Le christianisme, moins impérialiste culturellement que l’athéisme

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Le christianisme, moins impérialiste culturellement que l’athéisme
Dominique Angers
Dominique Angers

Les élites occidentales matérialistes sont portées à condamner l’impérialisme et à s’en dissocier. Je parle de « matérialisme » au sens philosophique, du point de vue qui nie d’emblée l’existence de Dieu. Or, qu’en est-il vraiment sur le terrain ?

Dans son livre Dieu, le débat essentiel. Une invitation pour les sceptiques (Éditions Clé, 2019), Tim Keller a recours à une approche apologétique (de défense de la foi) particulièrement pertinente à notre époque. Comme je l’ai expliqué dans mon billet « Dieu, le débat essentiel, le livre de Tim Keller pour aujourd’hui », il s’agit de souligner les limites de la vision du monde non chrétienne qui influence notre société occidentale. Ensuite, on montre que l’Évangile propose une réponse plus appropriée aux aspirations profondes et aux intuitions des non-chrétiens.

Les athées, spécialistes de la décolonisation ?

Un exemple d’angle mort dans la pensée ambiante consiste à prétendre que le christianisme est « impérialiste » ou « colonialiste » par définition, alors que l’athéisme, plus « neutre », permet à chaque culture minoritaire de s’émanciper et de s’épanouir.

La parole à un penseur africain

Pourtant, Lamin Sanneh, auteur africain, déclare que le christianisme est moins impérialiste culturellement que l’athéisme.

Dans Dieu, le débat essentiel (p. 205-206), Keller reprend et résume le point de vue de Sanneh. Cet avis fascinant mérite d’être reproduit et diffusé :

Être Africain, c’est croire que le monde est peuplé d’esprits (bons et mauvais). La question est donc de se protéger des forces du mal. Si une jeune Africaine va étudier dans l’une des grandes universités matérialistes de ce monde, ses professeurs lui diront que la solution à ses peurs est d’admettre que les esprits, bons ou mauvais, n’existent pas et que tout a une explication scientifique. De plus, tout critère moral est propre à chacun et dépend de sa culture et chacun doit pouvoir établir ses propres valeurs morales. Paradoxalement, ses professeurs prétendront vouloir reconnaître sa culture et écouter sa « voix », tout en la coupant de son africanité.

Selon Sanneh, le christianisme a une démarche très différente. Il répond à l’équation d’une « structure africaine existante qui soit reconfigurée sans être renversée ». En lisant la Bible, on constate qu’elle respecte la croyance africaine d’un univers surnaturel peuplé de bons et de mauvais esprits mais qu’elle révèle également que l’un d’eux, sur la croix, a « dépouillé les dominations et les autorités » parce qu’il a obtenu notre pardon et la faveur de Dieu (Col 2.12-23). Il a, de plus, par sa résurrection, rendu « impuissant celui qui exerçait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire le diable » et libéré « tous ceux que la peur de la mort retenait leur vie durant dans l’esclavage » (Hé 2.14-15). Le christianisme agrée ainsi la conception africaine de la condition humaine et de la question de la vie mais il offre une solution : un Sauveur invincible. Sanneh conclut : « Les gens sentent dans leur cœur que Jésus ne se moque pas de leur respect pour le sacré [contrairement au matérialisme] ou de leur attente d’un Sauveur invincible. C’est donc pour lui qu’ils battent de leur tambour sacré […] Le christianisme a aidé les Africains à devenir des Africains renouvelés, et non des Européens recréés. »

Qu’est-ce qui rend le christianisme culturellement moins impérialiste que beaucoup d’autres ? La raison déterminante est que les chrétiens sont sauvés par la grâce seule.

Pour approfondir ce dernier point, lisez mon billet « Le christianisme, religion la plus également répartie sur tous les continents ».

Pour aller plus loin