Pourquoi la tradition est-elle indispensable si la Bible suffit ? 

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Pourquoi la tradition est-elle indispensable si la Bible suffit ?
Derek Sutherland
Derek Sutherland

Affirmer que la Bible est suffisante est essentiel pour la foi chrétienne (2 Timothée 3.16-17 ; 2 Pierre 1.3 ; Psaumes 19.7). Mais cette affirmation véridique soulève une question importante : si la Bible suffit, pourquoi avons-nous besoin de la tradition ?

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Que faire de l’héritage du christianisme  ? Comment intégrer dans notre réflexion théologique les commentaires, observations, déductions des 2000 derniers ans  ? 

Nous pourrions aller plus loin  : la Bible est suffisante pour la foi, et la connaissance de Christ alors pourquoi lire les Pères de l’Église  ? Pourquoi s’intéresser aux conciles  ? Pourquoi tenir compte de l’histoire chrétienne  ? Pourquoi écrire du contenu extrabiblique  ? 

Est-ce que l’article que je suis en train d’écrire mérite d’être lu  ? En écrivant du contenu extrabiblique pour éduquer les chrétiens, je suis en train de créer une ressource qui pourrait s’apparenter à la tradition. 

La tradition  : un guide pour l’orthodoxie chrétienne

Un commentaire biblique pour préparer une prédication, une vidéo d’herméneutique, une conférence E21, un article TPSG. Tout ceci se rapporte, de près ou de loin, à la tradition. En effet, la tradition est partout et il est temps que le monde évangélique l’identifie pour entretenir une saine relation avec elle  ! 

Nous vivons en France où la chrétienté a régné pour le meilleur et pour le pire pendant près d’un millénaire. Nous, protestants évangéliques, entretenons un rapport lointain avec la tradition. La tradition est souvent perçue comme « non » spirituelle au profit de la créativité si chère au monde évangélique. Vouloir vivre une vie de disciple fidèle à la tradition est souvent mis en opposition à une vie de disciple sensible à l’Esprit de Dieu. 

Et si la tradition et son respect nous aidaient à être plus fidèles aux Écritures pour vivre une vie remplie de l’Esprit  ? Il y a un passage dans les Actes des Apôtres qui nous montre en quoi l’application pratique et réfléchie de la Bible permet aux chrétiens de vivre fidèlement. 

Une crise majeure de l’Église primitive

En Actes 15, nous voyons un débat intense : certains affirment que les païens doivent être circoncis pour être sauvés. Que font alors les apôtres ? Ils ne répondent pas individuellement, chacun de leur côté. Ils se réunissent. Ils discutent. Ils examinent les Écritures. Et ils ensemble prennent une décision pour l’Église. 

Ce moment est fondamental. Il montre plusieurs choses  : 

  1. La compréhension de la vérité biblique se vit dans un cadre communautaire guidé par des responsables qualifiés bibliquement (de nos jours  : les anciens). 
  2. L’Écriture est centrale, et elle est interprétée avec une bonne herméneutique, appliquée, et clarifiée dans l’Église pour permettre la fidélité à Dieu. 
  3. Il est impossible de s’émanciper totalement de la tradition issue de la création de l’Église il y a 2000 ans. Nous nous tenons sur les épaules des saints passés et sur les fondements théologiques déposés avant nous. 

C’est exactement ce que la tradition, au sens sain du terme, cherche à faire. Au fil de l’histoire, cette dynamique se poursuit. 

Face aux hérésies, l’Église doit préciser ce qu’elle croit

Par exemple, au concile de Nicée en 325, la question de la divinité du Christ est au cœur des débats. Le concile ne crée pas une nouvelle doctrine. Il ne fait que formuler avec précision ce que l’Écriture enseigne déjà. 

C’est une distinction essentielle. La tradition fidèle ne produit pas de nouvelles vérités. Elle explicite, clarifie, protège la vérité révélée dans la Bible. Comment comprendre la Trinité sans s’appuyer sur l’histoire de l’Église  ? Comment se référer au protestantisme sans les 95 thèses de Luther, ou les 5 Solas de la réforme protestante  ? Comment comprendre l’inerrance des Écritures sans la déclaration de Chicago  ? Plus récemment  : Comment vivre la mission fidèlement sans se référer au mouvement de Lausanne  ? 

La tradition est indispensable, même si l’Écriture suffit

Sans cette prise en compte de l’influence de nos traditions, chaque génération serait condamnée à repartir de zéro. Les mêmes erreurs reviendraient sans cesse. Les mêmes débats seraient lancés encore et encore. 

L’héritage de la tradition sur les questions doctrinales nous aide. Par exemple  : 

  • Quelle fut la position majoritaire sur les dons spirituels  ? 
  • Quelle fut la position sur le pastorat et la complémentarité des rôles hommes-femmes dans l’église et le couple  ? 
  • Quelle fut la position de la relation entre l’Église et l’État  ? 

La tradition agit comme une mémoire 

Elle nous rappelle ce qui a été compris, défendu, parfois au prix de grandes luttes. Elle nous évite de devoir redécouvrir péniblement ce que d’autres ont déjà discerné. Nous pouvons nous soumettre à ce que d’autres saints remplis de l’Esprit ont découvert pendant des millénaires avant nous. 

Mais cette mémoire n’est pas infaillible. Et c’est là que réside le danger !

Lorsque la tradition commence à s’autonomiser, lorsqu’elle prétend avoir la même autorité que l’Écriture, elle devient problématique. Pire encore, lorsqu’elle contredit la Parole de Dieu, elle devient dangereuse. C’est d’ailleurs ce que le protestantisme reproche au catholicisme  : une tradition hors sol. 

L’Écriture doit toujours rester le critère ultime

Galates 1.8 est sans équivoque : « Si quelqu’un vous annonce un autre Évangile… qu’il soit anathème. » La tradition est donc à la fois nécessaire et limitée. Elle est un don, mais un don qui doit être exercé avec discernement. 

En réalité, la question n’est pas de savoir si nous avons une tradition. Tous les chrétiens en ont une, consciemment ou non. La vraie question est  : quelle tradition suivons-nous  ? Et surtout  : est-elle fidèle à l’Écriture  ? 

Lors de mes voyages, il m’est arrivé de rendre visite à des églises « missionelles » et novatrices, qui se défont des traditions. Il était intéressant de noter que le moindre changement ou remise en cause des formes nouvelles proposées y est impossible. Même si elles ne sont pas identifiées, ces formes semblent gravées dans le marbre. Voilà ce que peut devenir la tradition évangélique. Elle peut être plaquée, non réfléchie à partir de la Bible et ignorante du passé. C’est nocif. 

La position la plus équilibrée consiste à reconnaître la valeur de la tradition tout en affirmant clairement la primauté de la Bible. 

La tradition sert, éclaire, transmet. Mais elle ne règne pas. C’est dans cet équilibre que l’Église peut grandir de manière saine, enracinée dans la vérité et attentive à la voix de Dieu. 

Cet article fait partie d’une série de trois sur la Bible et la tradition. Ils sont tirés et adaptés d’un travail de recherche effectué par Derek sous la direction de Dr Kyle Claunch au Southern Baptist Theological Seminary en octobre 2021.