18. La prédication et l’accompagnement
Pour cet épisode, nous sommes à nouveau en compagnie de Quentin et Matthieu. Toujours sur la doctrine de l’Église, ils vont s’intéresser à la place centrale de la prédication et aux attentes des auditeurs, en soulignant que son but n’est pas d’apprendre des nouveautés, mais de nourrir l’assemblée.
🔍 Pour aller plus loin :
- Les livres de Jonathan Leeman, cité par Quentin
- Aimer l’Église, de Jonathan Meyer, pour sa citation et dans lequel il développe la pensée que la Bible n’est pas l’outil du prédicateur mais le prédicateur l’outil de la Bible.
- L’article 10 commandements pour un prédicateur de Ferguson Sinclair
- L’article Quelques questions pour bien évaluer une prédication
❓ Matthieu répond aux questions :
- Pourquoi est-il pertinent d’associer la prédication et l’accompagnement, et quel est le rôle fondamental de la prédication dans l’Église ? (00:23)
- Quelles devraient être nos attentes et nos motivations lorsque nous assistons à une prédication ? (03:07)
- Pourquoi chercher systématiquement à apprendre « quelque chose de nouveau » dans un sermon peut-il être une attente malsaine ou dangereuse pour le prédicateur ? (06:23)
- Comment le tempérament ou l’histoire personnelle influencent-ils nos attentes face à la prédication (cherche-t-on à être encouragé ou secoué), et pourquoi l’Écriture doit-elle fixer elle-même nos besoins ? (12:56)
- Comment un sens critique trop poussé chez l’auditeur peut-il transformer l’écoute active en une posture d’évaluation malsaine qui le place au-dessus de l’Écriture ? (15:15)
- Comment un prédicateur intègre-t-il concrètement la notion d’accompagnement et diversifie-t-il ses applications pour s’adresser à tous les publics lors de sa préparation ? (22:15)
- Comment les membres de l’Église peuvent-ils prolonger l’impact de la parole prêchée dans leurs relations et conversations au lieu de la laisser confinée à une démarche strictement individualiste ? (25:01)
Les uns les autres, c’est le podcast qui vous aide à mieux comprendre l’Église pour persévérer dans vos relations.
Par le biais de leur association La Boussole, Samuel et Laurent proposent également des formations à l’accompagnement biblique, afin de permettre aux Églises locales d’être autonomes dans l’accompagnement de leurs membres.
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Transcription de l’échange :
ℹ️ Cette transcription a été générée automatiquement, n’hésitez pas à nous signaler toute erreur ou incohérence qui nous aurait échappé.
| Matthieu : Mais si ça fait 30 ans qu’on vient à l’Église et qu’on a une série sur un Évangile qu’on connaît, peut-être qu’on ne va pas apprendre quelque chose de nouveau. Mais ce n’est pas ça le but de la prédication. Le but de la prédication, c’est de dire ce que le texte dit et de dire ce que ça implique. [musique] | |
| Quentin : Bonjour à tous et bienvenue dans le podcast « Les uns les autres », le podcast qui vous aide à mieux comprendre l’Église pour persévérer dans vos relations, en prenant la fin comme point de départ et en chemise à carreaux. Je m’appelle Quentin Polinari, je suis pasteur dans l’est de la France et accompagné de… | |
| Matthieu : Mathieu Géral, pasteur dans l’est de la France. | |
| Quentin : Mathieu, qui anime aussi un podcast qui s’appelle « Memento Mori » avec notre cher frère Raphaël Charrier, qui est le podcast qui parle du présent en prenant la fin comme point de départ. Donc, on va parler de prendre soin les uns des autres en prenant la fin comme point de départ. On pourrait faire un épisode rien que pour ça. | |
| Matthieu : Oui. | |
| Quentin : Rien que sur ce sujet-là. Parce que là, on parle d’ecclésiologie. | |
| Matthieu : Comment l’eschatologie nous aide à prendre soin les uns des autres. | |
| Quentin : Pas mal. Nouvelle idée. Mais du coup, j’accueille pour la deuxième fois Math sur ce podcast pour parler d’ecclésiologie ensemble. L’ecclésiologie, c’est la doctrine de l’Église. Je n’ai pas une manière très simple d’en parler. C’est ce que la Bible dit de l’Église. Notre compréhension de ce qu’est l’Église. Et pour rappel, on considère aussi que l’ecclésiologie nous aide à prendre soin les uns des autres parce qu’on considère que c’est l’environnement, le contexte de la vie du chrétien et que c’est un environnement, c’est une forme qui sert au fond. Et le fond aussi, c’est de prendre soin les uns des autres. Un des buts de l’Église et un des buts dans la vie chrétienne, c’est de prendre soin les uns des autres. C’est un but, pas que. Le premier, c’est la gloire de Dieu, etc. On ne va pas redire tout ce qu’on a dit dans le premier épisode concernant le culte, mais on va parler aujourd’hui d’ecclésiologie et en particulier, on va parler de la prédication. On a fait un premier épisode sur le culte et là, on va parler de la prédication et de l’accompagnement. Pourquoi tu penses que c’est pertinent de parler de la prédication et de l’accompagnement ensemble ? Déjà, qu’est-ce que la prédication ? Pourquoi on prêche le dimanche ? Est-ce que ce ne serait pas mieux de ne pas le faire des fois ? Et c’est quoi le but de la prédication du dimanche ? Est-ce que c’est une tradition ? Est-ce que ce sont les pasteurs qui ont inventé ça pour légitimer leur salaire ? Je te laisse avec toutes ces réflexions. | |
| Matthieu : Bonne question. C’est vrai, pourquoi la prédication est centrale aussi dans nos églises ? Je crois qu’une des pistes de réflexion, c’est de peut-être réfléchir autrement à la prédication, dans le sens où la prédication, ce n’est pas ce que fait le prédicateur, c’est ce qui fait l’Église. Je m’explique. | |
| Quentin : Explique-toi. | |
| Matthieu : En fait, ce n’est pas la prédication que Dieu fait l’Église. Ce n’est pas la prédication que Dieu rassemble son Église. C’est par la prédication de l’Évangile que Dieu appelle à lui des pécheurs. C’est par la prédication qu’il les rassemble, c’est par la prédication qu’il les édifie, c’est par la prédication qu’il les équipe. Donc, la prédication, ce n’est pas d’abord quelque chose que le prédicateur fait, c’est quelque chose que Dieu fait par le prédicateur. Et ça, c’est important aussi dans notre manière de comprendre l’autorité de la prédication. Parfois, on a l’impression qu’il y a le prédicateur, qu’il y a la Bible et qu’il y a le peuple de Dieu et que le prédicateur se sert de la Bible pour nourrir le peuple de Dieu. Non, c’est Dieu, par sa parole, qui se sert du prédicateur pour nourrir le peuple de Dieu. Et donc le prédicateur est soumis à la parole de Dieu et ce n’est pas la parole qui devient un outil, c’est le prédicateur qui devient un outil dans les mains de Dieu, soumis et conduit par sa parole pour rassembler son peuple, pour appeler des hommes et des femmes de toutes les nations, pour les sauver. Et donc, la prédication, c’est la raison d’être de l’Église dans le sens où sans la prédication, l’Église n’existe pas. | |
| Quentin : Oui, parce que l’Évangile ne serait pas prêché. | |
| Matthieu : Exactement. Dieu se fait connaître par la prédication et Dieu sauve des gens par la prédication. | |
| Quentin : Oui, trop bien. Ça me fait penser à un article de Jonathan Meyer aussi par rapport à ça, qui disait que la Bible, ce n’est pas l’outil du prédicateur, mais c’est le prédicateur qui est l’outil de la Bible. | |
| Matthieu : Il en parle bien. | |
| Quentin : C’était très fort. | |
| Matthieu : Et donc la prédication, en fait, elle nous rappelle qui est Dieu, elle nous rappelle qui nous sommes, elle nous rappelle notre besoin fondamental. L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de l’Éternel. Et donc, en fait, elle nous rappelle qu’on est dépendants, on a besoin de la parole de Dieu pour vivre. Et donc, la prédication, elle vient répondre aussi à la question : qu’est-ce qu’on vient faire dans le culte ? On l’a dit la dernière fois, on vient à l’écoute de Dieu. Dieu nous appelle pour nous parler. Dieu nous appelle : « Oui, Seigneur, parle. » | |
| Quentin : Comme 1 Samuel. | |
| Matthieu : Exactement, c’est ça. « Oui, Seigneur, je suis là, parle. » Et on est dans cette attente-là, que Dieu nous fasse du bien par sa parole. Et donc ça, c’est une attente légitime de la prédication. On doit s’attendre à ce que Dieu nous bénisse. Parce que c’est ce qu’il promet de faire. À chaque fois que Dieu nous parle, il nous bénit. | |
| Quentin : OK. Trop bien. Et du coup, on va parler un peu sur deux aspects. On va parler de quand on écoute une prédication et on va parler aussi de quelles devraient être nos intentions quand on fait une prédication aussi, quand on prépare une prédication. Je pense qu’il y a les deux aspects. Et puis nous, on est un peu des deux côtés. On écoute des prédiques et on prépare des prédiques. Premièrement, quand on écoute une prédique, quand on assiste à une prédication, quelles devraient être nos attentes, notre motivation ? | |
| Matthieu : Encore une fois, à chaque fois, les attentes, on doit les soumettre et les calibrer à la lumière de ce que Dieu promet. Et donc, qu’est-ce que Dieu veut faire par la prédication ? Et souvent, nos attentes, elles trahissent ce qu’on attend de Dieu. Et une des attentes que moi, j’entends, et souvent qui est là encore révélée par un, comment on dit ? | |
| Quentin : Dis les termes. | |
| Matthieu : Mais je ne trouve pas le terme. Par une déception. | |
| Quentin : OK. | |
| Matthieu : J’entends des gens qui sont déçus et qui utilisent : « Aujourd’hui, je n’ai rien appris. » En fait, on l’entend souvent. Et ça, ça trahit quelque chose. Ça trahit quoi ? Ça traduit l’idée ou l’attente que la prédication devrait nous apprendre des choses ou que le but premier de la prédication, ce serait de nous apprendre des choses. Ça, je crois que ça traduit quelque chose d’encore plus fondamental et parfois de pas conscient, c’est qu’on grandit quand on apprend des choses nouvelles. Alors, c’est parfois le cas, c’est même souvent le cas, mais ce n’est pas toujours le cas et le but de la prédication, ce n’est pas d’apprendre des choses nouvelles sur Dieu. Le but de la prédication, c’est d’exposer le conseil de Dieu. C’est de nous dire ce que Dieu nous dit, c’est de nous faire comprendre, c’est de nous expliquer le sens. On a dans Néhémie, Ezra qui parle au peuple et qui dit, qui lit et qui explique le sens, qui interprète la Bible, qui dit : « Mais voilà ce que Dieu veut nous dire, voilà ce que ça implique. » Et c’est ce qu’on fait dans la prédication. On prend le texte de la parole, on l’expose et on l’applique. On se dit : « Mais comment on doit comprendre ça ? Qu’est-ce que ça devrait changer ? » Et donc, le plus souvent, surtout si on vient dans l’Église depuis longtemps, c’est clair que si on est nouveau dans la foi chrétienne, on va apprendre tout le temps des choses. En fait, on n’est pas familier avec les textes. Mais si ça fait 30 ans qu’on vient à l’Église et qu’on a une série sur un Évangile qu’on connaît, peut-être qu’on ne va pas apprendre quelque chose de nouveau. Mais ce n’est pas ça le but de la prédication. Le but de la prédication, c’est de dire ce que le texte dit et de dire ce que ça implique. | |
| Quentin : Je rebondis sur deux choses par rapport à ce que tu as dit. C’est que quand on parle de prédication, on présuppose une prédication textuelle, qu’elle soit suivie ou pas suivie, peu importe. Mais une prédication textuelle, ça veut dire que le centre du sermon, le point principal du sermon, c’est le point principal du texte au niveau herméneutique. Donc, le sens du sermon et les applications du sermon sont appuyés par ce que le texte dit et le sens du texte. Et la deuxième chose, plus en lien aussi avec ce que tu viens de dire, c’est que ça met une culture de la prédication et une pression de la prédication assez malsaine d’avoir toujours ce truc d’apprendre quelque chose de nouveau. Parce qu’en fait, comment tu veux apprendre quelque chose de nouveau à quelqu’un qui, ça fait 30 ans, finit son plan de lecture de la Bible en un an, ça fait 30 ans qu’il écoute des prédications. Oui, des fois, ça pourra, mais je pense que c’est dangereux pour le prédicateur, de par le fait qu’il va se mettre une pression pour dire : « Si je ne trouve pas quelque chose de nouveau à dire sur un texte, ça ne va pas accrocher l’assemblée. » Et d’autre part, je dirais même dangereux, parce qu’à force de chercher des trucs nouveaux, on va peut-être chercher des trucs faux ou mettre en avant des choses, des détails ou des points secondaires pour faire le truc nouveau qui ne mériterait pas d’être autant mis en avant. Et je pense que ça peut être aussi dangereux pour dévier du sens du texte, de toujours trouver quelque chose de nouveau dans un texte. Je ne sais pas ce que tu en penses. | |
| Matthieu : Non, c’est clair. Si tu as une culture où tu attends qu’il y ait l’effet waouh, en tant que prédicateur, tu vas être tenté, même implicitement et inconsciemment, de trouver le truc qui va faire waouh et de chercher les accolades et les acclamations, de dire : « Non, c’était vraiment bien. Je n’ai jamais vu le texte comme ça. » Honnêtement, s’il y a un chrétien mûr qui me dit ça- | |
| Quentin : C’est plutôt une remise en question qu’on devrait avoir. | |
| Matthieu : C’est plutôt une remise en question. Si jamais dans ta vie, tu as entendu ça. Et c’est possible. Et c’est possible aussi qu’il a toujours entendu la même chose et qu’il a l’impression qu’il l’entend pour la première fois. Parce que Dieu a agi d’une manière particulière cette fois-là, etc. | |
| Quentin : Mais ce n’est pas gage de qualité, ni gage de bonne prédication, ce truc de quelque chose de nouveau. | |
| Matthieu : Exactement. Et encore une fois, je ne crois pas que l’effet- Je crois qu’on doit s’attendre à ce que Dieu nous parle. On doit s’attendre à ce que Dieu fasse quelque chose en nous, mais on ne devrait pas s’attendre à ce que Dieu fasse quelque chose en nous de forcément discernable sur le moment. Je crois qu’on est encore parfois dans l’événementiel où on a l’impression que s’il ne se passe rien, j’en retire rien. Mais en fait, il y a plein de femmes. Par la grâce de Dieu, j’ai une femme qui cuisine très bien, donc j’ai souvent l’effet waouh quand je mange. [rire] Mais parfois, je n’ai pas d’effet waouh parce que c’est quelque chose qu’on mange au quotidien. On a besoin de se nourrir. Et j’ai autant besoin de me nourrir quand il y a l’effet waouh que quand il n’y a pas l’effet waouh. | |
| Quentin : C’est les deux des nourritures qui te font du bien. | |
| Matthieu : Exactement. J’ai besoin de ça. Et en plus, ça devrait nous rappeler que ce dont on a besoin, ce n’est pas qu’il y ait quelque chose de nouveau, c’est qu’on comprenne mieux des choses qu’on sait déjà et qu’on les vive mieux. En fait, l’Évangile, il n’est pas nouveau. | |
| Quentin : On se les rappelle. | |
| Matthieu : On se les rappelle. L’Évangile n’est pas nouveau. Dieu est toujours le même et nous, on est toujours les mêmes. Et donc, on a besoin : « Voici l’Évangile que je vous ai annoncé et que je vous rappelle. Je n’ai de cesse de vous rappeler. » On lit ça dans les épîtres. | |
| Quentin : Paul, quand il va aller à Rome, il s’adresse à des chrétiens, puis il y va pour leur rappeler l’Évangile. « J’ai un désir de vous prêcher l’Évangile. » Et nous, on est là, on se dit : « On veut prêcher l’Évangile à des non-chrétiens. » Et lui, il dit : « Non, on veut prêcher l’Évangile à des chrétiens. » | |
| Matthieu : Et Pierre, il rappelle pareil dans ses épîtres : « Je vous rappelle ce que je vous ai annoncé, etc. » | |
| Quentin : Que l’Évangile, c’est aussi pour les chrétiens. | |
| Matthieu : Exactement. C’est normal qu’il y ait des choses qu’on découvre parce qu’on n’aura jamais épuisé les trésors de l’Écriture. Mais ce que j’ai découvert dans ma vie chrétienne, c’est que ce qui me touche le plus, c’est rarement les choses nouvelles. C’est des choses dont je redécouvre la profondeur. Et les choses les plus profondes, c’est les choses les plus simples. | |
| Quentin : Oui, trop bien. C’est la question des applications. L’autre coup, j’avais une réflexion en formation à l’herméneutique dans l’Église sur la question des applications. On disait : « Le sens du texte, il ne va pas bouger que j’aie 20 ans, que j’aie 50 ans, que j’aie 60 ans. Par contre, la manière dont il va s’appliquer dans ma vie, elle va bouger, pas parce que le texte a changé, mais parce que moi, j’ai changé. » | |
| Matthieu : Et parce que le monde a changé aussi. | |
| Quentin : C’est ça. Et parce que le monde a changé, parce que mes circonstances ont changé, etc. La partie herméneutique ne bougera pas, parce que la parole de Dieu est immuable, mais ses applications à ma vie changeront. Et c’est ce qui fait que ce ne sera pas des vérités nouvelles, mais ce sera des « pertinenecs nouvelles », entre guillemets, pour ma vie de s’appliquer ces choses-là en fonction des circonstances de ma vie. Trop bien. Donc, on a parlé peut-être de l’attente d’avoir quelque chose de nouveau qui n’est pas bonne. Tu d’autres choses en tête sur les attentes qui pourraient être bonnes ou pas bonnes quand on est soit du côté- | |
| Matthieu : Oui, je pense qu’il y a des choses qu’on attend suivant notre tempérament, notre caractère, notre histoire, notre maturité spirituelle, notre culture, etc. Certains veulent être encouragés, mais ont une vision de l’encouragement qui est plutôt : « Tout va bien et change rien. » D’autres, à l’inverse, veulent être secoués. Et c’est presque une vertu. | |
| Quentin : Je pris la claque. | |
| Matthieu : Le prédicateur, il nous a bien remués, il nous a brassés. Et en fait, il y en a qui vont chercher après une prédication où le prédicateur te met une claque. | |
| Quentin : Tu te mets une petite tape dans le dos. | |
| Matthieu : Et l’autre, il va te caresser, il va te faire un petit massage. Et c’est là où si on est soumis au texte et si on dit : « On veut prêcher tout le conseil de Dieu », et si on fait de la prédication textuelle suivie aussi, c’est-à-dire on suit l’ordre des livres de la Bible, on va avoir tout ce que Dieu veut nous dire. Et parfois, il va nous encourager. Parfois, il va nous reprendre. Et si le prédicateur est soumis non seulement au sens du texte, mais aussi au ton du texte, parfois, on a besoin d’être… souvent, on a besoin d’être encouragé. Je dirais le plus souvent, on a besoin d’être encouragé. Et parfois, on a besoin d’être repris. Et on doit entendre des avertissements. Je pense que l’épître aux Hébreux, je pense que c’est une épître sous forme de prédication, presque une homélie. Et il y a beaucoup d’avertissements. Il y a beaucoup d’encouragements, il y a aussi des avertissements. On a besoin d’entendre ça. Et donc, ce serait une mauvaise attente que d’attendre toujours la même chose. Parce que, et c’est ça la beauté aussi, je trouve, de la prédication textuelle suivie, c’est que c’est l’Écriture qui nous révèle ce dont on a besoin. Et venir avec des attentes prédéfinies, c’est penser que j’ai moi-même une conscience claire et saine de ce dont j’ai besoin. Or, même mes besoins, c’est l’Écriture qui me les révèle. Et donc, souvent, l’Écriture nous révèle un truc, on se dit : « Oui, c’est vrai, je n’avais même pas conscience que j’avais besoin de ça ou que j’étais comme ça. » | |
| Quentin : Oui, trop bien. Trop bien. Je n’ai rien à rajouter. C’était magnifique. | |
| Matthieu : Super. | |
| Quentin : Je dis amen. J’ai envie de rebondir sur d’autres choses, mais avant de rebondir sur d’autres choses, je veux savoir si tu avais encore en tête, rester un peu sur la même question, sur la question des attentes. On a parlé de la question des- De la nouveauté. On a parlé de la question de nos propres attentes qui ne sont peut-être pas les bonnes attentes et que, du coup, on devrait être soumis à ce que Dieu dit. Est-ce que tu aurais d’autres choses en tête ? | |
| Matthieu : Je pense que ce sont les principaux. | |
| Quentin : Ce sont les principaux ? Oui. Je n’en ai pas d’autres qui me viennent en tête comme ça, mais j’ai une réflexion sur l’attitude que je veux avoir aussi en tant que prédicateur. | |
| Matthieu : Après, peut-être une dernière chose aussi. | |
| Quentin : Vas-y. | |
| Matthieu : Pardon. | |
| Quentin : Pas de souci, je te pardonne. | |
| Matthieu : Ça fait le point avec l’attitude. | |
| Quentin : Ah, trop bien. | |
| Matthieu : Et c’est un truc avec mi-attente et mi-attitude. Je pense qu’on peut développer un sens critique qui peut devenir malsain. C’est-à-dire qu’on vient avec l’idée d’évaluer le prédicateur plutôt que d’être à l’écoute de ce que Dieu veut nous dire. Et je pense que ça, c’est nourri parfois par les différences entre les prédicateurs, aussi par la formation. Je pense que plus tu as conscience de ce qui se joue dans la prédication et plus tu vas voir des choses que tu ne voyais pas avant. Tu vas un peu voir l’envers du décor, entre guillemets, ou des aspects plus techniques, etc. Et tu vas avoir une posture un peu de critique ou d’évaluation. Et je pense que ça, ce n’est pas mauvais en soi, mais ça peut être dangereux. De la même manière que n’avoir aucun sens critique est dangereux. C’est-à-dire ne pas être en capacité de ne pas juste recevoir passivement, mais d’avoir une écoute active. Et finalement, l’assemblée est le garant de l’intégrité de l’Église. Et donc, si jamais il y a un prédicateur qui dit une dinguerie, les membres doivent être capables d’aller le voir et d’aller voir les anciens en disant : « Il a dit ça, c’est contraire à l’Évangile. » Et donc, on doit développer une capacité d’évaluation. | |
| Quentin : C’est ça. | |
| Matthieu : Mais ça devient dangereux quand ça nous met au-dessus de l’Écriture. Et on n’est plus réceptifs. On fait un pas de côté un petit peu et on regarde alors qu’on devrait venir les mains ouvertes. | |
| Quentin : Exactement. Et moi, je me dis souvent, même si j’écoutais ce qui est à mes yeux la pire prédication que je puisse écouter, si ça repose sur la Bible, donc ça reste une prédication, j’ai quelque chose à en retirer. Je me dis toujours : « Ne te focalise pas sur ce qui ne te paraît pas dingue à tes yeux, mais retire quelque chose, même de la pire prédication qui pourrait exister, parce que c’est Dieu qui parle à son peuple. » Et du coup, je ne suis pas en train d’assister à une prestation et je ne suis pas spectateur. Je suis destinataire. Et ça, il y a quand même un truc où je le confesse, que je peux vite tomber dans le côté technique ou dans le côté genre : « C’est bien, ce n’est pas bien pour ci, pour ça, etc. » Mais en attendant, ce qui était clair, ce qui était bien et ce qui était biblique, qu’est-ce que j’en fais ? Et ça, je pense que c’est aussi un danger pour la manière dont on écoute une prédication et de se dire que c’est au prédicateur de faire la performance oratoire la meilleure possible qui fait qu’il va m’empêcher de m’endormir. Et je pense que tout prédicateur devrait essayer au mieux de le faire, mais on n’a pas une formation de politicien, on ne fait pas des meetings politiques. Donc, l’art oratoire a ses limites, a ses avantages et ses inconvénients. On pourra en parler un autre jour. Pour moi, c’est une arme à double tranchant. Mais quand même, en tant que spectateur, je me dis que ce n’est pas comment le prédicateur : « Vas-y, prouve-moi que je ne dois pas m’endormir », mais comment aussi, je dois me dire : « Je ne suis pas là pour attendre ça. Je suis là pour ne pas m’endormir, moi. » Et à quel moment j’ai cru qu’il n’y a pas d’effort aussi à fournir de mon côté ? Il y a ce truc de dire : « Pour moi, écouter une prédication, apprendre des choses sur Dieu, se remémorer des choses sur Dieu, se renouveler dans notre foi par la prédication aussi. » Ça demande des efforts. Je parle pour moi, mais je suis sûr que d’autres personnes se reconnaissent aussi. À quel moment tout le fardeau repose sur le prédicateur ? C’est un acte ecclésial, la prédication. C’est-à-dire qu’il y a des efforts du prédicateur, mais il y a aussi des efforts de l’assemblée, sinon ça ne devient plus un acte ecclésial, ça devient un acte de prestation. | |
| Quentin : Tout à fait. | |
| Matthieu : Et là, il y a une grosse différence. C’était aussi sur ces choses-là que je réfléchissais un peu ces derniers temps. Quand je vois des personnes s’endormir, notamment. Mais bref, on doit faire de notre mieux. Mais aussi, on doit être convaincus qu’en tant que personne… Et maintenant, j’essaie de réfléchir à comment- Je ne sais pas si ça peut paraître un peu bizarre, mais comment aussi, dans mon écoute, je montre au prédicateur que je l’écoute ? | |
| Quentin : Ça change. Moi, je suis allé prêcher chez un frère, c’était à l’étranger. Et c’était la première fois… | |
| Matthieu : Tu avais plein de personnes ? | |
| Quentin : Non, j’avais des gens qui disaient « Amen ». | |
| Matthieu : Trop bien. | |
| Quentin : On n’a pas l’habitude de ça, nous, dans nos milieux. Mais ça m’encourageait tellement. Ce n’est pas quelque chose auquel je veux m’attendre, parce que je ne pense pas que c’est normatif. Mais en même temps, je me disais : « Il y a des gens qui sont là pour t’encourager. » Et en tant que prédicateur, en réalité, tu te focalises sur eux. Moi, je ne me focalise pas sur le gars qui dort. | |
| Quentin : C’est ça. Moi, je focalise sur les personnes qui sont comme ça. | |
| Matthieu : Qui te regardent, qui sont concentrés, qui t’acquiescent et qui t’encouragent. | |
| Quentin : À fond. | |
| Matthieu : Il y a un truc, et ça aussi, c’est super important. Je pense que nous, en tant qu’auditeurs, on n’est pas des auditeurs. C’est une conversation. | |
| Quentin : C’est ça, oui. | |
| Matthieu : Et d’ailleurs, parfois, même sur le coup, tu vois qu’il y a des gens qui froncent les sourcils et tu sens qu’il y a un truc qui pourrait être peut-être expliqué et tu vas rebondir. | |
| Quentin : Tu sors ton script et tu y vas. | |
| Matthieu : Exactement. C’est presque un dialogue où en face, c’est une communication non verbale. Mais tu détectes que de l’autre, il y a une espèce de feedback non verbal comme ça. | |
| Quentin : Oui, trop cool. Et peut-être dernier point sur la question de la prédication et l’accompagnement. En fait, deux questions. Comment toi, dans ta prédication, dans ta préparation de la prédication, tu fais attention à la notion d’accompagnement ? Et le deuxième pan de la question : comment tu penses que la prédication devrait être, ou doit être, un terreau fertile pour l’accompagnement et pour le fait de prendre soin les uns des autres ? | |
| Matthieu : Peut-être deux choses pour ta première question. La première, j’étais très marqué récemment parce que je l’ai vu, c’est quelque chose que je savais, mais que j’ai vu faire. Mark Dever, j’étais en stage six mois dans son église. Et Mark Dever, quand il prépare une prédication le samedi, il invite sept gars à manger, toujours au même restaurant, toujours à la même table. Et dans la semaine, il te demande de préparer un plan sommaire, de réfléchir au texte, de le lire, etc., de le méditer. Et pendant le repas, le but du repas, c’est en gros, il y a deux moments, c’est de poser toutes les questions sur le texte. Et donc, à ce moment-là, ils se rendent compte, un, s’ils maîtrisent bien le texte, ils se rendent compte de peut-être : « Il y a des choses qui ne sont pas claires. Ah oui, c’est vrai, ça, c’est une super question. Il faudrait que je l’adresse dans la prédication. » Et puis, deuxième moment, il dit : « Vous prenez un quart d’heure et vous notez toutes les applications du texte. » Et ensuite, on fait le tour de la table et il nous demande toutes les applications de la meilleure qu’on pense jusqu’à ce qu’on ait fini. Et lui, il a un tableau avec des colonnes avec plusieurs « publics cibles », entre guillemets, pour les chrétiens, pour les chrétiens matures, pour les chrétiens immatures, pour les chrétiens découragés. | |
| Quentin : C’est l’application grid. | |
| Matthieu : Exactement, la grid application. Pour les non-chrétiens, pour les enfants, pour les parents, etc. Et après, il note dans les cases, dans les parties du texte : « Ah oui, ça, c’est l’application de la première partie et ça concerne plutôt des non-chrétiens, etc. » Et en fait, il fait l’effort de réfléchir à comment ce texte ou cette partie de texte peut parler à des non-chrétiens ou à des chrétiens, etc. Et ça empêche d’avoir des applications qui sont toujours pour les mêmes personnes. Et donc je pense que ça, c’est un des premiers moyens de réfléchir à l’accompagnement, c’est que tu montres que la vérité de la parole concerne tout le monde, et pas juste tout le monde ensemble, mais aussi chacun en particulier et différemment, suivant qu’on soit un enfant, suivant qu’on soit un aîné, suivant qu’on soit un tout jeune chrétien, suivant qu’on soit même un non-chrétien. Donc, tu montres comment la parole s’adresse à chacun. Et ça, ça aide aussi dans l’accompagnement. D’une part, c’est une manière de prendre soin des autres. Et comment ça aide les uns les autres à prendre soin les uns des autres ? Ça montre comment l’Écriture s’adresse en particulier à certains. Et donc ça nous forme à réfléchir à comment ce que je lis s’applique à moi et peut s’applique aux autres de manière particulière. Donc ça, c’est le premier truc. Et peut-être la deuxième chose, c’est de réfléchir à des applications communautaires. | |
| Quentin : Oui, trop bien. | |
| Matthieu : Comment ce texte-là nous encourage dans notre vie d’église, dans notre vie chrétienne ensemble ? Et comment ça va nous aider à cultiver la grâce, à s’encourager dans l’obéissance, à se réconforter, à se consoler, etc. Et donc, je montre comment cette parole, elle n’est pas juste pour toi de manière particulière ou pour toi et pour toi différemment de pour lui, etc., mais pour nous ensemble. Et en fait, en faisant des applications communautaires, je montre comment la parole, elle est donnée pour nous édifier et comment Dieu utilise sa parole pour nous édifier. Et là aussi, je suis en train d’équiper les membres pour s’édifier les uns les autres par la parole. | |
| Quentin : Ça me fait penser à aussi une réflexion que j’ai ces derniers temps sur la question, je crois que c’est dans un livre de Lyman, Clinton Lyman, qu’on pourrait traduire « Résonance » en français aussi. | |
| Matthieu : Je n’ai pas lu celui-là. Sur la prédique, oui. | |
| Quentin : Oui. Et en fait… J’ai l’impression, dans mon expérience, que parfois, j’écoute une prédication. C’est ce truc un peu individualiste que tu disais aussi par rapport au culte. Je fais un peu mon culte perso amélioré. J’ai reçu le texte de la prédique, la prédication, des applications et tout. Et je garde ça pour moi. C’est comme si c’était un truc de vase clos. J’ai écouté ma prédique, tout le monde a écouté sa prédique, la même prédique, mais côte à côte, de manière individualiste. On n’en reparle jamais. Dans le livre, il parle de résonance et je me dis : « À la fin du culte, on prend des nouvelles, comment ça va et tout. » Peut-être une des questions dans ces contacts, dans ces moments de relation à ce moment-là, ça peut être aussi : « Qu’est-ce que tu retiens de la prédique aujourd’hui ? Qu’est-ce qui t’a le plus travaillé ? » Moi, c’est ça qui m’a le plus travaillé, qui m’a le plus remis en question ou qui m’a le plus encouragé ou qui m’a le plus réconforté ou consolé ou rassuré. Bref, il peut y avoir plein de choses. Mais je me dis : « Comment, en tant que membre, on se saisit de l’occasion de la parole prêchée pour l’édification dans nos relations derrière ? » Y compris dans la semaine. On a un couple à manger le mardi ou le mercredi : « Tiens, tu as pensé quoi de la prédique de dimanche ? Qu’est-ce qu’on retient ? Comment ça nous a travaillés ? » Et ce n’est pas juste un one shot, boum, c’est fini. Et puis si ça n’a rien fait sur le coup, rien. Alors qu’on pourrait être ultra édifiés. Et je pense même qu’il y aurait des personnes qui auraient d’autres applications à ce moment-là dans des conversations. « Tiens, ce texte, il y a ça qui m’a travaillé et ça m’a fait réfléchir à ça aussi. » Et je pense qu’on pourrait exploiter et qu’on gâche un peu des fois la parole qui est prêchée si on la laisse éteinte après 11 heures ou 11 heures et demie et qu’après, on n’en reparle pas entre nous et qu’on gagnerait de la richesse dans l’édification, dans nos relations, dans les profondeurs, d’en reparler entre membres derrière. | |
| Matthieu : Oui. Et ça, c’est la question presque du repas de famille pour moi. Nous, on pose la question quand on a du monde le dimanche. On se demande : « Qu’est-ce qui vous a interpellé ? Qu’est-ce qui vous a fait du bien ou étonné ou encouragé ce matin ? » Et puis, avec les enfants, je demande systématiquement : « C’était sur quoi ce matin ? Qu’est-ce que vous avez vu ? » Et puis, en plus, les enfants, ils font le même programme. Donc, mes deux garçons qui ne sont pas dans le même groupe, ils suivent le même programme. Pareil, ils suivent toute l’histoire de la Bible. Donc, à chaque fois, ils ont un passage biblique. « Qu’est-ce que vous avez retenu ? Qu’est-ce que tu penses que Dieu veut dire avec ça ? » Et donc, c’est quelque chose que tu fais naturellement dans la famille, avec tes enfants. Et c’est quelque chose que tu veux faire naturellement dans la famille de l’Église, s’encourager les uns les autres, entre frères et sœurs, dans ce qu’on a entendu. | |
| Quentin : Trop bien. Dernier mot ? | |
| Matthieu : Merci. | |
| Quentin : C’est un très bon dernier mot. Merci encore, Mat, pour ta présence et pour ces réflexions. On espère que ça vous encourage dans votre compréhension de la prédication, dans votre écoute ou préparation de prédication. En tout cas, moi, ça m’encourage d’avoir ces discussions-là, ça me rappelle de bonnes choses. Et on vous dit à bientôt pour un prochain épisode. | |
| Matthieu : À bientôt. |








