Quand suivre Jésus veut dire rentrer chez soi

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Quand suivre Jésus veut dire rentrer chez soi
Jon Bloom
Jon Bloom

Retourne dans ta maison et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi. – Luc 8.39

Le rendez-vous du Gadarénien

Luc 8.26-39

Nous avons tendance à penser que suivre Jésus signifie laisser de côté tout ce qui nous est connu pour nous lancer dans l’inconnu. Mais parfois, comme ce fut le cas pour le Gadarénien démoniaque, l’appel le plus difficile à suivre c’est celui qui nous renvoie chez nous.


Pour la première fois depuis très longtemps, il avait véritablement le contrôle de ses facultés. Il pouvait réfléchir ! Pas d’accès de rage. Pas de peur. Pas de tourments. Une paix semblable à une mer calme. Il avait même envie de garder ses habits sur lui.

Mais la chose la plus merveilleusement étrange, c’était ce sentiment de pureté intérieure. Son âme était purifiée.

L’homme des tombeaux de Gadara tourna à nouveau son regard vers Jésus. Dans son esprit enfin lucide, il repensait à ces mots : « Fils du Dieu Très-Haut. »

Qui aurait cru que le Fils de Dieu ressemblerait autant à n’importe quel autre homme juif ? Il n’était pas très grand et n’avait aucun signe distinctif. L’homme des tombeaux en avait battu de plus impressionnants que lui dans son passé de rages démoniaques.

C’était d’ailleurs ses démons qui avaient reconnu Jésus : « Fils de Dieu », étaient leurs mots. Qu’est-ce qu’ils avaient bien pu voir ? Au cours de toutes ses années de tourments, l’homme n’avait jamais ressenti une terreur comme celle qui l’avait parcouru en voyant Jésus descendre du bateau. C’était la terreur du condamné. Il pensait à ce moment-là qu’il vivait déjà l’enfer ; aujourd’hui, il savait qu’il y avait bien pire que cela.

Et maintenant, il était débarrassé de ses démons. De toute sa vie, il n’avait jamais connu un tel sentiment de sécurité et de paix du simple fait de se tenir dans la présence de Jésus. Il ne connaissait Jésus que depuis quelques heures, mais il avait déjà décidé qu’il serait son disciple pour la vie. La vie à ses côtés promettait d’être un paradis sur terre.

L’homme regarda vers le lac de Tibériade. Des carcasses de porc s’échouaient sur la rive, d’autres étaient emportées par les vagues. Il frissonna à la pensée de ces souvenirs pénibles. Mais il sentit la main rassurante de Jésus sur son épaule.

Brusquement, au bruit qui leur parvenait des collines, tout le monde se retourna. Un petit groupe de gens s’approchait d’eux et les gardiens des porcs étaient à leur tête. Il discernait l’inquiétude dans leurs voix.

Quelques hommes allèrent inspecter le troupeau de carcasses flottantes. Mais les autres s’arrêtèrent à quelques mètres d’eux. Chacun cherchait à apercevoir l’homme des tombeaux.

Il les reconnaissait presque tous.

Il avait l’habitude de lire la peur dans leurs yeux. Mais cette fois-ci, c’était différent. Alors que l’un des porchers racontait ce qui s’était passé, tous regardaient tour à tour l’homme et Jésus. C’était de Jésus qu’ils avaient peur.

Les murmures de la foule s’amplifièrent jusqu’à devenir des supplications angoissées : « S’il vous plaît, partez ! Nous ne voulons pas de problèmes par ici !» Certains commençaient déjà à repartir rapidement vers la ville. Pendant des années, cet homme des tombeaux, dont le corps était devenu le lieu de campement pour des milliers de démons, les avait terrorisés. Et voilà qu’arrivait quelqu’un d’encore plus puissant que lui. Quels que soient les pouvoirs maléfiques qu’ils attribuaient à Jésus, les gens du coin voulaient le voir partir au plus vite.

L’homme des tombeaux se sentit confus et attristé. Ils ne comprenaient pas ! Jésus n’avait rien à voir avec ses démons. La puissance de Jésus était pure et sainte. Il était puissamment bon. Ces gens tiraient des conclusions qui étaient fausses. Si seulement ils pouvaient écouter ce que Jésus avait à leur dire…

Mais Jésus demanda à Pierre de préparer le bateau. Il partait ! Il n’allait même pas essayer de s’expliquer !

L’homme se précipita pour lui demander :

— Maître, s’il vous plaît, je peux partir avec vous ? Je vous suivrai n’importe où ! Je ferai n’importe quoi !

Jésus le fixa intensément pendant un instant, sans prononcer une parole. Puis il posa à nouveau sa main rassurante sur l’épaule de l’homme et lui dit :

— Retourne dans ta maison et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi.


Les mots « Retourne dans ta maison » ont dû briser le cœur de cet homme. Sa maison n’était pas pour lui un lieu chaleureux rempli de beaux souvenirs. Sa maison était probablement un lieu de souvenirs si ténébreux qu’il aurait préféré les laisser tous derrière lui pour ne jamais y revenir.

Mais parfois, suivre Jésus peut vouloir dire qu’il nous faut retourner vers des endroits dans lesquels nous avons jadis connu désolation et angoisses indescriptibles. L’idée d’y retourner provoquera une certaine crainte en nous rappelant nos anciens démons et les gens qui nous ont connus dans le passé. Mais Jésus nous y renvoie, car c’est dans ces endroits que la grâce de Dieu agissante dans nos vies pourra briller avec le plus d’éclat.

Jésus veut que nous comprenions que son salut et sa protection couvrent aussi ces terribles endroits de notre passé. S’il a le pouvoir de briser l’emprise mortelle que Satan avait sur nous et nous rendre libre, il peut aussi racheter les lieux de notre ancien esclavage et en faire des vitrines de la grâce omnipotente de Dieu.

N’ayez pas peur. Le bon Berger marchera à vos côtés et vous protégera sur les chemins les plus sombres (Ps 23.4). Proclamez ce que Dieu a fait pour vous. Vous avez été envoyés, car il existe d’autres hommes des tombeaux qui attendent eux aussi leur délivrance.

Cet article est extrait du livre Où est ta foi ?, de Jon Bloom, BLF Éditions, 2016, chapitre 34, pp. 213-216. Publié avec l’autorisation de l’éditeur. Tous droits réservés.