Jon Bloom
Jon Bloom

Après cela, Jésus sortit et il vit un collecteur d’impôts du nom de Lévi assis au bureau des taxes. Il lui dit : « Suis-moi ». Et laissant tout, il se leva et le suivit. – Luc 5.27-28

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Lévi et la grâce

Luc 5.27-32; Matthieu 9.9-13; Marc 2.13-17

La seule chose qui nous qualifie à être des disciples de Jésus, c’est que nous sommes des pécheurs qui ont besoin de la grâce. Comme l’apôtre Lévi (Matthieu) allait bientôt le découvrir, Jésus n’appelle à lui qu’une seule sorte de personnes : les pécheurs.


Lévi jeta un regard autour du feu de camp, ses yeux passant de Jésus aux onze autres disciples. Quelle étrange école rabbinique ! pensa-t-il. Pas ce qu’on pourrait appeler la crème de la crème en matière d’érudit. Ce rabbi qui n’avait aucune formation théologique reconnue, avait rassemblé autour de lui une bande hétéroclite de disciples, avec une préférence certaine pour les pêcheurs de poissons.

Mais lui, Lévi, se considérait comme l’élément le plus étrange de cette étrange équipe.

Il avait été collecteur d’impôts. Ce qui veut dire qu’il avait principalement travaillé pour le compte de Rome. Il était donc considéré comme un traître par quasiment tous ses voisins. En effet, « collecteur d’impôts » et « pécheur » étaient de parfaits synonymes.

Celui qui avait conçu le système de collecte des recettes pour l’empire était un vrai génie. Le système était conçu pour encourager la corruption des collecteurs. Tant que Rome recevait le montant fixé pour leur région, les collecteurs étaient libres de garder tout ce qu’ils voulaient pour eux. Autant dire qu’il y avait de l’argent à se faire pour les gens financièrement ambitieux et éthiquement… peu regardants. Et plus le collecteur était corrompu, plus il était rejeté des siens, plus c’était essentiel pour lui que Rome garde sa mainmise sur son peuple.

Cela avait été un choix professionnel compliqué. Les revenus d’un collecteur d’impôts étaient à la fois importants et réguliers. Ils n’étaient pas dépendants, comme d’autres, des fluctuations du marché local ou des caprices de la météo. Mais il fallait accepter de subir une autre sorte de sécheresse : celle de l’acceptation sociale. Quand Lévi était devenu collecteur, il savait qu’il échangeait sa réputation pour sa sécurité financière. Dès lors, il avait gardé ses distances avec ceux qui fréquentaient la synagogue et il s’était plutôt fait des amis du côté de la caste des « pécheurs ».

Puis ce jour est arrivé, à la fois le plus étrange et le plus beau jour de sa vie.

Lévi avait entendu parler du rabbi Jésus. Tout le monde semblait ne parler que de lui. On rapportait des miracles incroyables. Les gens étaient perplexes en entendant ses paraboles.

Et voilà que Jésus était en ville ! Lévi aurait voulu aller l’écouter parler, mais il était submergé de travail. Les collecteurs d’impôts n’avaient pas intérêt à décevoir leurs responsables régionaux.

Assis à son comptoir de taxes, Lévi avait vu une foule animée s’approcher. L’expérience lui avait appris à garder la tête baissée et à faire semblant d’être occupé pour éviter de croiser le regard de tous ceux qui le méprisaient.

Mais la foule s’était arrêtée juste devant son petit bureau. Il sentait que tous les regards étaient posés sur lui. Il entendit de nombreux murmures parcourir l’assistance. Il leva prudemment la tête. Un jeune homme au regard intense le fixait des yeux. Il sut immédiatement que c’était Jésus.

Brusquement son estomac se noua. Il s’attendait d’un instant à l’autre à recevoir une sévère remontrance rabbinique.

Mais voici tout ce que Jésus lui a dit : « Suis-moi ». Des exclamations indignées s’échappaient de la foule et les murmures se transformèrent en manifestation d’indignation générale. Lévi ne bougeait pas, comme paralysé par la surprise. Jésus s’adressait vraiment à lui. Mais que voulait-il dire ?

L’expression de Jésus se fit plus sérieuse et il lui fit signe de la main. Il voulait littéralement que Lévi le suive… immédiatement !

Les pensées s’entrechoquaient dans l’esprit de Lévi. Que faire de son comptoir de taxes ? De tous ces registres… Où Jésus allait-il ? Est-ce qu’il y en avait pour longtemps ? Mais toute cette confusion fut bien vite dissipée par une pensée très claire. Jésus voulait dire : « Laisse tout tomber et suis-moi. » Jésus l’avait choisi comme disciple.

Jésus m’a choisi moi? Mais est-ce qu’il savait… Puis soudain, il sut que Jésus savait.

Il se sentit rempli d’un sentiment d’exaltation et de joie comme jamais auparavant. Pendant si longtemps il avait pensé (et on le lui avait confirmé) que Dieu ne voulait rien avoir à faire avec lui. Mais aujourd’hui, au travers de Jésus, il avait l’impression que Dieu s’adressait directement à lui. Il savait, qu’en abandonnant son bureau, il allait certainement perdre son emploi… Mais Lévi se surprit lui-même à ressentir une grande joie à l’idée d’abandonner sa sécurité matérielle pour suivre Jésus, ce rabbi qu’il ne connaissait même pas. C’était tout aussi inexplicable qu’irrésistible.

Alors, il posa sa plume, se leva et se plaça simplement derrière Jésus. Il ne s’était jamais senti aussi libre de sa vie.

Et ce soir-là, un an plus tard, assis près de ce feu, Lévi était à nouveau frappé de constater : Oh ! combien les voies de Dieu peuvent être si étranges, si merveilleuses et si pleines de grâce ! Qui aurait pensé que Dieu aurait pu choisir, au milieu de son peuple, un collecteur d’impôt, et qu’il allait le faire passer de son petit comptoir de taxes au rang de disciple du Messie tant attendu par Israël ? Aujourd’hui, de nombreux collecteurs d’impôts et autres pécheurs étaient venus grossir les rangs de ceux qui suivaient Jésus.


La seule qualification de Lévi pour rejoindre la bande de disciples de Jésus, c’est qu’il était pécheur. Jésus était venu pour appeler des pécheurs à la repentance (Lc 5.32). Lévi était atteint par cette terrible maladie du péché et Jésus, le grand Médecin, l’en avait guéri (Lc 5.31).

C’est pour cette raison que Lévi avait, un peu plus tard, organisé une fête chez lui et qu’il avait invité tous ses amis, pécheurs comme lui, à venir rencontrer Jésus. Et plusieurs d’entre eux avaient suivi Jésus (Marc 2.15).

Jésus ne nous a pas appelés à cause de notre justice ou de nos qualités. Il nous a appelés quand nous étions encore morts dans nos péchés (Ép 2.1) et aveuglés par le dieu de ce monde (2Co 4.4). Il nous a appelés alors que tout ce que nous avions à apporter, c’était nos besoins.

Et maintenant que nous sommes devenus ses disciples, tout ce que nous avons encore, en tant que pécheurs rachetés, c’est notre besoin de lui. Il est le cep et nous sommes les sarments ; sans lui nous ne pouvons rien faire (Jn 15.5). Il nous remplit de l’Esprit (Ga 3.5) afin que nous le servions uniquement avec la force et la grâce qu’il déverse en nous (1P 4.11).

En effet, c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Ce n’est pas par les œuvres, afin que personne ne puisse se vanter. En réalité, c’est lui qui nous a faits ; nous avons été créés en Jésus-Christ pour des œuvres bonnes que Dieu a préparées d’avance afin que nous les pratiquions.

Éphésiens 2.8-10

Nous ne cessons jamais de suivre Jésus. Chaque jour est une nouvelle invitation à croire, à se réjouir, et à répondre à cette inexplicable et irrésistible invitation.

Cet article est extrait du livre Où est ta foi ?, de Jon Bloom, BLF Éditions, 2016, chapitre 33, pp. 207-211. Publié avec l’autorisation de l’éditeur. Tous droits réservés.