Par conséquent, les étudiants en théologie doivent faire de leur implication dans une Église locale une priorité.
Cependant, une telle affirmation peut être mal comprise et mérite d’être précisée. Les annexes 1 et 2 apporteront d’ailleurs des éléments supplémentaires à cette réflexion. Mais commençons par poser les bases de ce sujet épineux.
Humilité, humilité, humilité
On n’étudie pas la théologie pour augmenter son « pouvoir » ni son « influence » dans l’Église. Comme le disait l’un de mes professeurs de théologie pastorale – pourtant formé sur le terrain, à Londres, par l’un des hommes de Dieu les plus influents du 20e siècle, John Stott : « Occupez-vous de votre fidélité à Dieu et laissez Dieu s’occuper de votre influence. »
On étudie la théologie pour mieux servir les autres, dans la fidélité à Dieu. Jésus lui-même nous a donné ce cadre dans l’Évangile selon Marc :
Alors Jésus les appela tous auprès de lui et leur dit : « Vous savez ce qui se passe dans les nations : ceux que l’on considère comme les chefs politiques dominent sur leurs peuples et les grands personnages font peser leur autorité sur eux. Il ne doit pas en être ainsi parmi vous. Au contraire : si quelqu’un veut être grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur, et si quelqu’un veut être le premier parmi vous, qu’il soit l’esclave de tous. Car le Fils de l’homme n’est pas venu pour se faire servir, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour beaucoup. »
Marc 10.42-45
Le verset culminant de l’Évangile selon Marc (10.45) nous apprend que Jésus fut le modèle par excellence du leader-serviteur. Pourtant, nous avons besoin d’autres modèles, vivant près de nous « en chair et en os », qui suivent eux-mêmes l’exemple de Christ. Des hommes et des femmes capables d’affirmer, à l’instar de l’apôtre Paul : « Suivez donc mon exemple, comme moi, de mon côté, je suis celui de Christ » (1 Co 11.1). Or, c’est le plus souvent dans l’Église locale que nous trouverons de tels modèles.
Connaissances, caractère et compétences
La plupart des formateurs s’entendent pour dire qu’une formation théologique complète doit couvrir en profondeur trois aspects : les connaissances, le caractère et les compétences de la personne en formation. Si bon nombre de connaissances s’acquièrent plus facilement dans une faculté de théologie ou un institut biblique, le travail sur le caractère et les compétences trouve un terreau particulièrement fertile dans l’Église locale. Toutefois, gardons toujours à l’esprit que c’est l’étude et la méditation de l’Écriture qui, sous l’action de l’Esprit, transforment à la fois le caractère et les compétences.
Parmi ces deux derniers aspects (caractère et compétences), il importe d’accorder la priorité au développement du caractère chrétien. Voilà ce qui, le plus souvent, qualifie ou disqualifie les aspirants au ministère. Terminons ce chapitre par quelques remarques sur la formation du caractère « par osmose », tout en réservant au chapitre suivant une discussion sur l’acquisition de compétences de terrain.
La transformation par l’observation et l’imitation
À dix-huit ans, un pasteur ontarien œuvrant à Chicoutimi m’a proposé de quitter ma Montérégie natale pour terminer mon cursus préuniversitaire, le fameux « Cégep » québécois, dans le magnifique Saguenay. Au cours de cette année particulière, il serait pour moi un « mentor », m’aidant à éprouver la vocation pastorale que je pensais avoir reçue l’été précédent. Il me guiderait également dans la détermination des nombreuses étapes manquantes à ma formation – si l’appel pastoral devait se confirmer.
Pendant un an, j’ai donc été « formé » par David. Nous nous voyions une fois par semaine ou tous les quinze jours. Nous étudiions l’Écriture ensemble, mais nous échangions aussi abondamment sur ma vie personnelle, mes luttes, mes projets. Nous priions à deux. J’imaginais déjà devenir pasteur deux ou trois ans plus tard. Lui me fit vite comprendre qu’il faudrait plutôt tabler sur une dizaine d’années de formation supplémentaires, minimum. Car il avait à l’esprit la triade « connaissances-caractère-compétences », et j’avais encore beaucoup de chemin à parcourir.
Je passais beaucoup de temps chez David, observant sa piété personnelle, sa vie de couple et sa famille. Trente ans plus tard, quels sont mes souvenirs les plus vifs de cette période de ma jeunesse ? L’exemple de vie que représentait David, sans hésiter.
Des années après mon séjour à Chicoutimi, je rencontrai Laura, ma future épouse, à la faculté de théologie. Lorsque notre amitié prit forme, elle me fit vite comprendre qu’elle aimerait bien devenir « missionnaire, voire épouse de missionnaire », mais certainement pas « épouse de pasteur » ! Et moi qui aspirais au ministère pastoral…
Après quelques mois, elle s’ouvrit progressivement à la possibilité d’une vie pastorale, mais non pas parce qu’elle se découvrait enfin sensible à mon charme ! Profondément touchée par la vie de nos pasteurs et de leurs épouses, dans cette Église qui nous marqua à jamais, elle se dit qu’une vie au service de l’Église locale serait des plus passionnantes.
Une fois de plus, c’est l’exemple d’hommes et de femmes de Dieu qui avait fait la différence. Par la grâce de Dieu, ces modèles ont également investi dans notre savoir-faire, nous transmettant des compétences pastorales que nous ne possédions pas encore.







