Jon Bloom
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« Simon, fils de Jonas, as-tu de l’amour pour moi ? […] Nourris mes brebis. » – Jean 21.17

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Pierre et la restauration

Lire : Jean 21.15-19

— Simon, fils de Jonas, as-tu de l’amour pour moi ?

Pierre était attristé. Assis sur la plage après leur petit-déjeuner, Jésus venait de lui demander pour la troisième fois s’il l’aimait. Pierre avait déjà répondu oui de tout son cœur les deux premières fois. Que pouvait-il dire de plus ?

Avec ces questions, le Seigneur mettait le doigt sur une plaie toute fraîche dans le cœur de Pierre. La nuit où Jésus avait été arrêté, Pierre était tombé au plus bas. Au moment même où son Seigneur traversait ses pires angoisses, Pierre avait nié même le connaître. Ce péché l’avait ébranlé jusqu’au plus profond de son âme.

Jésus avait pourtant prédit qu’il allait faire cela (Jn 13.38). Mais dans la chambre haute, autour du repas de la Pâque et en compagnie des autres disciples, Pierre ne l’avait pas cru. Il s’entendait encore affirmer : « Je donnerai ma vie pour toi » (Jn 13.37).

Il ne se rendait absolument pas compte de la profondeur de sa propre faiblesse. Il s’était imaginé défiant fièrement le Sanhédrin aux côtés de Jésus, sans souci de ce qui pourrait lui arriver. Mais cette nuit-là, alors que Jésus faisait face au Conseil, Pierre n’avait même pas réussi à faire face à une simple servante :

— Ne fais-tu pas partie, toi aussi, des disciples de cet homme ?

Il s’était complètement effondré :

— Je n’en fais pas partie (Jn 18.17).

Je n’en fais pas partie. Ces mots avaient tenu Pierre éveillé la nuit. Il était censé être un rocher (Mt 16.18). Cette nuit-là, le rocher s’était fissuré de toutes parts. Il n’était pas celui qu’il croyait être. Alors, qui suis-je ? Pierre ne s’était jamais senti aussi peu sûr de lui.

Ce matin-là, quand Jésus lui demanda pour la troisième fois s’il l’aimait, Pierre était bien triste. Il se dit qu’il avait peut-être perdu la confiance de son Sauveur. Il avait échoué. Mais il l’aimait vraiment. Tout ce qu’il pouvait faire à présent, c’était en appeler à l’omniscience de Jésus :

— Seigneur, tu sais tout, tu sais que j’ai de l’amour pour toi.

Et Jésus le savait. En fait, Pierre a compris plus tard ce que Jésus avait réalisé au travers de cette douloureuse conversation. Il n’avait pas du tout mis en doute l’amour de Pierre. Au contraire, il lui avait permis de confesser cet amour autant de fois qu’il l’avait misérablement renié lors de cette terrible nuit. La grâce de Jésus était bouleversante.

Et Jésus s’adressa à Pierre. Il aurait un jour une autre opportunité de confesser son amour publiquement, au risque de sa vie. Puis il lui dit :

— Suis-moi.


L’un des bons amis de Pierre a écrit plus tard : « En effet, nous trébuchons tous de bien des manières » (Jc 3.2). Ceci est bien vrai.

La culpabilité liée aux échecs et aux péchés du passé peut nous hanter et nous paralyser de bien des manières. Satan aime nous enchaîner par les liens de la condamnation. Mais Jésus cherche à nous rendre complètement libres.

Quand Jésus nous a choisis pour être ses disciples, il connaissait déjà tous nos futurs échecs, tout comme il connaissait ceux de Pierre. Nous sommes peut-être surpris par notre pourriture intérieure, mais Jésus ne l’est pas. Nous ne voulons probablement pas croire que nous pourrions renier Jésus en tombant dans un péché qui contredit tout ce en quoi nous croyons. Mais Jésus nous connaît, il sait ce qu’il y a au fond de nous (Jn 2.25). C’est pourquoi il nous exhorte au travers de Pierre :

Restez vigilants et priez pour ne pas céder à la tentation. L’esprit est bien disposé, mais par nature l’homme est faible.
– Matthieu 26.41

Jésus prie aussi pour nous. Quand nous échouons, nous devons nous rappeler ce que Jésus avait dit à Pierre avant son propre échec : « J’ai prié pour toi, afin que ta foi ne disparaisse pas ; et toi, quand tu seras revenu à moi, affermis tes frères » (Lc 22.32). Pierre allait tomber dans le péché, lamentablement. Mais Jésus avait prié pour lui. Et la prière de Jésus était plus puissante que le péché de Pierre. Elle est aussi plus puissante que nos péchés aujourd’hui : « Il peut aussi sauver parfaitement ceux qui s’approchent de Dieu à travers lui, puisqu’il est toujours vivant pour intercéder en leur faveur » (Hé 7.25). Et « si nous reconnaissons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner et pour nous purifier de tout mal » (1Jn 1.9).

Jésus est le grand restaurateur des incapables qui se repentent. Avant son échec, Jésus avait dit à Pierre : « Quand tu seras revenu à moi [quand tu te seras repenti], affermis tes frères. » Et là, sur la plage, il donne à nouveau à Pierre la plus belle invitation que l’on pourrait recevoir ici-bas sur la terre : « Suis-moi. » Il devait laisser son échec derrière lui. Il y avait un travail à faire pour le royaume, il y avait une mort violente à supporter, et il y avait une vie éternelle à savourer.

L’échec de Pierre ne le définissait pas. Et nos échecs ne nous définiront pas non plus. Les échecs sont de terribles chutes sur notre chemin à la suite de Jésus. Les échecs nous gardent humbles. Et Jésus a payé pour chacun d’eux à la croix. Il a réglé nos dettes vis-à-vis du Père et nous a donné une conscience libre de tout sentiment de culpabilité comme un gage de son immense amour.

L’Église de Jésus-Christ est la communauté des incapables pardonnés. À travers l’histoire de Pierre, Jésus nous montre comment il peut transformer un incapable en un solide rocher pour son Église. Puissamment fortifié par l’Esprit de son Seigneur bien-aimé, Pierre est devenu un disciple de Jésus. Un disciple qui souffre, un disciple qui encourage, un disciple qui persévère. Un disciple toujours humble.

Pierre sera toujours un courageux ambassadeur de l’Évangile du pardon pour les incapables les plus misérables.


Cet article est extrait du livre Où est ta foi ?, de Jon Bloom, BLF Éditions, 2016, chapitre 20, pp. 132-136. Publié avec l’autorisation de l’éditeur. Tous droits réservés.