De manière historique, les chrétiens affirment que Jésus est Dieu, au sens fort du terme : il n’a pas été créé. Si c’est le cas, comment comprendre Colossiens 1.15, qui appelle Jésus le « premier-né » ?
Cela ne signifie-t-il pas que Jésus serait la première des créatures de Dieu ? C’est ce que les témoins de Jéhovah affirment : Jésus n’est pas Dieu, avec un D majuscule, mais il est une créature de Dieu. Selon eux, il est une créature importante, certes, mais il n’est qu’une créature, pas le Créateur. Cette affirmation n’est pas nouvelle : c’est déjà ce qu’Arius affirmait au 4e siècle.
Je voudrais mettre en avant trois raisons pour lesquelles « premier-né de toute la création » ne signifie pas « Jésus est une créature ».
1. La signification du terme « premier-né » dans la Bible
Il est vrai que, dans plusieurs cas, le terme fait référence à l’aîné de la famille, le « premier-né » de manière littérale. Cependant, le terme a aussi une signification plus large, comme on le voit à plusieurs endroits dans l’Ancien Testament.
Dans Exode 4.22-23, Israël est appelé le « premier-né » de Dieu. C’est évidemment une métaphore, car Israël n’est pas littéralement, biologiquement, né de Dieu. Cela pointe plutôt vers l’importance que la culture juive attachait au premier-né, à l’aîné. C’est cette importance que le peuple d’Israël a aux yeux de Dieu.
Dans Jérémie 31.9, Éphraïm est le « premier-né » de Dieu. Ici encore, l’utilisation du terme est métaphorique : Éphraïm n’est pas littéralement né de Dieu. Surtout, Éphraïm n’est pas le premier à être né : dans Genèse 41.51-52, nous voyons que c’est Manassé qui est né en premier et qui est appelé « premier-né » !
Dans Psaumes 89.28, il est question du roi David et de l’alliance que Dieu fait avec lui. À ce sujet, Dieu dit qu’il fera de lui le « premier-né ». Pourtant, nous savons très bien que David n’est pas l’aîné de la famille. Il n’est pas le « premier-né » littéral ! David est plutôt le dernier de sa famille (voir 1S 16.11).
Cela montre bien la signification que le terme « premier-né » peut avoir, désignant l’héritier, celui qui est à la première place. En devenant le premier-né, David sera « le plus haut placé des rois de la terre » : cela montre bien l’aspect majestueux associé au terme. C’est également ce que l’on observe dans Colossiens 1. Dans Colossiens 1.15-20, Paul met en avant la suprématie de Christ, son contrôle sur toutes choses.
Lorsque j’ai fait une vidéo à ce sujet, un reproche qui m’a été fait en commentaire était que je ne prenais pas la Bible au sérieux, en refusant de prendre littéralement ce que Paul dit dans Colossiens 1.15. Cependant, les exemples ci-dessus suffisent à montrer qu’il ne faut pas toujours prendre le terme « premier-né » de manière littérale : parfois, les auteurs bibliques ont voulu donner au terme un sens plus large ou un sens métaphorique. Ce n’est pas faire preuve de fidélité que de chercher à appliquer un sens littéral là où l’auteur a voulu un sens métaphorique.
Il faut également se rappeler que parler de « métaphore » ne dénigre aucunement les vérités bibliques. Une métaphore n’est pas une « demi-vérité » : c’est plutôt un moyen de communiquer une vérité avec une image qui permet à l’auditeur de comprendre cette vérité.
2. Le contexte du passage
C’est une règle de base dans l’interprétation biblique. Pourtant, beaucoup de débats n’auraient pas lieu si elle était respectée. La règle est la suivante : il faut toujours lire un texte dans son contexte. On ne peut pas prendre un bout de verset isolé et lui faire dire le contraire du contexte dans lequel ce bout de verset se trouve !
Dans Colossiens 1.15-20, Paul montre justement que Jésus n’a pas été créé. Nous pouvons voir cela clairement avec le verset qui vient juste après la mention du « premier-né », le verset 16 :
Il est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute la création. Car en lui tout a été créé dans les cieux et sur la terre, ce qui est visible et ce qui est invisible, trônes, souverainetés, principautés, pouvoirs. Tout a été créé par lui et pour lui.
– Colissiens 1.15-16, version Colombe
Absolument tout a été créé par le Fils, Jésus. Il n’y a rien qui existe qui n’ait été créé par Jésus. Jésus ne peut donc pas être une créature. Paul est justement en train d’affirmer le contraire : il est le Créateur !
Notez bien que Paul ne dit pas que le Fils aurait tout créé, sauf lui-même. Non, il dit bien que tout ce qui existe et qui a été créé l’a été par le Fils. Comme on me l’a partagé un jour, c’est comme s’il y avait deux catégories :
- les choses créées ;
- ce qui n’a pas été créé.
Dieu seul fait partie de la deuxième catégorie : il est le seul incréé. En affirmant que le Fils a créé tout ce qui existe, Paul nous dit ici que Jésus fait partie… de la deuxième catégorie. Il est Dieu.
La plupart des faux enseignements se fondent sur des versets pris hors de leur contexte. N’oublions pas la règle de base : contexte, contexte, contexte !
3. L’enseignement plus large de la Bible
La Bible ne laisse aucun doute sur l’identité de Jésus. Jésus n’est pas un homme comme les autres, il n’est pas une créature importante, il n’est même pas la créature la plus importante de Dieu. La Bible présente Jésus comme étant Dieu lui-même. Tout ce qui peut se dire de Dieu peut se dire du Fils. Il n’est pas une créature, il est le Créateur.
Si vous voulez mener l’enquête, vous pouvez visionner cette vidéo où je présente les arguments bibliques en faveur de la divinité de Jésus.
Conclusion
Arius, au 4e siècle, avait popularisé par un chant l’affirmation suivante : « Il fut un temps où le Fils n’existait pas. » Par cela, il voulait montrer que le Fils avait été créé, qu’il n’existait pas de toute éternité.
À cela, nous devons répondre, Bible en main, que le Fils « est avant toutes choses, et tout subsiste en lui » (Col 1.17). Il n’y a pas un moment où le Fils n’existe pas, car il n’y a pas un moment dans l’histoire où Dieu n’existe pas.
Pour un contenu similaire en vidéo, regardez ceci :








