Voici cinq idées reçues sur la fin des temps et la nouvelle création selon la Bible, avec un éclairage sur le jugement, la résurrection et l’espérance chrétienne.
L’eschatologie (la doctrine de la fin des temps) est un sujet brûlant parmi les chrétiens depuis la fin du XIXᵉ siècle. À cette époque, John Nelson Darby commença à rendre populaire la doctrine de l’enlèvement de l’Église (qui fait partie de ce qu’on appelle aujourd’hui la théologie dispensationaliste), à travers une série de conférences consacrées à la prophétie qu’il mena en Grande-Bretagne, au Canada et aux États-Unis.
Aujourd’hui, beaucoup de best-sellers se targuent de prédire comment la fin des temps arrivera, dont certains cherchent vraiment à faire sensation. Mais il existe également de nombreux livres qui s’efforcent de donner un enseignement biblique juste et équilibré concernant la fin des temps.
En dépit des bonnes intentions de beaucoup d’enseignants de la Bible, les croyances les plus répandues dans l’Église concernant ce que sera le futur auprès de Dieu (et la façon dont cela devrait impacter notre vie aujourd’hui) ne sont pas toujours conformes à ce que les Écritures nous enseignent réellement.
Dans cet article, je vais examiner cinq idées fausses répandues parmi les chrétiens sur ce à quoi ressemblera la fin des temps (en grec eschaton). Pour commencer, voici cinq choses que la Bible n’enseigne pas.
Bien que ce soit devenu une croyance populaire de dire que les chrétiens demeureront auprès de Dieu après la mort, la Bible promet plus exactement la résurrection du corps et le renouvellement de la création. C’est ce que nous pourrions appeler la rédemption cosmique. En effet, certains textes du Nouveau Testament, tels qu’Apocalypse 21.1 ou 2 Pierre 3.13, mentionnent “un nouveau ciel et une nouvelle terre”.
Puisque l’Ancien Testament décrit le cosmos créé comme “les cieux et la terre” (Gn 1.1), les textes de l’Apocalypse et de 2 Pierre ne présentent pas moins qu’une nouvelle création.
Ésaïe 65.17 est à l’origine de l’expression “un nouveau ciel et une nouvelle terre” que l’on trouve dans l’Ancien Testament. Ce verset fait partie de la vision d’Ésaïe d’un monde guéri, où une communauté rachetée vit dans une Jérusalem rebâtie, où la vie restaurée a engendré prospérité et bénédiction après la dévastation de l’exil babylonien (És 65.17-25).
L’attente prophétique de cette nouvelle terre que voit Ésaïe est centrée sur le retour de l’exil, mais s’applique à l’univers entier et à la société humaine en général, à la fin du judaïsme du Second Temple (539 av. Jésus-Christ à 70 apr. Jésus-Christ) et dans le Nouveau Testament.
Tandis qu’Apocalypse 21 et 2 Pierre 3 parlent d’un “nouveau ciel et d’une nouvelle terre”, d’autres textes du Nouveau Testament utilisent l’expression "toutes choses" pour décrire l’objet de l’action salvatrice de Dieu.
On trouve cette expression, par exemple, dans Éphésiens 1.10, qui décrit le plan de Dieu en Christ comme un dessein destiné à être mis à exécution “lorsque les temps seraient accomplis, de réunir toutes choses en Christ, celles qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la terre”.
Ici, le salut est compris comme unifiant ce qui a été fragmenté par le péché; et cette action unificatrice ne s’applique pas seulement aux êtres humains, mais à toutes choses, ce qui inclut celles qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la terre. Éphésiens 1.10 envisage un salut aussi large que la création elle-même.
On trouve un texte similaire dans Colossiens 1, qui explique que l’objectif de Dieu en envoyant Christ était de “tout réconcilier avec lui-même, aussi bien ce qui est sur la terre que ce qui est dans le ciel, en faisant la paix par lui, par le sang de sa croix” (Col 1.20). Le salut est conçu ici comme une réconciliation — faisant la paix — entre ceux qui étaient ennemis, en ôtant la cause de l’inimitié, à savoir le péché, par le sang expiatoire de Christ.
Mais la réconciliation avec Dieu par le sang versé de Christ ne se limite pas aux êtres humains. Elle s’applique plus globalement à tout, aussi bien à ce qui est sur la terre qu’à ce qui est dans le ciel. Colossiens 1 affirme clairement que la réconciliation a une portée cosmique et universelle.
Dans Romains 8, on trouve l’imagerie de l’esclavage en Égypte appliquée à la création entière. De même que les Israélites gémissaient du fond de l’esclavage sous l’oppression de Pharaon (Ex 2.23), ainsi “la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l’accouchement. Et ce n’est pas elle seule qui soupire, mais nous aussi, qui avons pourtant dans l’Esprit un avant-goût de cet avenir, nous soupirons en nous-mêmes en attendant l’adoption, la libération de notre corps” (Rm 8.22-23).
Dans Romains 8, on trouve l’imagerie de l’esclavage en Égypte appliquée à la création entière. De même que les Israélites gémissaient du fond de l’esclavage sous l’oppression de Pharaon (Ex 2.23), ainsi “la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l’enfantement. Et ce n’est pas elle seule qui soupire, mais nous aussi, qui avons pourtant par l’Esprit, un avant-gpût de cet avenir, nous soupirons en nous-mêmes en attendant l’adoption, la rédemption de notre corps” (Rm 8.22-23).
Ainsi, les enfants de Dieu soupirent après la résurrection, ce que Paul décrit comme “la rédemption de notre corps”. Mais, aussi incroyable que cela puisse paraître, le monde non humain peut espérer une rédemption similaire. De la même façon que les Israélites d’autrefois ont connu l’exode, la création “a l’espérance d’être elle aussi libérée de l’esclavage de la corruption, pour avoir part à la liberté glorieuse des enfants de Dieu” (Rm 8.21).
Cette idée est reprise dans Apocalypse 21, qui dépeint la nouvelle Jérusalem descendant du ciel, avec la proclamation que Dieu habitera désormais parmi les hommes (Ap 21.2-3). En effet, le trône de Dieu, dont il est dit tout au long de l’Ancien Testament qu’il se trouve dans le ciel (Ps 2.4; 11.4; 104.1-3; És 40.22; 63.15; 66.1-2; Am 9.6), demeure maintenant au milieu de la nouvelle Jérusalem, donc sur la terre renouvelée (Ap 22.3).
On retrouve cette espérance d’une destinée terrestre, par opposition à “aller au ciel", dans la promesse de Jésus:
Heureux ceux qui sont doux, car ils hériteront la terre!
Matthieu 5.5
Cela fait maintenant des décennies que je demande à mes étudiants — que ce soit lors d’études bibliques, à l’école du dimanche, à l’université ou lors de séminaires — de trouver un seul passage qui affirme clairement que les chrétiens vivront au ciel pour toujours (ou que le ciel est la destination éternelle du croyant). J’ai même offert une récompense en cas de succès. Jusqu’ici, personne n’a trouvé un tel passage…
La croyance populaire selon laquelle le ciel serait la destination éternelle des chrétiens n’est rien d’autre que cela: une croyance populaire. Ce n’est pas ce qu’enseignent les Écritures.
Mais comment ceux qui sont doux “hériteront-ils la terre” (Mt 5.5) si la terre est détruite lors du retour de Christ? Après tout, 2 Pierre 3.10 ne nous dit-il pas que la terre, avec les œuvres qu’elle renferme, sera "brûlées"? On trouve l’idée que la terre sera "brûlée" dans la version King James (KJV) de 2 Pierre 3.10, ainsi que dans toutes les traductions anglaises majeures de ce passage, jusqu’à la New International Version (NIV), publiée dans les années 1970.
Là où la KJV parle d’être brûlée, la NIV parle d’être "dévoilée".
D’autres traductions plus récentes proposent des interprétations similaires à la NIV. La version English Standard Version (ESV) parle d’être "exposée", et la New Revised Standard Version (NRSV) traduit par "sera dévoilée". Il s’avère que ces traductions plus récentes ne sont pas en désaccord avec la KJV sur la façon de traduire un mot grec spécifique: elles traduisent en réalité un mot grec complètement différent.
Les traducteurs de la KJV ont utilisé ce que l’on appelle le Texte Reçu du Nouveau Testament (parfois appelé par son terme latin Textus Receptus). Il s’agissait d’une édition du Nouveau Testament grec compilée par Érasme en 1516, basée sur les meilleurs manuscrits grecs anciens disponibles à l’époque. Le Texte Reçu utilise effectivement l’expression "sera brûlée" (katakaesētai).
Mais depuis le XVIᵉ siècle, époque à laquelle la KJV fut traduite, l’archéologie a permis de découvrir de nombreux autres manuscrits anciens du Nouveau Testament grec. Aujourd’hui, l’édition du Nouveau Testament grec utilisée par les traductions modernes repose sur des manuscrits bien plus anciens que ceux du Texte Reçu.
Il est très clair que la majorité des manuscrits grecs anciens de 2 Pierre 3.10 utilisent le mot grec heurethēsetai, qui signifie "sera trouvée".
À un moment donné du processus de transmission, un scribe chargé de copier 2 Pierre 3 a modifié une partie du mot (la terminaison demeurant la même), pensant probablement corriger une erreur.
À cette époque, au Moyen Âge, la vision biblique d’une nouvelle création impliquant la rédemption de la terre avait été largement perdue. L’idée platonicienne de quitter ce monde physique corrompu pour accéder à un royaume immatériel de pureté et de lumière était devenue dominante dans la théologie chrétienne.
On peut peut-être faire preuve d’indulgence envers ce scribe, puisque la teneur générale de 2 Pierre 3.10-14 semble aller dans le sens d’une idée de destruction. Ces versets décrivent la combustion ou l’incinération de l’univers — plus précisément, du ciel et des "éléments" — par une chaleur ardente lors du retour du Christ. Pourtant, un examen plus attentif suggère une image différente de celle d’une éradication totale de l’univers, puisque seuls le ciel et les "éléments" (stoicheia) sont dits détruits. La terre, en revanche, est "trouvée".
2 Pierre 3 décrit l’action de Dieu détruisant les forces démoniaques dans les cieux (le mot grec pour "éléments" est utilisé pour désigner des puissances démoniaques dans Galates 4.8-9, Colossiens 2.8 et 20) et ôtant la couche supérieure de l’univers — le ciel — afin d’exposer la terre au jugement divin, à l’aide de l’image du feu. On retrouve certains aspects de ce tableau saisissant dans les textes prophétiques de l’Ancien Testament (par exemple Ésaïe 24.21; 34.4-5, 9). Dans la pensée juive du temps du Nouveau Testament, c’était une manière courante de concevoir le jugement cosmique.
Cette signification eschatologique de “trouver”, en lien avec la venue du jugement de Dieu, correspond parfaitement à l’exhortation de Pierre à ses lecteurs:
C’est pourquoi, bien-aimés, dans cette attente, faites tous vos efforts pour qu’il vous trouve sans tache et irréprochables dans la paix.
2 Pierre 3.14
Pierre exhorte donc ses lecteurs à être prêts, par une conduite juste, pour le jour où le Seigneur viendra juger “la terre avec les œuvres qu’elle contient”.
Selon 2 Pierre 3, le jugement de la terre n’aura pas pour résultat son anéantissement, mais sa purification — l’image étant celle du raffinage par le feu. Même le ciel n’est pas détruit à proprement parler, mais purifié. Le texte parle uniquement de “la destruction des hommes impies” (2P 3.7) et promet “un nouveau ciel et une nouvelle terre où la justice habitera” (2P 3.13).
Même si la Bible promet un nouveau ciel et une nouvelle terre (2P 3.13; Ap 21.1), certains chrétiens pensent qu’il s’agira d’un univers de remplacement, supposant ainsi que l’ancien disparaîtra lorsque Christ reviendra. Admettons que 2 Pierre 3.10 ne puisse être utilisé pour soutenir l’idée que la terre sera "brûlée". Mais qu’en est-il d’Apocalypse 21.1, qui affirme que “le premier ciel et la première terre avaient disparu”?
Il est clair que l’ancien monde tel que nous le connaissons aura disparu pour faire place à une nouvelle réalité. La question est de savoir s’il s’agit d’une destruction suivie d’un remplacement, ou d’une transformation — certes radicale.
Pour répondre à cette question, il faut se tourner vers la manière dont Paul décrit la conversion comme une "nouvelle création" dans 2 Corinthiens 5.17:
Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées; voici, toutes choses sont devenues nouvelles.
Paul utilise ici le verbe parerchomai ("sont passées") pour décrire la fin de l’ancienne vie, remplacée par une nouvelle vie en Christ. Ce verbe est très proche de celui utilisé pour "avaient disparu" (aperchomai) dans Apocalypse 21.1 — seuls les préfixes diffèrent.
Faut-il comprendre que, dans 2 Corinthiens 5, Paul enseigne que la disparition de l’ancienne vie équivaut à la destruction de la personne, remplacée par un double? L’ensemble des écrits pauliniens, sans parler du simple bon sens, montre qu’aussi radicale que soit la conversion, elle correspond à une transformation, non à une destruction.
De la même manière, la disparition du ciel et de la terre actuels pour faire place à la nouvelle création relève d’un processus de transformation, et non d’une destruction suivie d’un remplacement.
Il y a un principe dans les Écritures qui appuie cette compréhension de la disparition en tant que transformation (plutôt que d’une destruction et d’un remplacement). C’est l’idée qu’il existe un parallèle entre la rédemption des personnes (incluant le corps) et la rédemption du monde non humain. Dans les deux cas — la nouvelle personne en Christ d’un côté, et le nouveau ciel et la nouvelle terre de l’autre — le mot "nouveau" a le sens de renouvellement radical, et non d’un remplacement.
Heureusement, la plupart des chrétiens ne prennent plus au sérieux la vieille caricature des croyants assis sur des nuages au paradis et jouant de la harpe. Cependant, il est encore courant de croire que la vie après la mort consistera en un culte d’adoration éternel, où l’on chantera et l’on exprimera notre louange au Seigneur sans fin.
Cette notion de culte de louange perpétuel dans un au-delà mystique se retrouve dans de nombreux hymnes, tels que Mon Jésus je t’aime, qui affirme: “Je verrai ta face, quel ravissement! […] Je louerai ta grâce, éternellement.”
De même, le cantique anglais Come christians, join to sing ("Venez, chrétiens, rejoignez-nous pour chanter") déclare: “Sur les rives heureuses du ciel […] sa bonté l’on adorera […] ensemble dans un chant éternel […] Alléluia! Amen!”
Dans la même optique, un autre cantique anglais, As with gladness men of old ("Les hommes d’autrefois, avec joie") exprime le désir suivant: “Dans le lumineux pays céleste […] Alors nous chanterons […] Des alléluia à notre Roi!”
Ce sont probablement les visions d’adoration célestes que l’on trouve dans Apocalypse qui influencent une telle pensée (Ap 4.8-11; 5.8-14; 6.9-10; 7.9-12; 11.17-19; 15.3-4; 16.5-6; 19.1-9). Mais un regard de plus près sur ces scènes d’adoration au ciel nous révèle qu’elles dépeignent non le futur état des disciples de Christ, mais l’adoration qui a lieu actuellement. Et ce sont souvent des créatures non humaines, angéliques, qui apportent cette adoration. Maintenant, évidemment, nous devrions louer Dieu; et je m’attends pleinement à ce que nous adorions Dieu dans la nouvelle création. Mais la louange (au sens étroit d’exprimer des louanges) n’est qu’une partie de la vie d’obéissance d’un disciple.
Nous avons besoin ici de nous rappeler les exhortations de Paul dans Romains 12.1-2 sur le fait d’offrir notre corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui implique de se laisser transformer par le renouvellement de notre intelligence et de faire la volonté de Dieu. Voilà, dit Paul, notre véritable adoration.
Cela signifie que notre adoration ne devrait pas se limiter à des actes intensément émotionnels de louange verbale. La louange (au sens large) englobe tout notre style de vie en tant que disciples. Dieu est glorifié par nos vies entières, lorsque nous suivons Christ fidèlement dans tout ce que nous faisons.
Cela concorde avec la façon dont la Bible décrit le rôle déterminant des êtres humains à la fois dans ce monde et dans le suivant.
Au commencement, Dieu donna aux humains la domination sur la terre et nous confia la responsabilité, en tant que ses intendants, de cultiver et prendre soin de ce monde (Gn 1.26-28; 2.15; Ps 8.4-8; 104.14-15). Voilà ce que signifie être fait à l’image de Dieu, reflétant sa gloire dans l’intégralité de notre vie terrestre. Mais le péché est venu entraver ce plan, déformant l’ordre que Dieu nous a donné pour dominer sur la terre, ce qui engendra le développement de cultures, sociétés et institutions qui ne reflètent que partiellement la volonté de Dieu. Le bien et le mal sont inextricablement liés dans tout ce que nous faisons.
Si nous regardons au-delà des nombreuses scènes d’adoration dans le livre de l’Apocalypse, pour voir la description de l’état final des croyants, nous réalisons que l’Apocalypse décrit cet état final comme la restauration de notre vocation humaine originale — mais cette fois sans le péché. Au cœur d’un des cantiques de louange apporté par l’un des étranges êtres célestes (Ap 5.9-10), le Christ est loué pour avoir racheté des hommes “de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation” (Ap 5.9) et pour avoir fait d’eux “un royaume et des sacrificateurs” pour servir Dieu.
Mais ce service royal et sacerdotal dans la nouvelle création n’est pas identifié comme étant celui d’une louange éternelle. En revanche, ces croyants rachetés “règneront sur la terre” (Ap 5.10). En effet, “ils régneront aux siècles des siècles” (Ap 22.5). Ce n’est ni plus ni moins que le rétablissement de la vocation originale de l’humain à dominer sur la terre en tant qu’image habilitée de Dieu.
La bonne nouvelle de l’Écriture, c’est que le jour viendra où, pour utiliser le langage de la prière du Seigneur, le Royaume de Dieu viendra et sa volonté sera faite sur la terre comme elle l’est au ciel (Mt 6.10). Et ce jour-là, je fléchirai le genou en adoration devant le Créateur du ciel et de la terre et je chanterai sa louange; puis je m’attèlerai à la tâche du règne de justice sur la terre.
On trouve, au sein de certains cercles chrétiens, l’hypothèse perturbante selon laquelle notre manière de vivre aujourd’hui — incluant la façon dont nous traitons la création de Dieu — n’aurait aucune incidence sur notre futur ni sur celui de la création. Il existe généralement deux raisons de penser ainsi.
La première est le contraste entre la justification par la foi et les œuvres. Puisque nous sommes sauvés par grâce et non par les œuvres (Ép 2.8-9), on pense parfois que ce que l’on fait de nos vies n’a pas d’importance — du moins pas au sens ultime — par rapport à notre destinée finale. Mais Paul, le plus grand avocat du salut par grâce, explique que “nous avons été créés en Jésus-Christ pour des œuvres bonnes” (Ép 2.10), et il encourage les croyants à [travailler à] leur salut avec crainte et tremblement (Ph 2.12).
Jacques va plus loin en nous disant que la foi sans les œuvres est morte (Jc 2.14-26). Il compare même la foi avec le corps humain, tandis que les œuvres correspondent à l’esprit qui anime le corps (Jc 2.26). Ainsi, la foi sans les œuvres est comme un cadavre. La seule façon de savoir si notre foi est vivante, c’est de voir quelles sont les œuvres qui l’accompagnent.
Jésus aussi explique que notre destinée finale dépend des actions que nous avons accomplies dans cette vie (Mt 25.31-46). Cela ne veut pas dire que nous sommes sauvés par les œuvres, mais que nos actes indiquent l’état de notre cœur. Il existe cependant une autre raison pour laquelle les chrétiens pensent souvent que notre vie présente n’a pas d’incidence sur le monde à venir (et vice versa), une raison qui dépasse la question de la foi et des œuvres.
C’est parce qu’ils considèrent qu’il y a une discontinuité totale entre leur façon de vivre aujourd’hui et l’avenir que Dieu nous promet.
Mais comme nous l’avons vu, la Bible dépeint le monde à venir comme un renouvellement de la terre, ce qui implique la restauration de notre appel humain en tant qu’image de Dieu. Notre vie présente est donc un entraînement pour celle dans le monde à venir.
Paul explique que nos œuvres seront éprouvées par le feu du jour du jugement (1Co 3.11-15). Tandis que certaines de nos œuvres seront brûlées, d’autres seront purifiées et résisteront au jugement à venir (1Co 3.12). Apocalypse 21 mentionne même qu’on apportera dans la nouvelle Jérusalem “la gloire et l’honneur des nations” (Ap 21.26), suggérant ainsi qu’il y aura une place dans la nouvelle création pour ce que les êtres humains auront produit de meilleur.
Notre vie présente impacte donc la nouvelle création. De même, notre façon de vivre aujourd’hui témoigne du genre d’avenir que nous attendons. Ainsi que je l’ai écrit récemment: l’éthique, c’est l’eschatologie vécue1.
Si nous vivons de façon égoïste, en ignorant les besoins de ceux qui nous entourent — y compris nos voisins dans le monde — alors nous sommes en contradiction avec la vision de la Bible d’une communauté internationale de gens rachetés qui formaient une foule immense que personne ne pouvait compter. C’étaient des hommes de toute nation, de toute tribu, de tout peuple et de toute langue (Ap 7.9).
Si nous continuons à consommer les biens et les ressources sans nous soucier des besoins de notre fragile planète (qui est notre demeure) ni des autres espèces qui partagent cette planète avec nous, nous ne rendons pas témoignage au Dieu qui a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique pour le sauver (Jn 3.16).
Le lien entre nos vies présentes et le futur après lequel nous soupirons est évident dans le défi que nous adresse Pierre à vivre aujourd’hui une vie pieuse et sainte à cause du jour de jugement de Dieu, qui engendrera un nouveau ciel et une nouvelle terre (2P 3.10-12). Il suggère même que nous pouvons, en quelque sorte, impacter la venue de l’eschaton, tandis que nous [attendons et hâtons] la venue du jour de Dieu (2P 3.12).
Si nous prenions au sérieux la vision biblique de l’amour de Dieu pour sa création — dont son désir de la racheter et de la renouveler — cela pourrait impacter tout ce que nous faisons sur la terre. Nous montrerions alors par nos actions que nous sommes vraiment faits à l’image de Dieu, en suivant le chemin de Christ, notre Seigneur.
webinaire
Comment remporter le prix?
Découvre le replay du webinaire de Raph et Matt (Memento Mori) enregistré le 28 septembre 2020.


Orateurs
M. Giralt et R. Charrier
