Retour aux racines françaises de la prédication textuelle

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Retour aux racines françaises de la prédication textuelle
Jonathan Meyer
Jonathan Meyer

On a parfois l’impression que la prédication textuelle est une invention récente provenant des pays anglo-saxons. En quelques lignes, je vous invite à remonter à ses racines françaises.

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Il nous faut, pour cela, remonter au XVIIe siècle, un siècle après la Réforme.

Un contexte difficile

Au XVIIe siècle, les huguenots (les réformés français) subissaient des pressions croissantes. Depuis 1598, l’édit de Nantes était censé leur accorder de vraies libertés, mais la pression devenait de plus en plus forte et les libertés se réduisaient peu à peu. Dans ce contexte, les pasteurs protestants étaient de plus en plus tentés d’abjurer leur foi pour revenir à la foi catholique romaine. Cela a duré jusqu’à ce que Louis XIV révoque l’édit, en 1685. A partir de cette date, le protestantisme est devenu illégal  : les pasteurs ont dû choisir entre l’abjuration et l’exil. 

Un jalon de l’histoire de la prédication

Jean Claude est le pasteur huguenot le plus marquant de cette période de la fin de l’édit de Nantes. Malgré la pression, il est resté fidèle aux vérités de l’Évangile. 

Jean Claude, est aussi un homme qui a influencé l’histoire de la prédication. On l’appelle parfois le «  père de la prédication textuelle  ». Il n’a pas inventé la prédication textuelle, mais il a fait évoluer la manière de l’aborder. 

Claude cherchait l’idée centrale d’un texte et en faisait l’idée centrale de sa prédication. Dans ce sens, il a fait évoluer la prédication vers la forme moderne de la prédication textuelle telle qu’elle est largement enseignée jusqu’à aujourd’hui.

Alexandre Vinet, deux siècles après la révocation de l’édit, écrivait que Claude et les prédicateurs de son temps voulaient « avant tout donner une explication fidèle, solide et détaillée du texte, mais en même temps développer une idée dont on fait le sujet du discours. »1

En plus d’être un prédicateur, Claude était un formateur. Enseignant, il a formé plusieurs prédicateurs à sa vision de la prédication textuelle. Nous en avons un aperçu dans son «traité pour la composition d’un sermon».

Au fil des pages de ce traité, nous voyons en détail les mécaniques de la prédication de Claude. Il tenait en particulier à ce que le prédicateur comprenne le sens du texte sans s’imposer une grille de lecture. Il écrivait : « Je suppose donc qu’un homme ne sera pas assez étourdi pour mettre la main à la plume, et travailler sur un texte qu’avant toute chose il n’en ait bien compris le sens. »2

Dans le traité, il décrivait plusieurs méthodes de prédication. Il qualifiait ce que nous appelons la prédication « textuelle » de prédication « textuaire ». Pour lui, la prédication textuaire considère le texte biblique « comme le sujet et la matière sur laquelle il faut travailler ; ou si vous voulez, comme le champ qu’il faut cultiver, et en recueillir le fruit. »3

Claude ne se contentait pas de prêcher la doctrine ou de prêcher verset par verset à la manière d’un commentaire biblique. Il prenait grand soin de se soumettre au texte. Il cherchait le sens du texte et son idée centrale, puis il tentait de comprendre comment chaque partie du texte était connectée à l’idée centrale.

Une influence posthume 

Claude a été le pasteur de l’Eglise réformée de Charenton durant 19 ans. En 1685, lors de la révocation de l’édit de Nantes, le roi a donné 48 heures à Claude pour quitter le royaume à cause de sa foi protestante. Il est décédé à la Haye, en exil, moins de deux ans après la révocation de l’édit de Nantes.

Durant sa vie, Claude a exercé une influence importante au sein de l’Eglise réformée de France, mais aussi au-delà. Il a eu l’occasion de débattre avec les plus grands théologiens catholiques du royaume de France. Il a correspondu avec l’évêque anglican de Londres. Il a prêché devant l’Electeur du Brandebourg (un souverain Européen). Il a rencontré et il a été soutenu par le Prince d’Orange (l’héritier du trône des Pays-Bas). 

Mais l’influence de Claude ne s’est pas arrêtée à sa mort. Un siècle après la publication posthume du traité de la composition d’un sermon, Robert Robinson, un pasteur baptiste anglais, l’a traduit en langue anglaise. En 1792, Charles Simeon, a lu le traité de Claude. Il a été tellement convaincu par cet ouvrage qu’il l’a réédité en en modifiant certaines parties. La version de Simeon du traité a eu un impact important dans formation de générations de prédicateurs dans les pays anglophones. 

Quatre siècles après Claude, sa vision de la prédication continue d’être enseignée dans de nombreux lieux de formation biblique. Elle est notamment enseignée par l’organisation Simeon Trust dans les pays anglophones. En Europe francophone, elle est encouragée, entre autres, par l’organisation Prêche la Parole.

Du 2 au 4 novembre 2026, Prêche la Parole organise sa conférence annuelle à Paris sur le livre de l’Apocalypse avec, comme enseignant principal, Vaughan Roberts, pasteur anglican évangélique à Oxford. Il a écrit plusieurs livres dont Panorama de la Bible. 

Informations et inscriptions sur https://www.prechelaparole.org/conference_plp.html

Édition 2025

  1. Alexandre Vinet, Histoire de la prédication parmi les réformés de France au dix-septième siècle, 1860. ↩︎
  2. Jean Claude, Les œuvres posthume de Mr. Claude, volume 1, Traité de la composition d’un sermon, 1688. ↩︎
  3. Jean Claude, Les œuvres posthume de Mr. Claude, volume 1, Traité de la composition d’un sermon, 1688. ↩︎