J’ai souvent entendu affirmer que tout croyant est un missionnaire. D’ailleurs, une Église que je connais et que j’aime a installé un panneau bien en vue à la sortie de ses locaux, sur lequel on peut lire : « Vous entrez maintenant sur le champ missionnaire. »

J’apprécie beaucoup l’esprit qui anime ces mots. Car la vérité, c’est que Christ appelle tous ses fidèles à faire des disciples. Cela signifie-t-il pour autant que chaque croyant devrait porter le titre de missionnaire ? Je dirais que la réponse est non, pour les raisons suivantes :

1. Le témoignage du Nouveau Testament concernant les missionnaires

Les Écritures utilisent de nombreux titres pour désigner ceux qui appartiennent à Christ, notamment « disciple », « ambassadeur », « chrétien » et « saint ». Les termes les plus courants désignant les croyants mettent l’accent sur la famille (« frères et sœurs ») et l’union avec Christ (« en Christ »).

Le terme « missionnaire », cependant, n’apparaît pas dans le Nouveau Testament. Le terme qui s’en rapproche le plus est « apôtre », qui vient du grec apostolos, signifiant « celui qui est envoyé ». Nous tirons le terme « missionnaire » du mot latin missio, qui signifie « acte d’envoyer ».

Les quatre évangiles canoniques réservent le terme « apôtre » aux douze hommes qui composent le cercle intime de Christ. Jésus leur confère une autorité unique en tant que fondateurs du mouvement chrétien primitif. À la Pentecôte, le Saint-Esprit confirme cette autorité en accomplissant des signes et des prodiges par leur intermédiaire (Ac 2.43 ; 9.36-42; 2 Co 12.12).

Plus tard, dans le livre des Actes et dans les épîtres, la portée sémantique du terme « apôtre » s’élargit. Il continue de désigner les douze premiers apôtres, mais inclut également les proches collaborateurs des apôtres, ainsi que ceux qui sont envoyés pour fonder des Églises (Rom 16.7). Ces derniers correspondent probablement à ce que nous appelons aujourd’hui des missionnaires. Dans tous les cas, ce terme désigne des personnes envoyées.

2.    Paul était un missionnaire

Dans Actes 13, l’Église d’Antioche reconnaît la nécessité d’envoyer des ouvriers dans des régions non évangélisées. Elle prie donc, cherche la direction du Saint-Esprit et consacre Paul et Barnabas au service missionnaire. Cela ne signifie pas que ceux qui restent sur place ne rendent pas témoignage à Christ dans leur ville. Ils le font en tant que disciples, ambassadeurs, sel et lumière. Mais pas en tant que missionnaires. Car l’Esprit ne choisit pas toute l’Église d’Antioche comme « ceux qui sont envoyés ». Au contraire, ses membres restent sur place, prient, donnent, se mobilisent et œuvrent pour l’avancement du royaume. Exactement comme les croyants doivent le faire aujourd’hui, vis-à-vis des missionnaires que l’Église envoie.

3. Les missionnaires franchissent des frontières

Au fil de l’histoire, les missionnaires ont bravé des voyages périlleux vers des destinations lointaines pour la cause de Christ. Les nombreuses biographies de missionnaires que mon mari et moi avons lues à nos filles témoignent des dangers que ces femmes et ces hommes courageux ont volontairement affrontés pour porter l’évangile aux confins du monde. Heureusement, au cours du siècle dernier, le transport aérien, la médecine moderne et la mondialisation ont réduit les risques associés aux missions à l’étranger et ont permis à un nombre bien plus grand de chrétiens de répondre à cet appel.

Cela dit, tous les missionnaires ne sont pas obligés de quitter leur pays natal. Les nations sont désormais à notre porte, puisque les peuples les moins évangélisés du monde ont élu domicile dans de nombreuses grandes villes occidentales. Même si ceux qui servent parmi eux ne franchissent pas nécessairement de frontières physiques, ils traversent bel et bien des barrières linguistiques et culturelles pour apporter la Bonne Nouvelle aux perdus.

4. Les missionnaires doivent trouver des soutiens financiers

Concrètement, il existe une grande différence entre un missionnaire et un formateur de disciples œuvrant au sein de son Église ou sur son lieu de travail : un missionnaire doit trouver du soutien financier. Cet aspect de la vie missionnaire peut être une source de joie, mais il peut aussi être source d’un stress et d’un découragement considérables. C’est particulièrement vrai pour ceux qui ne sont pas doués pour la communication et qui ont du mal à mobiliser d’autres personnes pour qu’elles se joignent à leur équipe de soutien. Mon propre pasteur salarié, évangéliste fidèle, formateur de disciples doué et berger fidèle, a déclaré plus d’une fois qu’il était très reconnaissant de ne pas avoir à solliciter de soutien financier comme mon mari et moi devons le faire. Ce n’est pas évident !

5. Tous sont appelés à former des disciples

Certaines Églises font un excellent travail pour inspirer et équiper leurs membres afin qu’ils témoignent de Christ au sein de leur communauté. Historiquement, cependant, certaines Églises ont tellement mis l’accent sur les missions à l’étranger qu’elles ont négligé l’évangélisation locale. Par conséquent, leurs communautés restent non évangélisées alors qu’elles investissent massivement pour atteindre les nations au nom de Christ.

À l’autre extrême, certaines Églises soutiennent que la charité commence chez soi, et que nous devrions donner la priorité à notre voisinage avant de penser aux âmes perdues à l’autre bout du globe. Cette approche peut mener à une compréhension affaiblie du grand mandat et à une désobéissance pure et simple au commandement du Christ de faire des disciples de toutes les nations.

Conclusion

La solution consiste à reconnaître que le maître de la moisson appelle certains ouvriers de l’Évangile à se rendre jusqu’aux confins de la terre, et qu’il charge son épouse de subvenir à leurs besoins d’une manière digne de Christ (3 Jn 6). Tout en envoyant ces missionnaires, les Églises devraient également mobiliser la famille de Dieu sur place afin qu’elle fasse rayonner l’Évangile de Christ comme un phare au sein de leur communauté. Non pas en opposition aux missionnaires interculturels, mais en tant que partenaires, formateurs de disciples et hérauts de notre grand Rédempteur et Roi.