Un pion puissant et pragmatique dans les mains de la Providence

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Un pion puissant et pragmatique dans les mains de la Providence
Jon Bloom
Jon Bloom

Pendant qu’il [Pilate] siégeait au tribunal, sa femme lui fit dire : « N’aie rien à faire avec ce juste, car aujourd’hui j’ai beaucoup souffert dans un rêve à cause de lui. » – Matthieu 27.19

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Ponce Pilate et les autorités gouvernantes

Le dimanche matin qui a suivi les événements de Jean 18 et 19

Ponce Pilate est un symbole fort du pouvoir dans le monde. Il est compétent et calculateur, il a un sens pratique des choses et un instinct développé d’auto-préservation. Mais malgré toute sa finesse d’esprit, sa vie est la preuve que « par-delà toutes les puissances de la terre, la parole de Dieu demeure1».

Imaginez une conversation entre Pilate et sa femme Procula2 autour d’un petit-déjeuner, le dimanche matin suivant la crucifixion de Jésus, juste avant qu’ils n’apprennent la nouvelle que le tombeau est vide.


— Tu es encore bien silencieuse ce matin, Procula. Tu rumines toujours l’histoire de ce Galiléen ?

— Je n’arrive pas à me défaire de ce sentiment que son exécution va déclencher quelque chose de terrible. Mon rêve était tellement étrange, tellement saisissant.

— Je ne peux tout de même pas gouverner en fonction des rêves superstitieux de ma femme.

— C’était un homme juste. Tu n’aurais pas dû le condamner à mort.

— Je ne l’ai pas condamné ! Le Sanhédrin l’a fait !

— C’est toi qui as prononcé le jugement.

— Oui, mais je n’avais pas le choix, Procula ! Nous en avons déjà parlé. Il a brisé la loi des Juifs en blasphémant. Ils voulaient sa mort et ils m’ont utilisé pour arriver à leur fin. J’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour le relâcher !

Procula persistait tout en en douceur :

— Tu avais le pouvoir de le relâcher.

Pilate se massa les tempes du bout des doigts, les mâchoires serrées, essayant de contrôler son tempérament colérique.

— Tu sais très bien ce que je veux dire ! Je leur ai dit trois fois que je ne trouvais rien de condamnable chez lui. J’ai essayé de le refiler à Hérode. Je l’ai même fait fouetter pour les calmer. Mais rien n’a fait. Impossible de les faire changer d’avis. J’ai même donné à la foule le choix entre relâcher un meurtrier bien connu, ou relâcher Jésus. Qui ont-ils choisi ? Le meurtrier ! (Levant les yeux vers sa femme, Pilate continua sur le ton de l’exaspération.) Qu’est-ce que tu espérais que je fasse ?

— Que tu ne condamnes pas un homme juste. N’es-tu pas censé rendre la justice pour le tribunal de Rome ?

— Non ! Je suis censé m’assurer que la Judée ne devienne pas un problème pour Tibère !

— Même quand cela veut dire ignorer la vérité ?

— La vérité. Pilate rit. La vérité selon qui, Procula ? Le Sanhédrin ? Tibère ? Selon tes rêves ? Les Galiléens ? La vérité, c’est ce qui a tué ce Galiléen. Je lui ai donné plusieurs chances de se défendre, mais tu sais ce qu’il m’a répondu ? « Si je suis venu dans le monde, c’est pour rendre témoignage à la vérité » (18.37). Et tu sais de quelle vérité il parlait ? Qu’il était le roi d’un soi-disant royaume qui n’appartenait pas à ce monde. Et de toute évidence, le Sanhédrin pensait que sa vérité était un dangereux mensonge.

— Est-ce que toi tu penses qu’il était dangereux ?

Pilate poussa un long soupir, avala une gorgée de vin :

— Je n’en sais rien. Il n’était pas comme ces sionistes fanatiques. Aucune diatribe anti-Rome de sa part. Il n’a presque rien dit d’ailleurs. Il n’avait même pas l’air en colère. S’il représentait une menace pour qui que ce soit, je pense que c’était plutôt pour le Sanhédrin. Je sais reconnaître un coup monté quand j’en vois un. Un procès en pleine nuit, l’exigence d’une crucifixion immédiate. Cela n’avait rien à voir avec leur sainte loi. C’était une question de pouvoir. Caïphe s’est débarrassé du problème.

— Est-ce que toi aussi tu ne t’es pas débarrassé du problème ?

Les yeux de Pilate étaient noirs de colère :

— Franchement, Procula, j’ai des soucis bien plus importants que Jésus en ce moment. Mon problème, c’est César. Cette foule aurait causé une émeute si j’avais relâché Jésus. Les émeutes à Jérusalem se terminent toujours par la mort de Juifs et je ne peux pas me permettre d’avoir davantage de sang juif sur les mains en ce moment sans que Tibère ne déclenche une enquête.

Il poursuivit sur sa lancée :

— Et tu as vu le chef des prêtres qui tout à coup s’est prétendu loyal à César, en remettant publiquement en question ma propre loyauté à l’empereur. Imagine un peu, si je l’avais libéré, leur jubilation à rap- porter à Tibère que j’avais refusé de traiter le cas d’un rival de César.

Si on regarde bien, il s’agissait pour moi de choisir entre César et ce Galiléen illuminé. Le choix m’a paru comme une évidence. C’est à cet instant qu’un serviteur entra dans la pièce :

— Que se passe-t-il ? demanda Pilate.

— Marcus Antonius demande à vous voir, maître.

— Marcus ? Si tôt le matin. Cela ne me dit rien de bon. Fais-le entrer. Le jeune officier entra dans la pièce d’un pas soutenu.

— Qu’y a-t-il Marcus ?

— C’est le Galiléen, gouverneur, il a disparu !


Pilate était un homme pragmatique et plein de sagesse humaine. Il se considérait probablement comme quelqu’un de réaliste. Ce qui en soi est plutôt ironique, car il n’avait rien compris à la réalité. Il semblait voir Jésus comme un simple pion qu’il pouvait bouger à sa guise sur son échiquier politique. Alors qu’en réalité c’était lui, le pion, et Jésus le Roi.

Nous devons nous rappeler cette réalité lorsque, pour le nom de Jésus, nous sommes confrontés aux puissantes autorités de ce monde (gouvernementale, professionnelle, familiale ou religieuse) qui « cherchent leurs propres intérêts, et non ceux de Jésus-Christ » (Ph 2.21). Leurs intérêts égoïstes peuvent même nous infliger de la souffrance. Mais la Bible est claire : ils avaient projeté de nous faire du mal, mais Dieu a projeté de transformer ce mal en bien, et il le fera (Gn 50.20).

Souvenez-vous des paroles de Jésus à Pilate : « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi s’il ne t’avait pas été donné d’en haut. C’est pourquoi celui qui me livre à toi est coupable d’un plus grand péché » (Jn 19.11). C’est aussi vrai pour nous. Ceux qui ont autorité sur nous sont en position d’autorité car Dieu l’a ainsi décidé, et ils auront à lui rendre des comptes.

Mais pour nous, « ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent ni l’avenir, ni les puissances , ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur » (Rm 8.38-39).

Cet article est extrait du livre Où est ta foi ?, de Jon Bloom, BLF Éditions, 2016, chapitre 32, pp. 201-205. Publié avec l’autorisation de l’éditeur. Tous droits réservés.

  1. Citation tirée de la 4e strophe de l’hymne de Martin Luther : « A Mighty fortress is our God » (1529, trad. libre). ↩︎
  2. Matthieu 27.19 est la seule référence faite à la femme de Pilate dans le Nouveau Testament. Selon la tradition chrétienne, elle s’appelait Procula ou Claudia. ↩︎