Quel est l’enseignement principal de la lettre aux Colossiens? Quels repères avoir pour étudier ce livre? Cet article a pour but de vous guider dans l’étude de cette lettre.
Après avoir prêché Colossiens, je souhaitais publier un article qui vise à aider chaque chrétien dans sa compréhension de ce livre. Vous trouverez dans cet article six éléments qui peuvent vous accompagner alors que vous lisez et étudiez Colossiens. Je mentionne en fin d’article les commentaires qui m’ont été les plus profitables et, dans un prochain article, je partagerai des applications contemporaines de cette lettre.
La lettre aux Colossiens nous montre que Jésus n’est pas comme les petites roues d’un vélo. Les petites roues d’un vélo servent pour un temps, au tout début, lorsqu’un enfant apprend à faire du vélo. C’est pour les débutants. Le but est que l’enfant grandisse, se développe et en vienne à un stade où il n’a plus besoin de ces petites roues.
Jésus, lui, n’est pas comme ça. Il est essentiel à la vie chrétienne, du début jusqu’à la fin.
C’est vrai qu’il y a une croissance en maturité dans la vie chrétienne, qui ressemble à celle d’un enfant allant vers l’âge adulte. Nous passons du lait à la nourriture solide, comme la Bible l’évoque (1Co 3.2; Hé 5.13-14). Cependant, la lettre aux Colossiens nous montre que le lait et la nourriture solide doivent toujours être centrés sur Jésus. Les deux viennent de la même usine! Sans Jésus, il n’y a pas de croissance.
Une autre image parfois utilisée pour résumer la lettre aux Colossiens est celle d’une plante. Une plante développe ses racines dans la terre: des racines toujours plus profondes, mais en restant au même endroit. C’est la même chose avec la vie chrétienne. Paul écrit cette lettre pour que les Colossiens soient enracinés et fondés en Jésus (cf. Col 2.6-7), pas ailleurs. La croissance en maturité est un approfondissement de l’Évangile. Il s’agit de faire grandir des racines plus profondes en Jésus, pas dans une autre terre. On ne passe jamais à autre chose, mais on va toujours plus profond, au même endroit. C’est Jésus, du début à la fin. C’est Jésus, ni plus ni moins…
Toutes les lettres que Paul écrit sont centrées sur Christ. Cependant, c’est encore plus le cas de la lettre aux Colossiens. Dans cette lettre, Paul nous présente “Christ dépeint au vif”, comme l’écrit Calvin1. On peut dire que la lumière de Christ se dégage de chaque livre de la Bible, mais ici, c’est comme si Christ brillait encore plus fort!
L’Église de Colosses semble plutôt bien se porter. Ce que Paul affirme dans Colossiens 2.5 nous donne un certain bilan de santé de cette Église:
Car si je suis absent de corps, je suis avec vous en esprit, voyant avec joie le bon ordre (qui règne) parmi vous et la solidité de votre foi en Christ.
Colossiens 2.5
Paul ne décrit pas simplement ce qu’il souhaiterait voir, mais plutôt ce qui est déjà une réalité parmi ces chrétiens. Cela ne veut pas dire qu’il n’y avait pas de défis: nous allons voir qu’ils sont en proie au danger, et Paul écrit pour les avertir et les exhorter à rester attachés à Christ.
Mais comme un commentateur l’écrit, cette “épître est un vaccin contre l’hérésie, et non un antibiotique pour ceux qui sont déjà infectés2”. La situation de l’Église de Colosses n’est pas comparable à la situation des Galates ou des Corinthiens. Il est vrai que certains se sont déjà laissé avoir par un faux enseignement (comme Colossiens 2.20 le montre, certains s’attachent à des règles qui remettent en cause la suffisance de Christ). Mais, de manière générale, Paul passe la plupart de sa lettre à mettre en avant Christ, sa grandeur et sa suffisance, plutôt qu’à réfuter ce faux enseignement. Cela correspond à une démarche préventive plutôt qu’à une démarche uniquement corrective. En d’autres termes, le faux enseignement dont il est question dans cette lettre “est quelque chose auquel il faut résister, et non quelque chose qui a déjà infecté l’Église3”.
La lecture de cette lettre nous montre pourtant qu’un faux enseignement était bien présent, et pas seulement à l’extérieur de l’Église. Ces croyants font face à plusieurs dangers:
Il semble donc assez clair, en lisant cette lettre, que les Colossiens font face à un faux enseignement.
La nature de ce faux enseignement est difficile à discerner. C’est l’objet d’un vif débat parmi les commentateurs, qui repose en partie sur la manière de comprendre le "culte des anges" dans Colossiens 2.18. Il se peut bien que ce débat ne trouve jamais de consensus! Moo semble faire preuve de sagesse en concluant:
Nous ne sommes pas convaincus que la lettre fournisse suffisamment d’informations pour nous permettre d’être raisonnablement sûrs concernant l’identification du faux enseignement4.
Cependant, cette incertitude ne devrait pas nous troubler pour notre compréhension de la lettre.
D’abord, parce que nous pouvons quand même dire certaines choses sur le faux enseignement auquel les Colossiens étaient confrontés, à partir du texte de la lettre. La section 2.16-23 révèle plusieurs informations clés. La plus importante pour notre compréhension de la lettre est probablement le fait que Paul décrit les faux enseignants comme étant ceux qui “ne s’attachent pas à la tête”, c’est-à-dire Christ (Col 2.19). En considérant le reste de la lettre, nous comprenons que les faux enseignants ne rejetaient pas explicitement Christ, mais mettaient plutôt en avant une certaine conception de la vie chrétienne qui amenait à rejeter Christ dans la pratique.
En raison de la mention de certains rites juifs dans Colossiens 2.16-17, et de la circoncision dans Colossiens 2.11, il est probable qu’il y avait aussi au moins un élément juif dans ce faux enseignement. Par ce qu’ils prônaient, les faux enseignants délaissaient la réalité (Christ) pour retourner aux ombres (voir Col 2.175).
Ensuite, l’incertitude concernant ce faux enseignement ne doit pas nous troubler, parce que nous avons la réponse de Paul! Nous n’avons pas de description précise du problème, mais nous avons son antidote. L’antidote, c’est le Seigneur Jésus, dans toute sa grandeur.
Dans la lettre aux Colossiens, tout tourne autour de Jésus. Les différents thèmes présentés ci-dessous ne sont donc que différentes facettes du même thème.
Colossiens dresse un portrait de Christ comme étant le Fils glorieux et suprême. Colossiens 1.15-20 est bien évidemment le passage magistral à ce sujet. Cette hymne à la gloire du Fils montre qu’il est la personne suprême de tout l’univers, de qui tout dépend. Dans Colossiens 2.3, Paul affirme que c’est en lui que se trouvent tous les trésors de la sagesse et de la connaissance. Dans Colossiens 2.9, toute la plénitude de la divinité habite en lui. Colossiens 3.1-4 enseigne que ce Fils est mort puis ressuscité, qu’il est maintenant assis à la droite de Dieu, et que nous attendons sa manifestation pleine de gloire. Bref, personne ne peut surpasser Christ en gloire, honneur et importance.
Cette lettre nous montre également ce que Christ a fait et tous les bienfaits que nous avons en lui. Il est l’auteur de la rédemption et du pardon (Col 1.12), de la réconciliation (Col 1.20; 1.22). C’est lui qui vit en nous et nous donne l’espérance de la gloire (Col 1.27). En lui, nous avons reçu la circoncision de notre cœur, une vie nouvelle (Col 2.11). Nous sommes aussi ressuscités avec lui, étant bénéficiaires du pardon de nos péchés (Col 2.12-13). C’est grâce à lui qu’il n’y a plus aucune condamnation qui repose sur nous, car il a tout accompli à la croix (Col 2.14). Colossiens 3.1-4 montre que notre vie est précieusement cachée, en sécurité en Christ, unie à lui, pour toujours.
Bref, cette lettre met en avant de manière principale Jésus-Christ: sa grandeur et sa suffisance. Comme Moo l’explique, le cœur de l’argument de Paul se trouve dans la "juxtaposition" de ces deux thèmes: la divinité du Fils et sa suffisance pour la vie chrétienne. Ces deux thèmes reviennent encore et encore dans la lettre, de manière explicite ou implicite. Moo argumente qu’ils sont liés, comme on le voit dans Colossiens 2.19 et 2.20, ou 2.9 et 2.10: c’est en raison de qui Christ est — parce qu’il est le Fils divin — qu’il peut apporter la réconciliation ou la plénitude6.
Paul vise donc à montrer la grandeur de Christ, afin d’amener les Colossiens à comprendre qu’il est suffisant pour toute leur marche chrétienne. Nous pouvons comprendre cela avec Colossiens 1.15-20: immédiatement après sa prière d’introduction, Paul commence en mettant en avant la majesté de Christ. Cela amène naturellement à se demander: si Christ est tel qu’il est décrit dans ces versets, alors pourquoi chercher ailleurs ce dont nous avons besoin pour notre vie chrétienne? Celui qui a créé l’univers et qui le soutient, celui qui a accompli la rédemption parfaite, est tout à fait à même de pourvoir à tous nos besoins, du début jusqu’à la fin de notre vie chrétienne7. Comme Dick Lucas le souligne:
Comme il serait étrange que celui qui est capable de soutenir l’univers tout entier soit incapable de soutenir la petite Église de Colosses8!
Si les Colossiens couraient le danger de chercher la croissance ou la plénitude ailleurs qu’en Christ, en suivant de faux enseignements, Paul leur répond: n’allez pas ailleurs. C’est en Jésus que vous avez tout. Il est le Fils suprême. Qu’est-ce qui peut bien vous manquer, si vous l’avez, lui? C’est Jésus, ni plus ni moins… et du début jusqu’à la fin…
Cette lettre vise donc à montrer que tout ce dont nous avons besoin pour notre vie chrétienne se trouve en Christ. Il n’y a rien à chercher en dehors de lui!
Le but du ministère de Paul est en effet que chacun soit enraciné en Christ, et pas ailleurs. Il veut que tout être humain soit accompli dans le Christ (Col 1.28). Que chacun puisse connaître le mystère de Dieu, c’est-à-dire Christ (Col 2.2). Paul répète cette même idée dans les versets clés de la lettre:
Ainsi, comme vous avez reçu le Christ Jésus, le Seigneur, marchez en lui; soyez enracinés et fondés en lui, affermis dans la foi d’après les instructions qui vous ont été données, et abondez en actions de grâces.
Colossiens 2.6-7
Voilà le désir de Paul pour ces chrétiens — pour chaque chrétien: qu’ils soient enracinés et fondés en Christ.
Pourquoi? Parce que Christ est la tête de laquelle le corps tire sa croissance (Col 2.19): sans être attachés à Christ, il n’y a pas de croissance possible. Parce que Christ est celui en qui nous sommes comblés (Col 2.10): la suffisance ou la plénitude se trouve en lui. Si nous sommes unis à Jésus, il n’y a donc rien qui nous manque pour vivre notre vie chrétienne et pour atteindre la maturité.
Paul enseigne tout cela dans le but que les Colossiens ne se fassent pas avoir par d’autres discours (Col 2.4). Ils faisaient justement face à des enseignements qui enseignaient le contraire: comme si Christ était utile pour le début de la vie chrétienne, mais que la maturité pouvait s’atteindre autrement, par d’autres croyances et surtout par d’autres pratiques. Dans Colossiens 2.16-23, Paul décrit des pratiques qui ont l’apparence d’être sages et humbles, mais qui en réalité n’ont "aucune valeur", car ce ne sont pas des pratiques qui dépendent de Christ (cf. Col 2.17; 2.19). La seule croissance possible dans la vie chrétienne, la seule spiritualité véritablement chrétienne, c’est celle qui est profondément centrée sur Jésus.
Nous pouvons observer à quel point l’Évangile est central dans cette lettre. Paul commence avec une prière de reconnaissance pour l’Évangile qui a porté du fruit dans la vie des Colossiens (Col 1.3-8). Il continue avec une prière pour que cet Évangile continue de produire la croissance dans la vie de ces chrétiens (Col 1.9-14). Ainsi, dès le début, Paul leur rappelle que toute croissance vient de l’Évangile: ce n’est pas un message réservé au début de la vie chrétienne, à mettre de côté après la conversion. C’est plutôt le message dans lequel être enraciné pour toute sa vie chrétienne.
Nous observons également que c’est l’Évangile qui motive les injonctions pratiques du chapitre 3. La réalité de notre union avec Christ (Col 3.1-4) amène à vivre différemment (Col 3.5-11). La réalité du salut souverain de Dieu et du pardon reçu en Christ amène à vivre la paix et le pardon dans l’Église (Col 3.12-15). Lorsque Paul donne des instructions à l’Église, il exhorte à ce que la parole qui met en avant Christ "habite" en eux “avec toute sa richesse” (Col 3.16).
Nous y trouvons aussi des rappels réguliers de la bonne nouvelle de l’Évangile, du salut qui se trouve en Christ: Colossiens 1.12-14; 1.21-22; 1.27; 2.11-15. Comme Moo l’écrit:
Nous lisons facilement ces nombreuses affirmations sur l’Évangile sans leur accorder l’attention qu’elles méritent. Pourtant, lorsqu’on les considère dans leur ensemble et à la lumière des faux enseignements, la puissance et le caractère définitif de la parole de Dieu en Christ apparaissent comme un thème central de la lettre9.
Voici le découpage que j’ai suivi lorsque j’ai prêché sur le livre. Le titre général de ma série était "Jésus: ni plus, ni moins".
Il est possible de diviser la dernière section en deux. Colossiens 4.2-6 sert de charnière: Paul termine le contenu de sa lettre en nous amenant à regarder vers l’extérieur, avant de conclure avec la conclusion de la lettre à proprement parler, qui contient les salutations finales (Col 4.7-18).
Lorsque j’ai prêché ce livre, j’ai surtout utilisé:
David Pao (ZECNT). Très utile au niveau de la syntaxe et de l’étude du texte10.
Jean Calvin. J’aime Calvin! Ses commentaires sont courts mais pertinents. Il a de bonnes remarques exégétiques et une approche pastorale appréciable. Vu la rareté des commentaires disponibles en français, ce serait dommage de s’en priver.
Dick Lucas. Je l’ai utilisé surtout pour réfléchir à l’application de la lettre.