Laïcité à la québécoise – Quand l’État n’est plus neutre

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Pascal Denault
Pascal Denault

On entend souvent parler de la laïcité à la française, mais aujourd’hui, c’est de la laïcité à la québécoise qu’il est question – une approche qui ressemble davantage à un sécularisme antireligieux qu’à une laïcité véritable.

Depuis quelque temps, le Québec s’est engagé sur la voie d’une laïcité de plus en plus stricte avec des cas de discriminations religieuses plus fréquents. Si l’objectif prétendu est de garantir la neutralité de l’État, les démarches concrètes visent plutôt à restreindre la liberté de religion parce que certains groupes abusent de cette liberté. Sous prétexte de contenir certains abus, notre gouvernement tend à restreindre la liberté religieuse dans son ensemble.

Une question cruciale se pose: jusqu’où ce projet de laïcité peut-il aller sans basculer dans une forme de sécularisme autoritaire qui menace directement la liberté de conscience et de religion ?

C’est dans ce contexte qu’un comité d’étude a été mandaté par le gouvernement du Québec afin d’évaluer l’application de la Loi sur la laïcité de l’État et de repérer toute entrave à son respect. Voici quelques éléments à savoir à propos de ce rapport (à lire ici)

  • Le rapport de 288 pages a été remis le 20 août 2025, puis rendu public le 26 août (Québec.ca).

  • La démarche du comité incluait : 48 entrevues avec des spécialistes ou du personnel étatique, une consultation en ligne avec plus de 500 participants, un questionnaire adressé à 164 ministères et organismes, et un sondage auprès de 181 municipalités.

Parmi les points les plus préoccupants pour l’Église et les organismes chrétiens, le Réseau Évangélique du Québec relève les éléments suivants :

  • La transformation radicale du régime fiscal entourant les activités religieuses (fin des exonérations de taxes municipales, des déductions liées au clergé et des reçus fiscaux pour dons) – Recommandation 9;

  • La restriction drastique des activités publiques et l’impossibilité accrue de louer des espaces publics pour y tenir des services religieux – Recommandation 35;

  • La mise en place d’un « fonds de transition » qui permettrait à l’État d’acheter les lieux de culte patrimoniaux – Recommandation 9;

  • La fin du financement public des écoles privées religieuses – Recommandation 10.

Ce glissement inquiète plusieurs acteurs du milieu évangélique, qui y voient non seulement une atteinte possible aux droits fondamentaux, mais aussi un changement de cap culturel où la religion est tolérée uniquement dans la sphère privée et marginalisée dans l’espace public.

Pour examiner ces enjeux et réfléchir à la réponse que les chrétiens doivent apporter, je reçois Jean-Christophe Jasmin, directeur des affaires externes du Réseau Évangélique du Québec. Dans cette entrevue, il nous aide à comprendre ce que contient réellement ce rapport, ce qu’il révèle des intentions du gouvernement, et surtout comment les croyants peuvent réagir de manière lucide et fidèle à l’Évangile. Voici les questions que j’ai posées à M. Jasmin :

  1. Peux-tu nous rappeler le contexte qui a mené à la mise en place du Comité d’étude sur le respect des principes de la Loi sur la laïcité de l’État et sur les influences religieuses ?
  2. Que retrouve-t-on dans ce rapport ? Y a-t-il des aspects positifs, et quels sont les points plus inquiétants qui annoncent une possible dérive vers « l’État total » ?
  3. Si tu avais l’oreille du gouvernement aujourd’hui, quelles recommandations lui ferais-tu à propos de la laïcité et des problématiques actuelles ?
  4. Selon toi, dans quelle direction le gouvernement risque-t-il d’aller avec ce rapport ? Quelles mesures concrètes pourrait-il adopter ?
  5. Comme croyants, quelle devrait être notre réaction ? Quelles actions et attitudes devrions-nous privilégier présentement et si les choses tournent mal ?

Retrouvez l’épisode #379 de Coram Deo sur ces différentes plateformes :