu lui a répondu: « Ce sera au prix de grands sacrifices environnementaux, et que ce serait catastrophique pour l’écologie »… « OK, alors plus de guerre »…

« C’est ce qui arrivera au moment du jugement, lorsque Christ reviendra, mais alors il sera trop tard pour quiconque de se repentir »… (l’homme pense alors à ses amis très chers qui ne connaissent pas encore Dieu, et ne veut pas): « OK, alors je voudrais comprendre ma femme! » Le lendemain, à son réveil… il y avait une longue autoroute sinueuse devant son garage!

Ce qui est remarquable c’est que Salomon répond:

Accorde-moi donc maintenant sagesse et connaissance, afin que je sache me conduire à la tête de ce peuple! Car qui pourrait gouverner ton peuple, ce (peuple) si grand? – 2 Ch 1.10

Il ne demande pas des plaisirs, de l’argent, la conquête du monde ou des étoiles. Juste de la sagesse pour bien gouverner. Il a vraiment bien commencé!

Et Dieu lui répond:

11 …Puisque c’est là ce que tu demandes, et que tu ne demandes pas pour toi une longue vie, et que tu ne demandes pas pour toi la richesse, et que tu ne demandes pas la mort de tes ennemis, mais puisque tu demandes pour toi de l’intelligence afin d’être attentif au droit, 12 voici: j’agirai selon ta parole. Je te donnerai un cœur sage et intelligent, de telle sorte qu’il n’y aura eu avant toi et qu’il ne surgira après toi personne de semblable à toi. 13 Je te donnerai, en outre, ce que tu n’as pas demandé, aussi bien la richesse que la gloire, de telle sorte qu’il n’y aura pendant toute ta vie aucun homme parmi les rois qui soit semblable à toi. 14 Et si tu marches dans mes voies, en observant mes prescriptions et mes commandements, comme a marché ton père David, je prolongerai tes jours. – 1 R 3.11-14

Il régnera 40 ans. Vers la fin de sa vie, il a une expérience certaine avec le pouvoir, les femmes, l’argent… Et il peut en parler comme peu de monde peut en parler.

Vous savez que, dans le livre de l’Ecclésiaste, on trouve l’idée suivante: il n’est pas nécessaire de lécher le fond d’une poubelle pour savoir que ce n’est pas bon. Salomon l’a fait pour nous. Son expérience nous invite à la foi. La foi, ce n’est pas seulement la confiance dans l’œuvre de Dieu pour le salut de notre âme, c’est aussi la foi que ce que Dieu dit est mieux que ce que je pense, ou ce que je ressens. Salomon nous invite à le croire pour éviter les chemins tortueux qu’il a pris…

Après 40 ans de règne, de beuverie parfois, de sagesse, de folie, de femmes et de livres, après une réputation qui s’étendra dans l’ensemble du bassin méditerranéen au point de faire venir une reine d’Ethiopie pour voir sa sagesse, voici la conclusion de Salomon:

Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité.

Voilà la grande conclusion phénoménale de l’existence… tout est vanité. Il commence son livre avec cette affirmation. Ouvrez vos bibles à Ec 12.8. Juste avant la conclusion, il dit: « Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité. »

Qu’est-ce que Salomon veut dire? Quel que soit le sens, Salomon l’exalte en absolu. La formulation hébreu est en elle-même un superlatif; et elle se conclut avec « tout est vanité ».

D’abord le mot: « hevel » en hébreu. Un mot capital en Ecclésiaste (présent 38 fois), alors qu’on ne le retrouve que 35 fois dans le reste de l’Ancien Testament.

  • Il a un sens très concret, qu’on retrouve parfois de vapeur, de buée, de vent.
  • Il a un sens figuré, imagé, qui s’appuie sur l’image concrète.
  • Il a un sens vital lié à la vie, de déception, de dérisoire, d’illusoire, et parfois de lamentable… Le mot vanité a un côté vieillot. Les traductions francophones l’ont rendu par d’autres expressions:
  • Traduction Parole de vie: « Tout part en fumée, rien ne sert à rien, rien ne mène à rien. »
  • Traduction Bible en Français Courant: « De la fumée, tout n’est que fumée, tout part en fumée. »
  • Traduction Nouvelle Bible Segond: « Futilité complète, futilité complète, tout n’est que futilité! »

La vie a quelque chose d’une frustration universelle.

  • Rien de ce qu’on bâtit n’est stable ni durable.
  • Rien de ce qu’on prévoit n’est prévisible
  • Rien de ce que l’on garde n’est garanti. C’est une observation universelle:

O misère de nous! Notre vie est si vaine qu’elle n’est qu’un reflet de notre mémoire – François René de Châteaubriand, de ses Mémoires d’outre-tombe.

Et voici ce que j’ai vu: le sens de la vie, c’est d’avoir un gagne-pain, et surtout de devenir conseiller à la Cour; les délices de l’amour, c’est de trouver une jeunes fille munie d’une jolie dot; le bonheur de l’amitié, c’est le secours mutuel dans les embarras d’argent; la sagesse, c’est l’opinion de la majorité. J’ai vu que l’enthousiasme consiste à prononcer des discours et le courage à s’exposer à une amende de dix rixdales; j’ai vu que la cordialité, c’est adresser le sacramentel remerciement à la maîtresse de maison et que la piété, c’est de communier une fois par an. Voilà ce que j’ai vu et j’ai ri. – S. Kierkegaard, L’Alternative, Diapsalmata, Œuvres complètes, III. In Jacques Ellul, La raison d’être, Méditation sur l’Ecclésiaste, p. 61

Quelque chose nous échappe systématiquement…

La frustration d’une passoire (Ec 1.3-4)

3 Que reste-t-il à l’homme de toute la peine qu’il se donne sous le soleil? 4 Une génération s’en va, une génération vient, et la terre subsiste toujours.

Qu’est-ce qu’il reste de tout ce qu’on fait sous le soleil? Il y a là une clé de lecture. Salomon parle d’une perspective terrestre, terrienne, humaine « sous le soleil ». Il ne parle pas « du ciel », il observe la place de ce qui se vit sous le soleil…

Et il se dit à juste titre: « que reste-t-il d’une vie? »

  • Le capital amassé?
  • L’influence sur autrui?
  • L’amour donné?

Vraiment, notre existence ressemble à une passoire incapable de contenir, de saisir ni le temps qui passe, ni ses acquis.

L’illustration la plus terrible que j’ai eue de cette situation, c’est celle d’un homme âgé qui a fréquenté notre Église…

Mes invitations à le rencontrer se sont confrontées à des refus polis, invoquant mon temps précieux. Je lui ai alors proposé un échange: étude de la Bible contre café. Avec Romains 5, il a eu la compréhension de l’Évangile. Les études de Romains ont été interrompues le temps de 2 semaines, pour un voyage en Nouvelle Calédonie. Trois jours avant mon retour, il est mort. Comme il était sans héritiers, nous avons dû vider son appartement… Jeter des dizaines de photos, de livres, de souvenirs – toute une vie…

Job en fait le constat: 

Nu je suis sorti du sein de ma mère, et nu j’y retournerai. L’Éternel a donné, et l’Éternel a ôté, que le nom de l’Éternel soit béni! – Jb 1.21

Les générations se succèdent, la vie passe, et rien ne reste.

  • On commence la vie avec des couches, on finit la vie avec des couches.
  • On commence la vie sans dent, et on termine la vie sans dent! La question immédiate est donc: pourquoi se les brosser

J’ai visité le cimetière de Loyasse. Le « Père Lachaise » de Lyon. On y trouve les tombes des personnage illustres:

  • Le peintre Adolphe APPIAN (+1898) – savez-vous nommer une de ses toiles?
  • Pouvez-vous me dire ce que faisait Amédée BONNET (1809-1858)?
  • Nizier-Anthelme PHILIPPE (1849-1905): « Personnalité lyonnaise énigmatique, il reçut gratuitement pendant plus de vingt ans dans son hôtel particulier de la rue Tête d’Or une centaine de personnes par jour pour lesquelles il aurait fait des guérisons miraculeuses avec la prière. Ami de l’occultiste Papus, son influence s’étendit à toute l’Europe (il fut reçu par le tsar Nicolas II). Sa tombe est devenue un lieu de pèlerinage. » Mais vous savez quoi? Ceux qu’il a prétendu guérir sont tous morts!

Je passe souvent devant le cimetière militaire de la DOUA:

  • La Nécropole abrite 6210 tombes, dans lesquelles sont inhumés des militaires morts pour la France: 3622 lors de la Première Guerre mondiale et 2723 lors de la Seconde. Elle honore la mémoire des combattants français, mais aussi celle des ressortissants des anciens territoires coloniaux et protectorats, et alliés tombés lors des guerres de 14/18 et 39/45. Elle abrite également les sépultures de militaires des contingents tués en Indochine (1946-1954), en Algérie (1954-1964) et au Liban (1975-1983).
  • Pouvez-vous seulement nommer une seule personne qui est enterrée là-bas?! Nous leur devons la liberté, la facilité de notre vie. Et nous ne les connaissons pas…

Baudelaire écrit ce poème saisissant:

Horloge! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit: « Souviens- toi! »

Les vibrantes Douleurs dans ton cœur plein d’effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible;

Le Plaisir vaporeux fuira vers l’horizon
Ainsi qu’une sylphide au fond de la coulisse;

Chaque instant te dévore un morceau du délice
À chaque homme accordé pour toute sa saison.

Trois mille six cents fois par heure,
la Seconde Chuchote: Souviens-toi!

Rapide, avec sa voix D’insecte,
Maintenant dit: Je suis Autrefois,

Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde!
« Remember! Souviens-toi! prodigue! Esto memor!« 

[Mon gosier de métal parle toutes les langues.]

Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or!

Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup! c’est la loi.

Le jour décroît; la nuit augmente; souviens-toi!
Le gouffre a toujours soif; la clepsydre se vide.

Tantôt sonnera l’heure où le divin Hasard,
Où l’auguste Vertu, ton épouse encor vierge,

Où le Repentir même (oh! la dernière auberge!),
où tout te dira Meurs, vieux lâche! il est trop tard!

La frustration de la routine (Ec 1.5-8)

5 Le soleil se lève, le soleil se couche; il aspire (à retourner) vers le lieu d’où il se lèvera. 6 Allant vers le sud, tournant vers le nord, tournant, tournant, ainsi va le vent, le vent qui reprend ses circuits. 7 Tous les fleuves vont à la mer, et la mer n’est point remplie; vers le lieu où ils coulent, les fleuves continuent à couler. 8 Toutes choses se fatiguent au-delà de ce qu’on peut dire, l’œil ne se rassasie pas de voir, et l’oreille ne se lasse pas d’entendre.

Salomon observe la nature. Et il remarque l’incalculable fatigue de la routine.

C’est beau un lever du soleil. Mais il y en a 365 par an. Et il continue sa course constamment. Le vent se fait sentir. Tiens, il vient du sud. Et puis il vient du nord. Et puis il vient du sud. Les fleuves ne cessent de couler, et ne remplissent pas la baignoire de la mer – c’est d’ailleurs une observation intéressante, comme s’il y avait là la perception du cycle de l’eau avec ses milliards de milliards de tonnes d’évaporation par an.

La nature est ironique: elle accomplit le même rituel jour après jour. N’est-ce pas à l’image de notre vie? L’heure du réveil reste la même. On se lève, on se prépare, on mange. On passe 1 heure dans les transports en commun pour aller au même endroit. Après la journée de travail, on reprend le chemin de la maison. Et le soir… télévision le lundi… restaurant le vendredi… Église le dimanche…

C’est frustrant cette routine. À Paris, chaque année, le temps de 57 vies entières est perdu dans des embouteillages! Et chaque lundi il faut encore trouver le courage de reprendre cette même routine.

8 Toutes choses se fatiguent au-delà de ce qu’on peut dire, l’œil ne se rassasie pas de voir, et l’oreille ne se lasse pas d’entendre.

On se précipite pour obtenir le dernier CD d’une star. On se précipite pour aller voir le dernier film produit à Hollywood… Et on se dit… Avatar, voilà une nouvelle expérience. Mais l’œil n’est pas rassasié… il lui manque… un autre film.

Pas étonnant que certains cherchent à altérer leur conscience, leur expérience. La fuite dans la drogue, dans l’alcool, dans la pornographie – toutes des manières de fuir la prison de l’ennui. Et une construction d’une « réalité » excitante.

Hélas… après le 1er joint… il en faut un deuxième… les sens ne se rassasient pas. Il en faut encore, et encore et encore.

Un prédicateur britannique du 16e siècle écrit:

Le monde est une mer de cristal: un spectacle pompeux, un théâtre de vanité, un labyrinthe d’erreurs, un gouffre de tristesse, un tas de fumier, une vallée de misères, un endroit de malheur, une rivière de larmes, un lieu de tromperie, une cage à démons, un nid de scorpions, une forêt de loups, un repaire d’ours, un tourbillon de passions, une comédie forcée, une ivresse délicieuse.

Il est plein d’un plaisir factice et d’une peine réelle, de vrais soucis et de joies incertaines, de malheurs durables et d’une richesse éphémère, d’une langueur prolongée et d’une joie fugitive. – Arthur Dent « Le chemin de Monsieur Tout-le-Monde vers le ciel », in Sinclair Ferfuson, Où est la sagesse? Chronique d’une recherche.

La frustration du souvenir (Ec 1.9-11)

9 Ce qui a été, c’est ce qui sera, et ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. 10 Y a-t-il une chose dont on dise: Vois ceci, c’est nouveau! elle a déjà eu lieu dans les siècles qui nous ont précédés. 11 On n’a point souvenir du passé, et ce qui arrivera dans l’avenir ne laissera pas de souvenir chez ceux qui viendront dans la suite.

« Rien de nouveau sous le soleil ». Voilà une formule qui est restée dans nos pensées. Rien qui soit fondamentalement nouveau… Je sais ce que vous vous dites:

  • C’est pas vrai… depuis Salomon, il y a eu de grands changements…
  • C’est vrai qu’il y a ça…
  • Regardez la science, on a envoyé des hommes sur la lune. On a réduit la mortalité infantile. On a créé la démocratie.

Vraiment?

« Un petit pas pour moi, un grand pas pour l’humanité ». En 1980, Louis Thomas (président de Harvard) déclara: « vous pouvez marcher sur la lune mais il n’y a rien à faire là, sinon regarder la terre se lever. » Et quand vous l’avez vu une fois…

Ellul remarque à juste titre:

Soyons sérieux! Quand […] Qohéleth, qui n’est pas un imbécile, écrit cela, il voit très bien que depuis trois mille ans, il y a eu du nouveau dans ce Proche-Orient où il vit! La roue, l’irrigation, l’agriculture, la navigation, la domestication des animaux… On n’a pas cessé de faire des progrès! Bien sûr, il le sait. Des progrès pas aussi rapides que les nôtres, mais aussi fondamentaux pour l’avenir de l’homme. Et pourtant il dit ce qu’il dit. C’est qu’assurément il ne vise pas ces progrès. Il ne parle pas science et technique. Il ne parle pas d’instruments. Il parle de l’homme, comme il le montre au verset 8 du chapitre

I. Et n’est-ce pas important de songer qu’au milieu du XIXe siècle, en pleine explosion du progrès, au moment même où Marx construit tout, sur cette conviction du progrès, voici un homme, exprimant le sentiment de combien d’autres, qui clame: « Du nouveau, du nouveau, n’en fût-il plus au monde! » Impossible de trouver ce nouveau. Nous voyageons, c’est admirable, les paysages changent, les merveilles du monde, la lumière et les coutumes, et les yeux des voyageurs (aujourd’hui leurs caméras) sont pleins de nouveautés. Et puis, et puis encore? Alors, ici la réponse change. L’homme partout, toujours dur, conquérant, impitoyable et cruel. La femme esclave vile. « Nous avons vu partout, et sans l’avoir cherché […] le spectacle ennuyeux de l’immortel péché […] – Tel est du globe entier l’éternel bulletin… » Seule la Mort… – Baudelaire, Le Voyage.

Jacques Ellul, La raison d’être, Méditation sur l’Ecclésiaste, p.76

Romerowski dit ainsi:

Le propos du Qohéleth ne vise donc pas à nier la réalité de certains progrès, comme les avancées scientifiques et techniques: il affirmera d’ailleurs y avoir contribué lui-même plus que quiconque (1.16). Il est vrai qu’il n’y avait que peu de progrès de ce type à son époque, mais il s’en produisait tout de même. Et de nos jours où ces progrès scientifiques et techniques se sont accélérés à une vitesse exponentielle, ce qu’il nous dit reste vrai: ceux-ci ne permettent en aucune façon d’échapper à la condition humaine, ni de l’améliorer vraiment. La vie a un côté dérisoire, elle demeure décevante et frustrante, au XXIe siècle comme au temps du Qohéleth. – p.114-155

Neboukadnetsar a tué des milliers d’hommes et de femmes par l’épée. Au Rwanda, des centaines de milliers d’hommes et de femmes sont morts à la machette. À Hiroshima, des centaines de milliers d’hommes sont morts par le largage d’une bombe atomique.

Y a-t-il quelque chose de nouveau sous le soleil?

Caïn a tué Abel (tiens, un autre level, vapeur, buée passagère…) par jalousie pour la relation avec Dieu. D’autres lancent des croisades au nom de Dieu.

Y a-t-il quelque chose de nouveau sous le soleil?

David séduit une femme mariée et fait tuer son mari pour garantir un mariage rapide et couvrir la grossesse qui s’en suit.

Y a-t-il quelque chose de nouveau sous le soleil?

Mes parents portaient des pantalons larges, dits « pattes d’éléphant ». J’ai porté des pantalons étroits. Devinez ce qui s’est porté en 2007. Un site de mode écrit: « Oui, le pantalon patte d’eph est très tendance en ce moment. Attention, on ne le porte pas à la hippie mais plutôt version étudiante cool un brin british, avec un blazer et une petite chemise… »

Y a-t-il quelque chose de nouveau sous le soleil?

Le temps fuit, le souvenir fuit, la vie nous file entre les doigts. « 11 On n’a point souvenir du passé, et ce qui arrivera dans l’avenir ne laissera pas de souvenir chez ceux qui viendront dans la suite. »

Franchement, que reste-t-il de nos vies? Si vous deviez raconter toute votre vie, combien de temps cela prendrait-il? La moyenne d’âge de l’Église doit tourner autour de la trentaine. Combien de temps pour faire ressurgir 30 ans de vie? Et pire, qui s’en souviendra après votre passage?

À Noël cette année, ma tante a apporté des albums de photos anciennes. Plein de photos des années 20 à 60. La plupart des visages étaient inconnus.

On va faire un test. Qui connaît les prénoms de ses parents? de ses grand-parents? de ses arrières grand-parents? On peut toujours répondre « Adam et Eve », mais le prénom même de ceux qui sont trois générations derrière nous est inconnu…

On oublie tout. Ma belle-mère a travaillé des années durant dans un hôpital pour personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer. Plus de souvenirs. Un jour, une femme est sortie de sa chambre pour lui dire « vous savez Marianne, j’ai 20 ans ». Ma belle-mère lui répond « non, vous avez 70 ans ». Comme elle insistait, elle l’a conduit devant un miroir et lui dit: « regardez, vous n’avez pas 20 ans ».

Elle lui répond du tac au tac: « oui, mais celui-ci il ne marche pas ». Telle est la vie « sous le soleil ».

Vers quoi se tourner? Salomon a recherché plein de pistes différentes. Et il nous parle avec force, encore aujourd’hui.

Paroles à vivre

J’aimerais dégager quelques pistes de vie.

1. Rejeter le nihilisme!

Les remarques de Salomon sont sombres. Mais attendez, il y a 12 chapitres pour nous instruire. C’est en fait un livre de foi, et remarquable d’optimisme, parce que justement il identifie la réalité de la vie sans masque. L’histoire suivante illustre bien les conséquences du nihilisme…

Leopold and Loeb

Nathan Leopold Junior et Richard Loeb furent déclarés coupables du meurtre d’un garçon de 14 ans en 1925. Tous deux étudiants de l’Université de Chicago, les deux adolescents se voyaient eux-mêmes comme des incarnations du superhomme de Nietzsche, au-dessus des lois, et voulaient commettre le crime parfait.

Le procès est resté célèbre grâce à un argument de la défense de Clarence Darrow, qui convainquit le juge d’épargner la vie des deux jeunes hommes, en plaidant qu’ils avaient été influencés par les concepts philosophiques qu’on leur avait enseigné à l’université.

Lors du dernier jour du procès, dans un plaidoyer de 12 heures considéré comme le plus brillant de sa carrière, Darrow déclara notamment: « Peut-on vraiment blâmer quelqu’un parce qu’il a pris au sérieux et a construit sa vie sur la philosophie de Nietzsche? Ce serait difficilement justifiable de pendre un homme de 19 ans à cause de ses cours de philosophie à l’université » – Wikipédia, traduction libre

2. Accueillir consciemment la frustration humaine

L’expérience humaine est ambivalente. D’un côté, on veut vivre bien, et donner du sens à nos vies. D’un autre, on n’est jamais pleinement satisfait de la vie qu’on mène. Il y a toujours quelque part, quelque chose qui nous rappelle un désordre. Quelque chose qui ne tourne pas rond…

On peut s’insurger contre ce fait, cette observation, ou on peut l’accueillir consciemment comme une partie intégrante de l’expérience humaine.

Je pense que c’est libérateur de se le dire. Vous pouvez vous plaindre à l’infini, ou bien, vous dire avec un petit sourire de philosophe… havel havalim! Cela évite en partie la naissance de l’amertume.

3. Cultiver la joie du présent

J’ai une extraordinaire tendance à me projeter sur l’action, donc sur la planification, donc sur le futur. En réfléchissant à ce message je vois une chose émerger. Jouir du présent. Apprendre à vivre le présent. Apprendre à aimer juste aujourd’hui. Juste ce jour. Juste cet instant.

Mais à ce point de convergence – le passé est oublié par l’homme et l’avenir est impénétrable – naît la première leçon « morale » de la Sagesse de Qohéleth: il ne reste à l’homme que le présent. C’est ce présent qu’il faut vivre. Il le redira sans cesse. Pas de fuite dans le souvenir ni dans les lendemains glorieux. Aujourd’hui, tu as à être ce que tu es. C’est tout. – Jacques Ellul, La raison d’être, Méditation sur l’Ecclésiaste, p.83

4. Fixer ce qui est éternel

C’est l’une des grandes leçons, mais qui ne vient qu’à la fin de l’ouvrage. Il n’y a que Dieu qui peut profondément rassasier.

Thomas d’Aquin (13e) est le théologien philosophe le plus important du Catholicisme. Très marqué par la philosophie grecque, il a tenté d’unir cette discipline à la théologie. Il a écrit des milliers et des milliers de pages. La légende dit de lui:

Le 6 décembre 1273, à 49 ans, dans une extase, il voit le Christ: Tu as bien écrit de moi, Thomas, quelle récompense désires-tu? – rien d’autre que Toi, Seigneur.

Ébloui par les vérités éternelles qu’il a contemplées, il cesse d’écrire et prie que la fin de sa vie suive vite celle de son œuvre.

Je ne sais pas si cet événement a vraiment eu lieu. Mais il illustre bien que la connaissance de Christ est supérieure à tout ce qui peut se faire…

Augustin dit: Tu nous as fait pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi.

Voilà ce que Dieu propose:

Tu me feras connaître le sentier de la vie; Il y a abondance de joies devant ta face, Des délices éternelles à ta droite. – Ps 16.11

Le voleur ne vient que pour voler et tuer et détruire; moi, je suis venu, afin que les brebis aient la vie et qu’elles l’aient en abondance. – Jn 10.10

Prédications TPSG

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