Le duel Esther/Haman (Esther 7) – Florent Varak


Découvre cette prédication de Florent Varak sur Esther 6.1-14. Elle est la septième d’une série de 9 prédications sur le livre d’Esther que tu pourras retrouver -ici-.

La plupart des blogueurs ToutPourSaGloire.com sont également pasteurs. Aujourd’hui, tu peux toi aussi bénéficier de leurs enseignements grâce à notre nouveau podcast Prédications TPSG. Ces prédications, qui se veulent résolument textuelles et christocentriques, te feront redécouvrir le sens profond des Écritures et nourriront ta foi en Christ.

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Notes écrites de la prédication:

Quelle trame a notre vie?

Il est marquant de constater que les rois d’Israël ont souvent une simple phrase pour eulogie.

Il fit ce qui est mal aux yeux de l’Éternel et marcha dans la voie de Jéroboam (en se livrant) au péché qu’il avait fait commettre à Israël.

– 1R 15.34

Il abandonna l’Éternel, le Dieu de ses pères, et ne marcha pas dans la voie de l’Éternel.

– 2R 21.22

Il fit ce qui est droit aux yeux de l’Éternel et marcha dans les voies de David, son père. Il ne s’en écarta ni à droite ni à gauche.

– 2 Ch 34.2

Qu’est-ce qui résumera nos vies?

J’ai profité des derniers jours d’été pour faire un petit tour de vélo. Je me suis arrêté dans un cimetière pour souffler un peu et pour regarder ce qui était écrit sur les tombes. C’est bien sûr poignant.

Il y a des témoignages d’amour, et je me dis c’est chouette quand une femme écrit de son mari qu’il a été un époux tendre et aimant. Il n’y a parfois rien du tout. Juste des dates, qui témoignent de notre passage rapide sur terre.

Et puis j’ai vu ces tombes. Qui contenaient des versets bibliques. Il faut dire que dans le petit village où je me trouvais, des protestants avaient trouvé refuge et il restait des vestiges de leur présence. Ces tombes portaient le témoignage d’un appui externe à leurs hôtes, et à leurs accomplissements. Un appui, une force.

Lorsqu’on a regardé la vie et le parcours d’Esther, je vous ai encouragé à faire un « chemin de vie » pour identifier les influences, les événements qui ont sculpté votre présent et vous permettent de comprendre ce que Dieu, dans sa souveraineté, a tissé (ou ce qu’il veut tisser) en chacun de nous.

Nous voyons la fin d’une autre trajectoire aujourd’hui, celle d’Haman. Avec l’ambition du pouvoir comme axe principal, nous allons constater sa chute…

Esther patiente (Est 7.1-2) Haman se tait

1 Le roi et Haman arrivèrent pour festoyer avec la reine Esther. 2 En ce second jour également, pendant qu’on buvait le vin, le roi dit à Esther: Quelle est ta demande, reine Esther? Elle te sera accordée. Quelle est ta requête? Jusqu’à la moitié du royaume, elle sera exaucée.

– Est 7.1-2

C’est le second banquet. Presque tous les personnages de cette intrigue sont présents.

Le roi est Assuérus, ou Xerxès pour les grecs; un despote qui gouverne un immense territoire. C’est aussi un goujat qui a viré sa femme Vasthi (elle venait du nord de la France [joke]) parce qu’elle refusait de parader devant son mari et ses militaires lors d’une beuverie nationale. Au terme d’un concours sordide où il testa 400 vierges confiées à ses eunuques, il sélectionna Esther.

Esther est une orpheline juive éduquée par Mardochée son oncle. Ce sont des Juifs assimilés qui ne respectent pas vraiment la Loi. Esther devient donc la reine de Xerxès. Mais au bout de cinq années, Xerxès se lasse d’Esther. Il préfère son harem. Le problème, c’est qu’Esther a besoin de dire quelque chose de vital au roi pour les millions de Juifs répartis dans l’Empire perse. Mais… le roi ne la convoque plus dans sa chambre. Alors elle ose interrompre le roi, au péril de sa vie, et l’invite à un banquet. Lors de ce 1er banquet, elle fait monter les enchères en ne disant rien de sa demande. Elle la réserve pour ce soir.

Haman est un Agaguite. Ennemi juré d’Israël de père en fils depuis Moïse! Haman est le Grand Vizir du royaume, c’est-à-dire une sorte de 1er ministère, et il est vraiment, vraiment en colère parce que Mardochée est le seul humain du royaume qui ne veut pas se prosterner devant lui. Il en a conçu une telle haine, qu’il a obtenu de Xerxès un décret autorisant la population à tuer les Juifs partout où ils sont et à les spolier de leurs biens.

Et c’est donc pour cela qu’Esther a invité Assuérus / Xerxès, en présence de Haman, afin de tenter d’obtenir le salut des Juifs. Lors du premier banquet, le roi arrive. Comme un roi arrive! Vous voyez ce que je veux dire? Il n’y a personne au-dessus de lui, il a droit de vie ou de mort sur ceux qui l’entourent. Il a une reine magnifique, et un harem bien fourni. Sa seule contrainte, c’est qu’il ne peut annuler une loi existante. Il peut signer une loi contraire, mais la loi des Mèdes et des Perses était réputée éternelle… tout empire périra.

Il entre pour faire la fête! Ça, il sait faire! Le 1er chapitre s’ouvre sur un festin de 6 mois où le vin coulait à flots et les banquets étaient largement pourvus. Il a peut-être une migraine parce qu’il a passé une nuit blanche. Comme par hasard, en sortant du banquet de la veille chez Esther, il a été frappé d’insomnie, et il a fait lire le livre des Chroniques. Comme par hasard, on lui a lu que Mardochée lui avait sauvé la vie. Et comme par hasard, on ne l’avait pas récompensé. Il arrive donc, avec un tube d’aspirine et deux/trois expressos dans les veines, probablement impatient de savoir ce que sa reine a sur le cœur.

Haman entre également, l’estomac dans les talons, et une haine éternelle envers Mardochée. Il avait dressé une potence de 25m et n’attendait qu’une chose: demander au roi la tête de Mardochée.

Comme par hasard, le matin où Haman prévoit de demander la tête de cet homme, les serviteurs de l’empereur lui lisent et lui rappellent que Mardochée lui avait sauvé la vie sans être récompensé. Xerxès demande à Haman de faire parader Mardochée dans la ville pour l’honorer.

Haman n’imaginait pas que son ennemi serait un jour un favori du roi. Pire, qu’il serait obligé de lui baiser les pieds. Il rentre chez lui dépité. Sa famille comprend que la roue tourne… Il n’a plus envie de venir faire la fête! La veille, il avait convoqué ses amis et sa famille pour se vanter de sa propre gloire et de l’invitation à la maison du roi. Le lendemain, il est avachi dans son salon, et ce sont les eunuques du roi qui viennent le chercher.

Ils lui parlaient encore lorsque arrivèrent les eunuques du roi; ils s’empressèrent d’emmener Haman au festin qu’Esther avait préparé

– Est 6.14

Et puis voilà la reine Esther. C’est une belle femme pleine de courage. Au début de l’histoire, elle porte Yves Saint Laurent pour vêtements et Channel sur sa peau. Elle lit Cosmopolitan et certainement pas la Bible. Elle surfe sur internet pour trouver des chaussures italiennes et des sacs fabriqués en Lozère (c’était la mode à l’époque! [joke]).

Mais le décret signé par son mari lui fait réaliser, grâce à l’influence de Mardochée, qu’il y a mieux à faire que de soigner son sex-appeal et son compte en banque. Elle invite les Juifs à jeûner pour elle. Implicitement, c’est un élan de prière et d’intercession vers Dieu. Il y a comme un réveil spirituel. C’est vraiment une expérience de conversion.

L’Ancien Testament exhorte fréquemment à un retour personnel à Dieu, à la circoncision du cœur. C’est ce qu’elle expérimente. C’est d’ailleurs tellement dommage de voir des personnes qui s’accommodent fort bien d’une identification religieuse, mais qui ne réfléchissent à Dieu en tant que personne que lorsqu’ils sont face au mur, à la tragédie, ou à la maladie. Elle a du tact et le sens du bon moment.

C’est probablement l’une des choses qui me manque le plus. Moi je suis tellement branché action, accomplissement de mission, que je ne suis pas suffisamment tactique.

Les parents ont besoin de ce sens du bon timing. Savoir quand encourager, et quand il faut confronter un comportement, ou quand il faut simplement faire le dos rond pour en reparler quand c’est le bon moment.

Les couples ont tellement besoin de savoir cela (Amen!?) Il faut dire que les hommes sont un peu bruts de décoffrage. Il semble que nous ayons une vision simple des choses: quand tu penses à quelque chose, tu le dis. Une femme parle quand c’est le moment d’y penser. Et les deux ne se rejoignent pas. C’est le cas de toutes les relations humaines, non? Comprendre le bon moment pour parler, pour dire quelque chose. Le livre de Job nous donne d’excellents mauvais exemples avec Job et ses amis.

Bref, dans cette situation précise, Esther a été magnifique. Elle ose interrompre le roi malgré l’édit de mort qui touchait potentiellement ceux qui venaient devant son trône sans rendez-vous. Elle invite le roi et Haman à un banquet, ce qui ressemble à un peu de séduction, puisqu’elle n’avait pas été convoquée dans la chambre du roi depuis 30 jours. Ils boivent du vin (si la Bible en parle, c’est que c’était probablement de façon abondante!). Elle ne répond pas à la question du roi le premier soir, mais elle fait monter la tension et l’attention en proposant de revenir à un second banquet. Elle a dû ronger son frein, patienter, réfléchir à la meilleure manière de cheminer.

Bien entendu, la providence de Dieu avait conduit cette situation à la perfection. Il fallait que le roi perde le sommeil et découvre la fidélité de Mardochée… Maintenant tout est en place. Le roi demande cette fois-ci avec insistance: « quelle est ta demande, reine Esther? » Cette fois-ci, ça passe ou ça casse!

Esther se lance (Est 7.3-4), Haman frissonne

3 La reine Esther répondit: Si j’ai obtenu ta faveur, ô roi, et s’il plaît au roi, voici ma demande: avoir la vie sauve; voici ma requête: (la vie) de mon peuple. 4 Car nous avons été vendus, moi et mon peuple, pour être exterminés, tués, massacrés! Et encore, si nous avions été vendus, hommes et femmes, comme esclaves, j’aurais gardé le silence, mais l’adversaire ne mesure point le dommage causé au roi.

– Est 7.3-4

Vous voyez la scène?

D’un côté le roi, dont j’imagine le visage orné du sourire de celui qui va donner des cadeaux à Noël! Ma femme, la reine, attend de moi une grosse faveur pour avoir manigancé ces banquets avec tant d’ardeur… C’est sympa d’être un roi riche qui peut donner des libéralités tranquillement! Quand il dit: « Jusqu’à la moitié de mon royaume. » c’est une manière de souligner sa générosité.

D’un autre Esther, le cœur battant à toute vitesse, qui s’est retenue depuis des jours en attendant le bon moment pour parler. Le texte prend soin de l’introduire par « la reine Esther répondit » pour souligner le décorum dont elle s’est parée.

Et enfin Haman, qui doit suer à grosses gouttes quand il réalise qu’Esther, la reine, est juive. Elle est donc la cible du décret qu’il a obtenu du roi… Il découvre que sa décision engendre des dommages collatéraux considérables: il a, lui, menacé la reine.

Observez la forme de la supplique, si jamais un jour vous avez à négocier avec un dictateur!

« Si »: déclaration de dépendance

« Ô roi »: déclaration de respect

« Ma demande »: responsabilité, position personnelle

« La vie sauve »: un minimum compréhensible

« Celle de mon peuple »: Ça y est, elle fait son coming out: « Je suis juive… » Ça a dû surprendre le roi… Il la croyait perse, comme tout le monde! Ce qui en dit long sur leur intimité. Imaginez un couple marié depuis 5 ans et un jour la femme dit: « Écoute il faut que tu saches… je suis japonaise ». Et l’autre répond: « Ah bon?! » Ou bien… je crois que le Dieu d’Israël a créé les cieux et la terre… On voit qu’ils n’avaient pas trop eu de conversations très profondes ensemble…

Elle termine en soulignant le « dommage causé au roi ». Quel dommage? Il perdait sa reine (bon, avec un harem de centaines de femmes, ce n’était pas sa plus grande perte). Il perdait une population qui contribuait équitablement à la société et qui avait fait l’objet de faveurs des ancêtres de Xerxès: Cyrus, Cambyse, etc.

Ce qui frappe, c’est qu’elle ne se serait pas opposée à une transaction qui aurait réduit un peuple à l’esclavage. Après tout, c’était monnaie courante à l’époque. Les peuples vaincus devenaient souvent des esclaves. Mais le fait qu’il s’agisse d’un génocide rend impossible la moindre rançon. Le prix est trop élevé.

Vous vous souvenez?

8 Haman dit au roi Assuérus: Il y a un peuple à part. Ils sont partout, infiltrés parmi tous les peuples, dans toutes les provinces de ton royaume; leurs lois les distinguent de tout peuple, et ils n’exécutent point les lois du roi: il ne vaut rien pour le roi de les laisser en repos. 9 Qu’il plaise au roi de signer leur perte, et je pèserai dix mille talents d’argent entre les mains des fonctionnaires du royaume, pour les verser dans les coffres du roi. 10 Le roi retira le sceau de son doigt et le donna à Haman, fils de Hammedata, l’Agaguite, adversaire des Juifs.

– Est 3.8-10

C’est de cette même manière que les antisémites accusent le peuple de Dieu: « Ils sont partout! Ils sont dans le pays, mais ne respectent pas le pays! Ils font ce qu’ils veulent… » Plus tard, ils voleront même dans la bouche des chrétiens: « Ce sont eux qui ont crucifié le Christ! », « Ce sont des parasites, des nuisances qu’il faut exterminer. »

On reviendra prochainement sur la question de l’antisémitisme.

Dernier détail. Elle termine en mentionnant un ennemi… « mais l’adversaire ne mesure point le dommage causé au roi ». C’est très tactique.

Esther accuse (Est 7.5-8a) Haman s’effondre

5 Le roi Assuérus prit la parole et dit à la reine Esther: Qui est-il, et où est-il celui dont le cœur est rempli de tels desseins. 6 Esther répondit: L’adversaire, l’ennemi, c’est Haman ce méchant (homme)! Alors Haman s’effondra en présence du roi et de la reine. 7 Le roi en fureur quitta précipitamment le festin pour aller dans le jardin du palais. Et Haman restait là, implorant la reine Esther pour avoir la vie sauve, car il avait bien vu que pour le roi, sa perte était consommée. 8 Le roi repassait du jardin du palais à la salle du festin au moment où Haman s’affalait sur le divan sur lequel Esther était allongée. Le roi s’écria: Et en plus, on fait violence à la reine en ma présence, dans cette maison!

– Est 7.5-8

La chute est brutale pour Assuérus. Il était tout joyeux, tranquille, le bon roi prêt à la générosité envers sa femme… Soudainement, il comprend. Il comprend tout, mais n’admet rien. C’est intéressant. Les seuls personnages qui ne changent pas sont ceux qui ne sont pas liés à Dieu. Ils sont fidèles à eux-mêmes, à leur caractère.

Assuérus fuit sa responsabilité: quand il pose la question: « Qui est-il…? » Il n’est pas idiot. Il sait très bien ce qui s’est passé. C’est lui-même qui a signé le décret. Mais comme tout despote, il a besoin de repérer le bouc émissaire. C’est Haman, bien entendu.

Le roi sort en fureur. Mais il devrait être en fureur contre lui-même. Il est celui qui a causé cette catastrophe. Il ne doit s’en prendre qu’à lui seul, à son manque de discernement, au fait qu’il a laissé des gens le contrôler. Lorsqu’il sort en fureur, il se rend compte qu’il est piégé. Il ne peut abolir cette loi. Il sera donc responsable de la tuerie qui pourrait toucher la reine. Mille et une pensées doivent occuper son esprit: Haman voulait-il tuer la reine? Voulait-il tuer Mardochée pour avoir comploté contre lui…?

Quand il revient dans le palais, il voit Haman affalé sur le divan où se trouvait Esther. – De quoi accuse-t-il Haman? – De violence, avec une teinte d’agression sexuelle. Alors je suis pas criminologue, mais je vous suggère que la bagatelle n’était pas du tout dans la tête d’Haman alors qu’il sait qu’il va la perdre!

Plutôt que de juger sur les faits, il en cherche d’autres qui sont des prétextes. On fait cela parfois non? Plutôt que de prendre la responsabilité de ses actes et de les reconnaître on les reporte sur d’autres, je sais faire! Plutôt que de juger réellement des faits, on va utiliser des raisons périphériques. N’est-ce pas la lignée humaine, depuis Adam et Eve? « C’est à cause de la femme que tu as mise à mes côtés… » « C’est à cause du serpent… » « C’est à cause de la crise… du prof… du patron… du collègue… du gamin… »

Haman est le perdant de cette saga. Cet homme avait voué à la destruction des millions d’individus. Comme tous les hommes violents, il n’était qu’un bibendum. Un géant gonflé d’air. Je pense aux tortionnaires modernes qui ont torturé, menacé, effrayé d’autres personnes. Une fois arrêtés, dans le box des accusés, ils n’étaient que des pantins apeurés.

Les hommes paraissent grands quand ils exercent une puissance maléfique. Mais ils ne restent que des hommes nés de poussière, promus à la poussière. Écoutez le prophète Esaïe qui annonce de la mort du dictateur babylonien:

4 Quoi donc, l’oppresseur n’est plus! La tyrannie a cessé! 5 L’Éternel a brisé la massue des méchants, le bâton des dominateurs […]

7 Tout le pays jouit du repos et du calme; on éclate en chants d’allégresse. 8 Les cyprès même, les cèdres du Liban se réjouissent à ton sujet: depuis que tu es tombé, le bûcheron ne monte plus contre nous. 9 Le séjour des morts s’émeut jusque dans ses profondeurs pour t’accueillir à ton arrivée; il réveille pour toi les défunts, tous les guides de la terre, il fait lever de leurs trônes tous les rois des nations. 10 Tous prennent la parole pour te dire: toi aussi, tu es sans force comme nous, tu es devenu semblable à nous! 11 Ta fierté a été précipitée dans le séjour des morts avec le son de tes luths; sous toi s’étend (une couche de) vermine, et les vers sont ta couverture.

12 Quoi donc! Tu es tombé du ciel, (Astre) brillant, fils de l’aurore! Tu es abattu à terre, toi, le dompteur des nations!

– Es 14.4-12

En discutant parfois avec des victimes de sévices terribles, je mesure le progrès réalisé dans les démarches de pardon et de distanciation lorsque la victime est capable de considérer l’individu tel qu’il est, non surdimensionné. Il n’est pas un géant, il n’est pas omniprésent. C’est un homme pécheur, que la société et Dieu jugeront en son temps.

Bref, l’image d’Haman se complète. Il n’assume pas non plus ses actes, et ne les justifie pas d’ailleurs, car ils sont injustifiables. Il instrumentalise les autres pour parvenir à ses fins: d’abord le roi pour assouvir sa haine des Juifs, ensuite la reine pour sauver sa peau. Haman ne se préoccupe que de sa petite personne, cherche à avoir la vie sauve, alors que le sort de tout un peuple ne lui effleure même pas l’esprit.

Sa chute est complète et profondément ironique. Lui qui était furieux qu’un Juif ne se prosterne pas devant lui, se prosterne devant une femme juive! Lui qui avait élevé une potence de 25 m pour y pendre son ennemi Mardochée, y perdra sa propre vie. Lui qui avait une famille et une fortune sera bientôt ruiné, et privé de descendance. Lui qui était le Grand Vizir, second du plus grand royaume de l’époque, il en devient un moustique. Les contrastes sont extrêmes.

Esther gagne (Est 7.8b-10) Haman meure

8 Cette parole (à peine) sortie de la bouche du roi, on voila le visage de Haman. 9 Harbona, l’un des eunuques, dit en présence du roi: Il y a justement la potence que Haman a dressée dans sa maison pour Mardochée, lequel a parlé pour l’avantage du roi. Elle a cinquante coudées de haut. Le roi dit: Qu’on l’y pende! 10 On pendit Haman à la potence qu’il avait préparée pour Mardochée. Alors la fureur du roi s’apaisa.

– Est 7.8-10

Le roi aurait pu se repentir de son forfait, de son édit d’extermination. Mais les gens fiers et orgueilleux ne se repentent pas. Ils cherchent des raisons externes à eux-mêmes pour leurs erreurs. Xerxès cherchait le moyen de tuer Haman pour une raison évidente aux yeux de ceux qui étaient présents. Il suggère qu’être avachi sur le divan de sa femme est un acte de violence qui mérite la mort. La condamnation à mort est explicite et immédiate. Il meurt, pendu à la potence qu’il avait érigée pour le 1er Juif qu’il voulait voir mourir. Il est l’illustration frappante de ce qui disent les Proverbes:

La fureur du roi est un messager de mort, mais un homme sage peut l’apaiser.

– Pr 16.14

La fureur du roi est comme le rugissement d’un lion, Et sa faveur est comme la rosée sur l’herbe.

– Pr 19.12

Ces événements ont lieu sur le territoire perse et selon ses lois. Mais la loi de Moïse (qui reste attachée à un peuple, à une terre et à une époque) mentionne combien Dieu a en horreur la mort d’un innocent.

L’expression « sang innocent » se retrouve 16 fois dans l’Écriture. Manassé est condamné pour l’avoir répandu en abondance (2R 21.16).

Les Proverbes rassemblent 7 des choses que Dieu déteste:

16 Il y a six choses que hait l’Éternel, et même sept qu’il a en horreur; 17 les yeux hautains, la langue menteuse, Les mains qui répandent le sang innocent, 18 le cœur qui médite des projets iniques, les pieds qui se hâtent de courir au mal, 19 le faux témoin qui dit des mensonges, et celui qui excite des querelles entre frères.

– Pr 6.16-19

Les prophètes condamnent la violence du peuple:

Leurs pieds courent au mal, ils ont hâte de répandre le sang innocent; leurs pensées sont des pensées d’injustice, le ravage et la ruine sont sur leurs routes.

– Es 59.7

Si vous n’opprimez pas l’immigrant, l’orphelin et la veuve, si vous ne répandez pas en ce lieu le sang innocent, et si vous ne vous ralliez pas à d’autres dieux, pour votre malheur,

– Jr 7.6

Ainsi parle l’Éternel: Pratiquez le droit et la justice; délivrez des mains de l’oppresseur celui qui est exploité; ne maltraitez pas l’immigrant, l’orphelin et la veuve; n’usez pas de violence et ne répandez pas de sang innocent dans ce lieu.

– Jr 22.3

(Cf. Jr 26.15, Jl 4.19)

Conclusion

Les « petites » leçons de cette histoire

  1. Les ambitions que nous cultivons nous définiront, sauf si Dieu intervient. Nous ressemblerons toujours plus à nos idoles.
  2. Les succès terrestres sont éphémères et insignifiants. En un instant tout peut être renversé.
  3. Les relations intéressées sont inintéressantes! Haman s’est rapproché du roi pour son intérêt et l’a utilisé pour son ambition. Cela ne crée pas de liens authentiques et solides.

Les « grandes » leçons de cette histoire

  1. Les 10 commandements demeurent un fondement éthique quelle que soit la culture ambiante. Je suppose que nous avons chacun nos talons d’Achille. Les commandements ne nous sauvent pas, ils ne font que nous condamner. Mais en même temps, ils forment un cadre qui doit s’imposer à nos faiblesses pour contrer ces talons d’Achille. Vous les connaissez par cœur? Essayons!
  2. Haman a besoin d’un Sauveur, comme nous. Nous naissons comme Haman, et nous sommes meurtriers en attente de la colère du juste roi. Haman est certainement un cas extrême, mais il représente ici tous ceux qui sont les ennemis de Dieu. Peut-être vous dites-vous: « Heureusement, je suis de son côté! Je vais à l’église tous les dimanches, je dis des choses gentilles à mes voisins, je ne fais pas trébucher les aveugles… » Mais Dieu ne voit pas les choses ainsi. L’apôtre Paul souligne que « tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu ». Il dit que nous sommes par nature des enfants de colère. Quelle est notre espérance?

Est-ce que je désire avant tout la mort du méchant? -Oracle du Seigneur, l’Éternel. N’est-ce pas qu’il se détourne de sa voie et qu’il vive?

– Ez 18.23

Dans la repentance: seul Jésus, Dieu le Fils, peut donner le pardon. Il est mort pour sauver…

Venez donc et plaidons, dit l’Éternel. Si vos péchés sont comme le cramoisi, ils deviendront blancs comme la neige; s’ils sont rouges comme l’écarlate, Ils deviendront comme de la laine.

– Es 1.18

Celui qui croit au Fils a la vie éternelle; celui qui ne se confie pas au Fils ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui.

– Jn 3.363

Enfin, « Dieu accomplit son sauvetage malgré des gens bien méchants par des croyants bien imparfaits ».

Peut-être êtes-vous comme Esther, ou comme Mardochée. Un croyant pas trop croyant ni trop visible… Mais un réveil peut avoir lieu. Vous pouvez revenir à lui, jeûner et prier, chercher sa face et réaliser qu’en prenant la croix, en mourant à nous-mêmes, nous devenons ce que Dieu veut que nous soyons.

Prédications TPSG

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