Haut potentiel intellectuel (HPI)
Dans cet épisode, Samuel et Quentin explorent le haut potentiel intellectuel, une mesure relative s’avérant être un facteur protecteur. Déconstruisant clichés et fausses croyances culturelles, ils analysent les enjeux psychologiques du HPI et invitent, d’un point de vue biblique, à la responsabilité et l’humilité.
📚 Mentions :
- Jonathan Leeman, cité par Samuel au sujet de l’autorité, dans son livre du même nom. La version ebook est disponible sur le BLF Store.
- Le livre «Les surdoués ordinaires», de Nicolas Gauvrit, éditions puf
❓ Quentin répond aux questions suivantes :
- HPI, qu’est-ce que c’est ? C’est quoi l’histoire ? Pourquoi est-ce à la mode ? (01:46)
- Être ou ne pas être : quelles sont les problématiques ? (04:49)
- Quels sont les clichés et idées reçues dans notre culture que tu as décelés dans le milieu psy ? (08:45)
- Pourquoi le grand public reste-t-il convaincu que les HPI sont des êtres fragiles ou inadaptés ? (10:57)
- Quels sont les avantages et inconvénients de se savoir HPI, ou de savoir que quelqu’un l’est ? (13:17)
- Dans la Bible, quelle place donne-t-on à l’intelligence ? Comment l’emploie-t-on ? (18:02)
- Quels pièges spirituels ou dérives d’attitude guettent une personne chrétienne identifiée comme HPI ? (20:30)
- Quel message de conclusion rassurant pouvez-vous adresser aux parents qui viennent d’apprendre que leur enfant est HPI ? (23:05)
Les uns les autres, c’est le podcast qui vous aide à mieux comprendre l’Église pour persévérer dans vos relations.

Par le biais de leur association La Boussole, ils proposent également des formations à l’accompagnement biblique, afin de permettre aux Églises locales d’être autonomes dans l’accompagnement de leurs membres.
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Transcription de l’échange
ℹ️ Cette transcription a été générée automatiquement, n’hésitez pas à nous signaler toute erreur ou incohérence qui nous aurait échappé.
| Samuel : Être HPI, c’est, en moyenne, être meilleur à l’école, hormis en sport. Soyons honnêtes, il n’y avait pas de corrélat. C’est avoir moins de problématiques mentales, en moyenne, de troubles mentaux. Donc, c’est plutôt protecteur. C’est mieux réguler ses émotions. Globalement, avoir une meilleure situation professionnelle. Le HPI, ce qu’on réalise, c’est qu’en fait, c’est quasiment en tout point protecteur. [jingle] | |
| Quentin : Bonjour à tous et bienvenue sur le podcast « Les uns les autres », le podcast qui vous aide à mieux comprendre l’Église pour persévérer dans vos relations. Je m’appelle Quentin, je suis pasteur dans l’est de la France. | |
| Samuel : Et je m’appelle Samuel, je suis également pasteur dans l’est de la France avec Quentin et je suis psychologue, ce qui aura de l’importance pour les quelques prochains épisodes. | |
| Quentin : Exactement. On se retrouve aujourd’hui et on va parler, roulement de tambour, des HPI, un gros sujet. HPI qui veut dire haut potentiel intellectuel. Corrige-moi si je me trompe. Jusque-là, je pense que je peux être compétent. [rire] Pour rappel, dans notre podcast, on a 3 sujets tout le temps qui vont tourner ensemble : ecclésiologie, psychologie et plutôt des thèmes qui sont liés à l’accompagnement. Tout ça pour prendre soin les uns des autres en tant que chrétiens. On profite qu’il y ait Sam sur ce podcast aussi. Je vais plutôt avoir le rôle d’interlocuteur pour rebondir un petit peu, essayer de le comprimer comme une éponge, faire ressortir le plus de choses possibles concernant ce sujet, selon l’expertise et l’avis de Sam. Alors, HPI, qu’est-ce que c’est ? C’est quoi l’histoire ? D’où ça vient ? Son évolution ? Et pourquoi c’est à la mode ? | |
| Samuel : Oui. [rire] Le HPI n’a pas toujours existé dans l’histoire de l’humanité. En réalité, c’est quelque chose de très récent, puisque les premiers tests d’intelligence, c’est Binet et Simon qui ont commencé ça à étalonner au début du 20e siècle. De mémoire, je crois que c’est 1900-1905, où on a commencé à vouloir mesurer certaines compétences et certains éléments de fonctionnement de l’être humain. Et c’est seulement dans les années 30 où on a commencé à standardiser de manière un peu plus professionnelle avec les tests de Wechsler. Si vous avez entendu ces acronymes comme WISC, WISC-IV ou WAIS, la dernière version, la version 5, est sortie. Et ça a de l’importance de dire qu’il y a plusieurs versions de ces tests d’intelligence. Elle est sortie cette année, l’année dernière aux États-Unis. Et du coup, c’est à partir de ces tests-là qu’on peut avoir ce fameux sésame HPI ou pas. Qu’est-ce que ça veut dire HPI ? Ça veut dire que dans une distribution normale de la population générale, on fait partie des 2 % qui ont les résultats les plus élevés. Mais dans ce que je viens de dire, il y a des choses importantes à comprendre, c’est que déjà, c’est une distribution normale, c’est-à-dire qu’on étalonne les tests d’intelligence pas à partir d’un absolu, du type : il sait compter, il ne sait pas compter, il sait additionner, il ne sait pas additionner, mais c’est toujours des tests qui sont au regard de la population à un instant T et dans une place donnée. C’est-à-dire qu’en fait, c’est ce que je disais précédemment, les tests sont étalonnés suivant les pays. C’est-à-dire qu’un test en France ne sera même pas le même dans le Canada francophone qu’est le Québec. Donc, ce n’est même pas une question aussi de langue. On va vraiment s’intéresser à une population donnée dans un pays donné. Et dans ce pays donné, on va créer ce qu’on appelle une distribution normale au travers de l’étalonnage des tests, c’est-à-dire qu’il y aura environ 65 % de la population qui se situera entre 85 et 115 de QI, à peu près 12 % entre 115 et 130 et 85-70, et de chaque côté, moins 70 et plus de 130, il y aura à peu près entre 2 et 2,3 % de la population générale. Donc, ce qu’il faut comprendre, c’est que ce n’est pas un test absolu, c’est un test relatif, mais un test qui est quand même très utile pour pouvoir se positionner par rapport à la population et aussi très utile. Mon épouse pourrait mieux en parler que moi, notamment lorsqu’il y a des difficultés. En réalité, lorsqu’il y a des facilités, on s’en fout un peu. Mais lorsqu’il y a des difficultés, là, c’est très intéressant puisqu’un test de quotient intellectuel, ce n’est pas juste un résultat, 130, 75, 87, etc., mais en fait, c’est plein de subtests, plein de tests qui vont mesurer certaines choses. Par exemple, ta capacité à pouvoir parler, ton champ lexical, ta capacité à pouvoir résoudre des problématiques de logique, ta capacité à pouvoir mémoriser certains éléments pour pouvoir les restituer après. Et du coup, ça nous permet d’isoler parfois certaines problématiques pour ensuite aider les personnes, enfants comme adultes, à pouvoir remédier et travailler ces éléments-là. | |
| Quentin : Il peut y avoir quoi comme problématiques liées, par exemple ? Est-ce que ce sont des problématiques vraiment liées au côté HPI ou ce sont des problématiques qu’on retrouve aussi chez d’autres personnes qui ne sont pas HPI ? | |
| Samuel : OK. Ce qui est intéressant, c’est que les HPI n’ont pas de problème. [rire] Être HPI, c’est avoir plus de 130 de quotient intellectuel homogène. | |
| Quentin : En France, en tout cas. | |
| Samuel : De quoi ? | |
| Quentin : En France. | |
| Samuel : Ah non, le 130 homogène, il est partout. | |
| Quentin : D’accord. | |
| Samuel : Sauf qu’en fait, le test sera un peu différent suivant la culture. C’est le test qui va changer, mais l’étalonnage va rester le même. | |
| Quentin : Donc, par exemple, pour en revenir là-dessus, je rebondis un peu en arrière, mais par exemple, tu peux être HPI avec un test français et tu vas au Canada, tu fais un test d’HPI et tu n’es pas HPI, par exemple. | |
| Samuel : Potentiellement, ça peut être un peu différent. D’une manière générale, quand tu arrives vraiment à cette limite-là, tu auras peu de différences, surtout là, tu parles quand même de deux pays qui ont des similitudes au niveau de l’éducation, etc. Mais effectivement, potentiellement, ton test pourrait être modulé. Simplement, une fois que tu l’as passé, c’est trop tard. | |
| Quentin : Tu ne peux plus le faire revenir. | |
| Samuel : Le phénomène d’apprentissage fait que si tu le refais, tu ne pourras plus avoir un résultat fidèle. | |
| Quentin : Bien meilleur que ce que tu avais fait la première fois. | |
| Samuel : Oui. Et ce que j’ai découvert, notamment sur Amazon, en naviguant, c’est que tu as des- | |
| Quentin : Des gens qui vendent des tests ? | |
| Samuel : Non, qui vendent des manuels pour t’entraîner au test, ce qui est complètement artificiel. | |
| Quentin : Parce que tu biaises le test. | |
| Samuel : Oui, tu biaises le test. Et c’est là où on arrive à ton question : « C’est quoi les enjeux au niveau de la culture ? » Parce qu’aujourd’hui, tu as un vrai sésame d’avoir un enfant HPI. Et je dis enfant HPI ou d’être HPI. Spéciale dédicace à tous ceux qui sont sur LinkedIn. Franchement, c’est une manne aujourd’hui où il y a un enjeu effectivement culturel et où il est important d’avoir des données plus objectives sur cela pour un peu pondérer tout ce que l’on peut entendre en termes de croyances autour de nous. | |
| Quentin : OK. Avant, on parlait des problèmes des HPI. Tu me disais que les HPI n’ont pas de problèmes spécifiques ? | |
| Samuel : Non, ils n’ont aucun problème. C’est-à-dire qu’être HPI, c’est en moyenne être meilleur à l’école, hormis en sport. Soyons honnêtes, il n’y a pas de corrélat. C’est avoir moins de problématiques mentales, en moyenne, de troubles mentaux. Donc, c’est plutôt protecteur. C’est mieux réguler ses émotions. Globalement, avoir une meilleure situation professionnelle. Le HPI, ce qu’on réalise, c’est que c’est quasiment en tout point protecteur. Il y a certains corrélats qui sont amusants, mais quand on fait des études, ce qu’il faut comprendre, c’est que ce sont des données. D’ailleurs, Franck Ramus, qui est au CNRS, en termes de recherche, fait beaucoup d’études là-dessus, mais il y a aussi pas mal de chercheurs en psycho qui le font en France. On n’a pas besoin d’exporter par ailleurs parce que comme on l’a dit, c’est aussi très contextuel à la culture. On est sur des cohortes de dizaines de milliers de personnes. On n’est pas sur les échantillons de psychanalyse avec 5 ou 6 Autrichiens bourgeois. On est sur des dizaines de milliers de personnes et sur ces dizaines de milliers de personnes, ce qu’on a constaté, c’est qu’en moyenne, c’est protecteur à peu près partout. Les quelques éléments que j’ai mentionnés, c’est qu’il n’y a pas de corrélat par rapport aux résultats en termes de sport. Et il y a aussi une décorrélation au niveau des allergies et au niveau de la myopie. Grosso modo [rire], en moyenne- | |
| Quentin : Le gros cliché du HPI est en train de tomber. | |
| Samuel : Ah oui. Il y a une augmentation assez significative au niveau de la myopie sans qu’on ait d’explications particulières. Le fait qu’ils lisent plus n’est pas du tout une explication. Soyons clairs. On ne sait pas vraiment pourquoi. Mais ce que l’on sait aussi, c’est qu’en moyenne, il y a quand même beaucoup de génétique au niveau du HPI et qu’il y a beaucoup de choses aussi qu’on ignore par rapport à la transmission, etc. Des choses qu’on arrive à isoler, mais d’autres beaucoup moins. Mais ce que l’on voit, c’est que c’est protecteur et pas qu’en moyenne. C’est-à-dire que si on dit que c’est en moyenne, ça voudrait dire qu’il y en a où le HPI pourrait être un handicap ou pourrait provoquer des problématiques. Non, ce n’est pas le cas. | |
| Quentin : OK. Et si on veut être un peu dans l’aspect un peu polémique de ce sujet, c’est quoi les clichés et les idées reçues dans notre culture, tu as déjà un petit peu parlé de ça, qu’on a sur les HPI, que toi, dans le milieu psy, tu vois qu’ils sont faux ? | |
| Samuel : Oui. Le HPI est une neuroatypie, c’est-à-dire un fonctionnement du cerveau fondamentalement différent, comme le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité ou comme les troubles du spectre autistique, etc. C’est faux. Qualitativement, le cerveau d’un HPI ne fonctionne pas différemment d’un cerveau normal. Qualitativement, il y aura visiblement une meilleure distribution de l’information entre les deux aires par le corps calleux, qui sera un peu plus épais, mais autrement, ce n’est pas un fonctionnement qui est différent. Le HPI fonctionne en arborescence, où il n’arrête pas de réfléchir. C’est faux. Tout le monde a une pensée en arborescence. C’est-à-dire faire des corrélats entre différents concepts. Ça, tout le monde le fait. Donc, il n’y a pas non plus de différence fondamentale. Le HPI a des problématiques au niveau de la sensibilité, au niveau de la régulation de ses émotions, hypersensibilité, haut potentiel émotionnel, tout ce qu’on peut entendre en termes de croyances à ce niveau-là. Non, ça non plus, il n’y a aucun corrélat. Ils s’ennuient plus à l’école. C’est faux non plus, il n’y a pas plus de corrélat. | |
| Quentin : Il faut qu’on fasse un épisode sur les hypersensibles. | |
| Samuel : On peut [rire]. Ce n’est pas un diagnostic médical. C’est une mesure psychométrique dans un temps donné, dans un espace donné. Mais il n’y a pas d’autres éléments vis-à-vis de cela. Ou alors : « Mon enfant a des centres d’intérêt particuliers, genre il aime compter les cailloux ou collectionner les camions », Quentin. Non, non plus. Ce n’est pas non plus descriptif d’un HPI. Il y en a tellement. | |
| Quentin : Moi, le cliché que j’ai de l’extérieur, alors je connais peu et puis j’ai des enfants trop en bas âge pour être confronté à cette culture-là encore aujourd’hui. Peut-être qu’en primaire ou plus tard, ça viendra. Mais c’est un peu l’idée de la personne qui a du mal avec ses émotions, la frustration, et qu’en gros, il a un handicap par rapport aux autres sur le fait de réguler et de fonctionner. | |
| Samuel : En vrai, c’est un peu la faute des psys. C’est un peu de notre faute. C’est ce qu’on appelle un biais d’échantillonnage. Ça, on le verra dans l’épisode prochain par rapport aux biais cognitifs. C’est-à-dire qu’on a commencé à voir dans nos cabinets des hauts potentiels intellectuels qui n’allaient pas bien ou des personnes qui n’allaient pas bien. On a fait des tests, on a vu qu’ils étaient HPI, etc. Et qu’est-ce qu’on a vu ? On a vu que les HPI qui venaient dans nos cabinets n’allaient pas bien. Mais ce biais d’échantillonnage, c’est généraliser ce que l’on voit dans un temps donné, dans un espace donné, à toute la population générale. Et c’est archi-faux. Ce qu’on voyait, c’est comme toutes les personnes atteintes de dépression ou d’anxiété qui venaient dans nos cabinets, c’est une petite partie de la population. Les autres, en réalité, vont très bien. Et pareil, de se dire : « Oui, mais si on prend au nombre de HPI, c’est plus prévalent. » Mais oui, mais ça aussi, ça va dépendre. Ça sous-entendrait que du coup, on diagnostique toute la population générale. C’est faux. On ne diagnostique que certaines personnes et en général, celles qui vont mal. Parce que sinon, il n’y a pas besoin de faire tester vos enfants. Si tout va bien, il n’y a aucune utilité. Qu’ils fassent leur vie, ils vont réussir en moyenne plutôt bien scolairement, etc. Et ça ne va rien changer. Et donc ce biais d’échantillonnage nous a causé pas mal de tort. On a su quand même prendre le virage inverse et apprendre de nos erreurs. Mais effectivement, ça nous a un petit peu coûté et on a mis un petit peu en lumière cette fausse donnée dans la culture et ça s’est- Malheureusement fortement imprégné, notamment par rapport à tous ceux qui ont développé aussi une activité professionnelle beaucoup en lien avec le HPI ou le neuroatypie. Forcément, ça va véhiculer, au travers de ces croyances-là, une forme de persuasion pour pouvoir récupérer des gens, parce que c’est rarement les psychologues qui font ça, ce sont plutôt des professions alternatives de la santé mentale, type coach, psychopraticien, etc., pour avoir une clientèle de ce type-là, ou alors pour vendre des formations à 3 999 euros, en promotion jusqu’à ce soir à 50 %, pour toucher cette niche-là. Mais en réalité, il n’y a pas d’éléments scientifiques qui nous montrent qu’il y ait besoin d’un accompagnement particulier pour ces personnes-là. | |
| Quentin : OK. C’est quoi les avantages et les inconvénients de se savoir ou de savoir son enfant ou je ne sais pas qui, HPI ? | |
| Samuel : De savoir, je ne sais pas. Il y a un excellent bouquin de 2013 qui est sorti là-dessus, qui recense toutes les méta-analyses et ce qu’on sait un petit peu. Il peut y avoir parfois un sentiment d’étrangeté, sur ce que je dis à savoir la qualité du raisonnement ou de certains raisonnements. Quand on dit un sentiment d’étrangeté, ce n’est pas forcément une souffrance, soyons clairs. On est tous parfois en décalage. Moi, vous avez remarqué que je ne suis pas caucasien aux yeux bleus et que je ne viens pas de la franche-comté profonde, même si j’y ai été adopté et que j’apprécie le vin jaune et le comté. J’ai parfois un sentiment d’étrangeté par rapport à certaines caractéristiques. Et tout le monde a parfois un sentiment d’étrangeté par rapport à certaines caractéristiques. Donc ce n’est pas un problème spécifique au HPI, c’est un enjeu par rapport à la diversité de l’être humain. Et donc, il peut parfois y avoir un avantage de se dire : « OK, effectivement, je réfléchis un peu d’une manière différente », etc., mais ce n’est pas un problème en tant que tel. Ce qui est bien aussi, c’est que ça permet parfois d’éliminer et de se dire : « Ça ne vient pas de ma capacité de raisonnement, d’être en décalage ou d’être dépressif ou d’être anxieux », etc. Et de ne pas faire de corrélation abusive et de pouvoir éliminer ces éléments-là plutôt que de rester sur cette croyance-là. Et les avantages, c’est tout ce que j’ai dit, c’est qu’en moyenne, il y aura une tendance à mieux réussir dans certains éléments, et notamment dans l’acquisition de la connaissance et dans le système scolaire que l’on a, nous, en France. Donc, c’est plutôt cool en moyenne. La problématique, je vais le dire un peu de manière provocateur, mais c’est aussi avec bienveillance, c’est que quand je disais que c’était un sésame, c’est que ça peut être malheureusement un faire-valoir et donc une pression supplémentaire que peuvent infliger ou afficher les parents par rapport à leurs enfants. Ou alors être dans une forme de victimisme ou de ce qu’on a appelé de la théologie de l’exception : « C’est parce qu’il est HPI. » | |
| Quentin : Oui, il est comme ça parce qu’il est HPI, je le laisse faire parce qu’il est HPI, il est différent parce qu’il est HPI. | |
| Samuel : Très grandes erreurs. On est tous des parents imparfaits. On a tous cette théologie de l’exception, qui est un enjeu dans nos vies. On a tous parfois des formes de victimisme par rapport à certaines caractéristiques. N’en rajoutons pas certaines qui ne sont que des croyances. Et je sais que certains parents s’accrochent à ça et c’est en cela où je ne veux pas les afficher, etc., ou me moquer de cela, parce que lorsque nos enfants souffrent, on veut qu’ils aillent mieux et on s’accroche à ce que l’on peut, etc. Et c’est aussi à la responsabilité des professionnels qui les entourent d’être un peu plus clairs par rapport à ça. Nous, parents, on absorbe ce que l’on a dans notre environnement. On n’invente rien, on n’est pas des spécialistes, etc. À nous, professionnels aussi, de véhiculer aussi les bons concepts et ce que dit la science aujourd’hui. Si nos enfants sont plus dépressifs ou sont plus anxieux ou ont des problèmes de régulation émotionnelle, hypersensibles, etc., ce n’est pas au fait qu’ils sont HPI. Ce sont des éléments qui sont liés à d’autres choses. Explorons ces autres choses-là et ne restons pas butés là-dessus en espérant que c’est cela, parce qu’en réalité, c’est une fausse croyance. Et c’est l’opportunité aussi de creuser d’autres éléments pour aller un peu plus loin. | |
| Quentin : Oui, parce que sinon, le risque, dis-moi si je me trompe, mais c’est que ça reste figé, qu’on en fasse quelque chose presque de fataliste. | |
| Samuel : Oui, c’est ça. | |
| Quentin : C’est que tu as un voyant sur ta voiture qui s’allume tout le temps, puis tu dis : « Non, mais c’est parce qu’il y a un problème comme ça. » Puis ce voyant, il est toujours là parce qu’il y a ce problème-là et puis c’est tout. Puis tu ne creuses pas le problème du voyant vraiment. | |
| Samuel : Tout à fait. | |
| Quentin : Alors qu’en fait, ce que tu dis, justement, c’est que HPI, si on parle au niveau émotionnel, un HPI n’est pas forcément handicapé par rapport au niveau émotionnel. | |
| Samuel : Non, et en moyenne, il aura plus de capacité à pouvoir mentaliser ses émotions. | |
| Quentin : À réguler les choses. | |
| Samuel : Ça ne veut pas dire que tout le monde va le faire, parce que là, ce n’est qu’en moyenne, mais effectivement, on pourra utiliser cette qualité de raisonnement pour mieux faire mentaliser et réguler les émotions. | |
| Quentin : Travailler davantage plutôt que moins travailler. | |
| Samuel : Oui, c’est ça. Ça, ce sera intéressant. On espère pouvoir avoir une psychologue spécialisée dans le développement de l’enfant pour pouvoir en discuter. Mais oui, en moyenne, ce sera un peu plus protecteur. Et c’est intéressant aussi d’avoir conscience de ces éléments-là pour justement essayer de capitaliser dessus. | |
| Quentin : Dernière question, et pas des moindres : en tant que chrétien, comment on y réfléchit à ce côté HPI ? Comment on ancre le HPI dans la Bible ? L’intelligence dans la Bible, qu’est-ce que c’est ? Comment on réfléchit à ça ? Comment on y réfléchit en tant que chrétien ? | |
| Samuel : J’aime beaucoup cette phrase de Jonathan Leeman qui dit que : « L’autorité du gouvernement vise la justice, l’autorité du mari vise l’unité et l’autorité des parents vise la sagesse. » Comme disait aussi un grand philosophe : « À grand pouvoir, grande responsabilité. » [rire] | |
| Quentin : « À grand pouvoir, grande responsabilité. » [rire] Je t’ai dit, c’est une araignée. | |
| Samuel : [rire] On peut le dire, avec le danger de l’orgueil évidemment, mais qu’avoir un quotient intellectuel supérieur, on le voit en moyenne, est une forme de don que Dieu nous accorde, notamment pour évoluer dans le monde, acquérir davantage de connaissances et pouvoir mieux les mettre en action. On est redevable de Dieu par rapport à cela. On est redevable de Dieu par rapport à ce qu’il nous donne et à la manière dont on va les restituer. Effectivement, c’est se poser la question aussi : « Si j’ai de telles connaissances ou de telles facilités à acquérir de la connaissance, est-ce que je vais juste le garder pour moi ou est-ce que je vais utiliser ce don ? » | |
| Quentin : La parabole des talents. | |
| Samuel : Exactement, la parabole des talents, pour le bien commun, pour le bien de la société, pour prêcher l’Évangile, pour porter un bon témoignage, etc. Et je crois qu’être HPI, d’une manière générale, c’est une qualité pour à peu près tout ce que je viens de dire. Et encore une fois, on n’est pas là pour se comparer, comme tu dis, c’est la parabole des talents. On n’a pas à se dire : « Moi, je fais mieux qu’eux », etc. C’est : « OK, Dieu m’a donné ces moyens-là. Je suis redevable de ces moyens vis-à-vis de Dieu. » Ce n’est qu’entre Dieu et moi. Qu’est-ce que j’en fais ? | |
| Quentin : Je pense qu’aussi, bibliquement, ça peut travailler notre orgueil et notre humilité, parce que l’intelligence dans la Bible, elle n’est pas liée au QI. | |
| Samuel : Carrément. | |
| Quentin : Elle est liée à l’obéissance, à la sagesse. | |
| Samuel : Exactement. | |
| Quentin : Il peut y avoir quelqu’un qui a 150 de QI et qui, bibliquement, n’est pas intelligent. Et quelqu’un qui a 70 de QI et qui, bibliquement, est très intelligent. | |
| Samuel : Exactement. | |
| Quentin : Donc, il y a aussi cet aspect-là de : qu’est-ce que tu fais de ce potentiel plutôt que de le catégoriser comme quelque chose d’intelligent ou pas intelligent ? | |
| Samuel : C’est ça. | |
| Quentin : Ça me faisait penser aussi à une autre chose, c’est qu’on ne pourra pas dire devant Dieu… C’est souvent le principe de la victimisation ou des étiquettes en général, c’est que des fois, on a l’impression que ça peut rendre le péché pas vraiment un péché pour nous. Le truc de l’exception. On ne pourra pas dire devant Dieu : « Oui, mais j’étais HPI. » | |
| Samuel : Oui, c’est ça. | |
| Quentin : Le péché ne dépend pas du fait que tu es HPI ou pas, il dépend du fait de qui est Dieu et c’est tout, et de qui tu es. Pour moi, il y a aussi ce truc où ça ne te donne pas une flexibilité ou une exception ou une caste différente devant Dieu. Au contraire, tu as les mêmes responsabilités, la même loi qui s’applique à toi et sur laquelle tu seras jugé. | |
| Samuel : Oui, carrément. Dans 1 Corinthiens 12, on voit la question de la diversité des dons et qu’il n’y en a pas un qui est supérieur aux autres. Ça, je pense que c’est un enjeu aussi, la question de la supériorité et de dire que les autres sont lents, etc. Non, utilise plutôt ce que tu as pour aider les autres plutôt que d’utiliser les autres comme marchepied à cause de ces éléments-là, parce que tu es redevable de Dieu par rapport à cela. Et ça, je trouve que c’est vraiment important parce que je pense qu’il y a une forme de danger aussi. | |
| Quentin : De snobisme. | |
| Samuel : De snobisme, effectivement, lié à la connaissance. Je ne sais plus c’est quoi, 1 Corinthiens 8 ? « La connaissance enflamme, la gourmandise édifie » ou un truc comme ça. Je ne sais pas c’est lequel. Vous retrouverez. Mais pareil, ça va être un danger parce que c’est ta prédication, je crois, de hier. Par rapport à la connaissance, on peut accumuler autant de connaissances qu’on veut, mais si on ne l’utilise pas, ça ne sert à rien. Et on sera d’autant plus redevable devant Dieu par rapport à la manière dont on l’acquiert et qu’on ne l’utilise pas. | |
| Quentin : Il ne nous fera pas une interro de connaissance et d’histoire. [rire] | |
| Samuel : [rire] C’est ça, exactement. | |
| Quentin : Il nous fera une interro de : « Qu’est-ce que j’en ai fait et comment j’ai vécu devant lui ? » | |
| Samuel : Je trouve qu’il y a ces deux éléments-là. Je trouve qu’il est intéressant pour nous en tant que chrétiens, qui est encourageant, d’un côté de ne pas aller vers le victimisme sur cette théologie de l’exception et de l’autre côté, de ne pas pencher vers l’orgueil, se considérer comme supérieur aux autres. Pour les deux, on est redevable devant Dieu. Et c’est ça que je trouve beau avec la science d’aujourd’hui, c’est que ça remet la balle au centre et que vraiment, les données d’aujourd’hui, Dieu nous donne, au travers de la grâce commune qu’est la science, quelque chose qui confirme ces éléments-là et qui permet de décortiquer un peu ces fausses croyances que l’on a et qui, malheureusement, je pense, ont plus fait de mal et nous ont fait souffrir que nous ont véritablement aidés. | |
| Quentin : OK. Un dernier mot ? C’est ton dernier mot sur le HPI ? | |
| Samuel : Je ne crois pas avoir de dernier mot. On l’a déjà dit. Encore une fois, je ne veux pas qu’au travers de nos éléments, on culpabilise des personnes par rapport à cela, parce qu’on fait avec les moyens du bord. Et ça, je ne le redis pas assez, c’est que oui, nous, en tant que psycho, on a une obligation de veille scientifique et on essaye autant que possible d’être rigoureux, mais on n’est pas non plus au top tout le temps parce qu’il y a des choses qui sortent tous les jours et qu’il faut aussi faire le tri par rapport à tout ce qui sort, etc. On n’est pas infaillibles. La science combat la science. Et donc je ne veux pas culpabiliser les gens. On entend beaucoup de mauvaises choses dans la culture. Pareil, les gens qui veulent utiliser ces éléments-là pour avoir des clients, etc. Je ne crois pas non plus qu’ils ont de mauvaises intentions. | |
| Quentin : Oui, bien sûr. | |
| Samuel : Mais parfois, il faut être honnête par rapport à la science et admettre qu’on s’est trompé d’avance avec ces éléments-là. Il y a certaines fausses croyances auxquelles j’ai cru. Je vous l’ai dit, nous, les psychologues, on n’est pas non responsables par rapport à ce qui se passe, etc. Aujourd’hui, on essaye de corriger et d’avancer avec ce que l’on a. Et j’ai l’impression en tout cas que théologiquement, quels que soient les éléments, même si aujourd’hui la science confirme et s’aligne avec ce que dit la Bible par rapport à l’intelligence et la sagesse, on n’a pas besoin de ces éléments-là pour pouvoir avancer. Mais ça nous donne des éléments de contexte qui nous permettent de dire : « OK, j’ai cet élément-là qui me donne qualitativement un peu plus de complément. Qu’est-ce que j’en fais ? » | |
| Quentin : Par rapport à ce que tu as dit aujourd’hui, si je me mettais dans la peau d’un parent avec des enfants HPI, je me dis au contraire : oui, il y a peut-être un aspect remise en question sur certains domaines que tu as parlé, mais aussi, je trouve que c’est une bonne nouvelle. Il y a un aspect aussi de beaucoup d’espoir. C’est-à-dire, en gros, parce que ça peut être une mauvaise nouvelle de voir son enfant comme HPI quelque part. Parce que tu as dit : « Ça va être quelqu’un qui ne pourra pas se réguler émotionnellement, quelqu’un qui va être bizarre toute sa vie. » Mais en fait, tu te dis : « Non, en réalité, ça peut être quelqu’un de tout à fait impliqué dans la société, pas étrange, pas bizarre. » Tu m’entends, ce n’est pas grave d’être atypique sur certains points, il n’y a pas de problème avec ça. Mais je veux dire, au contraire, je me dis : « Non, trop bien. C’est une raison de plus de pouvoir travailler avec sur plein de choses. » | |
| Samuel : Carrément. C’est ça. | |
| Quentin : Je trouve que ça donne plein d’espoir aussi par rapport à ça. | |
| Samuel : Tu as eu le dernier mot. | |
| Quentin : Oui. Merci Sam, en tout cas. Et puis on vous dit à bientôt pour un prochain épisode. | |
| Samuel : À bientôt. [musique] |





