Deep work: le secret pour mieux travailler

Dans ce nouvel épisode de Memento Mori, Raph et Matt parlent d'un d'un livre qui parle de notre rapport au travail: Deep Work.

Thématique

Dans cet épisode, Raph et Matt répondent aux questions suivantes:

  • Quelle est l’idée centrale du livre?
  • Pourquoi c’est un défi dans notre monde?
  • Quels sont les principes que tu as retenus en tant que chrétien?
  • Quels outils utilises-tu pour travailler sans distraction?

Synthèse MM #4

Ce travail de synthèse est fait par un auditeur attentionné. Il ne retranscrit pas les propos exacts de l’épisode, mais vise à présenter le contenu.

Ce livre nous a été conseillé par Stéphane Kapitaniuk, le co-fondateur du blog ToutPourSaGloire.com. Il est écrit en anglais et a été traduit en français, mais ce n’est pas un livre chrétien. Il est écrit par Cal Newport.

Quelle est l’idée centrale du livre?

L’idée développée par l’auteur dans ce livre est d’opposer le « deep work », le travail profond, et le « shallow work », ce dernier renvoyant au travail léger, de surface, que l’on peut faire en pensant à autre chose, en discutant avec un ami ou en écoutant de la musique, qui ne demande pas de concentration. Le deep work au contraire est un travail que l’on peut faire seulement lorsque l’on est concentré. Le travail où l’on est le plus productif, où l’on crée le plus de valeur ajoutée se fait lorsque l’on est capable de travailler sur des sujets profonds, en étant concentré, sans aucune distraction, en étant focalisé sur notre travail pendant un temps conséquent et c’est ce qui nous permet de produire un travail de grande qualité.

L’idée n’est pas juste de travailler plus pour travailler plus, mais de travailler mieux. Au-delà de cela ce n’est pas simplement travailler mieux mais de créer un contenu avec une vraie valeur ajoutée et d’améliorer nos capacités. Dans tout le livre, il montre que les adeptes du deep work sont ceux qui vont apporter quelque chose à la société. Si l’on veut faire la différence, il faut faire du deep work.

L’auteur a réussi à trouver le dénominateur commun à tous ceux qui étaient les plus productifs et qui ont apporté des vraies contributions dans leurs domaines. Il a une approche transversale et il a enquêté auprès de nombreuses personnes, que ce soit des journalistes qui ont gagné le prix Pulitzer, des scientifiques qui ont produit plus de papiers académiques que d’autres… Même auprès des étudiants de grandes facultés, ce n’était pas forcément ceux qui avaient le Q.I. le plus élevé qui réussissaient le mieux ni ceux qui travaillaient le plus, mais ceux qui savaient le mieux travailler. Ce sont des choses que l’on ne conceptualise pas réellement. Certains ont des bonnes habitudes, d’autres non, et lui finalement conceptualise ce qu’est le fait de bien travailler.

Il a une équation simple mais vraie: travail de haute qualité = temps passé X intensité de la concentration. Plus l’on va passer de temps à être concentré et plus on va produire un travail de haute qualité.

Il a des buts clairs et affirme que c’est comme cela que l’on va apprendre à maîtriser des choses complexes. C’est en étant concentré et en y dégageant des temps de qualité et cela permettra d’apprendre toute notre vie. L’autre objectif est de pouvoir produire des choses de qualité dans un temps relativement restreint car on n’a pas de temps illimité. Que ce soit les créateurs d’entreprise, les auto-entrepreneurs ou même pour les serviteurs dans l’Église qui doivent produire des prédications, des enseignements, des ressources, dans un temps limité.

Il parle des « knowledge workers » qui correspondent à tous ceux qui ne travaillent pas sur un produit mais plutôt sur des concepts. Il donne l’exemple d’un documentaire sur un forgeron: ce forgeron essaie de reproduire une épée viking qui est faite d’un alliage presque pur. Il a travaillé en frappant le bout de métal pendant 8 heures chaque jour. L’intensité de son travail et sa concentration étaient immenses. Cela fait qu’il crée quelque chose que personne d’autre ne peut créer. Il est le seul au monde à pouvoir faire une telle épée selon les techniques de l’époque. C’est la même chose avec les maîtres fabricants de katanas (épées japonaises) qui s’isolent avec leurs élèves pendant un très long temps. De la construction du four qui est unique avec la température et la combustion qui doivent être parfaites, jusqu’à la façon de plonger la lame dans l’eau pour lui donner sa courbure si caractéristique, tout contribue à la qualité exceptionnelle de l’objet.

Lorsque l’on sait travailler de façon concentrée et profonde, peu importe le travail (à quelques exceptions près), on produira toujours un meilleur travail que si on le faisait de façon distraite.

Pourquoi c’est un défi dans notre monde?

On vit dans un monde de distraction et d’instantané. L’auteur développe toute une thématique autour de la patience et de la maîtrise du savoir-faire. Il y a des contrastes avec d’autres cultures où des gens passent des années à apprendre à maîtriser un savoir-faire, et le contenu qu’ils produisent a une valeur que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Les années que ces personnes ont passées pour maîtriser leurs techniques créent un travail de grande valeur qui est en bénédiction pour les autres, quel que soit le domaine. Par exemple, lorsque l’on voit le travail des calligraphes et le temps qu’ils prennent pour se former, cela peut prendre une vie! Tout comme les peintures des panneaux publicitaires qui, à l’époque, étaient faites à la main, la création de typographies…

Aujourd’hui, la capacité à faire du deep work est de plus en plus rare dans une société où la distraction et la superficialité deviennent une dictature; et cela devient de plus en plus une valeur ajoutée dans notre économie. Ceux qui savent faire un travail en étant dans la qualité et dans la productivité, créent une vraie valeur ajoutée. Pour la génération de nos parents, on pouvait s’en sortir sans diplôme. Pour notre génération, c’est quasiment impossible et cela sera sans doute le cas pour celle de nos enfants. Ils doivent apprendre dès leur jeune âge, alors qu’ils vivent dans une société encore plus marquée par les distractions, que si quelqu’un est capable de faire un travail concentré, ciblé et dans la durée, il aura un vrai atout par rapport à d’autres dans la société, et sera capable d’accéder à des postes à responsabilités. Il est important donc pour nous de l’acquérir et de le transmettre à nos enfants.

Quels sont les principes que tu as retenus en tant que chrétien?

Il y a des choses pratiques, par exemple le fait que l’on a un réservoir limité. On ne peut pas travailler pendant 8 heures de manière ultra concentrée. Ceux qui maîtrisent le deep work font 4 à 5 heures maximum. Il faut bloquer des plages horaires et il faut aussi se laisser le temps de se recharger, non seulement le cerveau mais aussi le corps. Jonathan Edwards tenait un journal en notant ce qu’il mangeait pour savoir l’effet des aliments sur son efficacité et gardait les aliments qui le gardaient concentré.

Il y a de nombreux défis. Par exemple le multitâches où l’on peut être tenté de faire plein de choses à la fois. Mais l’auteur dit que lorsque l’on est pris dans un flot, il faut se concentrer sur une chose en particulier. Cela rejoint la question de la distraction, de la confusion entre ce qui est urgent et important, etc.

Une autre chose est que la distraction appelle à de la distraction. On est pris alors dans des cercles vicieux. Au-delà de proposer une méthode de travail, il va parler d’un mode de vie. Le but de notre vie n’est pas de se divertir et de faire des « pauses » de travail, mais c’est d’être productif dans tous les domaines de notre vie, et de temps en temps on fait des pauses. Si notre motivation dans notre vie est de se lever le matin pour se retrouver le soir à regarder des séries, on passe à côté de ce que l’on est capable de faire, et par rapport à la vision biblique du monde, au but pour lequel on a été créé. Notre travail a pour but de glorifier Dieu et de bénir les autres.

Même si Cal Newport n’est pas chrétien, tout ce qu’il dit rentre dans la vision biblique du travail. Ce que l’on produit doit être en bénédiction, au bénéfice de la société dans laquelle on vit. Os Guiness dit que l’un des défis pour les hommes du XXIe siècle, alors que l’on a l’information et la connaissance, c’est la sagesse. Lorsque l’on est chrétien, le deep work c’est la notion de racheter le temps, celui que Dieu nous a donné sur terre. Ce qui doit déterminer ta vie, c’est ce que Dieu nous demande de faire. On n’a pas été créé pour la distraction, la superficialité. Par superficialité, on n’entend pas la légèreté, les moments ressourçants, les loisirs… Mais plutôt la fuite des responsabilités, la fuite de notre conscience, la fuite de Dieu au travers des distractions. Lorsque l’on passe notre vie dans cette superficialité, on passe à côté de ce pour quoi on a été créé.

Dans ce monde de distractions, on se jette même sur les sites d’information. On doit se poser la question: « est-ce que cela est bon pour moi? » Nos usages modifient nos comportements.

Quels outils utilises-tu pour travailler sans distraction?

Raph: On a souvent des réflexes pavloviens lorsque l’on ouvre les navigateurs ou des applications. J’ai installé le logiciel Freedom qui prend le contrôle de mon accès internet et j’ai fait la liste de tout ce qui peut me distraire en termes de sites et je les bloque à l’aide de ce logiciel. J’ai un planning qui est fixé et le logiciel se lance le matin à 7h jusqu’à 13h. Toutes ces sources de distractions sont bloquées pendant cette plage horaire-là.

Une autre chose que je fais c’est de me passer d’écrans quand je le peux (ex: acheter des livres en version papier au lieu de les lire sur une tablette).

J’essaie également de supprimer mon utilisation des réseaux sociaux. J’ai aussi un rétro-planning, je réalise mon planning en priorité par rapport aux tâches que j’ai à faire dans les 2 mois qui viennent qui me demandent de la concentration.

Matt: Je mets mon téléphone en mode « ne pas déranger »: seuls ma femme et le pasteur avec lequel je travaille peuvent me joindre durant cette période.

Je planifie chaque journée semaine par semaine. J’ai des blocs qui ne changent jamais et je cale des blocs. Ce que je dois faire, je vais le faire parce que je l’ai planifié.

J’ai aussi arrêté les réseaux sociaux, notamment Facebook. Je ne suis jamais revenu et je n’ai jamais regretté l’avoir fait.

J’ai besoin de temps pour réfléchir, de temps où je ne fais pas quelque chose, j’ai besoin de temps pour m’ennuyer, c’est ce que Newport affirme. Il faut avoir des temps où l’on peut s’ennuyer pour ne pas être dépendant de distractions.

Ce qui nous encourage c’est que Dieu est le maître du deep work. Lui ne fait que cela tout le temps. Si nous ne sommes pas productifs, Dieu l’est tout le temps dans nos vies et il est capable de produire des choses parfaites et de qualité dans nos vies. Cela nous encourage à lui ressembler et à mieux travailler. En particulier pour les bi-vocationnels, qui ont un travail dans le monde séculier et un temps de service dans l’église. Cette philosophie de vie est au service de tous ces chrétiens, en particulier ceux qui ont des responsabilités comme les anciens. C’est très encourageant et cela doit inspirer tous les chrétiens.

Merci à Victor Hui pour son travail de synthèse.

Pour aller plus loin

Dans cet épisode on a parlé de:

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Memento Mori

Memento Mori, c'est le podcast hebdomadaire de Raphaël Charrier et de Matthieu Giralt, qui parle du présent en prenant la fin comme point de départ.

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