La femme infirme et la souffrance
Luc 13.10-17
Elle entra en boitillant dans la synagogue pour écouter le rabbi guérisseur. Elle espérait encore contre toute espérance. Vous rendez-vous compte ? C’était une « femme possédée d’un esprit qui la rendait infirme depuis dix-huit ans ; elle était courbée, et ne pouvait pas du tout se redresser ».
Dix-huit ans. Combien de ses larmes Dieu avait-il recueillies dans son outre (Ps 56.9) ? Combien de ses prières dans sa coupe (Ap 5.8) ?
Dix-huit années de souffrance. La sourde brûlure de la douleur chronique avait usé jusqu’à son âme. Elle avait perdu des capacités qui lui avaient jusque-là semblé acquises. Elle avait subi la pitié et le dégoût des gens autour d’elle. Elle avait souffert du jugement de ceux qui la considéraient comme punie par Dieu.
Savait-elle que son affliction était démoniaque (v. 16) ?
Dieu le savait. Il savait tout de ses souffrances, il les connaissait mieux qu’elle-même. Et cela faisait longtemps qu’il avait permis à Satan de l’affliger. Longtemps en tout cas à l’échelle des créatures que nous sommes, soumises au temps, dont les vies finies se mesurent en jours et non en millénaires (2P 3.8).
Pourquoi ? Nous avons rarement la réponse à une telle question.
Mais nous obtenons l’une de ces rares réponses dans l’histoire de cette femme. Tout à coup, au beau milieu de cette petite synagogue, elle se trouve submergée par la grâce de Dieu au travers de la compassion du Fils de Dieu :
Lorsqu’il la vit, Jésus lui adressa la parole, et lui dit : « Femme, tu es délivrée de ton infirmité ». Et il lui imposa les mains. À l’instant elle se redressa. (Luc 13.12-13)
En un instant. Dix-huit années de servitude, et un regard, une parole, une main posée sur elle et son océan de souffrance se sépare en deux. Le jour de l’exode est arrivé pour elle. C’était ce jour que Dieu avait fixé pour sa délivrance.
Toutes ces longues années épuisantes de chagrin pour enfin découvrir que sa souffrance avait été prédestinée afin de jouer un rôle dans la révélation du Messie au peuple d’Israël. Dieu n’avait pas tardé à montrer sa compassion ; il s’était montré patient (2P 3.9). Cela en valait-il la peine ? Cette femme « glorifia Dieu » (v. 13).
Mais la compassion de Jésus et la souffrance de cette femme avaient aussi un objectif d’une bien plus grande portée. Imaginez qu’à votre tour vous découvriez ce que cette femme a découvert ? Vos souffrances vous paraissent peut-être vides de sens, mais brusquement vous vous rendez compte qu’elles ont toujours été empreintes de plus de signification que tout ce que vous auriez pu imaginer… Et là, vous découvrez « une joie ineffable et glorieuse » (1P 1.8), pour vous-même, mais aussi pour une multitude d’autres personnes autour de vous ! Est-ce que cela n’en vaudrait pas la peine ? Asseyez-vous et reprenez votre souffle un instant. C’est la réalité. C’est une promesse qui vous est faite (2Co 4.17).
Et la compassion de Jésus a été particulièrement puissante. Quand le chef de la synagogue a protesté face à cet acte de miséricorde un jour de sabbat, il s‘est vu réprouvé par le Maître du sabbat :
« Hypocrites ! lui répondit le Seigneur, est-ce que chacun de vous, le jour du sabbat, ne détache pas de la crèche son bœuf ou son âne, pour le mener boire ? Et cette femme, qui est une fille d’Abraham, et que Satan tenait liée depuis dix-huit ans, ne fallait-il pas la délivrer de cette chaîne le jour du sabbat ?» Tandis qu’il parlait ainsi, tous ses adversaires étaient confus, et la foule se réjouissait de toutes les choses glorieuses qu’il faisait.
Luc 13.15-17
Les adversaires qui avaient été vexés ce jour-là n’étaient pas tous visibles. Bien sûr, le chef de la synagogue et sûrement quelques pharisiens présents ont été humiliés. Mais Satan l’avait été bien plus encore. Cette femme avait été sa prisonnière, et il venait d’être désarmé et renversé d’une seule parole de compassion. Un horrible signe avant-coureur de la grande défaite qu’il essayait d’éviter à tout prix, se débattant comme un beau diable.
Et c’était un merveilleux signe avant-coureur de l’approche d’une délivrance finale pour tous ceux qui aiment le Seigneur :
Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu.
Apocalypse 21.4
De nos jours, ce ne sont pas les larmes, le deuil, les cris, la souf- france ou la mort qui sont choses étranges : « le monde entier est sous la puissance du malin » (1Jn 5.19). Ce qui est étrange, c’est leur défaite. Aujourd’hui vous dites peut-être avec Job : « Maintenant encore ma plainte est une révolte, mais la souffrance étouffe mes soupirs » ( Job 23.2). Vous dites peut-être avec Moïse : « Reviens, Éternel ! Jusques à quand ? […] Aie pitié de tes serviteurs ! […] Réjouis-nous autant de jours que tu nous as humiliés, autant d’années que nous avons vu le malheur » (Psaume 90.13-15).
Mais vous devez savoir que, comme cette femme infirme, la compassion de Dieu en Christ, une compassion patiente, déterminée et puissante, s’approche de vous tel un torrent que personne ne peut endiguer. Le jour de votre délivrance est fixé. Ce jour viendra avec une joie soudaine. Tous vos adversaires seront dans la honte. Toute larme sera essuyée. Et tous ces jours de bonheur engloutiront tous vos jours de malheur dans un oubli glorieux et bienheureux (Rm 8.18).
Cet article est extrait du livre Où est ta foi ?, de Jon Bloom, BLF Éditions, 2016, chapitre 30, pp. 189-192. Publié avec l’autorisation de l’éditeur. Tous droits réservés.







