Comment la paternité de Dieu éclaire notre manière d’éduquer

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Comment la paternité de Dieu éclaire notre manière d’éduquer
Joël Favre
Joël Favre

Dans un précédent article, j’ai montré que si l’apôtre Paul peut se permettre de ne consacrer qu’un seul verset à l’éducation des enfants (Ép 6.4), c’est parce qu’il a déjà posé, juste avant, les fondements d’une vie de famille selon le cœur de Dieu. Le premier de ces fondements est la paternité de Dieu.

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Avez-vous déjà entendu parler de ce que les psychologues appellent la « reproduction intergénérationnelle des schémas éducatifs »?

Même si l’expression vous est inconnue, vous voyez très bien de quoi il s’agit. C’est cette difficulté à se libérer du modèle éducatif que nous avons nous-mêmes reçu de nos propres parents.

Il y a quelques jours, devant le portail de l’école, je discutais avec le papa d’une camarade de mon fils de 8 ans. Il m’a confié avoir beaucoup souffert d’une éducation rigide et autoritaire. Il s’était juré de faire autrement : être un père « cool », un vrai copain avec ses enfants.

Mais au fil de la conversation, il a reconnu se sentir souvent dépassé par sa fille. Et il m’a avoué que, bien souvent, lorsqu’il ne savait plus comment obtenir son obéissance, il finissait par recourir aux menaces ou aux cris… Quelle triste ironie ! En voulant à tout prix ne pas ressembler à ses parents, il retombait dans les mêmes travers.

Et il ne s’agit pas d’un cas isolé. Les psychologues de l’enfant le constatent souvent : beaucoup de parents sont comme « prisonniers » de ces schémas hérités. Soit ils reproduisent les mêmes erreurs que leurs parents, soit ils font exactement l’inverse… ce qui n’est pas mieux.

La bonne nouvelle, c’est que ce n’est pas une fatalité !

En tant que croyants, nous ne sommes pas condamnés à répéter ces modèles. Parce que nous avons en notre Père céleste un meilleur modèle, un modèle parfait, sur lequel nous pouvons nous appuyer.

Le véritable Père

Dans Éphésiens 3.14, Paul adresse une prière à Dieu le Père. Mais il le fait en utilisant une sorte de jeu de mots qui nous enseigne quelque chose d’essentiel sur Dieu. Il dit en effet :

C’est pourquoi je fléchis les genoux devant le Père, de qui toute famille dans les cieux et sur la terre tire son nom.
– Éphésiens 3.14-15

Une note de ma Bible précise qu’en grec, le mot « famille » (patria) est dérivé du mot « père » (pater). C’est ce qui pousse plusieurs commentateurs à parler ici d’un jeu de mots volontaire entre pater et patria. Et cela ressort encore mieux si l’on traduit patria non pas simplement par « famille », mais par « paternité », ce qui est l’un des sens de ce mot. Ce que dit l’apôtre, en réalité, c’est que le « Père » auquel il prie est celui de qui dérive toute « paternité ». C’est de lui que dépend, comme modèle, toute paternité humaine.

Comme l’exprime le théologien Benjamin B. Warfield :

Dieu n’est pas appelé « Père » parce que nous reconnaîtrions en lui certains traits qui nous rappellent la tendresse et l’amour de nos parents, et que nous lui donnerions ce nom par comparaison. Au contraire, la paternité de Dieu est la paternité première : nous ne la concevons pas à partir de celle des hommes ; c’est plutôt la paternité humaine qui n’en est qu’une pâle copie, terne et imparfaite… Tout ce que nous savons de la paternité – aussi précieux que ce nom soit devenu pour nous à travers nos parents humains – n’est qu’une pâle copie de ce que Dieu, le véritable Père, Père d’abord du Christ puis de nous en Christ, est pour ses enfants1.

Ou, plus brièvement, comme le dit Alistair Begg :

Le nom de Père ne monte pas de nous vers Dieu ; il descend de Dieu jusqu’à nous2.

Comprenez-vous maintenant pourquoi Paul commence sa prière de cette manière ? Il semble faire ici une allusion aux paroles de Jésus dans Matthieu 7, lorsque Jésus dit à ses disciples :

Si vous qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison votre Père céleste donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent.
– Matthieu 7.11

Quand Paul commence sa prière ainsi, ce n’est pas une simple formule d’introduction. C’est une affirmation de confiance. Et cela éclaire aussi ce qu’il dira juste après : Dieu peut « faire infiniment plus que tout ce que nous demandons ou imaginons » (v. 20). Pourquoi une telle assurance ? Parce qu’il ne prie pas n’importe quel père, mais le Père, la source même de toute paternité.

Et cela a des conséquences très concrètes pour nous qui sommes parents…

Cela signifie que nous avons en Dieu le modèle parfait. Et notre plus grand besoin, donc, en tant que parents, est de connaître Dieu : grandir dans notre compréhension de son caractère, apprendre à voir quel Père il est envers nous.

Voilà ce dont nous avons réellement besoin, bien plus que de lire un énième livre intitulé « 10 clés pour une éducation réussie ». Il existe bien sûr une multitude d’ouvrages remplis de conseils utiles pour devenir de « meilleurs parents » : gérer les crises, encourager l’estime de soi, poser un cadre, etc. Et tout cela peut avoir sa valeur. Mais ce n’est pas là notre besoin fondamental. Notre plus grand besoin est de connaître Dieu et de savoir quel Père il est envers nous.

La théologienne Margaret Köstenberger l’exprime ainsi :

Être un parent selon Dieu exige bien plus que des conseils pratiques ou des techniques bien huilées. Cela ne se résume pas à des méthodes. Mais cela consiste surtout à refléter notre Père céleste auprès de nos enfants. Et cela passe donc, surtout, par connaître Dieu3.

Et David J. Engelsma ajoute :

L’acte le plus essentiel, le plus concret et le plus fécond que nous puissions poser dans l’éducation de nos enfants, c’est de prendre consciemment la paternité de Dieu envers nous comme modèle, et de chercher délibérément à refléter cette paternité de Dieu dans nos rapports avec eux4.

Et de quoi avons-nous besoin pour cela – pour connaître Dieu et refléter au mieux son caractère ? La réponse est simple : de la Bible. En elle se trouve tout ce dont nous avons besoin pour devenir de bons parents. Pas besoin d’aller chercher plus loin.

Est-ce à dire que la Bible serait un « manuel d’éducation »? Certainement pas. On n’y trouvera pas des entrées classées par thèmes – « Adolescence », « Conflits », « Discipline » – avec des solutions prêtes à l’emploi. Et, comme je le rappelais dans mon précédent article, les textes bibliques qui traitent directement de ces questions sont relativement peu nombreux. La Bible n’est donc pas un manuel d’éducation.

Mais elle est bien plus que cela : elle est une histoire. L’histoire du Père céleste qui a envoyé son Fils bien-aimé dans le monde pour rechercher et ramener les fils et les filles prodigues que nous étions, afin de nous ramener à la maison, dans la famille de Dieu.

Et plus nous entrons dans cette histoire – plus nous comprenons comment Dieu agit envers ses enfants, plus nous découvrons ce que signifie pour lui d’être Père – plus nous serons capables d’être, à notre tour, de meilleurs parents envers nos enfants.

Un modèle de paternité

Mais quel modèle Dieu le Père nous donne-t-il ? Il y aurait beaucoup de parallèles à établir entre la paternité de Dieu et la nôtre. Mais je me limiterai ici aux trois plus évidents – en réalité, ceux que la Bible elle-même met le plus clairement en lumière.

Considération

Tout d’abord, la Bible souligne que le Père nous donne tout selon nos besoins. C’est ce que je retiens notamment des paroles de Jésus dans Matthieu 6 et 7 :

Quel homme parmi vous donnera une pierre à son fils, s’il lui demande du pain ? Ou, s’il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent ? Si donc, vous qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison votre Père qui est dans les cieux en donnera-t-il de bonnes à ceux qui les lui demandent ?
– Matthieu 7.9-11

Ce que Jésus affirme ici, c’est que le Père céleste veut que nous venions à lui avec nos besoins. Car, bien plus encore que nous ne le sommes à l’égard de nos enfants, il se soucie de notre bien.

Et cette considération de Dieu ne se limite pas à nos besoins matériels – comme la nourriture, la boisson ou le vêtement, comme Jésus en parle dans Matthieu 6. En effet, dans le passage parallèle de Luc 11.13, la « bonne chose » que le Père donne à ceux qui la lui demandent, c’est en réalité bien plus que cela : c’est lui-même. Jésus précise que le Père donne son Esprit à ceux qui le demandent. Autrement dit, au-delà de la satisfaction de nos besoins matériels, ce que Dieu promet à ses enfants, c’est sa présence, sa personne, son attention.

De la même manière, nos enfants ont de nombreux besoins. Mais leur besoin premier, c’est d’avoir notre attention, c’est que nous passions du temps avec eux, qu’ils soient assurés de notre affection.

Bien sûr, c’est plus facile à dire qu’à vivre. Entre le linge sale, la maison en désordre, les échéances au boulot, les courses au supermarché, les notifications sur le téléphone, il est si facile de passer à côté de ceux qui sont pourtant juste devant nous. Mais Dieu, lui, n’est pas ainsi : son regard est toujours sur nous (cf. Ps 32.8 ; 33.18). Nous avons toujours son attention. Et de la même manière, nos enfants doivent savoir qu’ils ont la nôtre.

Bien sûr, les enfants doivent apprendre à ne pas interrompre constamment les adultes et à respecter les conversations. Par exemple, nous avons appris à nos enfants que lorsqu’un adulte est en discussion, ils doivent poser leur main sur notre bras et attendre que nous nous tournions vers eux, plutôt que d’interrompre directement. Cela fait aussi partie de leur apprentissage.

Mais trop souvent, nous considérons nos enfants comme des interruptions, des nuisances ou des obstacles à ce que nous voulons faire. Au lieu de cela, nous devrions prendre exemple sur notre bon Père et nous mettre à leur hauteur, les écouter avec patience, chercher à les comprendre.

Correction

Ensuite, la Bible souligne qu’en plus de pourvoir à nos besoins, le Père nous discipline pour notre bien. C’est ce que l’on voit dans Hébreux 12, où l’auteur cite les Proverbes :

Mon fils, ne prends pas à la légère la correction du Seigneur, et ne te décourage pas lorsqu’il te reprend. Car le Seigneur corrige celui qu’il aime, et il châtie tout fils qu’il reconnaît.
– Hébreux 12.5-6

Puis l’auteur poursuit :

Supportez la correction : c’est comme des fils que Dieu vous traite. Car quel est le fils que le père ne corrige pas ? […] Nos pères selon la chair nous corrigeaient comme ils le jugeaient bon ; mais Dieu, lui, le fait pour notre véritable intérêt, afin de nous faire participer à sa sainteté. Toute correction paraît d’abord un sujet de tristesse, mais plus tard elle produit un fruit paisible de justice.
– Hébreux 12.7-13

L’auteur anticipe ici une objection. Il sait que certains d’entre nous ont vécu de mauvaises expériences, dans la manière dont leurs parents les ont disciplinés. Et c’est pourquoi il dit : « Je sais bien que “nos pères nous corrigeaient comme ils le jugeaient bon”. » Ce qui est une façon de dire : « Je sais bien que, parlant de nos parents humains, le bilan est toujours un peu mitigé. La plupart font de leur mieux, certes. Mais soyons honnêtes : les motivations d’un parent, lorsqu’il discipline son enfant, sont loin d’être toujours parfaites. »

Et c’est le problème de toute correction humaine : elle est hélas souvent dure, injuste et égoïste – davantage exercée pour notre propre confort que pour le véritable bien de l’enfant.

Mais voilà ce que l’auteur de l’épître aux Hébreux nous dit : ce n’est pas parce que la correction humaine est imparfaite que la correction est mauvaise en elle-même ! Au contraire, Dieu lui-même nous corrige, et lorsqu’il le fait, c’est toujours pour « notre véritable intérêt ».

L’histoire de Joseph en est une illustration frappante. Tout au long de son parcours, Dieu utilise des circonstances douloureuses – la jalousie de ses frères, l’esclavage, la prison – pour façonner son caractère. Et à la fin, Joseph est transformé : plus humble, plus sage, capable de pardonner. Et il peut dire à ses frères : « Vous aviez projeté de me faire du mal ; Dieu l’a changé en bien ». Derrière tout cela, une constante revient : « Le Seigneur était avec Joseph ». Ainsi, la discipline que Dieu a appliquée dans la vie de Joseph n’était pas le signe qu’il était contre lui, mais bien la preuve de son amour : que Dieu était avec lui et pour lui.

Et c’est ce que nos enfants doivent savoir aussi : lorsque nous les corrigeons – et cela peut être douloureux –, nous ne sommes pas contre eux. Ce n’est ni une revanche, ni une forme de vengeance, mais c’est par amour que nous le faisons.

Comment le montrer concrètement ? En exerçant une discipline calme plutôt que dictée par la colère, claire – en expliquant le lien entre la désobéissance et la correction –, et cohérente, c’est-à-dire proportionnée à la gravité de ce qui a été fait.

Ce n’est pas facile. Mais Hébreux 12 rappelle que, sur le long terme, cette discipline porte du fruit : « plus tard elle produit un fruit paisible de justice à ceux qu’elle a formés ».

Compassion

Mais en plus de la considération et de la correction, ce qui caractérise l’attitude du Père envers nous, c’est sa compassion. Le psaume 103 dit :

Comme un père a compassion de ses fils, l’Éternel a compassion de ceux qui le craignent. Car il sait de quoi nous sommes formés, il se souvient que nous sommes poussière.
– Psaumes 103.13-14

Quel est le contexte dans lequel le psalmiste écrit ceci ? Le contexte est clé. Car le psalmiste vient de parler de notre péché, de nos fautes. Et il dit que, dans sa compassion : « [Dieu] ne nous traite pas selon nos péchés et ne nous rétribue pas selon nos fautes… Mais autant l’orient est éloigné de l’occident, autant il éloigne de nous nos offenses. »

Comme le dit Bob Kauflin :

Dieu ne retire pas son affection à ses enfants quand ils lui désobéissent. Et nous non plus, nous ne devrions pas le faire5.

Avouez, pourtant, que c’est tentant, n’est-ce pas ? On glisse facilement vers le « chantage affectif » avec nos enfants, vous ne trouvez pas ? Qu’est-ce que j’entends par « chantage affectif »? J’entends que nous pouvons facilement leur refuser notre affection, quand ils nous désobéissent, histoire de leur « donner une bonne leçon ».

Plutôt que de leur répondre avec fermeté, mais dans un esprit de compassion, en nous souvenant qu’ils sont poussière comme nous, et que nous sommes pécheurs comme eux… n’avons-nous pas plutôt tendance à traiter nos enfants comme des « ennemis »? Et alors nos réactions deviennent dures, presque glaciales. Nos gestes se font brusques, et il ne reste plus rien de chaleureux et d’accueillant dans notre manière de leur parler ou d’entrer en relation avec eux.

Savez-vous quel est le problème avec ça ? Le problème, c’est que cette attitude enseigne quelque chose à nos enfants – et ce n’est pas quelque chose que nous voulons leur transmettre. En agissant ainsi, nous leur apprenons que notre affection doit être gagnée, méritée, et qu’elle dépend de leur comportement : s’ils demandent pardon rapidement, alors c’est bon ; sinon, nous continuons à les traiter durement.

Savez-vous ce que cela produit chez nos enfants ? Cela fait d’eux de parfaits petits « pharisiens », qui se repentent… mais pour de très mauvaises raisons : ils ne se repentent pas parce qu’ils reconnaissent sincèrement le mal qu’ils ont fait et veulent s’en détourner, mais simplement pour récupérer l’amour de papa ou maman.

À l’inverse, l’Écriture nous rappelle que « c’est la bonté de Dieu qui pousse à la repentance » (Romains 2.4). Ce n’est pas la peur de perdre son amour, mais la certitude de cet amour qui ramène le croyant à Dieu. Il en va de même pour nos enfants : ils doivent savoir que notre amour ne dépend pas de leur comportement, et que lorsqu’ils reviennent vers nous, ils seront accueillis avec une affection réelle et sans réserve.

Tim Chester le formule ainsi :

Être parent, cela ressemble souvent à une bataille. « L’ennemi », c’est votre enfant de deux ans qui vient – une fois de plus – de jeter son repas par terre. Ou c’est peut-être votre adolescent de quinze ans, qui vient – une fois de plus – de vous claquer la porte au nez. Mais votre tâche consiste encore et toujours à leur montrer à quoi ressemble votre Père céleste. Certes, ils doivent apprendre à vivre sous l’autorité. Mais ils ont aussi besoin d’apprendre à connaître Dieu tel qu’il est : un Dieu qui accueille ses ennemis, qui les aime et qui donne sa vie pour eux6.

Autrement dit, nous sommes appelés à refléter l’attitude du père dans la parabole du fils prodigue : un père dont l’amour ne varie pas avec les fautes de son fils, mais qui attend son retour et l’accueille toujours à bras ouverts.

Ce que les parents expirent…

Nous avons vu que Dieu le Père est le modèle de notre manière d’éduquer, et qu’il se manifeste à travers trois traits essentiels : la considération, la correction et la compassion.

Mais j’aimerais conclure par une dernière question : pourquoi est-il si important que notre manière d’élever nos enfants reflète la paternité de Dieu ?

La réponse est simple : l’image que nos enfants se font de Dieu dépend en grande partie du reflet qu’ils en voient en nous. Autrement dit, cela dépend de ce qu’ils observent dans notre vie quotidienne. Bien sûr, nous pouvons leur parler de Dieu, leur lire la Bible, chanter avec eux, vivre un culte familial – et tout cela est précieux. Mais ce qui marquera le plus profondément leur représentation de Dieu, ce n’est pas d’abord ce que nous disons, mais ce que nous sommes.

Pour le meilleur comme pour le pire, ce sont moins nos paroles que notre manière de vivre avec eux qui façonnera leur compréhension de Dieu et, en fin de compte, leur capacité à lui faire confiance… ou non.

Le théologien Sinclair Ferguson rapportait récemment une réflexion de Søren Kierkegaard. Celui-ci disait, en substance – probablement à partir de sa propre expérience :

Le pire n’est pas d’être élevé par un père incroyant, mais par quelqu’un qui confesse que Dieu est son Père céleste, tout en vivant comme s’il ne lui faisait pas confiance.

Pourquoi cela serait-il si grave ? Ferguson l’expliquait ainsi :

Un enfant respire ce que ses parents expirent.

Autrement dit, même si nous leur parlons de Dieu et leur enseignons la vérité, ce qui marquera le plus profondément nos enfants, c’est l’atmosphère de notre foyer : la manière dont nous vivons, dont nous les traitons, dont nous réagissons au quotidien. C’est pourquoi, ajoutait-il :

Une grande part de ce que nos enfants respirent dans la maison dépend de ce que nous-mêmes nous respirons auprès du Seigneur : la sagesse que nous recevons de lui, la grâce ou le fruit de l’Esprit dans lesquels nous grandissons par l’action du Saint-Esprit. En un sens, le véritable défi d’être parent n’est pas tant les enfants eux-mêmes, mais c’est notre propre vie chrétienne7.

Si nous comprenons cela, je pense que cela devrait produire deux sentiments en nous.

Dépassé ?

D’un côté, je pense qu’on devrait tous se sentir dépassés – complètement dépassés par l’immensité de la tâche !

Et c’est peut-être comme ça que vous vous sentez. Peut-être que vous vous sentez dépassé dans votre rôle de parent et que vous espériez de cet article des solutions concrètes à appliquer rapidement et facilement à vos enfants.

Mais là, peut-être qu’en pensant à la paternité de Dieu, vous commencez à réaliser qu’il n’y a pas de raccourci – que le seul chemin est le chemin difficile, qui consiste à connaître Dieu pour le refléter au mieux aux yeux de nos enfants. Et comment ne pas être dépassé par l’immensité de la tâche ? Comment ne pas voir que la barre ne peut pas être plus haute ?

Or je crois que c’est justement à ce constat-là que Dieu veut nous pousser. Pourquoi ? Pour nous pousser à prier – à lui demander de nous aider. Car qui est suffisant pour cette tâche ? Pas vous, pas moi.

Soulagé ?

Mais si nous devons nous sentir dépassés, je pense qu’on devrait aussi se sentir un peu soulagés.

Car qu’est-ce que tout cela signifie, si ce n’est que nos enfants n’ont pas besoin du « parent parfait »? C’est-à-dire le parent qui a tout compris – ou qui pense avoir tout compris – parce qu’il a lu son livre « 10 clés pour une éducation réussie »… et qu’il l’applique à la lettre.

Mais ce n’est pas de ça dont nos enfants ont besoin. Ils ont besoin de parents qui, bien qu’imparfaits, aiment le Seigneur. Et qui cherchent délibérément à refléter l’amour, la justice et la sainteté de Dieu dans leurs rapports avec eux.


  1. Benjamin B. Warfield, Faith and life, Édimbourg, The Banner of Truth Trust, 1990, pp. 280-281. Dans son livre sur la prière « Notre Père », Derek Prime dit quelque chose de très similaire : « Toute expérience que nous pouvons faire de la paternité humaine, même sous sa meilleure forme, n’est qu’un pâle reflet de ce que le Père est d’abord pour son Fils, puis pour tous ceux qui deviennent ses enfants spirituels » (Derek Prime, The Lord’s prayer for today, Bromley, Day One, 1996, p. 23). ↩︎
  2. Alistair Begg, « Father », publié le 12 mars 2000 (source : truthforlife.org). [consulté le 29 juin 2026] ↩︎
  3. Andreas Köstenberger et Margaret Köstenberger, « Good parenting begins with knowing God », publié le 3 août 2018 (source : desiringgod.org). [consulté le 26 novembre 2025] ↩︎
  4. David J. Engelsma, « As a father pitieth his children : Reformed child rearing », publié le 7 janvier 2016 (source : cprc.co.uk). [consulté le 26 novembre 2025] ↩︎
  5. Bob Kauflin, « Attention, affection, authority : Primer for parenting young children », publié le 16 mai 2023 (source : desiringgod.org). [consulté le 01 décembre 2025] ↩︎
  6. Tim Chester et Ed Moll, Parents centrés sur l’Évangile : Devenir une famille selon le cœur de Dieu, Marpent, BLF Éditions, 2022, p. 26. ↩︎
  7. Sinclair Ferguson, propos entendus dans le podcast Faith in kids, épisode du 2 septembre 2025 intitulé « Trust in God with Sinclair Ferguson » (source : spotify.com). [consulté le 01 décembre 2025] ↩︎

Dans la même série

  1. L’éducation des enfants résumée en un seul verset
  2. Comment la paternité de Dieu éclaire notre manière d’éduquer
  3. Comment notre vision de la famille change notre éducation (à venir le 7 août 2026)
  4. Les 3 clés d’une discipline qui change le cœur de votre enfant (à venir le 21 août 2026)