Zacharie et l’incrédulité
Lisez : Luc 1
De quoi Zacharie et Élisabeth ont-ils bien pu parler après que leurs amis ont quitté la cérémonie de circoncision de leur fils, cérémonie au cours de laquelle Zacharie avait miraculeusement retrouvé l’usage de la parole ?
— Alors… tu vas enfin me raconter ?
Élisabeth était sur le point d’exploser. Elle avait attendu presque un an pour savoir ce qui s’était passé dans le temple. Zacharie regardait tendrement le petit enfant qui reposait sur ses genoux :
— Bébé Jean, il faut que tu apprennes vite cela à propos des femmes : elles veulent toujours connaître tous les détails !
Puis il jeta un regard amusé à sa femme.
— Le Seigneur a délié ta langue, Zacharie. Elle a besoin d’exercice. Alors, vas-y, je t’écoute !
D’une certaine manière, être muet pendant dix mois lui avait rendu la vie plus facile. En effet, comment quelqu’un pourrait-il décrire ce qu’il avait vécu ? Cela avait été une expérience différente de toute autre expérience… Il en avait été bouleversé.
— Quand je repense à ce jour, j’ai l’impression de rêver. Je me souviens d’avoir pénétré dans le temple. J’avais l’estomac noué par une sorte de crainte joyeuse. J’avais été choisi par le Seigneur pour intercéder en faveur d’Israël dans le lieu saint ! Je me rappelle avoir prié en allumant l’encens. Et puis, tout à coup, il y avait un homme qui se tenait juste là, à côté de moi ! Je ne l’ai pas vu arriver. Brusquement, il était là ! J’ai été tellement surpris que j’ai failli laisser tomber le feu.
— L’ange, il ressemblait à un homme ?
— Eh bien… oui, je suppose. Mais je n’avais jamais vu un homme comme ça. C’est dur à expliquer.
— Est-ce qu’il avait des ailes comme ceux qui sont sculptés ?
Zacharie s’arrêta pour réfléchir :
— Ça va te paraître étrange, mais je n’en sais rien. Je me rappelle qu’il ne ressemblait en rien à ce que j’aurais imaginé. Mais son apparence n’est plus aussi claire aujourd’hui dans mon esprit que les mots qu’il a prononcés et ce que j’ai ressenti… Je me souviens très clairement m’être senti impur… J’étais soudain devenu conscient de mon état de pécheur.
— Mais alors, qu’est-ce qu’il t’a dit exactement ?
— J’étais terrifié. Tu connais les avertissements qu’on nous donne. Si un prêtre offre une intercession qui n’est pas juste, il peut être frappé sur place. Et à cet instant, cela ne m’aurait pas paru injuste. Alors, la première chose qu’il m’a dite a été : « N’aie pas peur, Zacharie. » Ces paroles m’ont redonné du courage.
Les yeux remplis de larmes, il regarda sa femme et continua :
— Puis il m’a dit : « Ta prière a été exaucée. Ta femme Élisabeth te donnera un fils et tu l’appelleras Jean. »
Zacharie et sa femme sanglotèrent tous les deux de joie, une joie teintée de peine.
— Lise, après toutes ces années de prières, j’avais cessé d’espérer. Mais Dieu avait entendu.
Élisabeth se contenta de hocher la tête, ses yeux fermés se remplissant de larmes. Zacharie s’essuya les joues et tourna les yeux vers son fils :
— « Il sera pour toi un sujet de joie et d’allégresse et beaucoup se réjouiront de sa naissance, car il sera grand devant le Seigneur. »
— C’est l’ange qui t’a dit ça ?
Zacharie acquiesça :
— « Il ne boira ni vin ni boisson alcoolisée et il sera rempli de l’Esprit saint. »
Levant les yeux vers sa femme, il ajouta :
— « Dès le ventre de sa mère. »
Ils pensaient tous les deux à Marie et au sursaut in utero de Jean face au miracle qu’elle portait en elle.
— « Il ramènera beaucoup d’Israélites au Seigneur, leur Dieu. Il marchera devant Dieu avec l’esprit et la puissance d’Élie pour ramener le cœur des pères vers leurs enfants et les rebelles à la sagesse des justes, afin de préparer pour le Seigneur un peuple bien disposé. »
— La prophétie !
— Oui, celle du prophète Malachie. Lise, ce sont les dernières paroles que notre Seigneur a adressées à notre peuple par la bouche d’un prophète. Quatre cents années de silence ! Mais aujourd’hui, Dieu libère la parole prophétique en Israël, en commençant par ce petit garçon. Dieu visite à nouveau son peuple, et cette fois-ci il revient avec le Messie ! Et notre petit Jean sera celui qui le précède. Qui sommes-nous pour que Dieu nous permette de vivre une telle merveille ?
Ils firent silence tous les deux pendant un temps. Puis Élisabeth lui demanda :
— Mais pourquoi l’ange t’a-t-il rendu muet ?
Zacharie soupira :
— Lise, je suis un homme pécheur, orgueilleux. Je me suis toujours considéré comme quelqu’un qui croyait dans la parole de Dieu. Je vivais selon sa loi. J’avais du mépris pour ceux qui doutaient. Même si je ne l’ai jamais dit tout haut, j’ai toujours pensé que ma foi serait plus grande que celle de certains de nos prophètes et de nos rois si un jour Dieu s’adressait directement à moi comme il l’avait fait pour eux.
Eh bien… Dieu m’a montré qui j’étais réellement. Tu sais ce que j’ai répondu à l’ange ? « À quoi reconnaîtrai-je cela ? En effet, je suis vieux et ma femme est d’un âge avancé. » Moi qui, pendant des années, avais enseigné l’histoire d’Abraham et de Sarah à plein de gens… moi, je n’ai pas cru Dieu lorsqu’il a envoyé un ange pour me dire qu’il répondait à ma prière. Existe-t-il plus grand insensé que moi ? Alors l’ange m’a dit : « Je suis Gabriel, je me tiens devant Dieu ; j’ai été envoyé pour te parler et pour t’annoncer cette bonne nouvelle. Voici, tu seras muet et tu ne pourras plus parler jusqu’au jour où cela arrivera, parce que tu n’as pas cru à mes paroles qui s’accompliront au moment voulu. » Dieu a été plein de grâce pour moi : il ne m’a enlevé que la voix, il aurait pu m’enlever la vie.
— Le Seigneur est plein de grâce, Zacharie. C’est le nom qu’il a donné à notre fils1.
Zacharie sourit à nouveau en regardant son fils :
— Oui, c’est vrai. N’est-ce pas merveilleux ? Dieu m’a appris davantage au sujet de sa grâce au cours de ces dix derniers mois de silence que pendant toutes les années où je pouvais parler. Même sa correction est devenue pour moi une récompense. Tout est grâce ! Oh Lise, combien j’aime les voies du Seigneur !
Avec humilité, le papa souleva son fils dans les airs :
— Et ce petit enfant nous aidera tous à voir que le Messie vient pour nous montrer la tendresse et la miséricorde de Dieu, qui accorde son pardon à des pécheurs qui ne le méritent pas… Oui, il accorde même son pardon à de vieux prêtres orgueilleux et incrédules. La grâce de Dieu envers ses enfants est présente dans tout ce qu’il fait pour nous. Même lorsqu’il nous corrige : « Dieu transforme toujours ses corrections en récompenses » pour ceux qui lui appartiennent2.
- Le prénom « Jean » vient de l’hébreu Yochanan, qui signifie : « Yahvé fait grâce ». ↩︎
- Cette citation est tirée d’un excellent sermon de John Piper sur l’histoire de Zacharie : « Jesus is the horn of salvation », Desiring God, 14 décembre 1980. (source : Desiring God, consulté le 3/5/2016). ↩︎
Cet article est extrait du livre Où est ta foi ?, de Jon Bloom, BLF Éditions, 2016, chapitre 21, pp. 138-143. Publié avec l’autorisation de l’éditeur. Tous droits réservés.








