Appel aux maris chrétiens: tenez ferme, l’ennemi veut détruire votre famille

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      Dans mon précédent article, je démontre que, dans le Nouveau Testament, la famille chrétienne est l’enjeu d’une guerre cosmique. Dans cet article, je vais m’attarder sur le rôle du père de famille, appelé à garder et conduire sa maison dans la paix du Christ.

      Nous allons voir ce que la Bible enseigne sur l’autorité du mari, ce qu’elle n’est pas, et comment elle devient, entre les mains d’un homme soumis à Jésus, une bénédiction pour toute la maisonnée.

      Le Pater familias dans l’Antiquité

      Le père de famille occupait une place centrale dans le foyer de l’Antiquité. On pourrait presque le comparer à un maire de village, un chef d’entreprise et un prêtre réunis en une seule personne.

      On appelait son autorité totale la patria potestas ("la puissance paternelle"), qui était absolue dans le droit romain.

      Il était:

      • le responsable économique: il assurait les revenus, gérait les terres, dirigeait le travail des esclaves.
      • le défenseur légal et physique de sa famille: il représentait sa famille devant la loi et la protégeait des attaques extérieures.
      • le protecteur judiciaire: il rendait la justice dans son foyer, réglait les conflits internes et représentait son foyer devant l’Empire.
      • le chef spirituel: il présidait les rituels religieux, offrait des sacrifices aux dieux et honorait les ancêtres.

      Un rôle cosmique

      Le pater familias ne se voyait pas seulement comme un chef de clan. Il était le médiateur entre la maisonnée, les puissances invisibles du cosmos, l’Empire romain et les ancêtres. Il se tenait entre le ciel et sa maison. Sa responsabilité ne se limitait pas au pain quotidien: il devait assurer la subsistance, la sécurité et la continuité de tout le foyer. Une mort prématurée ou une faillite pouvait signer l’effondrement de la maisonnée.

      La vertu suprême: la pietas

      Le pater familias devait incarner une vertu cardinale de la culture gréco-romaine: la pietas (la piété) — l’engagement loyal et actif envers les dieux, la patrie et la famille.

      Aujourd’hui, nous réduisons souvent la piété à des disciplines spirituelles personnelles (prière, lecture biblique, méditation). Mais, dans l’Antiquité — et pour les auteurs bibliques — la piété englobait toute une manière de vivre. C’était l’art de vivre fidèlement sa vie et de tenir son foyer en ordre.

      Par sa piété, le père devenait le garant de l’ordre du microcosme dont il était le chef.

      Son rôle consistait à recevoir, préserver et transmettre ce qu’il avait reçu de ses ancêtres, afin que le foyer reste enraciné dans l’ordre voulu par Dieu.

      Le Nouveau Testament n’abolit pas l’autorité du mari, mais il la redéfinit radicalement

      Dans les tables domestiques, les apôtres ne disent pas: “Ne soyez plus chef de famille.” Ils disent: “Aimez. Donnez-vous. Sacrifiez-vous.” (Ép 5 et Col 3; 1P 3).

      Le mari est présenté dans l’Écriture comme chef de la maisonnée. Toutefois, son autorité n’est pas absolue, mais dérivée de Christ et à l’image de Christ.

      Dans la table domestique d’Éphésiens, Paul ordonne aux maris:

      Aimez votre femme comme Christ a aimé l’Église. Il s’est donné lui-même pour elle.

      Éphésiens 5.25

      L’autorité du mari est donc une responsabilité de service, un appel à conduire son foyer selon le modèle sacrificiel de Jésus.

      Jamais il n’est dit à l’homme de dominer ou de soumettre son épouse.

      Sa force physique, sa position de leader et l’autorité que Dieu lui confie n’ont qu’un but: protéger, servir, conduire selon la volonté de Dieu, pour le bien de sa famille.

      Un commandement révolutionnaire

      Le Nouveau Testament est clair: le mari doit aimer sa femme et prendre soin d’elle comme Jésus le ferait.

      Dans l’Antiquité, ce commandement est sans précédent. Révolutionnaire. Aucune table domestique païenne ne demandait à un mari d’aimer sa femme. Oui, il devait la protéger légalement. Mais l’aimer? Non.

      Nancy Pearcey explique à quel point l’enseignement apostolique est révolutionnaire:

      Dans le monde antique, la promiscuité sexuelle et l’homosexualité étaient toutes deux socialement acceptées par les hommes. Le but d’une épouse était d’avoir des héritiers légaux, mais on s’attendait à ce que les hommes aient des relations sexuelles avec des prostituées, des maîtresses, des concubines et, surtout, des esclaves — hommes et femmes, adultes et enfants. Démosthène a déclaré: “Nous avons des prostituées pour le plaisir. Nous gardons les maîtresses pour les besoins quotidiens du corps. Nous avons des épouses pour engendrer des enfants et pour garder fidèlement nos maisons.”

      Dans ce contexte, Paul brise le moule culturel: il appelle le mari à un amour fidèle, sacrificiel et pur, à l’image du Christ.

      Une autorité qui bénit

      De même que l’Église a l’assurance que Jésus la conduit pour son bien, l’épouse doit pouvoir se reposer dans la certitude que son mari exerce son leadership pour son bien.

      Jésus n’a jamais utilisé son autorité pour écraser l’Église. Il s’est sacrifié pour elle. C’est ce modèle que Paul place devant les yeux des maris.

      Le mari n’exerce pas une autorité de commandement (comme un parent envers son enfant), mais une autorité de conseil. Il n’impose pas: il gagne la confiance. Il ne contraint pas: il conduit avec sagesse.

      Un homme de Dieu n’est pas défini par sa capacité à imposer, mais par sa capacité à se donner.

      Les marques du mari pieux à l’image de Christ

      Le mari chrétien doit guider son foyer avec amour, humilité, courage et intégrité.

      • Il ne fait rien qui soit contraire au bien de son épouse,
      • il n’utilise jamais sa force pour son profit personnel,
      • il sert en premier et montre l’exemple,
      • il veille à l’épanouissement physique, émotionnel et spirituel de son épouse et de ses enfants.

      Il prend les initiatives qui glorifient Christ

      Un mari à la ressemblance de Christ prend l’initiative:

      • de l’éducation spirituelle des enfants et de l’édification du foyer,
      • de la discipline et de la formation morale de ses enfants,
      • de la sage gestion financière,
      • de la protection morale du foyer contre les mauvaises influences du monde,
      • de l’établissement d’un cadre de vie sûr et sain,
      • de la protection physique de sa famille.

      Il donne aussi une direction:

      • Qu’est-ce que Dieu attend de nous dans cette saison?
      • Quelle est notre vocation comme couple?
      • Quelle est notre place dans la famille élargie?
      • Comment servir ensemble l’Église?

      Petit à petit, le foyer s’est sécularisé et désenchanté

      Autrefois, la maisonnée — sous la responsabilité du père — assumait l’essentiel de la production, de l’éducation, de la sécurité et de la transmission des valeurs.

      Aujourd’hui, une grande partie de ces tâches a été déléguée ou externalisée à l’État.

      Avec la révolution industrielle, les hommes ont quitté leur foyer pour travailler dans les usines, les mines ou sur les grands chantiers.

      Ce qui avait été un centre de vie et de travail est devenu un simple lieu de repos et de divertissement entre deux journées de labeur.

      Les progrès technologiques et la spécialisation des métiers ont fini par rendre non essentiel (en apparence) l’apport du père dans la vie quotidienne.

      Ajoutez à cela une culture séculière qui dévalorise le mariage et déprécie la mission éducative, et vous obtenez une génération de pères sans boussole.

      Là où il y avait autrefois un lieu d’échange, un enseignement, une autorité spirituelle, on trouve aujourd’hui un canapé, des écrans et un père présent mais distrait.

      Les hommes sont trop démissionnaires dans leur foyer

      La culture séculière fabrique souvent des contrefaçons d’hommes, deux extrêmes aussi destructeurs l’un que l’autre.

      D’un côté, le dominateur: il confond leadership et tyrannie, impose sa volonté par la force, élève la voix sur sa femme, écrase ses enfants au lieu de les élever, exige au lieu de servir. Il revendique un pouvoir brut qui ne ressemble en rien à l’autorité aimante de Christ.

      De l’autre, l’homme passif "déconstruit": il renonce à toute responsabilité, s’efface devant ses devoirs, se comporte comme un lâche, laisse son foyer à la dérive. Il se cache derrière de beaux discours d’égalité pour justifier son absence et s’efface quand Dieu l’appelle à agir.

      Ces deux figures sont les deux faces d’une même pièce toxique: l’une détruit par excès d’autorité, l’autre par défaut d’autorité.

      Ni l’une ni l’autre ne reflète le vrai modèle biblique de l’homme, qui conduit par le service, protège par l’amour et assume pleinement sa mission reçue de Dieu.

      Beaucoup d’hommes sont donc devenus des étrangers chez eux. Ils considèrent leur maison comme un bien immobilier, pas comme un sanctuaire. Ils la considèrent comme un lieu de détente, pas comme un lieu où servir. Dans les deux cas, le foyer est abandonné au chaos.

      Les hommes doivent se rappeler qu’ils sont en guerre

      Notre rôle s’inscrit dans une guerre invisible mais bien réelle. Satan veut désintégrer notre famille, semer la division et la peur.

      Nous ne luttons pas seulement contre notre fatigue ou nos mauvaises habitudes: nous affrontons notre chair, le monde et le diable.

      Tenez ferme, l’ennemi veut détruire votre famille

      Frères, Dieu nous appelle à rejeter les faux modèles masculins du monde pour suivre l’exemple du Christ. Notre famille ne nous a pas été confiée pour que nous en soyons les consommateurs, mais les gardiens.

      Votre maison n’est pas un simple abri où vous vous reposez après le travail: c’est un champ de mission, un sanctuaire, un avant-poste du Royaume dont vous avez la charge.

      Un foyer à l’image de Christ n’est pas un lieu où l’homme se fait servir, mais un lieu où il sert avec amour, courage, humilité et intégrité.

      Être mari et père, c’est:

      • aimer sacrificiellement son épouse, comme Christ a aimé l’Église,
      • aimer ses enfants comme le Père nous aime,
      • éduquer ses enfants dans le Seigneur,
      • intercéder avec foi pour sa famille,
      • protéger avec courage contre le mal extérieur et intérieur,
      • enseigner avec sagesse, par l’exemple et par la parole,
      • orienter avec discernement, en cherchant la volonté de Dieu et la gloire de Christ pour chaque saison de vie.

      Un père chrétien ne franchit pas le seuil de sa maison pour déconnecter de ses responsabilités. Il y entre pour revêtir pleinement ses vocations à l’image de Jésus:

      • Prêtre, qui conduit sa famille dans la présence de Dieu, intercède pour elle et garde vivante la flamme de la foi au foyer.
      • Prophète, qui veille sur sa maison avec tendresse et vigilance, enseigne la vérité et avertit des dangers spirituels.
      • Roi, qui conduit son foyer avec justice et douceur et représente Christ au milieu de sa famille.

      Qui est à la hauteur d’une telle mission?

      Être prêtre, prophète et roi dans son foyer dépasse nos forces naturelles. Nous connaissons nos manquements, nos égoïsmes, nos distractions.

      Nous savons combien nous sommes prompts à baisser les bras, à chercher notre confort plutôt que le bien de notre famille.

      C’est pourquoi nous avons tant besoin de Jésus. Lui seul peut renouveler notre cœur, purifier nos motivations, fortifier notre volonté.

      Un père fidèle commence par être un fils dépendant: il se tient chaque jour devant le trône de grâce pour recevoir la sagesse, la patience, l’amour et le courage dont il a besoin.

      Sans Christ, nous porterons mal notre autorité; avec Christ, nous pourrons servir comme il a servi et aimer comme il a aimé.

      Dans son combat pour sa maison, le père qui s’appuie sur Jésus n’est jamais seul: il est un soldat du Roi, enrôlé dans la résistance du Royaume contre le chaos.

      Pour aller plus loin

      Si vous voulez poursuivre la réflexion, dans Memento Mori, Matthieu et moi avons enregistré toute une série sur la masculinité.

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      Raphaël Charrier

      À l’âge de 23 ans, Raphaël découvre la personne de Jésus-Christ et son œuvre. Il place sa foi en lui et devient son disciple. Après des études d’éducateur spécialisé, et animé par le désir de servir l’Évangile, Raphaël se forme en théologie à l’Institut Biblique de Genève, puis à la Faculté Libre de Théologie Évangélique de Vaux-sur-Seine.

      Après un premier poste pastoral à plein temps à l’ECE Grenoble, il partage aujourd’hui son ministère entre une charge pastorale à Sola Gratia Grenoble, l’enseignement dans des instituts et facultés de théologie, l’écriture, ainsi que le développement de la TPSG Académie.

      Il est marié à Marion et ils ont deux enfants. Il est l’auteur de plusieurs livres, dont Vivre pour Jésus, qui a pour objectif d’aider les chrétiens à poser les bons fondements de la vie chrétienne.

      Ressources similaires

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