7 préjugés sur la mission court-terme

Je suis Derek, président de Gospel Tribe France, un organisme français qui organise des missions court-terme. Malheureusement, la mission court-terme est un ministère peu encouragé dans nos Églises locales et souvent mal compris. Pourtant beaucoup de chrétiens pourraient se découvrir une fibre missionnaire en se lançant simplement dans l’aventure. J’écris donc sur le sujet pour mieux te faire connaître ce ministère qui s’intègre pleinement dans le grand mandat missionnaire qui nous a été confié.


Déconstruire les mythes et clichés sur la mission court-terme

La mission court-terme a changé le paysage des opportunités pour servir le Seigneur depuis le milieu du 20eme siècle. Il est estimé qu’environ 1 000 000 d’américains partent en mission court-terme. Mais la mission court-terme, est-ce que cela a été inventé au 19eme siècle? 

En ouvrant le nouveau testament, nous pouvons voir que les missions court-terme sont bien bibliques. En effet, Jésus a en quelque sorte envoyé ses disciples en mission court-terme (Mt 7.12-13). 

L’apôtre Paul lui aussi a passé une bonne partie de sa vie en mission court-terme. Nous pouvons le voir dans le livre des Actes. Il ne restait pas très longtemps dans les destinations qu’il avait en tête: de quelques semaines, à plusieurs mois. Ces appuis bibliques nous permettent de ne pas dénigrer cet outil voulu par le Seigneur pour avancer son Royaume sur terre. 

Nous pourrions définir la mission court-terme comme suit: 

Un voyage circulaire de 7 jours à plusieurs mois où une équipe de bénévoles se joignent à une ou plusieurs Églises locales pour partager la bonne nouvelle de Jésus-Christ de manière contextualisée. Ce témoignage se fait souvent en traversant les frontières culturelles, religieuses, linguistiques et sociales.

Mais voilà, il y a des idées reçues sur la mission court-terme. Voici les 7 clichés les plus répandus:

1. Je dois avoir la réponse à toutes les questions (d’évangélisation, d’apologétique) 

S’exposer à plusieurs formes d’évangélisation et de témoignage peut faire peur. En tout cas, après 11 ans de mission court-terme, cela me fait toujours aussi peur d’aller vers un inconnu et lui parler de Jésus. Que ce soit du porte-à-porte, en plein air, des sondages, des défis de traductions de versets, ou même inviter un passant à prendre un verre pour parler de la foi, je suis toujours autant terrifié.

Vais-je avoir les mots? Est-ce que je ressemble à un commercial en abordant les gens comme ça? (En plus, je n’aime pas cette posture de « commercial »). Et si on me pose une colle? Et si j’ai un blanc? Et si on se moque de moi?

Un des premiers clichés de la mission court-terme est qu’avant de partir, je dois avoir la réponse à toutes les questions d’évangélisation. C’est faux. Chaque participant à une mission court-terme est en formation. Chaque participant doit certes se former, mais l’expérience et les conversations sont souvent le meilleur moyen d’apprendre à répondre. Et si un voyage était l’occasion de te former sur ces questions « qui tuent »? Et si un voyage alliait formation et pratique? 

2. Je dois avoir beaucoup d’argent 

Un missionnaire, ça coûte de l’argent. Il est tout à fait normal de réfléchir de manière administrative quand on aborde la mission court-terme. Un missionnaire coûte dans la plupart des cas plusieurs milliers d’euros par mois. Un départ de voyage missionnaire peut avoisiner les 2000 à 3000 euros facilement pour plusieurs semaines. 

Donc, beaucoup de disciples concluent que « partir » en mission court-terme n’est pas abordable, et par conséquent, ni leur Église ni leurs finances personnelles ne peuvent soutenir un tel projet. Beaucoup de gens hésitent à franchir le pas de la mission court-terme pour des raisons financières. En effet, certains sont bloqués par la problématique qu’il faut beaucoup d’argent pour partir. Mais, il y a des alternatives. Et si un voyage de 300 à 500 euros pour 8 à 10 jours était possible. Est-ce que cela changerait la donne? 

3. Il faut partir (très loin)

Nous venions de démarrer notre mission court-terme. Nous étions en périple en voiture avec une équipe de 9 personnes, et le départ se faisait de l’étranger. Soudainement, une atmosphère de frustration s’est imposée dans le van. L’ambiance était plombée et nous ne comprenions pas pourquoi. Après quelques minutes, nous avons tilté: nous avions passé la frontière française, et les participants étaient déçus d’être en France pour une mission court-terme. 

Une autre des idées reçues sur la mission est souvent qu’il faut partir (très loin). En effet, un pays comme l’Afrique, l’Asie ou alors l’Indonésie est une vraie destination missionnaire. C’est tout à fait vrai, mais pas uniquement. Après tout, Jésus en Actes 1.8 a bien dit de témoigner aux « extrémités de la terre ». Mais avant, il montre clairement que le témoignage missionnaire doit se faire:

  • à Jérusalem = là où les disciples sont
  • dans toute la Judée = les villages, et villes aux alentours de Jérusalem,
  • dans la Samarie = le territoire « ennemi »
  • et bien sûr, aux extrémités de la terre. 

Alors non, il ne faut pas forcément partir loin géographiquement. De plus, les nations sont dans nos villes et villages. Donc, nous pouvons traverser la rue et trouver du boulot! (^^) 

Et si une mission court-terme se faisait dans ta région, dans une ville/village sans témoignage? Serait-ce une mission? 

4. Je vais trouver l’âme sœur

Dans la famille des mauvaises raisons de partir en mission court-terme, je vous présente la plus fréquente. Partir en mission court-terme doit être fait pour la gloire de Dieu et pour l’avancement de son Royaume sur la terre (et dans nos cœurs). 

Nous avons tous des motivations différentes qui nous poussent à partir: le plaisir du voyage, l’aventure, montrer ses connaissances, vivre l’extrême, et… trouver l’âme sœur. Certes, les hommes et les femmes qui sont sur le champ missionnaire ont le cœur à la bonne place (si nous les comparons à ceux qui sont en boite de nuit). Mais, une mission court-terme n’est pas une agence de rencontre. Nos priorités doivent rester claires lorsque nous partons, et le Seigneur pourrait nous surprendre. 

5. Il vaut mieux envoyer son argent que d’envoyer des ouvriers

Quand une équipe de mission court-terme se déplace, cela coûte. Le prix est souvent élevé, et il n’est pas rare d’entendre des chrétiens autochtones encourager l’envoi de fonds plutôt que l’envoi d’ouvriers. 

Imaginons un instant qu’une famille de missionnaires occidentale vive dans un pays de la fenêtre 10/40, pour 50 000 €/an par exemple. 50 000 €/an serait donc le coût du soutien missionnaire. Il peut être tentant de faire un calcul du coût humain et matériel, puis de conclure que 50 000 € envoyés par virement bancaire à l’Église pourraient être mieux utilisés. Il y a du bon sens à cette réflexion et elle mérite d’être étudiée au cas par cas, mais (car oui, il y a un mais) les comptes du Seigneur sont différents de nos comptes, et son approche est différente de la nôtre. 

Envoyer des gens, des personnes, des ouvriers est un commandement du Seigneur. Jésus, en Matthieu 28.19, ordonne aux disciples de -faire- des disciples mais également -d’aller-.

Ici, il s’agit bien de mouvements géographiques de ressource humaine. De plus, le commandement de Jésus est de prier pour davantage d’ouvriers dans la moisson. 

Alors il dit à ses disciples: La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux. Priez donc le Seigneur à qui appartient la moisson d’envoyer des ouvriers pour moissonner. – Mt 9.37-38

Envoyer son argent est souvent une bonne chose, mais elle ne se substitue pas à l’envoi d’ouvriers pour que le Royaume de Dieu avance. 

6. L’impact d’une mission court-terme est très, très limité 

Mais qu’allons-nous faire là-bas avec 10 personnes pendant une poignée de jours, alors que des hommes bien plus équipés y travaillent déjà? En quoi que le fait de rester quelques jours dans une Église, afin d’aider les personnes sur place dans leur mission serait efficace? Comment mesurer l’impact de notre passage?

C’est un vaste sujet. Nous estimons qu’une mission court-terme ne devrait pas être une croisade où l’on ferait un décompte des conversions à la fin du périple. Nous pensons aussi qu’une mission court-terme n’est pas un parcours de santé touristique.

L’Évangile doit être annoncé régulièrement, tous les jours, par tous les participants d’une manière contextualisée et avec la bonne attitude. Nous sommes souvent le maillon d’une grande chaîne de témoins qui se succèdent dans la vie des gens. De plus, les pasteurs et missionnaires locaux peuvent vivre le découragement et l’arrivée d’une équipe pour quelques jours peut redynamiser, encourager, rafraîchir les ouvriers locaux. 

Lors d’une mission court-terme tu peux faire partie du plan éternel de Dieu d’annoncer la bonne nouvelle au monde pour qu’il se forme un peuple d’adorateurs. Ta présence, ton énergie, tes mains, tes pieds, ta voix et ta bonne humeur contribuent à cet effort collectif de l’Église! Quelle grâce et quelle mission! 

7. Pourquoi partir s’il y a déjà des missionnaires présents?

Cet adage est connu: « Tout seul on va plus vite, à plusieurs on va plus loin. » L’addition d’ouvriers dans une localité est une vraie bénédiction quand elle est bien organisée. L’Église n’est qu’à une génération de son extinction. Les défis locaux sont immenses. Les missionnaires ou pasteurs locaux ne sont pas de super héros. Ils sont soumis aux joies, peines, souffrances, découragements, et dépressions du travail missionnaire. Il ne faut pas négliger le fait que le Seigneur Jésus-Christ lui-même nous ordonne de prier pour davantage d’ouvriers dans la moisson (Mt 9.37-38).

Comment savoir si tu es le prochain à partir de manière permanente? Le passage par une mission court-terme peut te révéler une vocation, un appel.

Les missionnaires déjà présents ont souvent besoin de serviteurs, d’ouvriers qui viennent être les pieds et les mains de l’Église. En tant qu’humains, nous fonctionnons souvent par opposition: « S’il y a un missionnaire là, je vais aller où il n’y a personne. Ma présence va combler l’absence. »

Cependant, ce n’est pas toujours le cas. Notre présence en plus de celle des missionnaires locaux est souvent une bonne chose pour l’œuvre de Dieu.


Si tu veux en savoir plus sur le sujet, regarde le replay de notre webinaire sur la mission court-terme.


Pour aller plus loin:

Derek Sutherland

Derek est marié et père de trois enfants. Président de Gospel Tribe France il a servi en tant que missionnaire dans une implantation d'Église à Lens de 2013 à 2020. Il sera bientôt titulaire d’un master de théologie de l’Institut Baptiste du Sud à Louisville, Kentucky et rejoindra prochainement l'Église de Saint Étienne - La Terrasse pour exercer un ministère pastoral.

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