Quand suis-je tenté de renier la suffisance de Christ?

      Union à ChristSanctificationHérésies/Faux enseignements
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      Cet article offre différentes applications contemporaines de la lettre aux Colossiens: ce sont des moyens par lesquels nous rejetons la suffisance de Christ dans la pratique, même si nous l’affirmons de nos lèvres.

      Il m’arrive régulièrement d’entendre parler d’une Église ou d’un mouvement avec approbation en ces termes: “Je n’ai rien entendu de faux dans ce qu’ils enseignent.” Mais ce n’est pas la seule question à se poser. Il faut aussi se demander: ajoutent-ils des choses qui ne sont pas nécessaires? Est-ce le Fils pleinement suffisant qui est au centre dans leur manière de présenter la vie chrétienne?

      C’est contre cela que la lettre aux Colossiens nous avertit. Dans un précédent article, je partageais une introduction générale à cette lettre. Colossiens nous met face à la grandeur et à la suffisance de Jésus, et nous avertit du danger de nous détourner de lui.

      Le but de cet article est d’offrir des applications contemporaines de cette lettre. Il est facile de dénoncer la manière dont ces chrétiens étaient tentés de dire que Jésus n’est pas suffisant... mais qu’est-ce que cela veut dire pour nous aujourd’hui? Comment courons-nous le même danger?

      Le danger n’est pas juste d’enlever, mais d’ajouter

      Il est clair que nous pouvons rejeter la suffisance de Christ en niant la nécessité de Christ pour le salut. C’est ce que fait le pluralisme religieux: oui, Christ est important, mais au final toutes les religions permettent d’accéder à Dieu d’une certaine manière. Dire cela, c’est mettre Christ de côté.

      Cependant, le danger que nous présente la lettre aux Colossiens n’est pas celui d’enlever des choses à l’Évangile, mais plutôt celui d’ajouter des choses qui en viennent à atténuer la suffisance de Christ. Moo l’exprime ainsi:

      Les faux enseignants suggéraient apparemment que les chrétiens devaient aller "au-delà" de l’Évangile qu’Épaphras avait enseigné aux Colossiens afin de connaître la "plénitude" spirituelle. C’est souvent le cas avec les faux enseignants, qui ne se contentent pas toujours de retrancher à l’Évangile, mais cherchent aussi à y ajouter. L’Évangile peut être perverti aussi facilement par des ajouts que par des retranchements1.

      Certains peuvent affirmer tout ce que nous affirmons, mais y ajouter également d’autres choses qui, au final, remettent en question ou atténuent la vérité.

      Suggestions d’exemples concrets

      Avec ceci en tête, voici des exemples concrets. Il s’agit de suggestions: je crois que chaque élément mériterait un développement plus long. Mais j’espère que cela nous aide à voir comment nous pouvons rejeter la suffisance de Christ dans nos cœurs alors que nous l’affirmons de notre bouche.

      Le catholicisme romain. Le catholicisme romain souhaite affirmer la suffisance de Christ. J’ai discuté avec plusieurs catholiques qui disaient des choses qu’un évangélique aurait dites. Et pourtant, les enseignements concernant Marie, les prières aux saints et le purgatoire sont des ajouts qui remettent en cause cette suffisance. Penser que prier Marie ou les saints est nécessaire pour une vie spirituelle pleine et abondante… c’est dire que Christ n’est pas suffisant.

      Mais les catholiques ne sont pas les seuls concernés. Beaucoup d’exemples touchent notre petit monde évangélique, parfois de manière bien plus subtile.

      Limiter l’Évangile au début de la vie chrétienne. Au début de ma vie chrétienne, il m’arrivait de penser que lorsqu’on parle de l’Évangile dans l’Église, c’est forcément parce qu’il y a un non-chrétien dans la salle. L’Évangile — le message de la croix — ne s’adresserait pas aux chrétiens, car ils ont "gradué" d’une certaine manière. L’Évangile ne servirait qu’à nous aider à repenser avec nostalgie à nos premiers débuts. Mais la lettre aux Colossiens montre que l’Évangile n’est pas pour le début de la vie chrétienne uniquement. Ce n’est pas comme les petites roues d’un vélo (lien article intro). C’est plutôt le fondement de toute la vie chrétienne. On ne passe jamais à autre chose. Penser qu’il y a quelque chose de plus, c’est remettre en cause la suffisance de l’Évangile pour la vie chrétienne.

      Viser la croissance spirituelle sans Christ. “Si tu savais, ça m’a fait tellement de bien de prendre ce temps de retraite: j’étais seul dans un monastère, j’écoutais de la musique calme dans la nature, je sentais la présence de Dieu... c’était parfait!”

      Qu’est-ce qui manque dans une telle description? Le plus important: Christ. Colossiens nous montre qu’aucune croissance ni expérience spirituelle ne peut venir en dehors de lui. Un temps de retraite peut nous faire beaucoup de bien, mais attention à ne pas tout confondre: si Christ n’est pas au centre, l’expérience n’a rien de spirituel.

      Une vie plus pleine dans l’Esprit. Certains promettent une vie chrétienne plus épanouie si l’on prend le temps de s’intéresser vraiment au Saint-Esprit. Que ce soit sous la forme d’une deuxième expérience (un baptême de l’Esprit après la conversion) ou par des phénomènes comme le parler en langues, la promesse est la même: c’est là que se trouve la plénitude, une vie chrétienne épanouie.

      C’est vrai que le Saint-Esprit est indispensable à la vie chrétienne. Mais cet Esprit est l’Esprit de Christ (Rm 8.9). Vivre dans l’Esprit va nous amener à voir davantage la grandeur de Christ, car son rôle est de le glorifier (Jn 16.14). Son rôle est de faire habiter Christ dans nos cœurs (Ép 3.16-17)! Attention donc à ne pas promouvoir des expériences qui éloignent de Christ, la tête de laquelle tout le corps tire sa croissance (cf. Col 2.19). Une expérience vraiment spirituelle (de l’Esprit) nous amènera toujours à Christ, pas loin de lui.

      La croissance de l’Église. “Si seulement tu faisais telle chose, ton Église grandirait!” Il est facile de mettre en avant des techniques ou des méthodes comme secret de la croissance d’une Église. Mais ces choses tirent-elles leur source en Christ? Christ en est-il la raison d’être? Il y a plein de bonnes choses qu’une Église peut faire, et une remise en question régulière est bonne. Mais il y a une seule chose qu’elle doit absolument faire: rester attachée à Christ, la source de toute croissance véritable.

      De plus, Paul nous montre l’exemple parfait pour le ministère chrétien: il vise à rendre chaque chrétien mature en Christ... en annonçant Christ (Col 1.28). Christ est le but et le moyen. Oui, Paul a différents outils qu’il utilise pour le ministère. Mais tous ses outils viennent du même sac: le sac de Christ, le sac de l’Évangile.

      Définir des règles non bibliques comme critère de maturité. Un chrétien mature, c’est quelqu’un qui... lit toute sa Bible en entier chaque année? A un culte personnel tous les matins en se levant? Ne regarde pas tel ou tel film? Utilise toujours ses vacances pour servir dans un camp chrétien?

      Colossiens (en particulier Colossiens 2.16-23) nous montre le danger de créer des règles qui ne proviennent pas directement de la Bible comme signe de maturité. Ces choses sont peut-être des choses qu’un chrétien va faire, mais attention à ne pas les imposer. Attention surtout à ne pas juger d’autres frères et sœurs en fonction de règles que nous avons définies. La maturité chrétienne, c’est être enraciné en Christ.

      Envier les périodes de réveil. Nous pensons à ces périodes où Dieu a agi de manière particulièrement intense, entraînant beaucoup de conversions et une piété très sincère. Il est facile de penser qu’ils avaient quelque chose que nous n’avons pas, et qu’il nous faut donc trouver leur "secret": plus d’heures de prière? Plus de restrictions? Peut-être pourrons-nous enfin trouver la clé qui ouvrira la porte!

      Il est bon de désirer que Dieu œuvre dans ce monde et dans nos vies. Prier pour des conversions et une piété plus profonde est excellent. Mais gardons en tête qu’il n’y a pas de secret à trouver: tous les trésors de la sagesse et de la connaissance se trouvent en Christ (Col 2.3).

      Penser que la croissance vient par la privation de plaisirs légitimes. C’est vrai qu’à première vue, cela peut paraître spirituel: se priver de certaines choses en disant vouloir se consacrer à Dieu. Mais si ce n’est pas quelque chose que Dieu a demandé — et surtout si c’est présenté comme la manière de vivre une vie chrétienne pleine et épanouie — alors c’est rejeter la suffisance de Christ. Colossiens 2.23 dit que cela n’a aucune valeur, malgré les apparences pieuses.

      Être attaché au mauvais Jésus. Il est possible de prétendre être centré sur Jésus et profondément attaché à lui. Mais de quel Jésus parle-t-on? Le Jésus qui a pour but de te rendre riche si tu as assez de foi? Le Jésus qui ne parle plus de péché, de jugement et d’enfer? Le Jésus qui n’a plus son mot à dire sur notre sexualité et notre manière de vivre? Il ne suffit pas de parler de Jésus ni de dire que Jésus est important. Il faut aussi le présenter tel que la Bible le présente.

      Le secret pour lutter contre le péché. Comment se débarrasser d’un péché tenace? Plus cela traîne, plus nous sommes tentés de poursuivre un "secret": une technique, une méthode, qui nous permettra enfin de vaincre le péché en nous. Les méthodes ne sont pas mauvaises, et la lutte doit être active. Mais tout doit toujours être centré sur Christ. En d’autres termes, nous ne pouvons pas comprendre Colossiens 3.5 sans avoir compris Colossiens 3.1-4. (Voir cet article ou cette vidéo pour creuser cet aspect.)

      Une vie chrétienne épanouie

      Tous ces enseignements — et bien d’autres — sont comme des pots qui s’offrent à nous, dans lesquels planter les racines de notre vie chrétienne. Mais ce ne sont pas des terres qui vont produire la croissance. Il faut rester enracinés en Christ (Col 2.6-7).

      Nous avons tous le danger de penser: “J’aurais une vie chrétienne plus épanouie, si...” Et nous pouvons mentionner de très bonnes choses: si je lisais plus ma Bible, si je priais plus, si j’évangélisais plus. Comprendre la lettre aux Colossiens ne nous amène pas à rejeter ces bonnes choses. Mais cette lettre nous amène à répondre: “J’aurais une vie chrétienne plus épanouie... si j’avais plus de Christ.”

      Comment avoir plus de Christ? Un très bon moyen de commencer serait de prendre le temps d’étudier et de méditer les vérités que ces quatre chapitres mettent en avant!

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      Benjamin Eggen

      Benjamin est marié à Jessica, papa d'une petite fille, et pasteur de l’Église Réformée Baptiste de Bulle, en Suisse. Il a fait ses études à l’Institut Biblique de Bruxelles, où il enseigne ponctuellement. Il est l’auteur de plusieurs livres, dont Soif de plus? et Qu’est-ce que tu crois?.

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