Vous connaissez peut-être le nom de Jordan Peterson. Psychologue de renommée internationale, il a beaucoup écrit sur les questions d’éducation, notamment dans un ouvrage qui s’est vendu à plus de 10 millions d’exemplaires. Son analyse éclaire de manière intéressante ce que Paul dit ici au verset 4 :
Et vous, pères, n’irritez pas vos enfants.
– Éphésiens 6.4
Selon Jordan Peterson, il existe en réalité deux manières d’« irriter » ses enfants, c’est-à-dire de les pousser à la colère ou à l’amertume.
- La première consiste à exercer une discipline excessive: être trop dur, trop sévère ou injuste dans sa manière d’éduquer. Un commentateur de Paul souligne d’ailleurs que cette mise en garde exclut toute forme de correction abusive : sévérité démesurée, exigences irréalistes, autoritarisme arbitraire, injustice, humiliations répétées, ou encore indifférence aux besoins et à la sensibilité de l’enfant. Une telle discipline finit inévitablement par blesser l’enfant et nourrir en lui de l’amertume.
- Mais il existe aussi une deuxième manière d’« irriter » ses enfants, selon Jordan Peterson : la discipline inexistante ou trop permissive. Autrement dit, on peut aussi bien les écraser par trop de rigidité que les abîmer par un manque de cadre. Dans ce cas, explique-t-il, si l’on refuse systématiquement de poser des limites pour éviter les conflits, l’enfant grandit avec l’idée que ses désirs doivent toujours passer en premier, qu’il est au centre du monde et que la réalité doit s’adapter à lui. Le problème, dit Peterson, c’est que le monde réel ne fonctionne pas ainsi. Et lorsqu’il s’y confrontera, il le vivra comme une série de frustrations, ce qui engendrera là encore de l’amertume.
Jordan Peterson écrit :
Les parents qui refusent d’assumer la responsabilité de discipliner leurs enfants pensent qu’ils peuvent simplement éviter le conflit nécessaire à une bonne éducation. Ils évitent d’endosser le mauvais rôle (à court terme). Mais ils ne protègent absolument pas leurs enfants de la douleur. Au contraire : le monde extérieur, froid et impitoyable, leur infligera des sanctions bien plus dures que celles qu’un parent aimant leur aurait appliquées. Vous pouvez discipliner vos enfants, ou vous pouvez confier cette responsabilité au monde dur et impitoyable – mais soyez certain que ce second choix n’est jamais motivé par l’amour1.
Dit autrement, si vous dites que vous aimez vos enfants et que vous ne les disciplinez pas, vous vous mentez à vous-mêmes ! Ce que vous faites, en réalité, c’est que vous les placez dans une situation où ils seront constamment frustrés, irrités, amers et en colère quand ils entreront dans le monde et découvriront que le monde n’est pas aussi conciliant envers tous leurs désirs que vous ne l’avez été.
C’est pourquoi le remède à une discipline excessive n’est pas une discipline permissive, ou une absence de discipline. Mais c’est une bonne discipline, fondée sur l’Évangile.
La discipline : juste et bonne
Avant de présenter les trois caractéristiques d’une telle discipline, j’aimerais clarifier une chose essentielle :
- Discipliner ses enfants, c’est d’abord faire ce qui est « juste », puisque Dieu leur commande d’obéir à leurs parents (v. 1), dans le cadre du commandement d’honorer père et mère.
- Mais c’est aussi faire ce qui est bon pour eux. Le commandement est en effet accompagné d’une promesse : « afin que tu sois heureux et que tu vives longtemps sur la terre ». Autrement dit, la discipline vise leur bien véritable.
Ce que cette promesse nous dit, c’est qu’en les disciplinant, nous préparons notre enfant à vivre une vie plus heureuse que s’il n’avait jamais été corrigé. Pourquoi ? Déjà, parce que – comme nous venons de le voir – si nous ne le corrigeons pas, cela ne le préparera pas à d’autres relations sociales en dehors de la famille.
Mais aussi, si vous ne corrigez pas sa désobéissance, si vous n’apprenez pas à votre enfant que ce n’est pas lui qui commande, si vous ne lui apprenez pas à se soumettre volontairement à votre autorité… Si vous ne faites pas ça, vous savez ce que vous êtes en train de faire ? Vous êtes en train de lui enseigner qu’il est le roi de sa vie. Et vous ne le préparez pas, ainsi, à rencontrer le vrai Roi : Jésus-Christ.
Pour le dire en une phrase :
Apprendre à apprécier l’autorité de ses parents, c’est le premier pas pour accepter de plein gré l’autorité de Dieu2.
Les parents sont le don de Dieu aux enfants pour leur apprendre à vivre sous l’autorité. Et pour les préparer à rencontrer le vrai Roi de leur vie.
Voilà pourquoi il est tellement important d’exercer une bonne discipline, fondée sur l’Évangile.
Calquée sur le modèle de Dieu
Premièrement, une bonne discipline est calquée sur le modèle de Dieu.
Sauriez-vous dire quel est le principal texte biblique qui parle de la discipline ? Il se trouve dans Hébreux 12. Et, fait intéressant, il ne parle pas d’abord de la discipline des parents envers leurs enfants, mais de la discipline que Dieu le Père exerce envers nous, les croyants.
Et ce passage dit quelque chose de fondamental.
L’auteur sait que certains d’entre nous ont vécu de mauvaises expériences, dans la manière dont leurs parents les ont disciplinés. Et c’est pourquoi il dit, au fond : « Je sais. Je sais bien que “nos pères nous corrigeaient comme ils le jugeaient bon”. » Ce qui est une façon de dire : « Je sais bien que, parlant de nos parents humains, le bilan est toujours un peu mitigé. La plupart font de leur mieux, certes. Mais soyons honnêtes : les motivations d’un parent, lorsqu’il discipline son enfant, sont loin d’être toujours parfaites. Il y a souvent de la colère et des cris : la discipline humaine est loin d’être parfaite… »
Mais il ajoute aussitôt une distinction essentielle : « Dieu nous corrige pour notre véritable intérêt, afin de nous faire participer à sa sainteté. »
Qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que lorsque Dieu nous corrige, il ne le fait pas pour sa propre stabilité émotionnelle : il ne se sert pas de vous pour évacuer sa colère, autrement dit, ou pour décompresser. Et ça veut dire aussi que la douleur qu’il permet dans vos vies est toujours adaptée à ce que vous pouvez supporter : « il ne permettra pas que vous soyez éprouvés au-delà de vos forces » (1Co 10.13). Il vous corrige pour votre véritable intérêt…
Et la question qu’il nous faut nous poser, c’est : à quoi ressemble une telle discipline envers nos enfants ? Si nous visons véritablement leur intérêt, notre discipline sera calme, claire et cohérente3.
Calme
D’abord, elle sera calme.
Je garde un souvenir très net, encore aujourd’hui. Je devais avoir 8 ou 9 ans. Un dimanche après-midi, je me disputais avec mon frère, comme cela arrivait parfois. L’un de mes parents est alors entré dans la pièce et, sans prévenir, m’a mis la gifle de ma vie. J’entends encore le « clac » et je ressens encore l’impact.
Soyons clairs : je l’avais sans doute mérité. Et je ne garde aucune amertume de cet épisode.
Mais ce qui m’a toujours intrigué, avec le recul, c’est ceci : mes parents ont eu recours à la correction physique dans notre éducation. Ils prenaient au sérieux les textes bibliques qui disent par exemple : « Celui qui ménage son bâton hait son fils, mais celui qui l’aime cherche à le corriger » (Pr 13.24 ; cf. 22.15 ; 23.13-14 ; 29.15).
J’ai donc reçu des fessées – parfois même pour des choses moins graves que cette fameuse dispute. Et pourtant, étrangement, je n’en ai presque aucun souvenir. Pourquoi ? Parce qu’elles étaient généralement données dans un cadre posé. Mes parents nous envoyaient toujours dans une chambre, le temps de se calmer ; et puis ils nous ont toujours bien expliqué, sans cris ni colère, pourquoi ils nous administraient cette correction. Pour cette raison, cela ne m’a pas marqué négativement.
Alors que cette gifle-là, ce jour-là, je m’en souviens comme si c’était hier. Pourquoi ? Parce qu’elle ne m’a pas été donnée pour mon intérêt, mais pour la stabilité émotionnelle de mes parents.
Or une discipline saine – lorsqu’elle est calquée sur le modèle de Dieu – ne naît jamais de la colère. Elle est, d’abord, calme.
Claire
Ensuite, elle est claire. Ce qui veut dire que nous donnons des ordres clairs au départ ; et, d’autre part, que nous expliquons clairement notre correction :
- Par exemple, il m’a fallu longtemps pour m’en rendre compte, mais dire « calme-toi » à un enfant, ça ne sert pas à grand-chose. Pourquoi ? Parce que la notion de « calme » ne sera pas la même pour vous que pour un enfant de 8 ans. Un enfant ne sait pas concrètement ce que vous attendez de lui quand vous lui dites d’être « calme ». Vous devez lui expliquer clairement ce que ça signifie, pour savoir si sa désobéissance est volontaire ou si elle provient d’un malentendu. Donc, plutôt que de lui dire : « Calme-toi », dites-lui plutôt : « Assieds-toi sur cette chaise et reste silencieux jusqu’à ce que je revienne. » Vous devez donner des ordres clairs, donc.
- Et de même, vous devez expliquer clairement votre correction. Assurez-vous que votre enfant fasse le lien entre la correction infligée et son mauvais comportement, ou sa mauvaise attitude. Dites-lui pourquoi vous le corrigez ! Et bien sûr, plus les enfants sont jeunes, plus la sanction doit être rapide : pour qu’ils puissent faire le lien dans leur esprit.
Cohérente
Et cela m’amène au troisième aspect : une bonne discipline est à la fois calme, claire… et cohérente. Et par là, j’entends deux choses.
D’abord – dans la continuité de ce que nous venons de voir –, être cohérent, c’est tenir parole et aller au bout des avertissements. Si vous dites à votre enfant : « Si tu recommences, tu iras dans ta chambre », alors s’il recommence, il doit effectivement y aller. Sans cela, les avertissements perdent toute crédibilité. C’est pourquoi il faut éviter les menaces irréalistes, du type : « Si tu recommences, tu n’auras plus jamais de dessert !» On sait très bien comment cela finit : le lendemain, la promesse est oubliée… mais l’enfant, lui, n’a pas oublié que vos menaces ou vos avertissements ne doivent pas être pris au sérieux. La cohérence commence donc par une parole fiable, suivie d’actes réels.
Mais lorsque je parle de cohérence, ce que je veux surtout dire, c’est que la discipline que nous exerçons doit être cohérente avec l’âge de l’enfant. Qu’est-ce que ça veut dire concrètement ?
- Ça veut dire que, pour de jeunes enfants, une simple « mise à l’écart » suffit parfois : l’envoyer dans sa chambre, le mettre au coin. Parfois, la douleur peut être physique : une tape sur les mains, ou éventuellement une « fessée », mais toujours précédée d’une explication, donnée avec calme et suivie d’une démonstration d’affection.
- Mais les années passant – et particulièrement avec les adolescents – la forme va changer. En quoi consistera la correction, le plus souvent ? Cela consistera à les laisser faire leurs choix… et à subir les conséquences douloureuses de leurs mauvais choix. Comme en leur disant, par exemple : « Si tu ne te lèves pas à l’heure pour prendre le petit-déjeuner en famille, je ne te conduirai pas à l’école – et tu devras prendre le bus ou marcher. » Ou : « Libre à toi de ne pas mettre ton linge dans le panier… mais je ne ferai pas de lessive supplémentaire. Ce qui ne sera pas dans le panier, tu devras le laver. » Ils doivent comprendre, autrement dit, que tout ce qu’ils ont ou que les parents font pour eux est un privilège – comme les conduire à l’école ou faire leur lessive – et que les privilèges vont de pair avec les responsabilités – comme prendre le petit-déjeuner avec le reste de la famille, ou mettre son linge dans le panier. Et ils peuvent choisir de ne pas prendre leurs responsabilités, mais ça veut dire qu’ils perdent leurs privilèges. Il y a des conséquences qui peuvent être douloureuses. Toute la difficulté pour les parents, c’est quoi ? C’est de les laisser vraiment assumer les mauvaises conséquences de leurs choix. C’est de ne pas « glisser un matelas » sous eux pour « amortir leur chute », mais de les laisser se casser la figure.
Ainsi, si nous cherchons réellement le bien de notre enfant, notre discipline sera calme, claire et cohérente – calquée sur le modèle de Dieu. Facile à dire, n’est-ce pas ?
C’est facile à dire, mais ce n’est pas facile à vivre. Car il existe un obstacle majeur à l’exercice d’une telle discipline. Lequel ? Tim Chester le résume ainsi :
Le plus grand obstacle à l’exercice d’une bonne discipline est notre propre cœur égoïste.
Et cela m’amène à la deuxième caractéristique : une bonne discipline est calquée sur le modèle de Dieu, oui… mais elle est aussi lucide face à notre propre problème de cœur.
Consciente de notre problème de cœur
Dans son livre Une famille centrée sur l’Évangile, Tim Chester rapporte plusieurs scènes vécues en famille avec sa femme et leurs deux filles. À partir de ces épisodes très concrets, il pose une question essentielle. Écoutez bien :
- Sa fille traverse la pièce en courant et renverse une chaise sur une bibliothèque vitrée. Résultat : la vitre se brise en mille morceaux. « Ne bouge pas », lui dit-il d’un ton calme. « Très bien. Sors d’ici en enjambant les morceaux, je vais nettoyer. » Un ami, témoin de la scène, reste stupéfait : « Si j’avais fait ça, mon père aurait explosé de colère », lui confie-t-il ensuite. Mais ici, il s’agissait d’un accident. Et puis, ce n’était qu’un meuble.
- Un autre jour, au restaurant, sa fille boude pendant un repas avec des amis. Le comportement perturbe l’ambiance. Chester reconnaît intérieurement qu’il est en colère, mais se retient de réagir sur le moment. Il se contente de menacer à mi-voix : « À la maison, tu verras ce que tu verras. »
- Un autre jour, sa fille le sollicite encore et encore alors qu’il tente de se reposer. Et finalement, il finit par s’emporter : « Laisse-moi tranquille !»
Puis il observe :
Ces histoires me font réfléchir. Quelle est la différence entre elles ? Pourquoi est-ce que je me fâche à certains moments et pas à d’autres ? Cela ne me semble pas lié au comportement de mes filles. Parfois, elles se conduisent mal et je les corrige calmement et avec amour. Parfois, elles se comportent mal et je m’emporte contre elles. Et d’autres fois, elles ne se sont absolument pas mal comportées, mais je me fâche quand même !
Et il se demande pourquoi. Quel est le problème ?
Le problème, ce n’est pas le comportement de mes enfants. Le problème est que mes désirs veulent gouverner mon cœur, à la place de Dieu. Bien sûr, mes enfants se comportent mal. Mais quand mon cœur égoïste est entièrement soumis à Dieu, je les corrige calmement et avec amour. En revanche, si mes désirs égoïstes gouvernent mon cœur, alors je vais mal réagir. Mon égoïsme faussera ma manière de les corriger [et fera beaucoup de dégâts]4.
Cela rejoint ce que nous avons vu dans Hébreux 12 : d’un côté, Dieu corrige « pour notre véritable intérêt »; de l’autre, nous corrigeons souvent « pour peu de temps, comme nous le jugeons bon ».
- « Pour peu de temps » : autrement dit, nous avons tendance à viser le court terme, à vouloir simplement corriger un comportement immédiat, plutôt qu’à travailler en profondeur sur le cœur.
- « Comme nous le jugeons bon » : c’est-à-dire selon nos impressions du moment, nos fatigues, nos émotions, nos intérêts personnels – et donc souvent de manière égoïste.
Et cela se vérifie très concrètement.
Cela ne vous est-il jamais arrivé de vous emporter contre vos enfants simplement parce que vous rentriez fatigué et que leurs cris vous devenaient insupportables ? Et vous les menacez d’une punition, sans que ce soit dans leur intérêt, mais juste pour des raisons égoïstes. Parce qu’au fond, ce qui compte surtout pour vous, à cet instant, c’est qu’on vous laisse tranquille.
Cela ne vous est-il jamais arrivé, au supermarché, de ressentir une gêne parce que vos enfants courent partout ou font une scène, tandis que vous percevez les regards des autres posés sur vous ? Et, pour faire cesser la situation rapidement, vous en venez à les « acheter » : « Chut… je t’achèterai un bonbon si tu te calmes. » Parce qu’au fond, vous n’avez pas envie de passer pour un parent incapable devant tout le monde.
Cela ne vous est-il jamais arrivé de culpabiliser votre adolescent, parce qu’il vous répond froidement et reste enfermé dans sa chambre ? Et plutôt que de chercher à le comprendre, vous lui dites sèchement : « Après tout ce qu’on fait pour toi, tu pourrais quand même montrer un peu de respect !» Parce qu’au fond, vous supportez mal de ne plus être aussi écouté, admiré ou important à ses yeux.
On pourrait multiplier les exemples. Mais vous voyez l’idée. Et soyons bien clairs : je ne suis pas en train de dire que, dans ces situations, les enfants n’ont rien fait de répréhensible. Bien souvent, leur comportement mérite effectivement d’être repris. Je ne dis pas non plus qu’il ne faut pas les corriger.
Mais la question, c’est : quelle correction ? Si ce sont mes désirs égoïstes qui dirigent mon cœur – le désir d’avoir enfin la paix, d’être respecté, admiré par mes enfants, ou simplement d’éviter une situation embarrassante –, alors ma manière de corriger sera inévitablement faussée. Elle ne sera ni calme, ni claire, ni cohérente. Et surtout, elle ne cherchera pas à atteindre le cœur de l’enfant.
Tout ce que je chercherais à obtenir, c’est le contrôle de son comportement, là, maintenant, et pas un vrai changement de cœur.
Tim Chester résume très bien le danger :
Si vos objectifs sont égoïstes (une vie tranquille ou votre réputation, par exemple), vous ferez tout pour essayer de contrôler le comportement de votre enfant5.
Et cela se traduit très concrètement par deux dérives classiques : par des menaces et de la manipulation. Dit autrement, ce sera parfois « la carotte » et parfois « le bâton » que nous utiliserons pour que nos enfants « marchent droit » :
- Parfois, donc, c’est « le bâton » : nous pensons parfois qu’il nous suffit de proférer une menace suffisamment intimidante pour générer chez l’enfant une crainte suffisamment importante pour l’amener à changer. Et nous disons : « Range ta chambre, et vite ! Sinon, tu vas voir ce que tu vas voir. Ça va barder !» Ou : « Refais ça encore une fois et tu seras privé de sortie pendant tout un mois !» Parfois, donc, nous usons du bâton.
- Et parfois, nous usons de « la carotte » : nous les manipulons pour qu’ils se plient à nos désirs en leur faisant miroiter certaines récompenses. Du genre : « Si tu fais tout seul tes devoirs, tu pourras jouer ensuite à ton jeu vidéo. » Ou : « Si tu ranges ta chambre sans râler pendant un mois, je t’achète ce kit de maquillage que tu m’as demandé. » Et ainsi de suite…
Et savez-vous pourquoi nous utilisons les menaces et la manipulation ? Parce que ça marche ! Ça marche… en surface. C’est-à-dire que si, dans vos désirs égoïstes, vous ne cherchez qu’un contrôle du comportement de votre enfant, alors « la carotte » et « le bâton », c’est excellent !
Le problème, c’est que ce n’est que momentanément efficace : il n’y a pas de changement de cœur. Et si vos enfants vous obéissent, pourquoi le font-ils ? C’est soit parce qu’ils ont peur des représailles, soit parce qu’ils veulent cette récompense que vous leur avez promise. C’est par crainte ou par convoitise, mais ce n’est certainement pas parce que leur cœur a été touché et qu’ils désirent faire le bien.
Et j’espère que vous voyez, alors, combien le plus grand obstacle à l’exercice d’une bonne discipline, c’est notre propre cœur égoïste. Et Paul Tripp a donc raison de dire :
Si vous voulez devenir l’instrument de Dieu pour le salut et la transformation du cœur de vos enfants, commencez humblement par votre propre cœur6.
Commencez d’abord par faire mourir ces désirs égoïstes en vous, avant de vous occuper du cœur de votre enfant.
Et ça m’amène à la dernière caractéristique d’une bonne discipline.
Ciblée vers le cœur de l’enfant
Une bonne discipline est donc calquée sur le modèle de Dieu. Elle est consciente de notre propre problème de cœur. Et enfin, elle est ciblée vers le cœur de l’enfant.
Paul Tripp l’exprime très justement :
La désobéissance que vous combattez n’est pas avant tout un problème de comportement ; c’est un problème de cœur. C’est l’orgueil, la rébellion, l’autonomie, l’autosuffisance et le désir d’être seul maître à bord, toutes ces choses tapies dans leur cœur, qui les poussent à vous désobéir. Il ne suffit donc pas de [dire : « Tu te rends compte de ce que tu as fait ? Voilà la punition », ou] « Voilà ce qui va t’arriver pour avoir fait cela »… [Non,] tout changement comportemental durable chez chacun de vos enfants (l’espoir de tout parent !) passera par le chemin de leur cœur7.
Voilà trois manières d’atteindre le cœur de votre enfant.
Les motivations, pas juste les actions
D’abord, traitez ses motivations, pas seulement ses actions.
Je m’explique. Si vous demandez à votre fille d’aller dans sa chambre ranger ses jouets, et qu’elle s’y rende en bougonnant pour vous montrer son désaccord, c’est capital que vous ne la laissiez pas penser qu’elle est en train de vous obéir.
Même si vous voyez son corps se déplacer vers sa chambre, son cœur, lui, fulmine de rage contre vous et contre votre autorité. Et vous devez le voir, ça : qu’en l’occurrence, elle a peut-être fait ce que vous lui demandiez, mais son cœur n’était pas au bon endroit.
Et n’est-ce pas toujours le cas, quand votre enfant vous désobéit, qu’il y a un problème plus profond que juste ses mauvaises actions ?
Par exemple : ce n’est pas juste que votre fils n’était pas « sympa », parce qu’il n’a pas voulu partager ses jouets avec sa sœur ; mais c’est que dans son cœur, il ne pensait qu’à lui – c’est de l’égoïsme, ça !
Autre exemple : ce n’est pas juste que ce soit « dommage », parce que votre fille adolescente boude dans sa chambre au lieu de faire un jeu de société en famille ; mais c’est que dans son cœur, elle estime que son mal-être est plus important que tout le reste – c’est ce qu’on appelle de l’orgueil, n’est-ce pas ?
Il y a toujours un problème de cœur derrière chaque comportement pécheur. Et c’est pourquoi, plutôt que de juste punir vos enfants pour leurs mauvaises actions, vous devriez leur poser des questions : « Pourquoi as-tu fait ça ? Qu’est-ce que tu voulais, au fond ? Aide-moi à comprendre à quoi tu pensais. » Le but étant, bien sûr, de les aider à voir ce qui contrôle leur cœur, et donc leur comportement…
L’instruction, pas juste la correction
Ensuite, joignez l’instruction à la correction.
Si vous pensez que le problème de votre enfant est un problème de comportement, vous allez voir sa désobéissance comme un problème à régler: il vous a désobéi – vous allez le punir – en pensant que ça devrait suffire… pour le faire changer.
Mais si vous avez compris que le problème de votre enfant est un problème de cœur, vous saurez que vous ne pouvez rien régler – que seul Dieu peut changer son cœur.
Et qu’est-ce que ça va changer ? Vous ne verrez plus la désobéissance de votre enfant comme un problème à régler, mais comme une occasion privilégiée de lui montrer son péché et son besoin d’un Sauveur.
Comme le dit Paul D. Tripp :
Chaque temps de correction doit s’accompagner d’un temps d’instruction. Quel genre d’instruction ? Lorsque vous corrigez votre enfant, Dieu vous accorde une occasion de lui parler de son cœur. Comme il est vrai que son comportement révèle la véritable condition de son cœur, son mauvais comportement vous donne une idée de ce qui domine son cœur. Le Sauveur de toutes grâces vous donne alors l’occasion d’aider votre enfant à voir ce que son cœur renferme. Chaque fois que vous le faites, vous participez à l’œuvre que Dieu veut accomplir dans la vie de votre enfant, et vous donnez l’occasion à l’Esprit de Dieu de communiquer à votre enfant une meilleure compréhension de [qui Dieu est, de ce qui est bien et mal, afin qu’il soit convaincu de son péché et de son besoin d’un Sauveur]8.
La grâce, pas juste la loi
Enfin, appliquez la grâce, pas juste la loi.
La loi est bonne, mais elle ne peut pas changer leur cœur : elle ne peut que leur montrer leur péché. Seule la grâce peut les transformer.
Ce qui veut dire quoi, concrètement ?
Corrigez-les, puis ne revenez pas sur la faute. Ne gardez pas rancune. Montrez à vos enfants que vous les aimez – même quand ils vous désobéissent, même quand vous les corrigez. Demandez pardon à vos enfants quand vous avez mal agi. Ne prétendez pas être parfaits. Et par-dessus tout, amenez vos enfants à la croix, avec vous. Dites-leur qu’il y a un Sauveur, qui peut briser leur cœur de pierre. Dites-leur qu’il y a un pardon qui leur est offert. Dites-leur qu’il y a un Dieu qui aime tellement les pécheurs qu’il a donné sa vie pour eux.
Autrement dit, appliquez la grâce à leur vie, pas juste la loi.
Selon les mots de Paul D. Tripp :
Chaque moment de discipline et de correction est en même temps aussi une occasion que Dieu vous offre d’aborder des questions de cœur avec vos enfants. Ceux-ci ont besoin de la grâce de se voir tels qu’ils sont, car celle-ci ouvre la voie à la grâce de la confession qui, elle, ouvre la porte à la grâce de la vie nouvelle9.
- Jordan B. Peterson, 12 rules for life : an antidote to chaos, New York, Penguin Books, 2018, pp. 133-134. ↩︎
- Tim Chester, Parents centrés sur l’Évangile, Marpent, BLF Éditions, 2022, p. 24. ↩︎
- Ces paragraphes sont en partie inspirés de Tim Chester, dans Parents centrés sur l’Évangile, Marpent, BLF Éditions, 2022, pp. 59-60. ↩︎
- Ibid., pp. 40-42. ↩︎
- Ibid., p. 58. ↩︎
- Paul D. Tripp, Être parents : 14 principes bibliques qui transformeront votre famille, Marpent, BLF Éditions, 2018, pp. 173-174. Paul Tripp parle aussi des menaces et des récompenses aux pp. 80-82. ↩︎
- Ibid., pp. 163-165. ↩︎
- Ibid., pp. 163-165. ↩︎
- Ibid., pp. 163-165. ↩︎
Dans la même série
- L’éducation des enfants résumée en un seul verset
- Comment la paternité de Dieu éclaire notre manière d’éduquer
- Comment notre vision de la famille change notre éducation
- Les 3 clés d’une discipline qui change le cœur de votre enfant








