Une Église dans le monde
Comment l’Église devrait-elle vivre dans le monde? Voici quelques pistes concrètes:
- Les Églises locales devraient vivre une alternance de temps de rassemblement et de dispersion: des temps de rassemblement encourageants, permettant d’équiper les croyants, et des temps de dispersion, où les croyants vivent leur vocation d’envoyés dans le monde. Certaines Églises terminent leur culte par une parole d’envoi. Sans être une règle absolue, je pense que c’est une habitude intéressante, car on communique, chaque semaine, l’idée que l’Église est une base missionnaire.
- Les Églises locales devraient avoir un ADN missionnaire. Elles devraient s’impliquer pour la mission à l’échelle locale et à l’échelle mondiale. Localement, elles devraient s’engager dans des actions visant à faire connaître l’Évangile. À l’échelle mondiale, elles devraient s’engager à encourager, soutenir, prier et aimer des missionnaires qui partent au loin. Je dois admettre que je n’ai pas été toujours très zélé pour donner un ADN missionnaire à notre Église à Genève. Je l’ai fait de temps en temps, mais j’aurais dû être plus actif dans ce domaine. Heureusement, le Seigneur nous a donné Nathalie. Nathalie est membre de notre Église. Elle est passionnée par la mission, et c’est souvent elle qui nous rappelle les bonnes priorités.
- Les Églises locales devraient prendre position, de manière intelligente, dans les débats de société. En particulier par la promotion de l’éthique biblique, de la liberté de conscience et de la liberté d’expression. Elles devraient, dans la mesure de leurs moyens, dénoncer l’injustice, en particulier envers les plus vulnérables. Elles devraient aussi plaider pour une prise de conscience de la persécution des chrétiens dans le monde.
- Je crois que l’Église devrait, sauf dans des situations extrêmes, rester apolitique. Cependant, je pense qu’individuellement, les croyants devraient s’engager dans toutes les sphères de la politique, de la culture, des médias et de l’éducation. Certes, on ne peut pas partager l’Évangile librement dans ces sphères, mais la présence de chrétiens dans ces différents contextes sera une bénédiction pour le monde. Les Églises ne devraient pas décourager des personnes qui s’impliquent avec sagesse dans ce type d’activités. Au contraire, elles devraient les équiper pour être des témoins. À côté de ses engagements familiaux et professionnels, un ancien de l’Église où j’étais pasteur à Genève s’implique à deux niveaux dans la vie politique et culturelle de son village: au sein du conseil communal et dans l’organisation d’événements culturels. Ses engagements ne sont pas politiques dans le sens où ils sont liés à un parti politique, mais dans le sens où à travers eux, il s’occupe des affaires du village, s’engage pour le bien de la localité et tisse un réseau de relations qui lui permet de vivre comme témoin parmi ses voisins.
- Les Églises locales devraient aussi parler le langage du monde. Cela signifie qu’on devrait constamment se demander si nos activités sont compréhensibles pour quelqu’un qui ne connaît rien au christianisme. Cela ne signifie pas qu’il faille revoir notre théologie ou notre éthique à la baisse. Cela signifie simplement qu’il faut fournir un effort constant pour être compris. Dans notre Église à Genève, nous avons essayé de rendre les cultes plus compréhensibles par quelques détails. Par exemple, nous essayons de ne jamais supposer que les gens connaissent la Bible. Nous prenons le temps d’expliquer le contexte de textes bibliques que nous lisons. Nous laissons aux gens le temps de trouver un passage biblique dans la Bible. Parfois, nous donnons le numéro de la page du texte dans les Bibles que nous mettons à disposition lors du culte. Ces détails permettent aux non-chrétiens de ne pas être perdus et ils sont souvent touchés par l’accessibilité de nos cultes.
J’espère que ces idées vous inspireront. Posez-vous la question, en tant qu’Église: que faisons-nous pour être dans le monde? Que pourrions-nous faire de plus pour être davantage dans le monde? Si l’Église n’est plus dans le monde, elle perd sa vocation. Mais il existe un autre travers que nous devons aborder maintenant.
Une Église qui n’est pas du monde
Si la séparation d’avec le monde est un danger, l’assimilation est un danger peut-être plus grave encore. Une Église isolée manque sa vocation et finira par mourir, alors qu’une Église conformiste peut faire des dégâts au-delà de ses propres membres en présentant un Évangile incomplet ou édulcoré. Une Église conformiste est une Église qui veut tellement s’intégrer au monde qu’elle en fait une priorité.
Dans mon expérience, j’ai observé trois formes de tendance conformiste:
1. Le conformisme structurel
Les Églises conformistes s’inspirent du monde de l’entreprise pour établir leurs structures, et du monde du divertissement pour établir leurs activités. Je suis tout à fait conscient qu’il y a de bonnes idées à y prendre, mais notre source principale pour structurer nos Églises reste toujours la Bible.
On voit régulièrement apparaître des mouvements proposant de nouvelles méthodes de management pour attire un maximum de nouvelles personnes afin de grandir plus vite. Je pense que la plupart du temps les personnes qui proposent ces méthodes ont de bonnes intentions, mais elles tombent dans le piège du conformisme. On voit aussi des Églises qui essaient de proposer des activités exceptionnelles. Mais l’Église ne proposera jamais rien de plus exceptionnel que le message de l’Évangile. On aura beau essayer, on ne trouvera pas mieux.
Durant plusieurs années, j’ai dirigé des camps de jeunes dans les Alpes suisses. Durant ces camps, nous passions beaucoup de temps à lire la Bible et à la méditer. Nous proposions aussi des activités variées, que les jeunes aimaient beaucoup. Mais avec les années, j’ai réalisé une chose: la force d’un camp ne se trouve pas dans la qualité des activités, elle se trouve dans l’Évangile, vécu et annoncé. Faire de belles activités est une bonne chose. Mais on ne présentera jamais rien de plus extraordinaire que l’Évangile, parce qu’il n’y a rien de plus extraordinaire.
2. Le conformisme théologique
Le conformisme théologique essaie d’adapter la théologie chrétienne pour la rendre plus acceptable aux yeux du monde. Il est vrai que nous devons constamment parler le langage du monde, mais le fait de changer le contenu de notre message est probablement le conformisme le plus dangereux.
On voit régulièrement des Églises succomber à cette tentation. C’est le cas, par exemple, du mouvement de la théologie libérale qui tente d’approcher la théologie avec la raison comme source d’autorité finale. C’est aussi le cas de l’Évangile de la prospérité qui enseigne que les promesses de Dieu pour la vie éternelle devraient être vécues dès à présent.
3. Le conformisme moral
Le dernier conformisme est le conformisme moral qui cherche à maintenir la théologie chrétienne, mais en balayant sa morale jugée inacceptable pour le xxi e siècle. Ces Églises dissocient ce qu’elles croient de ce qu’elles vivent. Elles ont des convictions orthodoxes, mais elles ne dénoncent pas le péché et ne luttent pas pour la pureté.
Certains mouvements abandonnent les standards bibliques au sujet du mariage, de la sexualité, de l’homosexualité, de l’amour de l’argent, de la colère, du vol ou du pouvoir. D’autres mouvements nient ou négligent des impératifs bibliques tels qu’aimer son prochain, annoncer l’Évangile, se soumettre aux autorités ou ne pas abandonner son assemblée. Ces Églises jugent la morale trop subjective pour l’enseigner et finissent par ressembler au monde.
Ces trois dangers sont bien réels. Ils sont graves pour deux raisons. D’abord, parce qu’ils effacent la frontière entre le monde et l’Église. L’Église est un peuple à part et elle doit le rester. Ensuite, parce qu’ils négligent la vérité. Par conséquent, les Églises qui tombent dans ces pièges ne présentent plus la vérité au monde, mais le mensonge. Elles perdent ainsi des gens pour la vie éternelle (même si, paradoxalement, elles peuvent connaître un certain succès dans l’immédiat, elles deviennent des églises avec un petit "é").
J’ai présenté les deux pièges de la séparation et de l’assimilation. Pour finir, voici quelques conseils pour bien vivre ce rapport au monde.
- Soyons humbles. Nous ne sommes pas du monde et nous ne voulons pas l’être. Nous avons une mission et nous voulons la mener avec les forces que Dieu nous donne. Soyons donc humblement soumis à notre Seigneur.
- Privilégions la fidélité. Il est arrivé dans l’Histoire que le Seigneur accorde à son Église un succès important, même aux yeux du monde. Mais la plupart du temps, l’Église semble petite, fragile et insignifiante. Il faut continuellement regarder l’Église à travers les yeux de Dieu. Ne cherchons pas la rapidité, l’efficacité ou l’attractivité. Cherchons la fidélité.
- Aimons les croyants. Aimons ceux qui sont proches et ceux qui sont loin. Soutenons-nous et encourageons-nous. C’est en nous aimant que le monde verra que nous sommes les disciples de Jésus (Jn 13.34-35).
- Aimons nos prochains. Aimons-les au point de prendre le risque de leur présenter l’Évangile sans le modifier, avec sagesse et vérité. C’est de cette manière que l’Évangile se propage dans le monde.
- Demandons la sagesse à Dieu. La question du rapport entre l’Église et le monde n’est pas simple. Je vous encourage à demander une sagesse particulière pour vos responsables d’Église.