Jésus savait-il et ne savait-il pas en même temps ?

3 min de lecture
Jésus savait-il et ne savait-il pas en même temps ?
Pascal Denault
Pascal Denault

Que savait réellement Jésus durant son ministère terrestre ? Ignorait-il certaines choses ? A-t-il volontairement renoncé à exercer certains attributs divins en devenant homme ? Ou bien est-il demeuré pleinement omniscient tout au long de son incarnation ? Ces questions peuvent sembler relever de la spéculation théologique, mais elles touchent en réalité au cœur même de la foi chrétienne : qui est Jésus-Christ ?

Depuis le concile de Chalcédoine, en 451, l’Église confesse que le Christ est une seule personne en deux natures, véritablement Dieu et véritablement homme, « sans confusion, sans changement, sans division ni séparation ». Cette formulation est devenue l’un des fondements de la christologie chrétienne. Pourtant, à l’époque moderne, plusieurs théologiens ont estimé qu’elle ne répondait plus adéquatement aux questions soulevées par les Évangiles ou par la pensée contemporaine. Comment un être véritablement omniscient peut-il grandir en sagesse ? Comment Dieu peut-il souffrir ? Comment concilier une pleine humanité avec une pleine divinité ?

À la fin du XIXe siècle, deux théologiens de premier plan se sont affrontés sur ces questions. L’anglican Charles Gore proposait une forme modérée de kénotisme : selon lui, le Fils de Dieu aurait volontairement limité l’exercice de certains attributs divins afin de vivre une humanité authentique. Face à lui, le théologien réformé B. B. Warfield jugeait qu’une telle solution compromettait la doctrine classique de Dieu et risquait d’affaiblir la pleine divinité du Christ. Il développa plutôt sa célèbre théorie de la gemina mens, cherchant à rendre compte des deux natures du Christ sans modifier les attributs divins.

Mais ce débat est-il réellement celui d’un théologien « moderne » contre un défenseur de l’orthodoxie ? Notre invité, Pierre-Sovann Chauny, soutient que les choses sont beaucoup plus nuancées. Dans sa récente thèse doctorale, il montre que Gore demeure profondément enraciné dans la tradition chrétienne, tandis que Warfield, malgré son attachement à l’orthodoxie réformée, est lui aussi marqué par certaines catégories de la pensée moderne.

Voici les questions que j’ai posées à Pierre-Sovann dans cette discussion :

  1. Comment es-tu arrivé sur ce sujet ? (03:43)
  2. Peux-tu nous résumer les principales critiques modernes adressées à la christologie traditionnelle de Chalcédoine ? (06:23)
  3. Pourquoi avoir choisi Charles Gore et B. B. Warfield comme figures principales de cette controverse ? Que représentent-ils chacun dans le débat entre tradition et modernité ? (14:29)
  4. Tu soutiens que le kénotisme modéré de Gore n’est pas un rejet de Chalcédoine, mais une tentative de le sauver ou de le réinterpréter. Quelle est exactement sa solution ? (23:56)
  5. Pourquoi Warfield juge-t-il la solution de Gore problématique ? À ses yeux, que perd-on si l’on suit Gore dans sa compréhension de la kénose ? (32:55)
  6. Quelle solution Warfield propose-t-il pour maintenir à la fois la pleine divinité et la pleine humanité du Christ ? Peux-tu expliquer simplement sa théorie de la gemina mens? (38:42)
  7. Tu critiques la gemina mens de Warfield comme une innovation. En quoi diffère-t-elle substantiellement du dyothélisme affirmé à Constantinople III ? (46:00)
  8. Ta thèse semble montrer que le vrai problème n’est pas seulement christologique, mais aussi lié à la doctrine de Dieu. Pourquoi l’impassibilité, l’immutabilité et le langage analogique sont-ils si importants pour bien parler du Christ ? (01:01:02)
  9. En quoi consiste exactement le dépouillement du Christ s’il ne s’agit pas d’une soustraction de sa divinité ? (01:08:18)
  10. Au terme de ta recherche, comment répondrais-tu aux critiques modernes de Chalcédoine ? Faut-il réparer Chalcédoine, la reformuler ou plutôt mieux la comprendre ? (01:12:08)

Retrouvez l’épisode #401 de Coram Deo sur ces différentes plateformes :