Votre foyer est l’enjeu d’une guerre cosmique

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      La guerre la plus stratégique de notre époque ne se joue pas à l’Assemblée nationale, dans la rue ou sur les réseaux sociaux… mais dans votre foyer.

      De nos jours, la famille est déconstruite, reléguée au domaine privé, déconnectée du destin de l’humanité. Bien trop souvent, elle est devenue un lieu de souffrance et un sujet de tristesse.

      La Bible, elle, affirme que le foyer est un avant-poste du Royaume de Dieu, et que chaque relation qui s’y vit peut soit refléter la paix de Christ… soit devenir l’antichambre de l’enfer.

      Dans cet article, nous allons redécouvrir ce qu’était la maisonnée dans l’Antiquité, comprendre pourquoi Paul en parle comme d’un enjeu de guerre spirituelle, et voir comment une maison chrétienne peut encore aujourd’hui résister au chaos et briller dans un monde brisé.

      Dans mon prochain article, je parlerai du rôle du père dans la famille chrétienne.

      Qu’est-ce que la maisonnée de l’Antiquité nous apprend?

      Dans l’Antiquité gréco-romaine, le cosmos ne désigne pas un simple amas de matière. Il incarne un ordre vivant, visible et invisible, structuré, hiérarchisé, orienté vers le bien. L’opposé du cosmos, c’est le chaos: un désordre menaçant la vie.

      Au cœur de cette lutte entre ordre et désordre se tient la maisonnée. Elle vit en contact direct avec les puissances spirituelles — divinités locales et démons.

      Le foyer est plus qu’un simple lieu de vie: c’est un bastion d’ordre au milieu d’un monde instable. Les auteurs anciens la décrivent comme l’ultime rempart contre les forces du désordre, car elle reliait le visible et l’invisible, le passé et l’avenir, le divin et l’humain1.

      La maisonnée est le théâtre de la guerre entre l’ordre et le chaos dans le cosmos.

      Elle forme une unité:

      • économique (elle produisait nourriture, vêtements, outils),
      • éducative (elle formait les enfants, transmettait les savoirs),
      • religieuse (elle offrait des sacrifices aux dieux),
      • et politique (elle constituait la brique de base de la cité).

      La maisonnée devait tendre à l’autonomie locale (avec l’aide d’autres maisonnées voisines): il n’existait ni services publics, ni CAF, ni sécurité sociale, ni places en crèche, ni État-providence pour en assurer la survie.

      Le foyer portait tout sur ses épaules.

      La maisonnée antique n’était pas une famille nucléaire comme aujourd’hui. Elle comportait:

      • le père (paterfamilias),
      • la mère,
      • les enfants (biologiques et adoptés),
      • les membres de la famille élargie nécessitant l’hospitalité (grands-parents, oncles, tantes…),
      • les esclaves et leurs familles.

      La maisonnée n’était pas seulement un lieu de vie privée. Elle avait une mission: maintenir l’ordre dans le monde en reflétant l’ordre du cosmos. Elle constituait la cellule de base servant de matrice à toutes les institutions sociales ultérieures: État, école et, bien sûr, l’Église.

      Dans la vision antique, détruire la maisonnée, c’était ouvrir une brèche dans l’ordre du monde.

      Notre société sécularisée ferait bien de se rappeler qu’elle n’est jamais en meilleure santé que les familles qui la composent.

      Les tables domestiques

      Un foyer, en tant que microcosme, a une organisation et une loi.

      Il existe un bien commun pour lequel chacun a un rôle à jouer et une contribution réelle à apporter, même les enfants.

      C’est l’économie au sens littéral: règles et devoirs qui structurent les interactions au sein du foyer.

      On appelait "tables domestiques" (ou codes domestiques) les règles qui résumaient les devoirs mutuels au sein du foyer. Elles visaient un objectif fondamental: préserver l’ordre de la maisonnée et empêcher le chaos d’entrer.

      Ces tables domestiques avaient une dimension spirituelle et politique:

      • Spirituelle, car elles assuraient que la maison reste en harmonie avec l’ordre divin.
      • Politique, car la stabilité de la cité dépendait directement de la stabilité des foyers.

      En pratique, ces tables précisaient qui devait diriger, qui devait obéir, comment chacun devait servir le bien commun2.

      Elles formaient la charpente morale de la maison. Sans elles, l’économie, l’éducation et la vie religieuse s’effondraient rapidement.

      Paul sait que la famille chrétienne est au cœur d’une guerre

      Depuis Éden, Satan est en guerre contre la famille. Il pervertit. Il divise. Il détruit. Il sème le chaos. Comme un cancer, il la ronge de l’intérieur pour l’affaiblir et, si possible, l’anéantir.

      Notre société témoigne des ravages de ce combat:

      • 46 % des mariages se terminent par un divorce.
      • Plus de la moitié des femmes victimes de violence ont subi ces violences dans la sphère familiale (conjugale ou non, 54 %).
      • Légalisation du mariage homosexuel et bientôt de la GPA. Augmentation en flèche des familles monoparentales.
      • Plus d’un homme sur deux (55 %) et près d’une femme sur trois (32 %) admettent avoir été infidèles.
      • Plus de 200 000 avortements par an en France, soit 1 IVG pour 3 naissances.
      • Certains enfants sont faits rois, d’autres sont sacrifiés sur l’autel de la carrière des parents.

      Ces réalités ne sont pas des accidents isolés: elles révèlent la guerre du monde envers la cellule de base du plan de Dieu.

      La maison est une ambassade du Royaume, un microcosme de la nouvelle création

      Le génie de Paul, ce n’est pas de rejeter les tables domestiques romaines bien connues. Il les connaît, ses lecteurs aussi. Mais il les redéfinit et les sanctifie.

      La croix a inauguré une paix cosmique (Ép 1.10; Col 1.20). Cette paix s’étend au cœur de ta maison.

      Les codes domestiques ne reposent donc plus sur la tradition païenne ou sur la peur du désordre, mais sur la grâce et la seigneurie de Christ.

      Paul démontre qu’en Christ, Dieu agit sur deux fronts: Il démonte les structures païennes fondées sur la peur et la domination. Il rebâtit l’ordre familial créationnel, le fondant sur la grâce et la seigneurie de Jésus.

      Ainsi, pour Paul, maintenir l’ordre dans la maisonnée n’est pas seulement une affaire de survie sociale: c’est une mission au service de l’avancée du Royaume. La maison chrétienne devient une ambassade du Royaume, un avant-goût de la nouvelle création. La famille est appelée à refléter dans ses relations la beauté et la bonté du ciel.

      Jésus règne sur le cosmos, sur l’Église… et aussi sur la maisonnée. Dans Colossiens 3.18-4.1, Paul le martèle sept fois: Christ est le Seigneur du foyer. Il lui donne:

      • un ordre (une structure claire),
      • une organisation (des rôles définis),
      • une orientation (vivre pour sa gloire).

      Un foyer chrétien est plus qu’un lieu où l’on vit: c’est un microcosme du Royaume.

      • Chaque relation devient un témoignage vivant de la puissance transformatrice de l’Évangile.

      Dans la guerre qui est déclarée à la famille, sous le règne du Christ, elle tient bon, car elle est bâtie sur le roc.

      Plus encore, la maisonnée chrétienne remet de l’ordre dans un monde chaotique. Elle amène la paix dans un monde de conflits. Elle brille dans les ténèbres et son hospitalité apporte le repos à ceux qui en ont besoin. Elle incarne la sagesse de Dieu dans le quotidien. Elle glorifie Christ dans les gestes les plus ordinaires.

      James R. Miller l’exprime à merveille:

      Un véritable foyer est l’un des lieux les plus sacrés. C’est un sanctuaire où l’homme se réfugie face aux périls et aux angoisses du monde. C’est un lieu de repos où, à la fin de la journée, les âmes fatiguées viennent puiser de nouvelles forces pour les luttes et les labeurs du lendemain. C’est l’endroit où l’amour s’apprend, où la vie est formée à la discipline et à la force, où le caractère se façonne.


      Peu de choses dans ce monde méritent autant d’être accomplies que la création d’un foyer beau et heureux. Celui qui y parvient construit un sanctuaire pour Dieu et ouvre une source de bénédictions pour les hommes.


      Bien plus que nous ne le réalisons, la force et la beauté de notre vie dépendent du foyer où nous vivons. Celui qui, au matin, sort d’un foyer heureux, aimant et priant pour affronter les combats, les tentations, les luttes et les devoirs du monde, est fort — inspiré pour vivre avec noblesse et victoire. Les enfants élevés dans un vrai foyer partent entraînés et équipés pour les batailles et les tâches de la vie, portant dans leur cœur un secret de force qui les rendra courageux et fidèles à Dieu, et les préservera des tentations les plus rudes du monde.

      Dieu confie les familles à l’Église locale

      Dans leurs lettres, les apôtres confient les tables domestiques à l’Église. Elles étaient lues publiquement dans le corps de la lettre.

      Qu’en déduire? L’Église a la responsabilité d’aider les familles qui la composent à vivre selon la volonté de Dieu.

      Dans notre culture française, la famille est une affaire privée. Mais pour le Nouveau Testament, elle est publique, car elle est comprise comme une ambassade du Royaume. Elle rend visible la seigneurie du Christ. Elle reflète son ordre, sa sagesse, sa beauté. Elle est donc l’affaire de la communauté.

      La bonne santé des familles concerne tous les membres de l’Église. Dans nos Églises:

      • certains se convertissent après leur mariage, parfois avec des enfants;
      • d’autres élèvent seuls leurs enfants, avec courage;
      • d’autres sont encore célibataires;
      • d’autres sont jeunes mariés et dans le rouleau compresseur de la parentalité.

      Il n’y a pas d’Église en bonne santé sans familles en bonne santé. L’Église est une famille de familles. Un seul corps, un foyer spirituel.

      Et dans cette famille, nous devons nous entraider pour que toutes nos familles grandissent:

      • soutenir les parents seuls ou ceux dont le conjoint n’est pas chrétien;
      • proposer des formations sur le mariage pour former les jeunes couples à fonder un foyer solide;
      • accompagner les célibataires avec sagesse dans leur recherche d’un conjoint;
      • aider les parents fatigués dans l’éducation de leurs enfants;
      • intervenir avec amour lorsqu’un couple est en détresse.

      Il n’y a pas d’Église en bonne santé sans familles en bonne santé.

      Quand nous nous soutenons, quand nous persévérons ensemble dans l’obéissance, nous résistons au chaos du monde. Le monde déforme, l’Église forme.

      Nous manifestons l’ordre et la beauté du Royaume. Nous révélons aux yeux du monde la puissance transformatrice de Jésus.

      Mon prochain article traitera du rôle du père dans la famille.

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      Raphaël Charrier

      À l’âge de 23 ans, Raphaël découvre la personne de Jésus-Christ et son œuvre. Il place sa foi en lui et devient son disciple. Après des études d’éducateur spécialisé, et animé par le désir de servir l’Évangile, Raphaël se forme en théologie à l’Institut Biblique de Genève, puis à la Faculté Libre de Théologie Évangélique de Vaux-sur-Seine.

      Après un premier poste pastoral à plein temps à l’ECE Grenoble, il partage aujourd’hui son ministère entre une charge pastorale à Sola Gratia Grenoble, l’enseignement dans des instituts et facultés de théologie, l’écriture, ainsi que le développement de la TPSG Académie.

      Il est marié à Marion et ils ont deux enfants. Il est l’auteur de plusieurs livres, dont Vivre pour Jésus, qui a pour objectif d’aider les chrétiens à poser les bons fondements de la vie chrétienne.

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