Il est fréquent d’entendre un prédicateur faire référence à un mot grec ou hébreu pour en tirer un enseignement. Dans ma courte expérience, l’utilisation des langues bibliques s’est souvent révélée maladroite et aurait pu être évitée. De plus, elle n’apporte pas grand-chose à la prédication, si ce n’est laisser penser qu’il est nécessaire de connaître le grec ou l’hébreu pour véritablement comprendre la Bible.
Je souhaite nous encourager, prédicateurs, à éviter autant que possible l’utilisation des langues bibliques dans la prédication. Je ne dis pas qu’il ne faut pas étudier les langues bibliques, et je ne dis pas non plus qu’il ne faut pas les utiliser dans la préparation de la prédication. Au contraire, ce sont des outils précieux pour le prédicateur. Ce que je veux dire, c’est que la mention du grec ou de l’hébreu ne devrait pas apparaître dans la prédication elle-même, sauf si cela est vraiment légitime et nécessaire.
Comment savoir si c’est légitime et nécessaire ? Voici quelques repères. Ne mentionnez pas les langues bibliques dans vos prédications si…
1. …vous ne connaissez pas ou peu les langues bibliques
Mentionner le grec ou l’hébreu sans jamais les avoir étudiés est la meilleure manière de faire des erreurs d’exégèse, ou, pour le dire autrement, de dire des bêtises. Lorsque l’on parle d’une langue que l’on ne connaît pas, il n’y a aucun moyen de vérifier la véracité de ce que l’on affirme.
Il ne faut pas non plus penser qu’un peu d’étude du grec ou de l’hébreu suffit à nous rendre légitime pour en parler en public. Comme on le mentionne souvent, quelqu’un qui parlerait un peu anglais pourrait affirmer que « butterfly » signifie littéralement un beurre qui vole (« butter » + « fly »). Une telle affirmation serait ridicule et nous ferait bien rire si l’on connaît l’anglais. Malheureusement, c’est à cela que peut ressembler l’utilisation des langues bibliques lorsque l’on ne s’y connaît pas trop.
Il est courant d’entendre, par exemple, que l’Évangile est comme de la dynamite, parce que Paul dit en Romains 1.16 que l’Évangile est une « puissance de Dieu », en utilisant le terme grec δύναμις. Une telle affirmation n’a aucun fondement. Comme le souligne Don Carson, il est vrai que « notre mot dynamite est étymologiquement tiré de δύναμις ». Pourtant, Carson poursuit : « Paul a-t-il pensé à la dynamite quand il a écrit ce mot ?» Bien sûr que non, puisque la dynamite est une invention du 19ᵉ siècle ! (Pour approfondir ce point, voir D.A. Carson, Erreurs d’exégèse, 2012, p.32-33.)
2. …cela n’apporte rien à la compréhension du texte
Même si l’on est à l’aise avec le grec ou l’hébreu, avant de les mentionner dans nos prédications, il faut se demander : est-ce que cela apporte quelque chose à la compréhension du texte ? Ou est-ce une simple information qui n’ajoute rien ? Que perdrait ma prédication si je l’enlève ?
Il me semble que dans de nombreux cas, la mention du grec ou de l’hébreu ressemble plus à une information vaine destinée à satisfaire les érudits, plutôt qu’à une communication du sens du texte qui est sous nos yeux.
3. …vous n’êtes pas sûrs de ce que vous dites
Cela rejoint le premier point : si l’on base une affirmation sur une mention du grec ou de l’hébreu, il faut être certain que ce soit juste. Cependant, sans vraiment connaître ces langues en profondeur ou sans avoir accès à des ressources de qualité, le risque est grand.
Il est par exemple courant d’entendre qu’il faut distinguer entre plusieurs types d’amour, en se basant sur deux verbes grecs différents : ἀγαπάω et φιλέω. L’utilisation de ces deux verbes dans la Bible devrait soi-disant nous amener à distinguer entre l’amour sacrificiel (apparenté au verbe ἀγαπάω) et l’amour amical, ou fraternel (apparenté au verbe φιλέω). Cependant, une telle distinction ne tient pas la route : le sens de ces deux verbes est en fait très proche. (Pour approfondir ce point, voir D.A. Carson, Erreurs d’exégèse, 2012, p.53-56.)
Il est possible de lire ou d’entendre cela et de se baser sur une telle affirmation pour construire une prédication. Cependant, si l’on ne peut pas vérifier cette information par nous-mêmes ou si l’on n’a pas accès à des ressources de qualité, il vaut mieux s’abstenir. Le risque est trop grand. Heureusement pour nous, nous n’avons pas besoin de connaître la nuance d’un verbe en grec pour parler de la profondeur de l’amour de Dieu : cet amour est suffisamment clair dans nos Bibles en français !
4. …cela va rendre confus votre auditoire
Il est important de connaître votre auditoire. Est-ce que cette mention va les aider ou va plutôt les rendre confus ? Est-ce que cela va leur donner plus de confiance dans la Bible, ou cela va-t-il leur faire penser qu’il faut nécessairement être un expert pour vraiment comprendre la Bible ?
5. …vous pouvez le dire autrement
Peut-être que l’on est à l’aise avec le grec et l’hébreu et que l’on estime nécessaire d’aborder certaines questions de traduction dans le texte. Un prédicateur sera souvent confronté à cela, que ce soit en comparant différentes versions ou en lisant le texte dans l’original.
Cependant, cela ne signifie pas qu’il faut nécessairement mentionner le grec ou l’hébreu dans la prédication en donnant tous les détails. Sans cacher la difficulté, il est possible de formuler les choses d’une manière qui reste accessible pour tous.
Par exemple, on peut mentionner une autre traduction : « Ici, la version Colombe est un peu plus proche de l’original et dit ceci… » Ou alors, si aucune traduction n’est satisfaisante, on peut exprimer les choses ainsi : « Littéralement, ce verbe signifie… » Chacun peut l’exprimer à sa manière. Mais l’idée est de comprendre qu’il n’est pas nécessaire de mentionner le verbe grec ou hébreu (et encore moins de l’afficher sur un PowerPoint) pour que les gens comprennent le sens du texte.
Conclusion : rarement ?
C’est là notre désir en tant que prédicateurs : dire les choses le plus simplement possible afin d’être compris. Parler la langue que les gens assis devant nous parlent. Ce n’est pas que nous voulons rendre le message biblique simpliste, mais plutôt que nous voulons le rendre accessible.
Pour certains textes, par souci de fidélité, il sera nécessaire d’aborder le grec ou l’hébreu, ou la critique textuelle. Dans ce cas, nous devons veiller à le faire de manière aussi accessible que possible, seulement dans la mesure où cela sert la compréhension du texte, et en gardant à l’esprit notre auditoire.
Cependant, je crois que ces situations seront rares. La plupart du temps, nous pouvons nous passer de mentionner le grec ou l’hébreu dans nos prédications. Bien sûr, nous ne voulons pas cacher que la Bible n’a pas été écrite en français et qu’il y a des questions de traduction et de nuances. Attention toutefois à nos instincts qui nous pousseraient à rendre le texte biblique plus confus, alors que notre tâche est de le rendre plus clair pour ceux qui nous écoutent.
Que Dieu nous aide dans cette tâche !
Pour aller plus loin :
« 4 moyens de pratiquer régulièrement le grec après l’institut biblique »
« 6 ressources pour apprendre gratuitement le grec et l’hébreu »
« Un nouvel outil pour ceux qui apprennent le grec et l’hébreu »






