Comment partager l’amour de Dieu auprès des femmes musulmanes?

Je suis assise avec mes filles dans la cour ouverte de ma voisine Aminata*, en train de couper des oignons, pendant qu’elle et son beau-frère abattent les moutons pour le festin familial. Alors que le sang de l’agneau coule vers le drain, j’apprends la signification de cette fête musulmane nommée « Aïd ». L’Aïd commémore le fait qu’Abraham était prêt à offrir son fils bien-aimé au Seigneur, et que le Seigneur a fourni un bélier pour mourir à sa place. À mon tour, je raconte la vieille histoire que celle-ci préfigure, celle d’un Dieu aimant qui a envoyé Isa al-Masih (Jésus le Messie) mourir à notre place.

Webinaire avec Rémi Gomez

TPSG a récemment proposé un webinaire sur comment témoigner auprès des musulmans. Notre frère Rémi Gomez a fait un excellent travail en exposant l’approche qu’il a adoptée dans son propre ministère, qui se déroule principalement (mais pas exclusivement) dans un contexte européen de type urbain et surtout parmi les hommes. Si vous l’avez manqué, je vous recommande vivement de visionner la vidéo.

Une approche particulière pour atteindre les femmes musulmanes

En tant que missionnaire au Sénégal, j’ai eu le privilège de servir le Seigneur dans un contexte musulman pendant dix ans. Avant cela, le Seigneur m’avait permis de participer à de nombreux voyages missionnaires en Europe, en Afrique du Nord et en Afrique subsaharienne. En tant que femme exerçant un ministère auprès des femmes, j’ai appris des leçons uniques qui, je pense, pourraient complémenter le travail dont témoigne Rémi.

Le monde musulman n’est pas un monolithe

Mais avant cela, je tiens à dire ceci: le monde musulman n’est pas un monolithe. Les cultures, les traditions et les pratiques religieuses varient d’une région à l’autre. Même à l’intérieur d’un même pays, vous constaterez que, comme pour tout autre groupe religieux, les musulmans ne sont pas homogènes. (Nous affirmons la même chose pour nous, les évangéliques, n’est-ce pas?). Au fil des ans, j’ai cependant découvert des points communs qui m’ont permis de comprendre un peu comment montrer de l’amour à mes voisines musulmanes.

Le foyer comme cœur de l’évangélisation des femmes

Durant toutes mes années au Sénégal, je ne me souviens pas d’avoir participé à un débat sur la place publique avec une femme musulmane. Je me souviens d’avoir eu plusieurs discussions intéressantes avec des hommes (car les hommes sénégalais ne sont pas aussi réticents à parler avec des femmes que les hommes musulmans d’autres origines). Mais les femmes avaient tendance à être beaucoup moins intéressées par ce genre d’échanges publics collectifs. Mes discussions les plus fructueuses avec les femmes musulmanes ont généralement eu lieu au sein du foyer.

L’hospitalité étant une valeur fondamentale dans de nombreuses cultures musulmanes, j’ai appris que la meilleure façon de montrer l’amour de Christ à mes amies musulmanes est de leur rendre visite. Vous pensez peut-être que je devrais plutôt inviter les gens dans ma propre maison. C’est, après tout, ce que nous imaginons lorsque nous pensons à pratiquer l’hospitalité, et c’est ce que j’ai fait à maintes reprises. Mais d’après mon expérience, que ce soit au Sénégal ou en Occident, les femmes musulmanes que j’ai connues étaient plus heureuses lorsqu’elles étaient hôtes. Je les ai donc honorées en entrant chez elles, en dégustant leur cuisine et en apprenant leurs coutumes et leurs traditions. Montrer de l’intérêt pour leur culture, se rassembler autour d’un bol commun et manger de bon cœur (je suis particulièrement douée pour cela!) en dit long.

Remettre en question les suppositions sur l’Occident et le vrai christianisme

En tant que Nord-Américaine vivant dans un pays portant les séquelles de l’impérialisme colonial, ces gestes étaient des outils importants pour communiquer le respect et l’intérêt pour ma culture d’accueil. Mais le même principe s’applique lorsqu’on se lie d’amitié avec des musulmanes qui immigrent en Occident. Lorsque nous leur rendons visite chez elles, lorsque nous nous intéressons à leur langue, leur culture et leurs coutumes, nous bâtissons un pont pour l’Évangile. Ces femmes ont peut-être quitté leur propre pays à la recherche d’une vie meilleure. Ou bien elles sont nées et ont été élevées en tant que minorités religieuses dans une culture qui, au mieux, les comprend à peine et, au pire, les diabolise. Si pour elles, la culture occidentale est synonyme de christianisme, quel message entendent-elles concernant Jésus-Christ? Que pouvons-nous faire pour changer ce récit afin qu’elles apprennent quelle est l’essence du vrai christianisme? Je crois que la réponse est l’amitié et l’hospitalité.

Quant à « Manger de la viande sacrifiée aux idoles »

Certains chrétiens se demandent s’il est approprié ou non d’assister aux fêtes musulmanes chez leurs voisins. Peut-être, se demandent-ils, cela pourrait communiquer que nous affirmons tout ce que le jour saint implique. Je suis heureuse que les croyants sincères posent ce genre de questions, car cela montre une sensibilité à l’Esprit de Dieu et un désir de lui plaire sans compromis.

Cependant, en réponse à cette question, je crois que nous sommes libres en Christ. Je me souviens des croyants de Corinthe, qui étaient libres de manger de la viande sacrifiée aux idoles (1 Corinthiens 10.25-32). Le principe fondamental, à l’époque comme aujourd’hui, est l’amour. La question que nous devons nous poser est la suivante: « Ce que je fais, cela pourrait-il être une pierre d’achoppement pour un autre croyant? » Et si je ne peux pas parler avec certitude pour chaque contexte musulman, ma propre expérience au Sénégal concorde avec celle d’amis que j’ai connus qui servent dans d’autres contextes musulmans.

Je crois que le fait de se joindre à des amis musulmans pour la célébration de leur fête ne communique pas un compromis religieux, ni à eux, ni aux autres disciples de Jésus. Nous ne nous réunissons pas dans une mosquée, ni dans une école religieuse, mais dans un foyer. Et nous ne participons pas à des actes de culte. Nous partageons simplement un repas avec des amis. En fait, au Sénégal, les musulmans accueillent les chrétiens (catholiques et évangéliques) pour leurs fêtes religieuses. Et les chrétiens, à leur tour, accueillent leurs voisins musulmans pour Noël et Pâques. Aucun de ces échanges n’est perçu comme un compromis. En réalité, ces expériences partagées contribuent à l’harmonie que le Sénégal connaît depuis son indépendance. Ce respect mutuel a fait du Sénégal un modèle pour le monde en ce qui concerne le traitement de ses minorités religieuses.

Célébrer les fêtes

La question que certains peuvent se poser est la suivante: « Mais pourquoi se réunir avec des amis musulmans spécifiquement pour leurs fêtes religieuses? » La raison est que c’est à ces occasions que nous avons souvent la plus grande opportunité de bâtir des ponts entre nous. Lorsque nous venons humblement, désireux de comprendre et de connaître leurs croyances, nous sommes plus aptes à rencontrer des oreilles réceptives lorsque nous partageons les nôtres. N’est-ce pas là l’essence même de la communication? Non seulement cela, mais pendant les fêtes, les gens sont souvent plus attentifs aux réalités spirituelles. Nous utilisons souvent cette stratégie dans notre propre culture laïque lorsque nous partageons notre foi à Noël, en profitant d’un jour de fête accepté même par les sceptiques, comme commémorant la naissance de Jésus.

Les femmes musulmanes sont comme nous

Il est important de garder à l’esprit une chose lorsque vous priez pour des opportunités avec vos voisines musulmanes: nous avons beaucoup plus en commun que ce que nous pouvons imaginer. Beaucoup d’entre nous sommes des épouses, cherchant à plaire à nos maris et à construire un mariage basé sur l’amour et le respect mutuels. Plusieurs d’entre nous sont aussi des mères, faisant de leur mieux pour élever des enfants sages, gentils et généreux. D’autres encore partagent l’expérience commune du célibat, de l’espoir et de la prière pour trouver le bon partenaire de vie. Beaucoup d’entre nous sont des professionnelles, et nous avons des rêves et des aspirations qui y sont attachés. Mais ce que nous avons toutes en commun, c’est que nous sommes toutes créées à l’image de Dieu. Nous partageons le même besoin de communauté, d’acceptation, d’appartenance et d’amour. 

La clé, c’est l’amour

Les données montrent que la majorité des musulmans qui sont venus à la foi en Christ ont été gagnés, non pas tant par des arguments clairement formulés, que par l’amour que leur ont montré les chrétiens. Voulez-vous partager l’Évangile avec les femmes musulmanes dans votre vie? Allez-y et lisez le Coran, je l’ai fait. Révisez aussi l’apologétique, cela vous aidera. Mais surtout, partagez votre vie, partagez votre temps et partagez l’amour. Non seulement vous bénirez les autres au nom de Jésus, mais votre vie sera également enrichie par ce processus, et Dieu sera glorifié.


Pour aller plus loin:

Angie Thornton

En équipe avec son mari Daniel, Angie a servi le Seigneur au Sénégal pendant 10 ans, dans la formation des leaders. Installés à Montréal avec leurs 2 filles depuis août 2017, ils servent à l'Église Baptiste Évangélique Emmanuel et dans l'AEBEQ. Angie est titulaire d'un MDiv de Moody Theological Seminary.
Découvre sa chaîne YouTube par ici.

Articles pouvant vous intéresser

>