Into The Wild : que révèle notre quête de liberté ?
Dans cet épisode, Raph et Matt analysent le film Into the Wild via leur grille de lecture biblique. Ils décortiquent la quête d’authenticité et la fuite matérialiste du protagoniste, soulignant le paradoxe tragique d’une liberté absolue recherchée dans la solitude. Face aux illusions de l’autonomie et à l’hostilité de la nature, l’Évangile offre une réponse sur l’identité, le pardon et le vrai bonheur.
ℹ️ Épisode publié pour la première fois le 4 Fév. 2019, remis en avant pour atteindre une nouvelle génération d’auditeurs.
Raph et Matt répondent aux questions suivantes :
- Est-ce que tu voudrais nous en faire un petit pitch ? (01:14)
- Tu l’as bien aimé, toi, juste comme ça ? (02:08)
- Qu’est-ce qu’il a fait après ? (02:40)
- Quelles observations pouvons-nous faire sur la/les visions du monde qui sont présentées dans le film ? (05:43)
- Quel est le problème ? / Qu’est-ce qui empêche Christopher d’être heureux ? (06:33)
- Est-ce que le problème est résolu ? (09:28)
- En comparant cette histoire à la vision biblique du monde, comment démêler le vrai du faux ? (12:35)
- Comment le jeune homme rendra-t-il pur son sentier ? (18:18)
- Comment utiliser ce que l’on regarde pour communiquer l’Évangile ? (19:35)
- Il a été tordu par rapport à quoi ? (20:30)
- Qu’est-ce que tu es en train de fuir ? (24:43)
Dans cet épisode on a parlé de :
- Le film Into the Wild sur Netflix
- Notre grille d’analyse
- L’épisode suivant Quel rapport l’Église devrait entretenir avec la culture ?
Pour aller plus loin :
- L’article de Matt : 3 caractéristiques du rapport de l’Église avec la culture
Transcription :
ℹ️ Cette transcription a été générée automatiquement, n’hésitez pas à nous signaler toute erreur ou incohérence qui nous aurait échappé.
| Raphaël Bonjour, bienvenue dans… J’allais dire « Into the Wild ». [rire] Dans « Memento Mori », le podcast qui parle des grands espaces verts et de la nature en prenant la fin comme point de départ. Je m’appelle Raphaël Charrier. Je suis pasteur à Grenoble, qui en ce moment ressemble pas mal à l’Alaska. | |
| Matthieu Et je suis Matthieu Giralt, pasteur à Étupes, dans l’est de la France. Et je sais ce que veut dire le froid, contrairement à Grenoble, je te le suis dit. | |
| Raphaël [rire] Comme à Grenoble ? Oui, et ça ne ressemble pas du tout au Colorado, par contre. | |
| Matthieu Ça ressemble à- | |
| Raphaël En contre-jour. | |
| Matthieu Ce n’est pas au Colorado, ça, c’est clair. Mais il y a beaucoup de forêts chez nous, de la neige plus souvent qu’à Grenoble, j’imagine. Tu l’as dit, aujourd’hui, on parle de « Into the Wild ». [musique] | |
| Raphaël Yes. | |
| Matthieu Dans la nature sauvage. | |
| Raphaël Dans la nature sauvage de l’Alaska. | |
| Matthieu Je ne sais pas comment il est traduit, le film, au Québec. Attends, moi, je dis « Dans la nature sauvage ». Toi, tu dis quoi ? | |
| Raphaël [rire] En même temps, tu as donné le truc le plus… « Dans les espaces éloignés ». Non, « Dans les grands espaces », un truc comme ça. | |
| Matthieu Non, c’est plus sobre que ça. | |
| Raphaël Tu as vu quoi ? | |
| Matthieu « Vers l’inconnu », au Québec. | |
| Raphaël Oui. On dirait la phrase dans « Toy Story », « Vers l’infini et l’au-delà ». | |
| Matthieu Ah oui. « Vers l’infini et au-delà. » Buzz. | |
| Raphaël Buzz, oui. Buzz l’Éclair. Un film de Sean Penn qui est très connu, mais que j’ai vu seulement il y a quelques semaines maintenant. | |
| Matthieu Mais quelle guignole ! | |
| Raphaël Oui, quand j’étais malade. Ça fait partie de tous les films dont tout le monde parlait. Genre : « Le film d’un gars qui part, road trip, qui se cherche. » Je dis : « Allez, c’est bon. » On me dit : « Il y a une belle BO, des grands paysages. » Je dis : « C’est bon. Est-ce qu’il y a des explosions de bagnoles ? Est-ce qu’il y a des poursuites ? Est-ce qu’il y a un grand méchant ? » « Non, mais c’est dans une quête de machin. » Je dis : « Ce n’est pas mon trip. » Mais au final, l’avantage, c’est que quand tu es malade, tu te dis : « Pourquoi pas ? » [rire] Donc, je l’ai regardé. Et effectivement, c’est un bon film, un beau film, et ça pouvait être un exercice intéressant de pouvoir l’analyser en utilisant notre grille. Est-ce que tu voudrais nous en faire un petit pitch ? | |
| Matthieu Oui, petit pitch. Christopher vient tout juste d’être diplômé de sa fac et, selon ses dires, se destine à partir à Harvard ou dans une grande école. Ses parents sont très fiers de lui, mais on voit que l’histoire familiale est compliquée. Finalement, Christopher, contre toute attente, décide de disparaître et de se barrer en Alaska. Il n’a qu’une idée, c’est de se barrer en Alaska tout seul, dans la nature, vivre par ses propres moyens, sans fric. Une des premières choses qu’il fait, c’est se barrer. Il prévient personne, il brûle son fric. Il travaille de temps en temps quand il a besoin d’argent pour bouger ou acheter du matériel. Mais en gros, le film se concentre sur sa route vers l’Alaska et sur le peu de temps qu’il passe en Alaska. Tout ça avec, en voix off, le témoignage de sa sœur qui, elle non plus, n’a plus de nouvelles. Voilà en gros le pitch. Et puis, à la fin, il meurt. [rire] Si vous ne l’avez pas vu… | |
| Raphaël En même temps, maintenant, c’est comme « Sixième sens ». Si tu ne l’as pas vu et qu’on te dit qu’en fait, Bruce Willis est mort, il faut t’en prendre qu’à toi-même. | |
| Matthieu Exactement. [rire] C’est ça. | |
| Raphaël Moi, je savais qu’il mourrait à la fin, mais ça ne gâche pas du tout. Tu ne regardes pas le film pour le suspense du scénario, pas du tout. | |
| Matthieu Non. C’est comme « Usual Suspects ». Tu sais que Keyser Söze, c’est Kevin Spacey. [rire] | |
| Raphaël Mais là, par contre, tu as un spoiler, parce que si tu ne l’as pas vu- | |
| Matthieu Ou dans « Fight Club ». | |
| Raphaël Oui, voilà. Ça, ce sont des twists finaux. Tu l’as bien aimé, toi, juste comme ça ? | |
| Matthieu Oui. Je l’avais vu quand il est sorti, je pense, il y a 10 ans. Je crois qu’il est sorti en 2007. Et je l’ai revu hier avec Alex pour me le remettre un peu en mémoire. Oui, j’avais bien aimé. Tu sais ce qu’il faudrait se faire ? Un film aussi que j’ai vu à sa sortie, que j’aimerais bien revoir, c’est… Comment il s’appelle ? « Le lâche qui a tué Jesse James ». | |
| Raphaël Ah oui. C’est avec Brad Pitt, non ? | |
| Matthieu Avec Brad Pitt et le frère de- | |
| Raphaël C’est un western ? | |
| Matthieu Casey Affleck, je crois qu’il s’appelle, le frère de Ben Affleck. Oui, c’est un western, mais assez contemplatif aussi. Ce n’est pas mal. | |
| Raphaël Oui. | |
| Matthieu Mais bref, j’aime bien les films comme ça, avec la nature. Il est bien fait. C’est un film qui est bien réalisé. | |
| Raphaël Oui. | |
| Matthieu Belle image. | |
| Raphaël Effectivement, belle BO. | |
| Matthieu Belle BO. Beau acteur, bon casting. | |
| Raphaël Oui, le gars joue vraiment très bien. | |
| Matthieu Oui. D’ailleurs, je me suis demandé après, on l’a vu dans quoi ce mec ? Qu’est-ce qu’il a fait après ? | |
| Raphaël Je ne sais pas. Je ne suis pas sa groupie. Il faut lui demander. Tu cliques sur Wikipédia. | |
| Matthieu Oui, « pas sa groupie », c’est la version française pour dire que tu n’en sais rien et que tu ne connais que dalle. | |
| Raphaël Et que j’utilise ta question pour la retourner contre toi. | |
| Matthieu Vu que je me suis renseigné pas plus tard que maintenant. | |
| Raphaël Un instant. | |
| Matthieu À l’instant. Émile Hirsch, je clique dessus. Qu’est-ce qu’il a fait d’autre ? Il a fait… D’accord. | |
| Raphaël Il a fait quoi ? | |
| Matthieu Il a fait pas mal de trucs, mais plein de trucs que je n’ai pas vus. | |
| Raphaël Merci, on est bien avancés. | |
| Matthieu Par exemple, « Harvey Milk » avec Sean Penn et de Sean Penn. Je crois que c’est l’histoire d’un journaliste homosexuel. Je ne suis pas sûr. « The Girl Next Door », que je n’ai pas vue. Ça, c’était avant. « Speed Racer », que je n’ai pas vue. Voilà, donc plein de trucs. | |
| Raphaël « Speed Racer » au Québec, ça s’appelle comment à ton avis ? | |
| Matthieu « Speed Racer » au Québec, attends. « Speed Racer ». Un truc un peu décalé, je dirais « Voiture folle ». | |
| Raphaël [rire] Oui, c’est une bonne option. Moi, je dirais « Le coureur rapide ». | |
| Matthieu Oh ! Toi, tu y vas pour… Non, attends, je regarde. « Speed Racer », c’est fait par les Wachowski, les frères qui sont devenus des sœurs, qui ont fait « Matrix ». Attends, comment ça s’appelle au Canada ? | |
| Raphaël Le concurrent véloce. Le véloce concurrent. | |
| Matthieu Non, là, tu vas trop loin. Je n’y arrive pas. Est-ce qu’il n’y a pas un site ? Ils devraient faire un site où ils mettent les titres en… | |
| Raphaël En québécois ? | |
| Matthieu Oui, parce que là, je ne trouve pas. | |
| Raphaël Pas le temps de niaiser, comme on dirait là-bas. | |
| Matthieu Oui, pas le temps de niaiser. Si quelqu’un le trouve, si un de nos auditeurs le trouve, mettez, s’il vous plaît. Et je crois qu’ils ont gardé « Speed Racer ». | |
| Raphaël Oh là là ! Quelle déception ! | |
| Matthieu « Speed Racer » a été accepté comme titre de la version française. Ah non, ça, c’est la version française. [rire] | |
| Raphaël D’accord, je n’aurais pas dû te lancer là-dessus. [rire] Du coup, c’est presque un road movie. C’est un trip movie. Ça suit le voyage de ce gars-là qui se termine dans sa mort. On a fait une grille d’analyse de film. [rire] Qu’est-ce qu’il y a ? Tu as trouvé le titre ? [rire] | |
| Matthieu Non. [rire] | |
| Raphaël Quoi ? | |
| Matthieu Tu sais comment ça s’appelle ? « Cars ». Tu sais, le dessin animé de Disney. | |
| Raphaël Voiture. | |
| Matthieu « Cars ». Les bagnoles ! [rire] | |
| Raphaël Les bagnoles. [rire] | |
| Matthieu Oh, ils sont très bons ! Oh là là ! Pardon. | |
| Raphaël On a fait une grille d’analyse qu’on avait communiquée dans un webinaire. Peut-être qu’on pourra remettre le lien pour que vous puissiez la télécharger. Vous pouvez l’utiliser pour vous-même. Ça nous permet d’analyser un petit peu un film en 3 étapes. C’est d’abord un petit peu ce qu’on observe de la vision du monde qui nous est présentée, puis quels sont les points où la vision biblique du monde est raccord avec ça, et là où il y a des décalages, des ruptures. Et puis enfin, comment est-ce qu’on fait un pont entre le message de l’Évangile et ce qu’on vient de voir. Et ce que je te propose, Mat, c’est qu’on puisse justement utiliser notre grille, disons ces 3 parties, pour analyser le film. Ça te va ? On fait comme ça ? | |
| Matthieu Absolument, très bonne idée. | |
| Raphaël D’accord. Premièrement, c’est la grande première question : quelles observations pouvons-nous faire sur tout ce qui touche à la vision du monde, qui est ou les visions du monde ? Il y a plusieurs éléments qui sont présentés dans le film. | |
| Matthieu Oui, je pense que l’articulation se fait autour du personnage et la vision du monde de ce personnage-là. En quelques mots, ce personnage essaie de fuir un environnement et ses règles. Donc, il veut changer de vision du monde. Et il essaie de fuir un confort, un matérialisme, une certaine vision de la réussite qui est justement réussir dans les études, avoir une Cadillac, être riche, etc. | |
| Raphaël Oui, tous les standards de la modernité. | |
| Matthieu Voilà, pour définir autrement le bonheur. Et je pense que c’est ça la clé. On va un peu spoiler peut-être, mais tout le film, c’est la quête du bonheur. Et finalement, c’est hyper « Memento Mori » et c’est hyper « Ecclésiaste » aussi comme film, dans le sens où il veut prouver, ou plutôt, il veut prouver aux autres que son intuition, que le bonheur se trouve dans une vie de solitude et de simplicité, d’indépendance totale dans la nature, est le moyen d’accéder au bonheur. Et dans tout le film, le personnage, Christopher… Et il faut dire, je ne suis pas sûr qu’on l’ait dit, mais que c’est une histoire inspirée de Ferrell. Je ne sais pas quelle est la part de la vérité. | |
| Raphaël J’ai regardé un petit peu de ça. Apparemment, c’est vraiment assez proche. Il y a eu un gros travail qui a été fait pour ça. Il y a forcément toujours des petites polémiques. Quand tu es dans un film, tu es dans une interprétation, quoi qu’il en soit. Mais il y a eu vraiment un travail qui a été fait, notamment sur toutes les discussions qu’il a pu avoir avec les différents personnages qu’il rencontre au cours de son voyage. Toutes ces personnes-là avaient été interviewées pour recueillir les échanges qu me qu’ils avaient eus. Donc c’est intéressant. Et c’est vrai que le choc que j’ai eu, c’est à la fin de voir la photo où le gars fait un autoportrait. Tu vois la ressemblance entre l’acteur et le gars, comme ils ont travaillé vraiment tout ça et tu te dis : « Ah ouais ! » Moi, ça m’a fait un choc. | |
| Matthieu Oui, c’est ça. C’est-à-dire que c’est dramatique. C’est un drame dans le sens strict, puisque le personnage principal, le héros meurt. Et c’est encore plus dramatique parce que le gars est vraiment mort. | |
| Raphaël Oui. Tu n’es pas dans une fiction. Tu te dis que c’est une histoire qui est arrivée. | |
| Matthieu Exactement. Et ça donne une dimension supplémentaire au film, comme les documentaires, les témoignages ou les films inspirés d’histoires vraies en général. Mais je pense que « Quel est le problème ? », dans notre première étape, une des questions qui nous aide à comprendre le film, le problème, qu’est-ce qui empêche Christopher d’être heureux ? Selon lui, c’est le matérialisme. | |
| Raphaël C’est ça. C’est tout ce qu’on lui impose et il rejette vraiment la vision du monde et de la vie qui lui est proposée, même une voie qui est toute tracée un petit peu devant lui. Et il y a cette quête du bonheur. J’avais noté aussi, je trouve qu’il y a vraiment le corollaire du bonheur qui est un idéal d’authenticité. Où il rejette tout ce qui, pour lui, est factice et hypocrite. Et il y a quand même quelque chose qui est aussi lié avec cette quête du bonheur, qui est quand même lié à l’isolement. On voit qu’il veut se couper de tout. J’y reviendrai un petit peu plus loin, je ne vais pas trop m’auto-spoiler, mais il rejette un petit peu tout : sa famille, la société, parce qu’il veut vivre dans la nature, seul, tout lien social, etc. Pour trouver le bonheur, trouver un idéal de vie authentique, d’une quête de vérité, de qui je suis, etc. On voit qu’il y a des éléments très forts quand il décide de supprimer ses papiers d’identité. Tu coupes avec ton histoire familiale, tu coupes avec la société aussi, etc. Il y a ce rejet total du monde tel qu’il est. La seule chose qu’il ne rejette pas, c’est la nature. Et ça, c’est au final vraiment intéressant. | |
| Matthieu C’est intéressant et ce sera le paradoxe du film. | |
| Raphaël Oui, c’est ça. Tout à fait. | |
| Matthieu On en parlera tout à l’heure. Mais je dirais que l’isolement, c’est la manifestation formelle de quelque chose de plus profond. 2 choses : l’authenticité, son désir d’authenticité, pour lui, passe par une indépendance totale. C’est-à-dire qu’il ne veut se définir par rapport à personne d’autre que lui. Et ce qui l’empêche de s’attacher. C’est-à-dire qu’il va se détacher de sa famille, il va se détacher de tous ceux qu’il rencontre. Je ne suis pas sûr que ce soit de la rébellion. Bien sûr qu’il rejette une certaine façon de vivre, mais ce qui est étonnant, c’est qu’il va même quitter les hippies qu’il va rencontrer, il va quitter les mecs tout nus qui font des trucs chelous. Il va quitter tout le monde parce qu’il veut être totalement indépendant et totalement autonome. L’isolement, ce sera le résultat de sa quête de se définir par rien d’autre que par le fait que, justement, il a besoin de personne. Et c’est ça qui va le mener à l’isolement. | |
| Raphaël C’est ça. Et c’est marrant parce que c’est vraiment un peu une espèce d’anti-Sartre. …qui, lui, dit que ta conscience se construit dans le rapport que tu as avec l’autre, le regard qui te renvoie. Tu ne peux pas te construire ton identité sans le regard que l’autre te renvoie de toi-même. Et lui, on voit qu’il est à l’inverse de ça. Justement, il rejette tous les regards des autres, seul pour savoir finalement vivre cette liberté à laquelle il aspire et trouver un bonheur qui ne serait pas otage de quelconque relation. Et il y a un élément quand même qui est très important, qui est dévoilé petit à petit dans le film, et qui n’est pas du tout au début. On a l’impression au début que sa famille, ce sont juste des parents qui sont peut-être très matérialistes avec le rêve américain comme objectif de vie et qui veulent lui offrir de belles études, une voiture, etc. Il rejette ça. Et on se rend compte après qu’il y a quelque chose de bien plus profond, qu’il y a un drame familial, une violence du père, un adultère, une double vie, etc. Dans l’ordre chronologique, et c’est quelque chose qui revient aussi à la fin du film, il y a la place de la famille. Il rejette sa famille et on voit qu’il y a des blessures qui sont là, peut-être une grande déception. Et du coup, il y a ce désir-là d’être en rupture avec tout ça. | |
| Matthieu Oui, et puis un grand égoïsme. | |
| Raphaël Ça, je l’ai noté après, je voulais en parler après, mais tout à fait. Au final, tu vois en filigrane, ils sont gros kiff. Et derrière, tu vois sa sœur, qui est narratrice dans le film, en voix off, qui te parle de quand bien même son père n’était pas top, mais comme dans des millions de familles, avec une famille qui est de personnes un peu comme tout le monde, où il y a des qualités et des gros défauts. Et lui rejette tout ça. Il est dans une quête de bonheur alors que parallèlement, on voit sa famille qui ne sait pas s’il est en vie ou pas, où il est, et qui est en train de souffrir, sa sœur qui souffre et lui, on a l’impression qu’il n’en a rien à carrer. | |
| Matthieu Oui, c’est ça. C’est extrêmement égoïste et encore une fois, ça montre que derrière cette démarche, il n’y avait pas quelque chose d’idéologique dans le sens où il ne pense pas que pour sauver le monde, il faut être écolo ou végan. D’ailleurs, on voit bien que quand tu es en galère, [rire] tu n’es pas végan. Tu cherches à tuer un gnou pour le bouffer, un élan. | |
| Raphaël Voilà. [rire] | |
| Matthieu Pas un gnou, pardon, parce que là-bas, il n’y en aurait pas beaucoup. [rire] Mais ce qui compte, c’est juste que lui fasse ce qu’il veut. Il n’y a rien qui dépasse la quête personnelle. | |
| Raphaël Oui, une liberté, faire ce que je veux et trouver mon plaisir dans cette liberté, là où il est redevable envers personne, finalement, et dépendant d’une seule chose, c’est de la nature. | |
| Matthieu Oui, c’est ça. Et puis alors, la solution, parlons-en, puisqu’il y a la question de la solution et de la fin, dans le « comprendre », la première étape de notre grille d’interprétation. La solution, selon lui, et c’est d’ailleurs intéressant et tragique, encore une fois, le film y répond quand on va parler de la fin, mais la solution, c’est d’aller au bout de sa quête et d’aller en Alaska et de s’installer seul et de vivre là-bas. | |
| Raphaël Oui, c’est ça. | |
| Matthieu Voilà. | |
| Raphaël Oui, c’est la solution. Moi, j’ai pensé comme dans les jeux vidéo où tu sais que tu es dans un univers, tu as une map, mais elle est recouverte un petit peu de nuages. C’est au fur et à mesure que tu te déplaces, que tu découvres l’univers. Tu vois ce que je veux dire ? | |
| Matthieu Oui. | |
| Raphaël Et on a l’impression que c’est un petit peu ça, c’est qu’il y va, il a une idée, il veut faire une expérience, il veut y aller. Il y a un pays promis, qui est l’Alaska. Mais tu as l’impression qu’il découvre au fur et à mesure les choses. Et la solution, elle n’est pas présentée comme étant un absolu, quelque chose où tu sais que c’est ça et tu ne sais même pas comment lui-même va le vivre au final. Il y a quelque chose de très précaire, de très vague, de très flou dans tout ça, qui est presque paradoxal avec les efforts qu’il fournit pour y arriver. | |
| Matthieu Absolument, mais dans cette quête-là, il y a cette promesse du pays, s’il n’est pas perdu, en tout cas, qui n’a jamais été connu, et cette promesse de bonheur qui est attachée à ce qu’il ne connaît pas encore. Mais il est sûr que s’il atteint l’Alaska et qu’il vit selon ses valeurs, c’est-à-dire de totale indépendance et d’autonomie totale, il sera heureux. Et donc justement, parlons de la fin. Oui, vas-y Raph, tu voulais dire un truc ? | |
| Raphaël Non, mais vas-y, continue. | |
| Matthieu Oui, sur la fin. | |
| Raphaël Mais non, avant la fin. | |
| Matthieu Vas-y. | |
| Raphaël En fait, il y a quelque chose que j’ai ressenti. C’est ça que je trouve qui est très fort dans la réalisation, c’est que tu as une association en même temps dans la narration, de lui qui est dans une quête de liberté. Et après, il y a des moments aussi qui sont drôles, etc. Et avec une narration qui est triste derrière, celle de sa sœur. Et en même temps, une quête de liberté et une mélancolie qui est transmise. Et en même temps, avec l’Alaska, quelque chose qui est beau et qui est hostile. Et je trouve que par les émotions, tu as beaucoup d’éléments de la vision du monde et justement de cette incertitude, etc., qui sont communiqués notamment par des paroles très fortes, mais également aussi par les émotions, par la mise en scène, pareil avec la musique, les paysages, etc. Tu as ces deux choses-là. Ça te donne envie de liberté, ça te donne envie de partir, ce film. | |
| Matthieu Exactement. | |
| Raphaël De marcher dans des grandes plaines, d’aller découvrir l’Alaska, des beaux paysages, etc. Tu te dis : « Génial ! » Mais en même temps, tu as quelque chose de triste qui te dérange au fond de toi. Et je trouve que cette antithèse en elle-même est vraiment intéressante tout le long du film et te montre qu’il y a une quête, mais qui est perdue d’avance et qui est tronquée peut-être plutôt dès le départ. | |
| Matthieu Oui, il y a une rudesse et une brutalité de la nature où le mec, peut-être, s’attendait à ce que l’Alaska soit un pays en forme d’ami qui l’accueille avec les bras ouverts. Mais c’est un pays ultra-violent, où les hivers sont ultra-violents, où la faune et la flore- | |
| Raphaël Oui, c’est rude. | |
| Matthieu …et sauvage. C’est ça. | |
| Raphaël C’est ça. | |
| Matthieu C’est sauvage. | |
| Raphaël « Into the Wild Wild ». En fait, c’est le « Wild Wild West ». C’est à l’ouest. | |
| Matthieu Oui, c’est un peu le « Wild Wild Northwest ». | |
| Raphaël Oui, [rire] c’est ça. [rire] Peut-être qu’il faut qu’on avance sur la 2 partie. | |
| Matthieu D’abord dire la fin. | |
| Raphaël Oui. | |
| Matthieu La fin, justement, est-ce que le problème est résolu ? Oui, dans un sens. Et non. [rire] C’est-à-dire qu’il trouve le bonheur dans un certain sens. En tout cas, c’est la manière dont c’est décrit. | |
| Raphaël C’est paradoxal, oui. | |
| Matthieu Je pense que d’une manière relative, il vit vraiment ce à quoi il s’attendait. C’est-à-dire qu’il vit d’une certaine manière une vie libre, autonome. | |
| Raphaël De quiétude. | |
| Matthieu Délivré des injonctions sociales. Mais on voit que son désir d’autonomie se retourne contre lui et qu’il est tout seul. Il est tout seul, que ça le pèse et que ça le détruit, que cette solitude-là va l’atteindre. Si bien qu’au final, il se rend compte que le bonheur, c’est quand c’est partagé. Le bonheur n’est atteint que s’il est partagé. Et ça, c’est hyper beau et c’est vrai, et on doit le souligner. Et ça dit quelque chose. On en parlera dans la 2 et 3 étapes. Et à la fin, c’est ça le paradoxe que tu disais tout à l’heure. Je te laisse peut-être le dire, ce paradoxe de la nature dans le film. | |
| Raphaël Oui, c’est comme ça que je le percevais, c’est qu’il y a cette quête vraiment de la nature et une forme… Moi, j’ai pensé à l’exil. Une forme de bonheur qui s’obtient par un exil, un exil familial, un exil sociétal, un exil aussi social. C’est presque un peu Rousseau. Tu ressens que ce sont les autres qui te corrompent. Même si les autres ont des bonnes intentions, il ne veut pas être avec eux, etc. Un exil même sentimental, parce qu’on voit à un moment donné, il y a une fille qui est amoureuse de lui et il rentre dans une communauté où il est aimé, etc. Et même l’amour, on va dire amical ou sentimental, il le rejette pour un isolement et à n’avoir comme seul interlocuteur, seule personne, seul élément avec qui il a une relation, c’est cette nature originelle, belle et hostile. Et le paradoxe, c’est que quand il la trouve et qu’il pense qu’il a atteint le but, c’est cette nature qui le tue puisqu’il se trompe de plantes. Il confond deux plantes, une qui est comestible et l’autre qui est toxique. Et finalement, il prend la plante toxique et il est tellement malade, il ne digère plus rien et puis il meurt d’une forme de dénutrition, je pense, un truc comme ça. Et on voit lui qui a cherché à se déraciner de tout pour aller se planter [rire], au sens d’une graine qui se plante, en Alaska. Au final, il se plante en se trompant en Alaska. | |
| Matthieu Tu as fait ça ? | |
| Raphaël Oui, j’ai fait ça. | |
| Matthieu D’accord. | |
| Raphaël Oui, c’est aussi mon émission. | |
| Matthieu D’accord. [rire] Tu es chez toi. Et c’est vrai que c’est encore une fois presque la solitude qui l’a tué. Dans le sens où il prend ça, il dit : « C’est trop bête. » Il ne le dit pas comme ça, mais… | |
| Raphaël Il dit : « Fail. » [rire] | |
| Matthieu Voilà. Et puis il se rend compte de… Et c’est terrible, parce que c’est une bêtise qui va lui coûter la vie. Et il se rend compte que, dans un sens, et nous, plutôt, on se rend compte que dans un sens, il a atteint ce qu’il pensait être le bonheur. Il n’a pas vraiment vécu le bonheur parce qu’il n’a pas partagé de son propre aveu. Et c’est précisément parce qu’il est tout seul qu’il va mourir, parce que personne ne peut lui venir en aide. J’imagine que s’il avait été traité dans un centre antipoison ou je ne sais pas quoi, ils auraient pu le sauver. Mais là, c’est précisément sa solitude qui l’a tué. | |
| Raphaël Oui, c’est ça. Excellent. | |
| Matthieu Super. Passons à la 2 étape, c’est-à-dire la confrontation. On peut le faire en une fois, trouver les points de contact et les points de contraste. | |
| Raphaël Oui, il faut qu’on mixe le tout. | |
| Matthieu Je resitue, puis après, je te donne la parole. Les points de contact, c’est essayer de trouver les éléments de l’histoire qui font écho à la grande histoire, c’est-à-dire la révélation biblique. Et ensuite, les points de contraste, ce sont les éléments de l’histoire qui sont en contradiction avec la révélation biblique. Qu’est-ce que tu as noté ? | |
| Raphaël J’ai noté en vrac tout plein de choses. Il y a le fait de la quête du bonheur, qui est quelque chose qui est enraciné en nous, parce qu’on a été créés pour ça. On a un bonheur aussi qui passe au travers de l’authenticité. Et je trouve que tu as en filigrane aussi une critique de la quête du bonheur qui se vit dans une société de biens de consommation et du consumérisme, etc. Et tu as clairement ce rejet-là de cette société. Il veut dénoncer un petit peu ce mensonge-là. Donc, tu as cette quête qui est belle et qui rentre en contact avec vraiment la vision biblique du monde. Mais ce qu’il y a de faux, c’est que cette quête passe par le rejet de l’autre. [raclement de gorge] Alors que finalement, ça se retourne contre lui et on n’a pas été créés pour un bonheur qui est égoïste, ni qui se fait aux dépens des autres, comme on l’a dit, ou c’est ce qu’il vit au final. Et que dans la réalité, dans le monde dans lequel on est, on est appelés à vivre avec des personnes, lui notamment avec sa famille, qui le rejettent à cause de ses travers. Mais on est tous marqués par ces travers-là et on est obligés, si tu rejettes les autres parce qu’ils font quelque chose de mal ou ils t’ont blessé, effectivement, si tu es cohérent, finalement, lui, il cherche une cohérence, une authenticité, il est cohérent avec lui-même. Du coup, il se sépare de tout le monde pour vivre ça. Mais au final, il y a un échec. Et le bonheur, justement, à la fin, il arrive à la conclusion que le bonheur n’est réel que lorsqu’il est partagé. Et au final, il revient finalement sur ce qu’il disait. Avant, j’avais noté une phrase où il dit : « Vous avez tort de penser que la joie de vivre tient simplement dans les rapports humains. Vous vous trompez. » Je ne sais plus, je crois que c’est avec les hippies où il dit ça, ou si c’est au vieux qui propose même de l’adopter. Ça te dit quelque chose ? | |
| Matthieu Non, la phrase comme ça, je… | |
| Raphaël Bref, à un moment donné, il dit ça, il dit en gros : « Croire que le bonheur se trouve dans les rapports, dans la relation. » Et à la fin, il dit : « Le bonheur n’est réel que lorsqu’il est partagé. » Et je trouve que tu as un renversement radical qui se fait. Et lui qui pensait que le bonheur s’obtient par l’isolement, le déracinement, l’exil, la séparation. La Bible te dit que le bonheur, on le trouve dans la réconciliation, dans le pardon, dans la relation, celle que Dieu nous offre, une réconciliation avec lui, puis une réconciliation qu’on peut vivre avec les autres. Et que finalement, ce bonheur, aussi la vision biblique du monde, elle nous en parle et elle nous le promet, aussi en lien avec la création, il y aura un bonheur qui se vivra dans une création qui sera belle, mais plus hostile, et avec des personnes, et un bonheur qu’on pourra partager. Et vivre de relations authentiques qui ne sont pas superficielles, qui sont profondes, mais qui peuvent se partager, c’est quelque chose que Dieu nous promet et qui est possible par la réconciliation de l’Évangile. | |
| Matthieu Absolument. | |
| Raphaël Voilà, un peu en vrac comme ça. | |
| Matthieu Une des autres notions qui peut trouver des points de contact et de contraste, c’est la question de la liberté. Et ce désir d’indépendance. Et il ne faut pas confondre les deux. Et ce que montre le film, c’est que bien souvent, l’homme pécheur va rechercher la liberté avec pour moyen l’indépendance, chercher l’indépendance. Sauf qu’on voit bien que cette indépendance-là, qui est une indépendance totale, comme tu l’as dit, puisqu’elle se transforme en solitude, elle devient quelque chose qui enferme. Sa solitude ne l’affranchit pas, mais sa solitude l’enferme dans quelque chose qui l’écrase. Et donc ça, c’est le premier paradoxe de cette liberté autonome. Et on voit très bien, il le dit quand il est sur le rocher, où il y a cet échange où il dit au vieux, tu sais, qu’il a accueilli pendant quelque temps. Qu’il a bien vu dans son jeu et que le vieux flippe de bouger, qu’il devrait sortir de chez lui, machin et tout. Et le vieux lui dit : « J’ai cru comprendre que tu avais un problème avec ta famille et avec Dieu. » Et en fait, c’est ça, c’est ni Dieu ni maître, je suis tout seul, je fais ce que je veux, même pas d’amis, même pas de famille, que dalle. Et à la fin- | |
| Raphaël Il se tourne vers Dieu aussi. | |
| Matthieu …dans le mot qui est laissé, alors est-ce qu’il a été laissé… Je pense que c’est historique. Enfin, j’espère. On le souhaite, mais il y a cette mention. Alors, qu’est-ce que ça dit du cœur de cet homme, Christopher ? Mais en tout cas, il y a cette mention de Dieu où il le remercie et il y a en tout cas la reconnaissance d’un créateur, ce qu’il ne voulait pas reconnaître avant. Et donc, on voit que la fin de son voyage, c’est une fin qui n’est plus vécue dans l’indépendance totale, mais il a vu l’impasse de la situation dans laquelle il s’est mise et il a reconnu que cette liberté-là, elle ne peut pas se vivre dans l’autonomie totale, ni par rapport aux autres, ni par rapport à Dieu. | |
| Raphaël Oui. Excellent. Et tu as mentionné son nom. Ça me rappelle que quand il coupe sa pièce d’identité, il y a ce rejet de ses racines. | |
| Matthieu Il se choisit un autre nom. | |
| Raphaël Et il se donne… Supertramp, c’est ça ? | |
| Matthieu Alexander Supertramp. | |
| Raphaël Alexander Supertramp. Et en fait, à la fin, il signe son dernier mot avec son vrai nom. | |
| Matthieu Absolument. | |
| Raphaël Et je trouve ça… Finalement, il était parti dans quelque chose qui était faux, une identité qui était complètement fausse et qu’au final, il décide d’abandonner. Finalement, il veut se réconcilier ou en tout cas, avant de partir, il veut pouvoir être identifié. Peut-être. Bref, on n’a pas toutes les raisons, mais je trouve ça intéressant. Vas-y, dis. | |
| Matthieu Non, c’est super intéressant ce que tu dis, parce qu’effectivement, sa nouvelle identité, il a choisi avec un prénom qui est choisi et un nom qui reflète sa quête. Supertramp, c’est quoi ? C’est super vagabond. | |
| Raphaël Oui, je crois que c’est ça. C’est un super vagabond. | |
| Matthieu Donc, il refuse d’être défini par sa famille, son lieu d’origine, etc. Et à la fin, il retrouve ça. Il reconnaît qu’on ne peut pas s’en affranchir. | |
| Raphaël Oui. Et au final, être nommé est quelque chose qui est hyper important dans la Bible. La question du nom est quelque chose de très important parce qu’elle nous rappelle qui on est. Et en fait, étant nommé, c’est une des façons aussi de parvenir à l’identité. Et en fait, il y a un acte aussi d’autorité. Quand Dieu dit à l’homme de nommer et quand Dieu donne un nom. Enfin, bref, on n’a pas le temps de développer tout ça, mais il y a une chose aussi qui touche au fait de reconnaître la filiation avec ça. Et je me dis qu’en fait, finalement, il est dans un rejet de cette filiation et après, finalement, dans une acceptation en disant : « Je me suis planté de rejeter ça. » Mais au final, je trouve qu’il y a quelque chose de bien plus beau dans la vision biblique du monde, c’est qu’on peut être réconcilié avec notre filiation humaine, même si on peut pardonner, vivre un vrai pardon, une vraie réconciliation, mais aussi découvrir une nouvelle facette de notre identité, c’est qu’on peut devenir vraiment des enfants de Dieu. Et finalement, c’est tout l’inverse de l’autonomie. C’est plutôt qu’aller chercher dans la nature une quête du tout, finalement, tu la trouves en Dieu. Et quand tu l’as trouvée en Dieu, tu as vraiment trouvé le bonheur et alors tu peux bien vivre dans le monde dans lequel tu es. Et ça, c’est super beau. | |
| Matthieu Absolument. Et il y a aussi un paradoxe que l’on peut citer, c’est le rapport à la nature et la création. Il y a, en tout cas pas de manière explicite, il n’y a pas, à proprement parler, de confusion entre la nature et Dieu, mais on voit quand même que dans sa manière de concevoir la nature, il en fait une idole. | |
| Raphaël Oui, tout à fait, c’est ça. | |
| Matthieu Parce que c’est elle qui va lui procurer le bonheur, c’est elle qui va lui procurer la liberté, etc. Donc, même s’il ne l’adore pas au sens strict, ce n’est pas animiste, mais en tout cas, c’est une idole. Sauf qu’il y a un paradoxe : l’homme a été créé pour vivre dans la nature et pour la dominer. On vous renvoie à notre épisode sur le mandat culturel. Sauf que là, on voit qu’il est face à quelque chose qui le dépasse et que tout seul, il ne peut pas dominer cette nature qui est plus forte que lui. Et donc, ce qu’il considérait comme étant la source de son bonheur va le tuer. Et en fait, c’est la vraie finalité des idoles. C’est-à-dire qu’on est en train d’adorer quelque chose qui nous tue. Et dans ce rapport à la nature, d’un côté, il y a un point de contraste où il sait que le consumérisme et le matérialisme est une idole de la société occidentale. | |
| Raphaël Il en remplace une par une autre. | |
| Matthieu Voilà, il quitte une idole pour aller en trouver une autre. Et dans les deux cas, ce sont des idoles qui nous tuent comme toutes les idoles. | |
| Raphaël Oui. Excellent. Dernier point là-dessus avant de passer à la suite. J’ai bien aimé aussi… Je trouve que c’est marrant, ça montre les limites, je trouve, du découpage en chapitres dans le film où tu as l’enfance, l’adolescence, la maturité et la sagesse. Ce sont 4 séquences de ce voyage. La dernière, c’est la sagesse. Cette sagesse, ce qui conclut cette étape-là, c’est le regret d’avoir compris qu’il s’était trompé. Donc une sagesse, mais qui est racontée plutôt en creux. Cette sagesse se conclut par regretter de se rendre compte qu’on s’était planté. On peut dire que c’est déjà ça, mais en même temps, qui se conclut de façon dramatique. Et je trouve qu’il y a quelque chose de beau par rapport à ce que la Bible nous dit à propos de la sagesse. Quand j’ai noté le plan du film, ça m’a fait penser au verset du psaume 119, qui est quand même très connu, qui dit : « Comment le jeune homme rendra-t-il pur son sentier ? » Et j’ai pensé à ce gars qui fait son chemin en observant la parole de Dieu. Cette quête qu’il a cherchée en rejetant tout, mais sans chercher la bonne chose, finalement, l’a amené uniquement à des regrets, mais pas à une réponse. Je trouve que c’est un puissant rappel que la réponse à nos grandes questions, et là, j’ai déjà basculé dans le dernier point sur le lien avec l’Évangile et comment communiquer l’Évangile aussi à partir de cela, c’est que cette réponse-là à nos grandes questions, à notre quête du bonheur, elle ne se trouve pas à l’autre bout du monde. « Où irais-je loin de toi ? », comme dit aussi le psalmiste. Tu ne peux pas fuir loin de Dieu. Lui le voit comme une quête et a l’impression de se rapprocher alors qu’il est dans une fuite en avant. Et la réponse, ce n’est pas un lieu, ce n’est pas un espace, un territoire, mais c’est une personne. Et quand tu as rencontré cette personne qui est Dieu, ça redonne du sens à qui tu es et les relations avec tous les autres autour de toi aussi. Et ça répond à la question de la destinée, à la question du bonheur, de la réconciliation avec ton histoire, etc. Il y a une crise d’ado. Je suis sûr qu’en socio, etc. Moi qui ai fait une école d’éducation, avec tous les cours qu’on avait sur l’adolescence, la sociologie, tout ça, à mon avis, c’est un truc que le milieu des éducs doivent kiffer. Un peu le voyage initiatique de rupture et de passage à l’âge adulte, etc. Tu as aussi de ça dedans. | |
| Matthieu Oui, absolument. Dans la dernière étape, communiquer, la question, c’est : comment utiliser ce que l’on regarde pour communiquer l’Évangile ? On a donné déjà pas mal de pistes, parfois anticipé cette étape-là, mais il y a 3 grands axes, je les redis. S’identifier à la condition humaine déchue. En quoi on ressemble à ce personnage, à Christopher ? Montrer comment la vision biblique défie la vision du monde proposée. Montrer en quoi les mensonges de la vision du monde qui est proposée. Et redire l’histoire du film avec l’Évangile, remplacer les mensonges du film par la vérité de l’Évangile. Quand on dit ça, bien sûr, c’est avec la 2 étape. Il y a les points de contact et les points de contraste. Faisons attention à ne pas caricaturer et à ne pas non plus oublier que l’homme, s’il est déchu, il est encore porteur de l’image de Dieu. Et les aspirations de l’homme, souvent déchues, ce sont des perversions de choses qui sont bonnes. Le péché ne fait que tordre quelque chose qui est bon à la base. Donc quelque chose de tordu, nous, on veut se demander, dans notre analyse : il a été tordu par rapport à quoi ? Et on l’a déjà dit un peu en creux au point précédent, mais peut-être l’identification à la condition de ce jeune homme qui est mort à 24 ans, c’est ce désir de liberté et ce désir d’autonomie qui nous anime chacun. Tout le monde désire d’autonomie, de liberté et de bonheur. Je pense que ce sont les deux grands axes. | |
| Raphaël Oui, c’est ça. | |
| Matthieu Et même, si je devais résumer un peu le message du film, je dirais : « Le bonheur est dans la liberté. » Le bonheur est dans la liberté, c’est vrai, sauf qu’on voit que ça dépend, un, de notre définition du bonheur et deux, de notre définition de la liberté. C’est-à-dire qu’on voit que par rapport à ses propres définitions, ce n’est pas comme il avait imaginé. Et on doit remplacer ce que les gens entendent par bonheur et par liberté en leur disant : « Le bonheur que vous recherchez et la manière dont vous le recherchez, la liberté que vous recherchez, vont se transformer, un, en ce qui va causer votre perte et ce qui va causer votre esclavage. » | |
| Raphaël Ça se retourne contre toi. | |
| Matthieu Exactement. La liberté et le bonheur que proposent les idoles, ça va être toujours quelque chose qui nous annihile, qui nous aliène et quelque chose qui nous enferme. Je pense que c’est là le vrai point d’application, le vrai point de communication avec les gens en disant : « Qu’est-ce qu’on voit ? » On voit que le mec, en trouvant ce qu’il cherche- Il s’est tiré une balle dans le pied. Pourquoi ? Parce que ce qu’il cherche, c’est légitime, mais il le cherche au mauvais endroit. | |
| Raphaël Oui, c’est ça. Il a cherché partout, sauf là où il fallait. | |
| Matthieu C’est là où il y a un point de contact avec l’Ecclésiaste. Et c’est là où peut-être on peut aussi faire le pont avec l’Écriture directement en disant : « Finalement, il recherche la sagesse », ou en tout cas, le film présente comme l’âge de la sagesse. Mais la vraie sagesse, c’est quoi ? C’est de se rendre compte que tout est vanité sous le soleil. Et que rechercher le bonheur sous le soleil, ce sera toujours vanité et ce sera toujours des impasses. | |
| Raphaël Oui, et de vivre dans ce monde sachant que c’est le monde de Dieu qui lui appartient. | |
| Matthieu Absolument. | |
| Raphaël Ce que j’ai trouvé fort aussi, c’est où tu as ce vieux monsieur qui veut l’adopter. Je trouve l’image super belle, lui qui est tout seul et qui aime librement ce jeune-là et qui a bien compris qu’il avait rejeté sa famille, comme tu disais, et qui se propose de l’adopter. Donc, tu as cette thématique du rejet d’adoption qui est en contraste. Et en même temps, la personne qui veut l’adopter, c’est celle qui lui parle de Dieu. Et je trouve qu’il y a quelque chose d’un peu typologique vis-à-vis de ce Dieu-là. Quand tu penses notamment à l’histoire de la parabole des 2 fils avec celui qui est parti, qui part loin de son père et qui finalement se rend compte de sa misère et dit : « J’espère que je pourrai aller voir mon père et qu’il m’accepte comme esclave. » On voit le père qui adopte son fils [rire], si je puis dire. Tu as quelque chose de beau et au final, et ça, c’est quelque chose qui est profondément vrai, c’est qu’on vit dans un monde où Dieu place des choses, des éléments, des circonstances, mais aussi des personnes qui sont là un peu comme des panneaux indicateurs pour nous dire : « Les gars, vous vous trompez d’endroit, vous ne cherchez pas au bon endroit. C’est auprès de moi qu’il faut venir chercher. » Et je pensais justement à ces paroles de Jésus qui dit que lui, il est venu donner la vie en abondance. Et finalement, lui, il veut une authenticité, il veut une abondance d’authenticité et de bonheur. Et il cherche dans un monde, et dans ce monde-là, le Créateur est venu et il s’est fait homme, il est venu vivre au milieu de nous. Et je trouve que c’est quelque chose de très beau dans le film. Il ne faut pas oublier que c’est un film qui est triste, qui finit par la mort. C’est ce que tu disais. Et lui, on pourrait se dire aussi qu’il a le courage de la cohérence. C’est-à-dire où on est tous à critiquer peut-être plein de choses dans notre monde qui ne tournent pas rond. Cette superficialité, on a soif d’authenticité, soi-disant, etc. Mais finalement, on n’a pas le courage et lui, il l’a, mais qui se fait aux dépens des autres. Et je trouve que ce qui reste à la fin de ce film, peut-être, c’est aussi à quelqu’un dont on oublie et qui est caché tout le long, c’est la sœur. La sœur et les parents. Eux, quelle réponse ils ont ? Hormis le fait qu’il a rejeté une vision du monde qui lui était proposée, il a voulu en embrasser une autre, mais finalement, ils se rendent compte qu’ils se trompent. Et puis il est mort. Et je me dis : « Quel est l’espoir qui reste pour cette sœur ? » Je sais qu’elle a écrit un livre aussi. J’ai entendu parler de ça, où elle parle de sa relation avec son frère, mais après, de toute sa vie à elle, de son deuil et tout ça. La sœur, c me c’est celle qui reste en carafe sur le bord du côté. Je parle de la sœur, il y a les parents aussi, mais la sœur qui est un personnage important. Et je trouve que tu as cette image aussi, je pense que c’est travaillé. Je me dis où tu as le père qui sort de chez lui en pleurs à un moment donné, qui est en panique et qui finit sur une route assis en larmes. Je ne suis pas un expert, je ne sais pas si c’est voulu jusqu’à ce point-là, mais c’est presque une métaphore par rapport à ce que vit son fils où lui aussi, il sort de chez lui, puis se retrouve sur la route en train de pleurer. Et finalement, le film te laisse avec plus de questions et une mélancolie où c’est beau, tu as des émotions, mais tu ressors profondément mélancolique et triste. Et finalement, dans les expériences, dans la quête du bonheur, c’est quelque chose auquel nous, on peut s’identifier, où finalement, ça se solde souvent par : de toute façon, au final, il y aura quelque chose de triste, c’est qu’il y a la mort. Et quand bien même tu as trouvé le bonheur, quand bien même il l’aurait trouvé, à la fin, il serait mort d’une manière ou d’une autre. Et quid d’après ? Et quid de tout ça ? Et c’est là où l’Évangile offre une réponse qui va bien au-delà de ce que l’homme peut espérer trouver dans ce monde. | |
| Matthieu Oui, c’est ça. Et puis, il y a aussi cette question du vieil homme dont tu parlais, Franz ou je ne sais plus comment il s’appelle. | |
| Raphaël Oui, Fons, Franz. | |
| Matthieu « Qu’est-ce que tu es en train de fuir ? » Et on se rend compte effectivement qu’il y a une fuite. Et que tant qu’il y a une fuite, on sait que ça ne va rien régler. Et la fuite, elle aura une fin. Et un jour, on ne pourra plus fuir. | |
| Raphaël C’est ça. | |
| Matthieu Et de savoir, comme tu dis, qu’à la fin, on meurt. Donc, ça remet tout dans la perspective de la vanité, mais ça remet aussi les choses dans la perspective de l’éternité, en disant : « Quand bien même il aurait atteint le bonheur, ça aura une fin parce qu’il va mourir et derrière, il sera jugé. » Et en disant : « Est-ce qu’on peut se sacrifier ? » La pensée de l’éternité sur l’autel du bonheur temporaire en disant : « Je ne veux pas me soucier de l’éternité, je veux juste kiffer sur Terre, même si ça va finir. » Et on en parlera la prochaine fois qu’on parlera de « Remember Death ». « Même si ça va finir, je sais que je vais mourir, mais en attendant… » C’est son illustration à l’auteur, en disant : « On va sur une île, il y en a qui ont un jet avec toutes les commodités, d’autres, ils seront dans un charter de l’armée. Les 2 sont en train de tomber. Est-ce qu’on se soucie vraiment de : “Tiens, on a kiffé ces 4 dernières heures, on a bien mangé, on s’est bien amusés dans l’avion”, si on sait qu’on va mourir ? » Et là, c’est pareil. Est-ce que dans l’éternité future, on sera contents de la vie qu’on a menée si on passe une éternité à souffrir ? | |
| Raphaël Oui. [rire] C’est ça. Excellent. Il y a beaucoup de choses à dire. | |
| Matthieu Oui, c’est riche. | |
| Raphaël C’est un beau film. C’est ce qui fait un beau film aussi, c’est que tu as beaucoup de choses à en dire. | |
| Matthieu Et encore une fois, on espère que la grille qu’on a concoctée, qu’on vous remet en lien dans la description, pourra vous aider dans vos groupes de jeunes, dans votre réflexion personnelle, dans vos échanges aussi avec vos amis, vos collègues, parce qu’on pense profondément que tous les produits culturels disent quelque chose de nous et du monde qui nous entoure. Et que comme c’est le monde de Dieu, on a quelque chose à dire, puisque le monde dit quelque chose de Dieu et la parole dit quelque شيء du monde. Donc, on a toutes les cartes en main pour pouvoir discuter à partir des objets culturels. On espère que cet épisode vous aura aidés. Peut-être un mot pour conclure, Raph. | |
| Raphaël [souffle] Je pense que c’est le mot de la fin. Mon mot, c’est que vous retrouvez tous les liens en description. | |
| Matthieu [rire] Je pensais que tu aurais mis un mot, qu’il fallait qu’ils tapent en commentaire. | |
| Raphaël Ah oui ! Le mot qu’il faut taper en commentaire, c’est « bagnole », en hommage à nos amis du Québec. | |
| Matthieu Bagnole. OK, super. Merci Raph. | |
| Raphaël Merci Matthieu. Je te souhaite une bonne semaine. | |
| Matthieu Pareil, toi aussi. | |
| Raphaël On se retrouve lundi prochain pour parler de la pertinence culturelle de l’Église. | |
| Matthieu Non. | |
| Raphaël Si. | |
| Matthieu Mais c’est bien tenté. Ah oui ? | |
| Raphaël Si. | |
| Matthieu D’accord. Donc, tu es comme ça, tu es un gros rebelle, toi. | |
| Raphaël [rire] Écoute, c’est ce que j’ai mis dans le planning. | |
| Matthieu Non, on devait parler de « Remember Death », non ? | |
| Raphaël Non, « Remember Death », c’est après, c’est le 39. | |
| Matthieu Alors, autant pour moi. Le 39 ? Ah oui. Très bien, Raph. [rire] Là, on voit notre haut degré de- | |
| Raphaël De préparation. | |
| Matthieu …de préparation. OK, c’est super. Je suis content de parler de ça avec toi. Et puis, à la semaine prochaine. | |
| Raphaël Yes. Allez, à bientôt. [musique] |








