Le brigand crucifié aux côtés de Jésus n’avait rien à offrir — aucun moyen de réparer le mal qu’il avait commis. Pourtant, il a fait la seule chose qui lui a garanti l’accès au paradis: il s’est tourné vers Jésus et a placé sa confiance en lui. Une histoire qui nous rappelle que le salut dépend uniquement de la grâce de Dieu, accordée au moyen de la foi.
Le téléphone sonne dans le bureau de l’église. Un homme réclame la visite du pasteur dès que possible. Il doit être hospitalisé pour une opération du cœur et il veut à tout prix parler à un pasteur avant son intervention. Le pasteur de cette église est un de mes amis. C’est lui qui se rend chez cet homme. En ouvrant la porte, il se retrouve face à un chaos et à une confusion indescriptibles: des piles de journaux et de magazines, des bouteilles vides et des cendriers pleins à ras bord.
L’homme a près de soixante-dix ans. Il est affalé dans son fauteuil en plastique. Son corps est marqué par des années de vie difficile. Ses jambes sont enflées et bleues, ses cheveux hirsutes et ses habits sales. Il explique à mon ami pasteur qu’il a grandi dans une famille chrétienne, mais qu’il s’est éloigné de la foi et qu’il a passé sa vie à jouer à des jeux d’argent et à boire. Mais ces choix de vie l’ont rattrapé. Son cœur est en train de lâcher et il doit aller à l’hôpital pour une transplantation cardiaque la semaine suivante. Il veut désespérément savoir s’il est possible pour un homme tel que lui d’être réconcilié avec Dieu après avoir gâché sa vie. Mon ami a ouvert la Bible et lui a raconté l’histoire d’un homme qui s’était posé la même question à un moment critique de sa vie. Il avait fait de mauvais choix lui aussi et en payait les conséquences.
Cet homme avait commis des crimes graves. Il avait été condamné à une mort par crucifixion, un des châtiments les plus douloureux jamais inventés. Il était à présent suspendu à une croix. Non loin de là, un second criminel subissait la même peine. Mais un troisième homme se trouvait entre eux: Jésus de Nazareth. Au-dessus de sa tête, on avait cloué un bout de bois sur lequel était écrit: “Celui-ci est le roi des Juifs.”
Des soldats et des badauds se tenaient à proximité de là. Certains hurlaient des insultes, d’autres observaient, silencieux. Le second criminel sur sa croix agonisait et se moquait amèrement de Jésus:
– N’es-tu pas le Messie? Pourquoi ne te sauves-tu pas, et nous avec, par la même occasion?
Mais le premier malfaiteur murmura ces paroles à peine audibles:
– N’as-tu aucune crainte de Dieu? Toi et moi, nous méritons cette condamnation. Nous sommes coupables, mais cet homme n’a rien fait de mal.
Il tourna ensuite tant bien que mal le visage vers Jésus et lui dit:
– Souviens-toi de moi quand tu viendras régner. Jésus lui répondit clairement:
– Je te le dis en vérité, aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis.
Je pense souvent à ce malfaiteur sur la croix. Imaginons qu’il s’appelle Ruben. J’ai tellement hâte de le rencontrer quand je serai au ciel. Je lui demanderai alors:
– Comment ça s’est passé pour toi, Ruben? Tu n’as pas eu le temps d’assister à des études bibliques. Et tu n’as pas été baptisé. Tu ne savais pas ce que cela signifiait d’appartenir à une Église. Et pourtant… pourtant, Jésus t’a promis le paradis. Et tu y es maintenant! Que s’est-il passé?
Je l’imagine arrivant timidement dans la splendeur du ciel, encore abasourdi, mais glorieusement délivré de l’agonie de ses derniers instants sur terre. Il avance hésitant, son corps désormais rétabli. Ses pieds ne sont plus retenus par les clous, mais il n’a pas encore compris ce qui lui arrive. Un personnage majestueux s’approche, le regard perçant, mais plein de bonté.
– Que fais*-tu* là? lui demande l’ange.
Ruben regarde nerveusement autour de lui. La confusion se lit sur son visage. Son corps est tendu et en alerte, prêt à bondir au cas où quelqu’un chercherait à se saisir de lui pour le renvoyer de ce merveilleux endroit.
– Que fais*-tu* là? répète l’ange.
– Je… je ne sais pas, lui répond Ruben.
L’ange fronce légèrement les sourcils.
– Comment ça, tu ne sais pas?
– C’est-à-dire que… je ne sais pas.
Sa voix tremble. Que dire? Il n’a rien à offrir. Pas de longue liste de bonnes œuvres, pas de grands actes de foi.
– Je crois que je ferai mieux de consulter mon responsable, lui dit l’ange.
Il fait signe à quelqu’un qui a tout l’air d’être en position d’autorité.
– Nous avons un nouveau, lui dit l’ange.
– Très bien, dit l’ange supérieur en hochant la tête. Nous ferions mieux de vérifier la liste. Mais d’abord, as-tu compris la doctrine de la justification par la foi?
L’homme se gratte la tête.
– La doctrine de quoi? Je n’ai jamais entendu parler de ça.
Les ailes de l’ange se contractent, mais il garde son calme.
– Ce n’est pas grave. Et en ce qui concerne le baptême? Quand et comment as-tu été baptisé?
– Je ne suis pas baptisé, dit Ruben, manifestement mal à l’aise.
Le silence s’installe. Un long silence. Les anges se regardent. Enfin l’ange supérieur lui demande:
– Mais alors, de quel droit es-tu ici?
Le visage de Ruben s’adoucit, comme s’il se souvenait d’une chose si merveilleuse qu’il ne savait comment l’exprimer. Sa voix est calme, maintenant:
– L’homme sur la croix du milieu m’a dit que je pouvais venir.
L’homme sur la croix du milieu m’a dit que je pouvais venir.
Et c’est là le plus important, n’est-ce pas? C’est cette vérité surprenante qui a fait voler en éclats toutes les exigences religieuses de l’époque. Et elle fait de même aujourd’hui. Ruben n’a pas eu le temps d’assister à des études bibliques, d’aller à l’église et de se faire baptiser ou de contribuer à des œuvres caritatives. Il n’a pas eu le temps de faire tout ce que l’on attend d’une personne religieuse et pourtant, Jésus lui a promis une place au ciel. Pas d’examen de théologie, pas de prouesse religieuse, car il est impossible de mériter le ciel. C’est un cadeau. L’accès au ciel est pure grâce du début à la fin. Une grâce à l’état brut, une grâce imméritée, offerte.
L’attitude de l’autre criminel ressemble fort à celle de nombre de nos contemporains qui disent: “Si tu me sors de cette mauvaise passe, alors, je croirai en toi. Fais quelque chose pour moi, Jésus. Je le mérite. Je ne suis pas une mauvaise personne.”
Quel contraste avec l’humble requête de ce malfaiteur: “Souviens-toi de moi, Jésus.”
Le vieux cantique intitulé "Ô Christ, éternel rocher1" l’exprime tellement bien:
Seigneur, je n’apporte rien,
Ta croix est mon soutien.
Je viens à toi sans ressource;
Souillé, je viens à la source.
Le premier malfaiteur savait qu’il n’avait rien à offrir. Il savait qu’il ne méritait rien. Conscient de cette réalité, il a adressé sa demande à Jésus. D’une manière ou d’une autre, il avait compris que les paroles moqueuses clouées au-dessus de la tête de Jésus étaient vraies: “Celui-ci est le roi des Juifs.” Un roi devait forcément avoir un royaume. Il avait compris que Jésus avait le pouvoir de lui promettre et lui offrir une place au ciel.
Comment est-ce possible? Pourquoi Jésus a-t-il le droit de décider qui aura une place au ciel? Au cœur de la foi chrétienne, on trouve cet extraordinaire échange: Jésus, le Fils de Dieu sans péché, a pris la punition que nous méritons afin que nous puissions recevoir le pardon que nous ne pourrons jamais mériter. Un autre cantique bien connu dit ceci:
Mon Sauveur était innocent,
Sa mort me rend la liberté.
Oui, Dieu le juste est satisfait
Et il pardonne mon péché2.
Peut-être avez-vous déjà entendu cette question. C’est un grand classique: “Imagine que tu meures ce soir et que tu te tiennes devant Dieu, et qu’il te dise: “Pourquoi devrais-je te laisser entrer au ciel?” Que répondrais-tu?”
Si votre réponse, ou la mienne, était formulée à la première personne du singulier: “Parce que je…”, nous ferions tout de suite fausse route. “Parce que je crois, parce que j’ai la foi, parce que j’ai prononcé une prière, parce que je suis une bonne personne, parce que je suis ceci, parce que j’ai fait cela… “ La seule bonne réponse est formulée à la troisième personne: “Parce qu’il…”, “Parce que Jésus…”, “Parce qu’il a dit que je pouvais venir. L’homme sur la croix du milieu, il a dit que je pouvais venir. Il est mort sur la croix à ma place.”
Nous sommes nombreux à croire que nous nous tournerons vers Dieu sur notre lit de mort, si nous ne l’avons pas fait avant. Cette idée nous permet de profiter de la vie et de nous repentir plus tard, juste à temps, quand nous le déciderons. En fait, c’est exactement ce qu’a fait l’homme dont nous parlions au début du chapitre, celui qui devait subir une transplantation cardiaque: il s’est repenti sur son lit de mort. Peu après que mon ami pasteur l’a quitté, l’homme a repris les paroles du criminel sur la croix à côté de Jésus. Il a prié: “Jésus, souviens-toi de moi quand tu entreras dans ton ciel.” Il a prononcé cette prière à la toute dernière minute, car il est mort sur la table d’opération. Mais il avait fait ce pas décisif, ce pas qui devait déterminer sa destinée éternelle. Il avait dit à Jésus: “Souviens-toi de moi quand tu viendras régner.”
Toutefois, aucun d’entre nous ne peut être certain d’avoir le temps ou la lucidité nécessaires pour prendre une décision de dernière minute, comme l’a fait cet homme. Le meilleur moment pour faire ce pas, c’est maintenant.
Alors, quand vous vous tiendrez devant Dieu à la fin de votre vie, que répondrez-vous lorsqu’il vous demandera pourquoi il devrait vous laisser entrer dans son ciel? Vous mettrez-vous à énumérer tout ce que vous avez fait, en espérant que ce soit assez? Parce que je…
Ou répondrez-vous simplement “L’homme sur la croix du milieu m’a dit que je pouvais venir”?
Le peintre Paul Gauguin était un grand artiste, même si sa réputation a malheureusement souffert à cause de sa vie privée. Son plus grand tableau est exposé au Musée des beaux-arts à Boston, dans le Massachusetts. Cette œuvre est intitulée: D’où venons-nous? Que sommes-nous? Où allons-nous? Ce titre est inscrit en haut à gauche du tableau.
Gauguin n’avait pas de réponse à ces questions. Mais nous, nous pouvons les obtenir. L’homme sur la croix du milieu nous donne la réponse. Il nous offre le pardon. Il nous offre l’espérance, un sens à notre existence et la promesse d’une vie pour toujours avec lui.