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Pour cet épisode, nous nous intéressons au parcours de Marie, ancienne adepte du « New Age », un courant spirituel tourné vers l’éveil de la personne et de ses capacités. Devenue chrétienne, elle souhaite détailler quelques croyances et la vision du monde qu’elle connaissait « de l’intérieur ». Avec l’aide de Florent, ils aborderont les portes d’entrée de ce courant (spiritisme, thérapies alternatives), dresseront un bilan contrasté de ces expériences et expliqueront comment les Écritures et Jésus-Christ ont bouleversé sa trajectoire.

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Transcription de l’échange :

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Florent
Bienvenue à cet épisode de « Un Pasteur Vous Répond », mais cette fois-ci, ce n’est pas un pasteur qui va vous répondre. Je suis heureux de vous présenter Marie, une amie, une sœur, ancienne étudiante à l’Institut Biblique de Genève. Marie, je te laisse te présenter.
Qui tu es ?
Marie
Ce que je trouverais le plus « drôle », ce serait de me présenter si on s’était rencontrés il y a trois ans, jour pour jour, versus aujourd’hui.
Il y a trois ans, jour pour jour, ce que je t’aurais raconté à mon sujet, c’est qu’on m’a appelée Marie. Mon âme a insufflé à mes parents l’inspiration de m’appeler Marie,
que je ne suis pas une humaine, mais un être spirituel venu faire une expérience humaine. Et même plus, que je suis quelque part la déesse de la conscience, une présence impersonnelle qui est venue prendre forme, prendre corps, et que là, dans cette vie, je joue au jeu d’être une artiste enchanteresse, une prêtresse qui prête mon corps comme un instrument entre les mains d’une force qui me dépasse pour faire des rituels de bénédiction, de guérison. Que je suis aussi un peu dépressive chronique, mais c’est parce que
je transmute des mémoires de mes vies antérieures ou transgénérationnelles. Ça, c’était il y a trois ans, on va dire.
Florent
En fait, tu es de ma tribu. [rire] Et donc on va parler du Nouvel Âge avec Marie. Quand on parle Nouvel Âge, tu le connais de l’intérieur.
Marie
Malheureusement, oui. [rire]
Florent
Malheureusement, OK. On serait heureux vraiment de découvrir ce parcours.
C’est sûr qu’une présentation comme ça, ce n’est pas anodin. Prêtresse,
tous ces rituels.
Justement, quelles ont été un peu ta liste de pratiques,
d’expériences dans le Nouvel Âge ?
Marie
Je veux bien répondre à cette question, mais avant de parler de pratique, pour moi, il s’agit d’abord d’une vision du monde. C’est avant tout une forme d’état d’esprit, d’idéologie, de philosophie. Et quand elle infuse un individu, elle va conditionner ensuite des pratiques, des approches vers lesquelles on se tourne. Et moi, c’était tellement constitutif, tellement central, que c’est venu impacter absolument toutes les sphères et tous les domaines de ma vie.
Florent
Oui, c’est ça.
Marie
Je pourrais lister des pratiques que j’ai eues dans le domaine
politique, économique, relationnel et compagnie.
Il y a certaines pratiques qu’on pourrait dire, c’est un peu « typique New Age ». Et puis, il y en a d’autres, pas nécessairement, mais l’intention sous-jacente, la motivation pour lesquelles je les ai sollicitées, elle était profondément spirituelle. Exemple : si j’ai pris des substances psychoactives, ce n’était pas pour me défoncer ou à but récréatif, mais c’était dans le but de faire des guérisons et de vivre un éveil spirituel. Si je me suis tournée vers le végétarisme ou l’alimentation bio, ce n’était pas seulement par conviction écologique ou en matière de santé, mais il y avait vraiment une pensée spirituelle derrière.
Florent
En fait, toute la vie est abordée au travers du prisme spirituel.
Marie
Exact.
Florent
Qu’est-ce qui t’a attiré ? Parce qu’avec un prénom comme Marie, on se dit
que ça a une connotation plus catholique, chrétienne en tout cas. Qu’est-ce qui t’a attiré vers le Nouvel Âge ?
Marie
Je n’ai pas eu d’instruction religieuse et mes parents n’étaient pas du tout adeptes du catholicisme. Et justement, parce que j’avais un présupposé très négatif sur les religions et que très tôt, enfant, j’avais décrété qu’elles étaient juste un moyen de domination et de manipulation du peuple, j’ai rejeté le bébé avec l’eau du bain.
Florent
L’opium du peuple.
Marie
Oui. Mais j’avais vraiment une quête existentielle. Je voulais percer les mystères de l’univers. Et du coup, parce qu’il y avait cette quête de vérité et que je ne pouvais pas me résumer à l’idée que l’existence soit juste métro-boulot-dodo, j’ai quêté la vérité, j’ai cherché des réponses, mais en dehors des sentiers battus des religions. Et du coup, le Nouvel Âge m’a tendu les bras, parce qu’il n’y a pas de chef ou de dogme apparent ou d’écrit qui fasse autorité. Il y a une idée selon laquelle cette connaissance est innée, elle émerge du dedans, tu as tout à l’intérieur de toi et c’est très empirique, c’est par l’expérience. Donc c’est ce qui m’a attirée, c’est ce côté : j’ai une quête de transcendance, je cherche la vérité,
je pose un regard spirituel sur le monde et là, je suis dans une voie où je suis libre, je fais mes expériences. Et puis, c’est très
détendant dans le sens où
il y a une négation quelque part d’un enjeu qui touche à l’éternité. Moi, je niais l’idée de l’éternité.
Florent
C’est quoi ça ?
Marie
On n’a pas la vision que le paradis ou l’enfer existent.
Florent
Bien sûr.
Marie
Moi, je pensais que c’était la version adulte du Père Noël et du Père Fouettard. [rire] Et du coup, comme je croyais davantage à la réincarnation, pour moi, la vie était une école, un terrain d’expérimentation, de croissance. Donc l’enjeu, il était juste quelque part le temps que j’allais mettre à m’éveiller et à réaccéder à un état de conscience où la conscience divine redevient consciente d’être la conscience.
Florent
Oui, c’est ça. En fait, c’est la quête de divinisation de cet éveil qui est connu dans d’autres spiritualités.
C’est quoi la première porte d’entrée vers ce monde ?
Marie
Ça dépend des individus et des chemins. Pour moi, il y en a eu deux, je dirais.
À l’âge de neuf ans, comme j’avais
cette conviction qu’il y avait une force,
je ne sais pas comment dire, âme, esprit, énergie, essence immatérielle habitant ce corps charnel, je me disais : « Je suis sûre que quand cette enveloppe charnelle va mourir, quelque chose va subsister. » Et du coup, j’avais élaboré mes théories enfantines autour de : « Où ça va ? » Et j’ai voulu entrer en contact avec l’âme des défunts, parce que je me disais : « Vu qu’ils sont passés dans l’au-delà, ils vont pouvoir me répondre. » Donc l’une des portes qui s’est ouverte pour moi vers le Nouvel Âge, ça a été le spiritisme, d’aller dans l’occultisme et de chercher à invoquer les morts.
Florent
Merci à Allan Kardec. Léon-Hippolyte Rivail, un Lyonnais. Il y a des gens bien dans la ville de Lyon où se trouve aujourd’hui.
Marie
Oui. [rire]
Florent
OK, très bien.
Marie
Et l’autre, ça a été par les thérapies alternatives.
Florent
OK.
Marie
Parce que
suite à mon parcours dans l’occultisme, je me suis retrouvée à être squattée et habitée par des esprits démoniaques.
Florent
Ça, c’est l’évaluation que tu fais maintenant ?
Marie
Oui.
Florent
À l’époque, c’étaient quoi ces esprits ?
Marie
À l’époque, je pensais que c’était l’âme des défunts. Puis, sur l’instant, quand ça m’est arrivé, c’était ce moment précis où il y a eu une brèche qui s’est ouverte. Je ne l’ai pas identifié comme il y a quelque chose qui s’est infiltré.
Florent
D’accord.
Marie
Mais il y a eu une dégringolade dans la souffrance, dans des mécanismes d’autodestruction qui m’ont conduite à être hospitalisée pour dépression, anorexie, boulimie. Et en allant m’investir corps, âme, temps, argent dans la thérapie pour chercher la libération de ma souffrance, je me suis retournée vers des approches un peu plus alternatives. Et c’est par le biais des thérapies alternatives que j’ai été mise en contact avec toute la vision du monde qu’on qualifie de nouvel âge.
Florent
OK.
Qu’est-ce que ça t’a apporté dans ces parcours ? Est-ce qu’il y a eu des éléments positifs ?
On parlera aussi des éléments négatifs, de la sortie de ce monde-là. Mais
quel est le bilan quand tu regardes un peu en arrière des éléments peut-être qui t’ont structurée, pour lesquels tu dis : « Oui, ça, c’était
un aspect
imprévu, peut-être positif, peut-être négatif de tout ceci, de ce chemin ? »
Marie
Oui. Positif, ce n’est pas évident de fouiller, mais il y a le positif à l’époque, à mes yeux.
Florent
C’est ça.
Marie
Puis, il y a le positif maintenant, depuis mon regard d’aujourd’hui. À l’époque, ce que j’aurais dit que ça m’apportait de positif, c’est que j’avais des ressentis qui pouvaient être dans la gamme du très agréable. Il y avait aussi du très dark, mais j’avais un champ lexical de : « Je vis des états de grâce, de béatitude, de félicité, d’extase. » J’étais au royaume des sensations fortes. J’étais enivrée et je me délectais au niveau des ressentis émotionnels, sensoriels.
Florent
Fréquemment ?
Marie
Par alternance avec des moments de crash dépressif. Donc voilà, c’étaient des montagnes russes et j’alternais entre cimes et abîmes. Mais dans les cimes, c’était plutôt très intense.
En positif, ça venait… C’est dur de trouver.
Communion.
Franchement, en termes de profondeur relationnelle, d’intimité,
j’ai trouvé des personnes avec lesquelles il y a eu vraiment des liens très forts. Et ça peut me manquer parfois dans ma vie chrétienne aujourd’hui, d’arriver à connecter à ce degré de profondeur, d’intimité. Ça prend plus de temps des fois, l’apprivoisement.
Il y avait aussi l’anesthésie quelque part, parce que face à cette souffrance existentielle avec laquelle j’étais en proie, ça venait me donner un sens, un but, une forme d’espérance, même si elle était illusoire. Donc, c’était une béquille qui me permettait de survivre.
Et puis, ce que je verrais du positif que j’en tire aujourd’hui, c’est que
ça m’équipe pour pouvoir un peu comprendre ceux qui sont dans cette idéologie-là.
Florent
D’accord.
Marie
Et ça me permet de pouvoir mieux témoigner quelque part de ma foi en connaissance de cause-
Florent
C’est ça.
Marie
…parce que je peux parler un peu ce langage. Et ça me permet aussi de pouvoir, entre guillemets, instruire des frères ou des sœurs ou faire la passerelle
pour aider à appréhender cette
façon d’entrevoir les choses.
Florent
Mais c’est clair que dès que tu t’es présentée, j’ai reconnu un certain nombre de
contextes familials, de propos que j’entends encore de mes amis ou de membres de ma famille qui sont très impliqués un peu dans cette vision du monde. Donc là, il y a une passerelle. Les gens peuvent dire : « Ah oui, mais toi, tu connais de l’intérieur. » On a utilisé ce terme de New Age, nouvel âge. C’est quoi le nouvel âge ?
Marie
Attends, je n’avais pas complètement fini. Si je peux juste finir.
Florent
Oui, bien sûr, c’est l’occasion. [rire]
Marie
Parce que pour le positif, ce que je vois, c’est qu’il y a quand même des outils qui peuvent être précieux aujourd’hui. Mais ce sont des outils et ce n’est pas le système de pensée. Et ça demande de trier le bon grain de l’ivraie à titre d’exemple un peu concret.
La communication non violente, je la range dans la catégorie New Age. Elle a vraiment des racines spirituelles. Il y a une négation du bien et du mal. Il y a plein de choses dans ces racines idéologiques qui ont un peu une vibe New Age. Mais il y a des outils qui sont pertinents. Le fait de se questionner quand on prend la parole autour de : « C’est quoi mon intention et ma motivation ? » Le fait de prendre le temps, avant de répondre à mon interlocuteur de façon très réactive, de juste reformuler ce que j’ai compris. Mais je ne l’applique plus, je ne le mets plus en pratique en mode copier-coller de ce que j’ai appris. Parce que la CNV encourage, par exemple, à reformuler les émotions. Et puis, elle fait un lien de causalité entre les émotions et des besoins profonds, des aspirations qui seraient comme des facettes du divin. Et en l’appliquant tel quel, parfois,
conforter l’autre dans un système de pensée qui est erroné. Mais l’outil de la reformulation, c’est quand même quelque chose dont je me saisis encore aujourd’hui. Donc voilà, il y a parfois des choses que je peux piocher en termes d’intelligence communicationnelle, relationnelle, qui peuvent être pertinentes.
Florent
C’est marrant parce qu’en t’entendant, je me dis : « Mais le livre des Proverbes sur la communication dit les mêmes choses, n’est-ce pas ? » Mais sans en faire
un enjeu comme une vision du monde globale, mais un comportement éthique dans la manière dont on parle, dans la retenue de ses propos, dans l’absence de jugement rapide et tout ça. Ce sont des données éthiques de l’Écriture.
Marie
Oui. Et une dernière chose sur le positif, c’est que
c’est un sujet d’émerveillement de voir, par rapport à la profondeur de la débauche dans laquelle j’ai pu être,
la noirceur des ténèbres en proie desquelles j’étais- À quel point Dieu est puissant, à quel point Dieu a déversé une grâce tellement abondante.
Comme quand Jésus disait : « Celui à qui on pardonne peu, aime peu. » En réalisant la profondeur de ce que Dieu m’a pardonné, c’est une source d’adoration et c’est aussi une source d’espérance pour ceux qui sont esclaves de ce système de pensée, de me dire : « Non, le bras de l’Éternel n’est pas trop court. » Et parfois, j’ai un regard pessimiste et je me dis : « Mais comment cette personne peut un jour basculer, être arrachée aux ténèbres et aimer Jésus ? » Mais quand je me rappelle de ma vie, je me dis : « Ce n’est pas impossible au Saint-Esprit. » Dieu peut faire de grandes choses. C’est aussi une source pour moi d’espérance et d’encouragement.
Florent
C’est sûr qu’il y a un lien entre spiritualité et sexualité. Ce sont des choses, on ne va pas les développer ici, mais ça fait partie de ces éléments. Et quand on regarde de l’autre côté, on se dit : « Ce n’était pas aussi
bien que ce que j’imaginais. » [rire] Et c’est sûr que la liberté a un coût et ce n’est pas vraiment une liberté en réalité.
Marie
Oui, carrément.
Florent
C’est chouette d’évoquer ça. On a utilisé le terme « nouvel âge » ou l’expression « nouvel âge ». C’est un brin dépassé aujourd’hui d’un point de vue sociologique. On parle de nouvelles spiritualités, de nouveaux mouvements religieux. Selon les sociologues des religions, il y a différentes manières de les aborder. Parfois, certains simplement parlent d’ésotérisme.
Bref, c’est généralement une vision du monde qui est plutôt orientée sur ou qui vient plutôt de l’Est du monde, mais adaptée à la sauce européenne, parce qu’on est beaucoup trop individualiste et heureux de soi-même pour adopter des visions du monde qui
nient la réalité de soi. Mais ceci dit, comment toi, est-ce que tu définirais le nouvel âge ?
Marie
Petit aparté, ce n’est absolument pas un qualificatif que j’aurais employé à l’époque où j’étais dedans.
Florent
Bien sûr.
Marie
C’était vraiment une étiquette à connotation très péjorative. Pour moi, c’étaient les autres. C’est ceux qui sont complètement perchés, flyés.
Florent
D’accord.
Marie
Donc moi, ça m’aide aujourd’hui.
Florent
Excuse-moi, juste, tu te décrivais comme une prêtresse et les autres étaient perchés.
Marie
Oui.
Florent
Mais ils étaient perchés alors drôlement haut. [rire]
Marie
[rire] Mais moi, c’était très sérieux et c’était vrai ce que je disais. Je ne faisais pas partie de ceux qui étaient… Je ne sais pas comment dire. Parfois, j’avais un regard un petit peu cynique sur mes croyances antérieures, genre quand j’avais cette vision des enfants indigo. Oui, c’étaient les autres qui étaient perchés. Et moi, j’étais une chercheuse spirituelle authentique.
Marie
Comment est-ce que je définirais le nouvel âge ?
Chaud de mettre un peu des mots dessus. C’est une nébuleuse dont les contours sont tellement flous, les frontières sont un peu indéfinies.
Florent
D’ailleurs, c’est la définition de Françoise Champion, je crois, qui parle de nébuleuse-
Marie
Mystique ésotérique.
Florent
Mystique ésotérique. C’est vrai, c’est une nébuleuse. Il n’y a pas de contour. Il y a une approche mystique et cachée, ésotérique de la spiritualité.
Quelques éléments ?
Marie
C’est une vision du monde qui est panthéiste, moniste. C’est grâce à toi que j’ai découvert ces mots.
Qui est dans une vision où Dieu est partout, il est en tout. Et donc, par définition, c’est ma nature véritable. Dieu n’est pas un être distinct ou personnel, c’est plutôt vu comme une force impersonnelle.
Vu que c’est ma nature, si je veux le rencontrer, s’il veut se révéler, c’est par une expérience mystique, intérieure.
Florent
J’ai souvent entendu : « Je suis Dieu. »
Marie
Oui.
Florent
« Tu es Dieu. »
Marie
Oui.
Florent
Le problème, c’est que tu ne le réalises pas.
Marie
Exactement.
Florent
Et il faut donc le découvrir. Et les exercices spirituels, la négation de
la religion, de son aspect de distinction entre le créateur et la créature, sont des éléments qui vont être utiles sur ce chemin.
Marie
Oui. Et quelque chose qui caractérise le nouvel âge, c’est le syncrétisme. On va piocher de façon éclectique dans des courants qui, si on les prenait vraiment dans leurs fondements, s’opposent et sont contraires les uns aux autres. Mais on se fait une espèce de tambouille et de popote en prenant et en piochant selon un référentiel qui n’est pas extérieur, mais qui est intérieur. Donc, c’est beaucoup la boussole des ressentis. Ça vibre, ça résonne juste, ça me parle. Et donc voilà, je m’étais cuisiné une spiritualité sur mesure, je m’étais façonné un Dieu à mon image. Et Jésus était vu simplement comme un être éveillé parmi tant d’autres, au panthéon des maîtres ascensionnés.
Il y a une négation quand même du bien et du mal, un petit peu au profit d’une vision selon laquelle
la vie est une école, c’est un terrain de croissance et que donc on vit une forme d’initiation. Et il y a une attente quelque part d’un âge d’or,
d’une restauration, l’avènement d’un paradis sur Terre et le salut vient de l’humanité. C’est nous qui sommes responsables et créateurs et co-créateurs de ça. Donc, on cherche pas mal
un éveil communautaire, planétaire.
Florent
L’ère du Verseau ?
Marie
Oui, je n’étais pas à fond genre ère du Verseau.
Florent
Non, ça, c’est mon âge. On n’a pas le même âge.
Marie
Ça, c’était ce que j’aurais appelé New Age. [rire]
Florent
[rire] Moi, je faisais partie des gens perchés, alors. [rire] Oui, c’est ça. L’ère qui vient. J’ai souvent entendu, et qui explique les soubresauts actuels qui sont négatifs parce que c’est les douleurs de l’enfantement.
Marie
Exactement. Moi, je disais : « Du chaos naissent les étoiles. »
Florent
Oui, waouh ! Beaucoup plus poétique que
ça. [rire] Ça nous permet un peu de
comprendre le monde que l’on appelle le New Age de façon très générique, même si tu n’en faisais pas partie, j’ai bien noté. Mais quelles sont un peu les constantes ? Alors effectivement, tu as évoqué le monisme, c’est-à-dire que tout vient d’une source unique,
tout est énergie,
tout est Dieu. Donc c’est souvent le panthéisme qui est associé à ça, même si les gens ne le disent pas, ne le reconnaissent pas en Occident, parce que le panthéisme a une connotation
souvent
trop étrangère à notre manière de raisonner. Dieu est tout, tout est Dieu. Et puis, associé à ça, il y a évidemment la notion de réincarnation, de karma. Comment tu étais par rapport à ça ? Comment ça vibrait en toi ces notions-là ?
Marie
[rire] La réincarnation, c’était une évidence. Et vu que j’avais parfois des visions, des flashs ou des émotions qui ne semblaient pas trouver racine dans ma vie à moi. D’ailleurs, par exemple, par rapport à la thérapie, j’avais imaginé que ce qui expliquait ma souffrance, c’était la faute à mon histoire de vie, mes traumas passés, etc. Et que la guérison, ça allait être de faire la paix avec mon histoire. Mais au regard de ma vie, moi qui n’ai pas été violée ou battue, oui, il y a eu des dysfonctionnements dans ma famille, mais il y avait une disproportion entre ma souffrance et puis j’incriminais un peu mes parents.
Marie
J’en suis venue à la conclusion que c’étaient plutôt des mémoires de vies antérieures.
J’ai oublié ta question. Par rapport à la réincarnation, quelle était ma vision ?
Oui, j’étais plutôt convaincue de ça. Puis, j’avais fait des régressions dans les vies antérieures, dans des états un peu de transe ou d’hypnose. Il y avait des flashs, il y avait des émotions fortes et ça me semblait être si tangible, si palpable que c’était une évidence absolue.
Florent
Une évidence, oui. Je te rejoins, c’était exactement mon expérience en cela, oui.
Marie
Oui. Et puis d’avoir pris aussi des substances psychoactives, fait du chamanisme à but thérapeutique,
les voix que j’entendais, les émotions, tout était troublé dans mes perceptions. Ça semblait si réel, si 3D, que ça venait pour moi entériner, corroborer mes convictions. Donc oui, j’étais convaincue par rapport à la réincarnation. Karma, je ne sais pas trop.
Il me semblait qu’il y avait juste une loi de cause à effet.
Florent
Oui, c’est sûr. C’était le sujet de mon premier livre, « La Réincarnation ». Il est encore disponible, je crois, qu’au format électronique
ou sinon chez Carthus, un livre d’occasion, où j’aborde les preuves que
j’ai tenues pour vraies quand j’étais dans ce monde-là : les souvenirs d’enfants, les régressions hypnotiques et toutes ces choses. Donc, si jamais ça vous intéresse, vous pouvez consulter ce livre.
C’était une évidence aussi pour moi. Je n’étais pas inquiet de la mort. Je regardais les gens qui mouraient avec un certain détachement.
La roue tourne et on apprend et on continue jusqu’à ce qu’on n’ait plus besoin d’apprendre. Il y a beaucoup de problèmes liés au karma, la loi qui régule la réincarnation, parce que si c’est le cas, la personne qui souffre est en fait responsable de sa souffrance et donc il faut la laisser souffrir parce qu’elle va payer ainsi toute la crasse de ses vies passées. C’est assez terrible, c’est assez fatidique, un peu
comme orientation de l’existence. On va parler de ton chemin dans un prochain épisode, mais rapidement, qu’est-ce qui t’a
surpris, attiré dans l’Évangile de Jésus-Christ ? Parce que maintenant, tu es disciple de Christ et c’est pour ça qu’on a cet entretien ensemble. Qu’est-ce qui t’a attiré ? Qu’est-ce qui a changé un peu ta trajectoire ?
Marie
Quand ça m’a été présenté, quand j’ai pu entendre le message de l’Évangile, j’en étais à un stade de décrépitude tellement avancé. J’étais tellement lasse, exsangue, usée, désabusée, après des années de quête acharnée, puis je n’y suis pas avec le dos de la cuillère,
que
j’ai consenti la perte de mon temps de vie, mais il n’y a rien qui m’attirait, vraiment. C’est juste : « Franchement, je suis une loque, je n’arrive à rien faire.
Au moins, je me détournerai en connaissance de cause. »
Donc au début, il n’y a rien qui m’a attirée. Puis,
face à ce que Jésus apportait, la délivrance à des personnes en souffrance-
Florent
Comment tu l’as su ? Comment tu l’as vu ?
Marie
En ouvrant les Évangiles avec un pasteur et puis en regardant la série « The Chosen » aussi.
C’était l’époque où j’avais tellement de suspicions et de doutes quant à la fiabilité des Écritures. J’allais piocher dans plein de sources qui ne sont pas forcément recommandables, dont les évangiles apocryphes, pseudépigraphes. C’est important de nommer. Dans le nouvel âge, on accorde tellement plus de crédit à des sources cachées que l’Évangile selon Marie ou Thomas ou Philippe, on le prend comme argent comptant alors qu’ils n’ont pas été écrits par ceux dont ils portent le nom.
Je suis allée fouiller dans plein de sources, des bouquins écrits prétendument en channeling. On va piocher dans les mémoires akashiques pour raconter la vie de Jésus.
Florent
Je connais bien ces termes.
Marie
Mais
c’est au travers des Évangiles canoniques et la série « The Chosen » que j’ai commencé à découvrir davantage le Jésus véritable.
Et ça m’a interpellée de voir la délivrance qu’il apportait à des personnes en souffrance comme le paralytique à Bethesda, la femme qui souffrait d’hémorragie depuis 12 ans. Et je pouvais m’identifier à ces personnes.
Les propos qu’il a tenus à la Samaritaine quand il a dit : « Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif. » Et moi, textuellement, je disais : « J’ai une soif inextinguible, une faim insatiable. Il n’y a rien dans ce monde qui l’étanche, jamais. » Ça m’a attirée quelque part, cette promesse de repos que j’envisageais trouver au travers du suicide.
Et là, c’est comme si ça venait éveiller un maigre espoir. Ça, c’est quelque chose qui a commencé à me toucher. Puis cette quête de vérité qui fait que quelque part, Jésus est la vérité. Il est le chemin, il est la vie. Je ne comprenais pas ce qu’il voulait dire à travers ça, mais il m’a attirée.
Florent
Super. Merci. En tout cas, ce premier épisode avait pour objectif de donner quelques repères sur ce monde-là, de manière à ce qu’on puisse aussi le comprendre et mieux savoir comment parler de l’espérance qui est nôtre à ceux et celles qui sont dans ce monde, un monde en pleine expansion aujourd’hui dans le contexte francophone. Donc, merci Marie d’avoir accepté ces épisodes. Et au prochain épisode, on parlera de la trajectoire plus
directe que Marie a réalisée au sein de la foi chrétienne. [frottement]