Un pasteur vous répond

Paul s’est-il trompé puisque Jésus n’est pas revenu ? (Épisode 515)

Miniature orange: plan rapproché d'une page e la Bible, dans 1 Thessaloniciens, sur laquelle est posée un stylo rouge, communément employé dans le milieu scolaire pour appliquer une correction.

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Paul croyait-il que Jésus reviendrait de son vivant ? Florent propose d’analyser la formulation du passage afin d’éclairer, entre autres, l’usage du mot « nous » par Paul. Il aborde ensuite la tension entre l’imminence du retour du Christ et ses signes annonciateurs, qui ont déjà fait l’objet de débats sur l’inerrance de la Bible.

🔎 Pour aller plus loin :

📚 Ressources mentionnées :

Un pasteur vous répond: le podcast de Florent Varak qui t’aide à mieux comprendre la Bible, une question à la fois.

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Transcription :

ℹ️ Cette transcription a été générée automatiquement, n’hésitez pas à nous signaler toute erreur ou incohérence qui nous aurait échappé.

La question est posée :

Bonjour Florent, quand je lis le passage dans 1 Thessaloniciens 4.15-17, j’ai l’impression que Paul semble croire que Jésus reviendra avant sa mort physique. Aujourd’hui, Paul est bel et bien mort depuis un bout de temps, et les Thessaloniciens qui ont lu sa lettre également. Ma question est celle-ci : s’il s’agissait bien de la croyance de Paul, peut-on dire que son écrit est quand même inspiré de Dieu ? Pire encore, comment peut-on savoir s’il n’a pas fait d’autres erreurs de compréhension auxquelles nous pourrions croire aujourd’hui ? Les écrits de Paul représentent tout de même les trois quarts du Nouveau Testament. Merci d’avance pour ta réponse.

Écoute, merci pour ta question, la franchise qu’elle exprime, c’est vraiment important. Et je crois qu’il faut toujours aller au bout de ces doutes et de ces questions, car notre foi dans l’Écriture, ultimement dans la personne de Christ, doit être vérifiable. Ce n’est pas simplement la foi par principe, mais aussi la foi par démonstration. Et jusque-là, j’ai toujours été encouragé de pouvoir aborder toutes les questions qui me sont parvenues et qui ont tenté de mettre un doute sur l’inerrance et l’autorité de l’Écriture, ce que la Bible affirme clairement.

Alors, pour répondre à ta question, on va déjà lire le texte que tu évoques et puis je ferai quelques observations. On ira un petit peu plus loin aussi dans cette doctrine du retour du Christ.

1 Thessaloniciens 4.15-17 nous dit ceci :

Voici en effet ce que nous vous déclarons d’après une parole du Seigneur : nous les vivants, restés pour l’avènement du Seigneur, nous ne devancerons pas ceux qui se sont endormis. Car le Seigneur lui-même, à un signal donné, à la voix d’un archange, au son de la trompette de Dieu, descendra du ciel, et les morts en Christ ressusciteront en premier lieu. Ensuite, nous les vivants, qui serons restés, nous serons enlevés ensemble avec eux dans les nuées à la rencontre du Seigneur dans les airs, et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur.
– 1 Thessaloniciens 4.15-17

Paul croyait-il au retour du Christ pendant sa vie ?

Il me semble que tu fondes ta compréhension sur la manière dont Paul utilise le « nous ». Mais que signifie ce « nous » que Paul emploie ? Est-ce que c’est le « nous », lui et ses lecteurs ? Et si c’est le cas, tu as raison de souligner un vrai problème. D’ailleurs, tu n’es pas la seule à l’avoir souligné, d’autres l’ont fait avant toi. Et Paul affirmerait quelque chose qui n’a pas eu lieu, et cela, effectivement, serait un grave problème quant à la fiabilité du texte biblique, de son inspiration et de son autorité. Mais est-ce que c’est la seule manière de le comprendre ?

Alors, petite confidence : mes petits-enfants sont passionnés de football. Alors j’essaye de suivre un peu l’actualité du foot, j’essaye du moins, et j’essaye au moins de regarder les premières mi-temps des matchs où la France joue si ce match est proposé pas trop tard. À mon âge, on se couche tôt. J’enregistre ces lignes de cet épisode alors que nous sommes dans la Coupe du Monde de football 2026 et j’étais heureux de pouvoir frimer auprès de mes petits-enfants en montrant mes grandes connaissances footballistiques. Je leur ai dit ma joie que « nous » avions gagné le match contre la Norvège. Alors bien sûr, et je ne pense pas avoir à faire beaucoup d’efforts pour t’en convaincre, je n’étais pas sur le terrain. Ce n’est pas moi qui ai couru après un ballon rond empaqueté dans un maillot de l’équipe de France. Il est pourtant légitime que je dise « nous avons gagné ». Car le « nous » reflète ici une catégorie et non une participation personnelle : la catégorie des Français que représentait l’équipe de France.

Ainsi, Paul décrit deux catégories de personnes dans ce texte que nous avons lu. Il y a « nous les vivants » et ceux qui sont endormis, ce qui est un euphémisme, une manière de parler pour décrire les morts. Alors manifestement, il ne pouvait pas dire « nous qui sommes morts », ça n’aurait pas de sens. Mais il ne pouvait pas non plus dire « nous qui serons morts », parce qu’alors il aurait contredit une notion fondamentale sur laquelle nous allons revenir, qui est la notion de l’imminence du retour de Christ. Ainsi, Paul n’affirme pas qu’il sera forcément vivant, il évoque simplement ce qui se passera à l’avènement du Christ. La catégorie des vivants sera enlevée, et lui étant bien vivant au moment où il écrit, il s’inclut dans cette catégorie. La catégorie des vivants sera enlevée à la rencontre du Seigneur avec une transformation instantanée, et il n’y a aucune crainte à avoir pour ceux qui dorment, c’est-à-dire ceux qui seront morts à ce moment-là. Ils ne seront pas en reste, ils seront immédiatement et dans la foulée ressuscités également.

Alors, si Christ revient du temps de la vie de Paul, le « nous les vivants » s’applique à Paul. Mais comme il le reconnaît dans Philippiens 1.20-23 ou dans 2 Timothée 4.6-8, Paul envisageait tout autant sa mort. Il n’y a donc pas l’affirmation qu’il serait vivant lors du retour du Christ. Il se saisit de l’occasion pour illustrer que le temps du retour du Christ touchera à la fois des gens vivants et des gens morts. Donc le « nous » dont il est question, c’est la catégorie des vivants qui le seront comme lui au moment où il écrit ce texte, et qui seront transformés instantanément, tout comme les morts seront ressuscités instantanément.

La réflexion sur l’imminence du retour du Christ

Dans un premier temps, j’aimerais parler de ce que signifie l’imminence. La Bible affirme clairement que Jésus viendra établir son règne avec ceux qu’il aura sauvés. Les textes sont trop nombreux pour les citer tous, mais on peut commencer avec deux d’entre eux. On a Actes 1.8-11 :

Mais vous recevrez une puissance, le Saint-Esprit survenant sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. Après avoir dit cela, il fut élevé pendant qu’ils le regardaient, et une nuée le déroba à leurs yeux. Et comme ils avaient les regards fixés vers le ciel pendant qu’il s’en allait, voici, deux hommes vêtus de blanc se présentèrent à eux, et dirent : Hommes Galiléns, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder au ciel ? Ce Jésus, qui a été enlevé au ciel du milieu de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu allant au ciel.
– Actes 1.8-11

Tu as remarqué ? Jésus reviendra du ciel. Nous avons cette affirmation : Christ va revenir.

Hébreux 9.28 :

De même aussi le Christ, qui s’est offert une seule fois pour porter les péchés d’un grand nombre, apparaîtra une seconde fois, sans qu’il soit question du péché, pour ceux qui l’attendent en vue de leur salut.
– Hébreux 9.28

Les versets qui parlent du retour de Christ sont multiples et les mots qui le décrivent sont nombreux. Je me suis reporté au livre d’Alain Nisus, Pour une foi réfléchie, où il évoque un certain nombre de termes : la parousia (la présence du Christ), l’eleusis (la venue du Christ), l’epiphaneia (son apparition) ou encore l’apokalupsis (le dévoilement ou la révélation). Il y a donc un événement important associé à toute une série d’autres événements qui commence par l’apparition du Christ pour son Église.

Qu’est-ce que dit la Bible de cet événement ? Eh bien, il est justement imprévisible. En tout cas, toute une lignée de versets de la Bible en parle ainsi. L’apôtre Pierre l’affirme : « Le jour du Seigneur viendra comme un voleur » (2Pe 3.10). L’apôtre Paul l’affirme : « Le jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit » (1Th 5.2). Jésus lui-même le souligne en disant notamment que l’on ne connaît ni le jour ni l’heure. D’ailleurs, voilà comment il le décrit dans 1 Corinthiens 15.51-52 :

Voici, je vous dis un mystère : nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons changés, en un instant, en un clin d’œil, à la dernière trompette. La trompette sonnera, et les morts ressusciteront incorruptibles, et nous, nous serons changés.
– 1 Corinthiens 15.51-52

En un instant, ceux qui sont vivants — le « nous » dont Paul fait partie au moment où il écrit cette lettre — seront changés. Une transformation identique à celle des ressuscités pour vivre en la présence de Christ pour toujours.

Tu as remarqué ? Ça se produira en une fraction de seconde, en un instant, en un clin d’œil. Essaye de mesurer le temps que met ton clin d’œil, et je te garantis que tu auras de la peine à compter les fractions de seconde. Et puis ça a lieu à la dernière trompette. C’est pour ça que je suis contre les trompettes à l’Église : on ne sait jamais si ce n’est pas la dernière trompette qui sonne ! En fait, je plaisante, c’est une mauvaise blague. Les trompettes sont de merveilleux instruments, mais elles sont symboles de deux réalités dans l’Ancien Testament : le rassemblement et le jugement. À un moment donné, il y aura une dernière trompette qui sonnera et Christ viendra prendre l’ensemble de ses sauvés et les transformera pour que nous soyons avec lui à son image pour toujours.

Dans un sens large, on peut parler d’imminence, c’est-à-dire que Christ pourrait revenir à tout moment. Jésus aurait réellement pu revenir du temps des apôtres. Il aurait pu revenir en l’an 1000. Il pourrait revenir avant que tu aies terminé d’écouter cet épisode. Jésus pourrait revenir dans un an, dans cent ans, dans mille ans, n’en déplaise à ceux qui lisent l’actualité comme si c’était pour dire que Jésus revient demain.

Comment concilier imminence et signes du retour ?

Ceci dit, il y a une autre catégorie de textes qui parle de signes de son retour. Comment concilier cette notion d’imminence (« Jésus revient demain, à n’importe quel moment ») et les signes qui le précèdent ? C’est là toute la complexité du sujet, et il faut bien réaliser qu’il y a plusieurs textes à prendre en compte qui énoncent des événements précédant la venue de Christ.

Je reprends ici la liste tirée de Wayne Grudem dans Théologie systématique:

  • L’Évangile sera prêché à toutes les nations (dans Marc 13.10).
  • Les tribulations qui vont avoir lieu ne seront pas encore la fin, avec des famines et des tremblements de terre. Donc forcément, il y a des choses qui doivent se produire avant.
  • L’apparition de faux prophètes et de faux miracles (dans Marc 13.22).
  • Des signes dans le ciel (dans Marc 13.24-26).
  • L’homme de la rébellion, l’antichrist (dans 2 Thessaloniciens 2).
  • La conversion massive de tout Israël à son Messie Jésus (selon Romains 11.12 et Romains 11.25-26).

Comment concilier un retour imminent et un retour précédé de signes ? Plusieurs solutions ont été proposées pour garder cette tension vivante :

  1. L’une des solutions consiste à dire que les signes se sont suffisamment accomplis depuis 2000 ans. Il y a toujours eu des guerres, des faux signes, des faux miracles, des antichrists, etc.
  2. Une deuxième hypothèse consiste à distinguer un retour secret pour l’Église et un retour public pour le monde (position dispensationaliste, qui n’est pas sans problème, mais qui a aussi son attrait pour essayer de répondre à cette problématique).
  3. Grudem propose qu’il est improbable, mais néanmoins possible, que les signes se soient déjà accomplis, et qu’il est par conséquent impossible de savoir avec certitude si tous les signes se sont accomplis ou non.
    – Wayne Grudem, Théologie systématique, Excelsis, 2012, p. 1222.

Il y a un peu une réponse de Breton ici : « Peut-être bien que oui, peut-être bien que non. »

Je pense quant à moi qu’il y a une forme de tension volontaire qui nous pousse à la fois à la vigilance et à l’engagement missionnaire sur cette terre, parce que Jésus va un jour interrompre notre travail de témoignage. Je suis en train de jouer dans ma tête avec l’idée que le temps du retour du Christ en lien avec les signes est indéterminé. Il me semble impossible de tout rassembler en un seul événement qui ponctue d’un coup l’histoire humaine (c’est la position généralement amillénariste : Christ revient et tous les signes sont centrés sur un seul événement). Et en même temps, il me semble impossible de déterminer une chronologie explicite et détaillée. Si tu es familier de ce sujet, tu sais tous les efforts qui ont été faits pour essayer de dire « ça, ça a lieu avant, ça, ça a lieu après ». En réalité, je crois qu’il y a dans l’Écriture une forme de sagesse pour qu’il y ait suffisamment d’éléments dans l’histoire pour nous dire « waouh, Jésus pourrait revenir aujourd’hui », mais pas suffisamment pour que la génération ultime puisse dire « ça y est, maintenant tout est en place ». Vraisemblablement qu’il y aura une forme d’incomplétude de l’ensemble des informations dans notre esprit, pas dans celui du Christ, et à la fin on pourra dire « ah, c’était évident ».

Nous pouvons véritablement lire les paroles de la Bible comme Pierre l’écrit : « La fin de toute chose est proche. Soyez donc sensés et sobres en vue de la prière. » (1Pe 4.7).

La perspective que nous devons cultiver, me semble-t-il, c’est que Jésus peut revenir aujourd’hui, que l’on doit être prêt à cette rencontre et que l’on doit cultiver cette vigilance qui est le signe et la marque d’un enfant de Dieu authentique. Une vigilance qui va nous porter à être dans la joie lorsque Christ reviendra, plutôt que dans la honte si nous laissons notre vigilance tomber et que nous nous mettons à ignorer toutes les exhortations à vivre la vie chrétienne avec zèle, avec passion et avec consécration.

C’est là que l’apôtre Paul encourage l’Église de Thessalonique, et c’est ainsi que je voudrais terminer cet épisode :

Car on raconte à notre sujet quel accès nous avons eu auprès de vous, et comment vous vous êtes convertis à Dieu, en vous détournant des idoles pour servir le Dieu vivant et vrai, et pour attendre des cieux son Fils, qu’il a ressuscité d’entre les morts, Jésus, qui nous délivre de la colère à venir.
– 1 Thessaloniciens 1.9-10

Jésus est venu une première fois pour nous délivrer de la colère à venir. Dieu, dans sa sainteté et sa justice, est vraiment profondément en colère — une juste colère — contre toutes les injustices, toutes les violences qui sont réalisées et pratiquées, tout ce qui a lieu et qui attriste nos cœurs ou brise des vies : tous les vols, les viols, les immoralités, toutes les idolâtries, les pratiques spirituelles dévoyées qui masquent notre accès à un Dieu bienveillant. Mais voilà, Jésus est venu des cieux, il est mort et ressuscité d’entre les morts, et en cela il nous délivre de la colère à venir. Comment ? Parce qu’il a porté le poids du problème central des êtres humains, qui était la corruption du cœur, le péché, l’égoïsme, ce centrage sur soi qui empêche de vouloir vivre selon Dieu, pour Dieu et en Dieu.

Paul remarque que les Thessaloniciens, avec tout cet accent qu’ils ont développé sur le retour du Christ, au-delà de leur incompréhension de ces questions, s’étaient convertis à Dieu en se détournant des idoles pour servir le Dieu vivant et vrai. Paul pouvait s’en réjouir ! Il ne faudrait pas que nos questions et nos difficultés par rapport à un sujet complexe nous masquent l’essentiel. L’essentiel, c’est que Christ est mort pour nos péchés, pour que nous venions à lui dans la repentance et la foi. « C’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi », nous dit l’apôtre Paul (Ép 2.8). Nous venons à lui avec nos péchés. Selon ses termes, par la grâce, il a fait tout le chemin pour nous pardonner nos péchés. Cette conversion, ce demi-tour qu’il effectue en nous, nous permet d’être unis à lui. On se détourne de nos idoles et de notre nombril pour vivre pour lui, et nous pouvons attendre des cieux son Fils qu’il a ressuscité d’entre les morts. Il nous a délivrés par là de la colère à venir : colère de son jugement, colère de l’enfer à venir. Et ça, c’est ce que nous devons célébrer lorsque nous réfléchissons au retour du Christ.

En tout cas, Paul n’a pas fait d’erreur. Et tu peux avoir confiance dans les écrits du Nouveau Testament comme de l’Ancien Testament. L’apôtre Pierre nous dit que c’est poussés par le Saint-Esprit que des hommes ont parlé de la part de Dieu (2Pe 1.21). C’est ainsi qu’ils nous ont laissé cette Écriture que nous chérissons comme témoignage de ce que Dieu est, de ce qu’il pense et de ce qu’il nous demande.