Le ministère féminin dans 1 Timothée 2.9-15

Cet article présente l’interview d’Andreas J. Köstenberger et Thomas R. Schreiner, coéditeurs du livre Women in the Church: An Interpretation and Application of 1 Timothy 2:9-15 [Les femmes dans l’Église: interprétation et application de 1 Timothée 2.9-15, 3e édition).

Qu’est-ce qui a changé (dans notre culture, l’Église, le débat, etc.) depuis la première publication de Women in the Church en 1995?

À mon avis, notre culture est aujourd’hui encore moins convaincue qu’il existe des différences entre l’homme et la femme, et que par conséquent, le ministère pastoral est réservé aux hommes. Nous devons donc continuer à montrer que c’est pourtant ce que le texte biblique enseigne, même si cela va à l’encontre de la mentalité contemporaine. En fait, pour beaucoup, cette question relève de l’archaïsme, au vu de légalisation du mariage homosexuel (qui a même été élevé au rang de droit constitutionnel) et de la révolution transgenre actuelle.

De nombreux égalitariens affirment que Paul interdit à la femme d’enseigner des hommes dans 1 Timothée 2.12 parce que les femmes étaient généralement peu instruites dans le contexte dans lequel il vivait. Quel éclairage nous apporte l’étude de la ville antique d’Éphèse à ce sujet?

Tout d’abord, rien ne prouve que la ville antique d’Éphèse était une enclave féministe. En même temps, l’idée que les habitants d’Éphèse étaient peu instruits est clairement infondée. Nous devons veiller à ne pas appliquer une certaine situation au texte au lieu de nous laisser guider par le fil de la pensée de Paul.

Comme le montre S. M. Baugh dans son chapitre du livre, Éphèse ressemblait à de nombreuses autres villes du monde gréco-romain au premier siècle et possédait une structure majoritairement patriarcale. L’idée d’une Éphèse féministe s’avère donc être un mythe, et l’argument selon lequel Paul essayait simplement de restreindre les femmes dans un contexte culturel inhabituel ou atypique est sans fondement.

Pourquoi le terme αὐθεντεῖν (« prendre autorité sur », Colombe) est-il si important dans tout ce débat?

De nombreux égalitariens prétendent que ce terme a une connotation négative et désigne par conséquent un mauvais exercice de l’autorité. Néanmoins, dans un chapitre percutant et rédigé avec minutie, Al Wolters montre que ce terme a un sens non péjoratif et non ingressif. En termes moins techniques, cela signifie que Paul interdit à la femme d’exercer l’autorité sur l’homme dans l’Église en général, pas simplement de l’exercer d’une mauvaise manière.

Cela veut également dire que Paul ne se contente pas d’interdire à la femme d’ « user d’autorité » sur l’homme, comme l’exprime la version Darby. Les femmes ne doivent pas exercer l’autorité sur (ou enseigner) l’homme dans l’Église. Cela fait partie de l’argumentation de Paul à un niveau plus large selon laquelle l’Église est le foyer de Dieu et les hommes en sont responsables au même titre qu’ils le sont de leur propre foyer. De plus, Paul ne fonde pas son interdiction sur un raisonnement culturel mais sur l’ordre créationnel de Dieu (1 Timothée 2.13).

Dans le livre, Al Wolters a écrit un nouveau chapitre sur la signification de αὐθεντεῖν. En quoi son travail est-il inédit?

Comme je l’ai dit précédemment, Al Wolters conclut que le terme a un sens non péjoratif et non ingressif. Il fait valoir son argument en examinant quatre éléments en plus du contexte immédiat:

  1. les huit occurrences du terme avant 312 apr. J.-C., l’année où l’Église a été officiellement reconnue par Constantin;
  2. des versions anciennes;
  3. les commentaires patristiques;
  4. les occurrences du terme après 312 apr. J.-C., où il distingue sept catégories dont la plupart ont un rapport avec l’exercice de l’autorité.

Wolters montre également que deux types d’arguments fallacieux ont été avancés dans le débat, l’un étymologique et l’autre tiré d’une reconstruction spéculative de l’arrière-plan historique et culturel. L’analyse de Wolters est non seulement exhaustive, mais également extrêmement pertinente, reflétant l’érudition de l’auteur et s’avérant pratiquement irréfutable.

Dr Schreiner, vous écrivez: « Lorsque j’ai commencé à étudier sérieusement ce sujet, je voulais croire que la Parole ne limite pas les femmes dans le ministère et que toutes les positions leur sont ouvertes. » Pourtant, vous avez fini par considérer les nouvelles interprétations des passages controversés [c.-à-d. la position égalitarienne] comme peu plausibles et peu convaincantes, tant au niveau intellectuel qu’exégétique. Que diriez-vous à une personne qui a la même position que celle que vous aviez en tant que jeune étudiant?

Nos cœurs et nos pensées doivent être soumis à la Parole de Dieu. Il est impératif que nous ne laissions nos désirs et nos préjugés prévaloir sur ce que disent les Écritures. Nous devons être assez humbles pour reconnaître que nous nous trompons sur beaucoup d’aspects et laisser les Écritures corriger notre manière de penser. Accepter que la Parole soit notre autorité n’a pas grand sens si nous ne l’acceptons que tant qu’elle nous conforte dans notre opinion personnelle.

Dans quelle mesure les mots de Paul dans 1 Timothée 2.9-15 devraient-ils s’appliquer en dehors de l’Église locale? Par exemple, pensez-vous que ce passage interdit aux femmes d’enseigner des hommes dans un contexte universitaire ou lors d’un séminaire?

C’est une question très difficile, une question à laquelle nous n’offrons pas de réponse particulière dans le livre. Il y a un grand nombre d’avis sur le sujet. Moi, Tom, je pense que Paul ne parle pas seulement du ministère de la femme mais aussi de son rôle. Dans certains cas, il est difficile de délimiter la frontière entre les deux. Au Southern Baptist Theological Seminary (séminaire théologique des baptistes du sud), les femmes n’enseignent pas l’Ancien et le Nouveau Testament, la théologie systématique, l’homilétique, l’Histoire de l’Église et la théologie.

Cela dit, nous recommandons à ceux qui s’intéressent à la manière dont ce passage peut être appliqué à de nombreux sujets et contextes de se référer à la table ronde virtuelle à la fin du livre. Dans cette section, des hommes et des femmes pieux, dotés de discernement et issus d’arrière-plans très variés, évoquent ce qu’ils ont appris sur l’identité et le rôle de l’homme et de la femme et comment ils les comprennent à la lumière de 1 Timothée 2.8-15.

Que veut dire Paul lorsqu’il dit que la femme sera « sauvée en devenant mère » dans 1 Timothée 2.15?

Mon avis (Tom) sur le sujet est différent de celui d’Andreas! Je pense qu’il est question de salut spirituel ici. Paul dit que les femmes sont sauvées si elles persévèrent dans la piété (dernière partie du verset 15). Les femmes expriment leur piété en vivant pleinement leur rôle de femme, ce qui, pour la plupart des femmes, signifie avoir des enfants. Bien évidemment, Paul n’est pas en train de dire que les femmes doivent avoir des enfants pour être sauvées. Cela entrerait en contradiction avec 1 Corinthiens 7 où Paul encourage le célibat. De plus, cela supposerait une sorte de salut par les œuvres: mettre au monde des enfants. Je pense par conséquent que Paul se sert ici d’un exemple représentatif de ce que signifie vivre pleinement en tant que femme pieuse. Il prend l’exemple de ce qui différencie si radicalement l’homme de la femme: seules les femmes peuvent avoir des enfants! Le verset n’en est pas moins difficile à comprendre et peut être facilement mal interprété. Nous voulons nous appuyer sur ce que les Écritures enseignent clairement par ailleurs.

Je pense quant à moi (Andreas) que ce verset ne concerne pas tant le salut que la persévérance spirituelle, un thème commun aux épîtres à Timothée et à Tite. Paul enseigne ici que la femme évitera de commettre la même erreur qu’Ève, à savoir s’écarter de son rôle prévu par Dieu qui concerne essentiellement son foyer et sa famille, en se consacrant à sa sphère d’investissement principale. Tom et moi sommes d’accord sur ce dernier point: nous pensons que « devenir mère » est une synecdoque qui inclut non seulement le rôle de la femme en tant que mère, mais aussi son rôle au sens plus large, familial et domestique. Nos avis divergent sur la signification et la portée du verbe grec qui a été traduit par « sauvée » (dans la plupart des versions françaises) ou « préservée » (NEG; cf. 1 Timothée 4.16). Quand on sait qu’à Éphèse, des faux enseignants essayaient de convaincre les femmes de délaisser leur rôle spécifique au sein de leur foyer, on comprend que Paul ait voulu les protéger de Satan et des faux enseignants (à noter, les parallèles verbaux avec 1 Timothée 5.11-15).

Le fait que nous ne soyons pas d’accord sur l’interprétation du verset 15 montre que nous n’essayons pas d’imposer une série de présuppositions conservatrices au texte (y compris le verset 12), mais que nous abordons ce passage avec un esprit ouvert pour essayer de comprendre honnêtement le véritable message que Paul a voulu adresser à ses lecteurs.

Si l’interprétation la plus naturelle est de considérer que l’ « enseignement » et l’ « autorité » dont il est question dans 1 Timothée 2.12 se réfèrent à l’enseignement des Anciens (faisant autorité), faut-il en déduire que les femmes pourraient être autorisées à enseigner des hommes dans d’autres contextes qui ne feraient pas autorité au sein de la vie de l’Église locale (à l’école du dimanche des adultes, dans de petits groupes…), tant qu’il n’y a pas de confusion entre cet enseignement et l’instruction des Anciens?

Moi, Tom, je ne pense pas, puisque je considère que ce n’est pas simplement de l’exercice du ministère mais du rôle de la femme dont il question dans l’interdiction de Paul. Je (Andreas) rejoins Tom sur ce point.

Cela dit, il est bien évidemment vrai que le fait d’ « enseigner » et de « prendre autorité sur l’homme » sont des fonctions qui sont exercées par les Anciens de l’Église (cf. par exemple 1 Timothée 5.17).

Même si vous êtes plusieurs à être d’accord sur la signification fondamentale de 1 Timothée 2.9-15, vous précisez que « la signification de l’enseignement dans ce passage comporte de multiples facettes ». Que voulez-vous dire par là? Comment un chrétien peut-il discerner où sont les limites lorsqu’il s’agit d’appliquer fidèlement l’enseignement de Paul à la vie de l’Église?

Eh bien, les avis des croyants divergent dans certains domaines. Nous ne voulons pas écrire une Mishna pour chaque cas de figure. Quand un garçon devient-il un homme? Est-il légitime qu’une femme soit responsable de la louange? Quels sont les ministères autorisés? Ce sont les Églises locales et leurs Anciens qui devraient trancher.

De plus, la table ronde virtuelle à la fin du livre aborde de nombreuses questions et offre un éclairage judicieux sur un bon nombre de ces sujets. Nous pensons donc que c’est déjà une raison suffisante d’acheter ce livre et de réfléchir aux paroles pleines de sagesse et aux vérités qu’il contient. Notre objectif n’est pas simplement d’informer, mais surtout d’équiper l’Église dans ce domaine significatif qui a des implications importantes pour le ministère.

Vous remarquez que « beaucoup considèrent la position complémentarienne comme discriminatoire et dépourvue d’amour ». Cela est sans aucun doute dû aux nombreux cas où le leadership masculin a été exercé de manière abusive et contraire à la piété, dans le passé comme aujourd’hui. Pouvez-vous nous donner quelques pistes pour aider les complémentariens prudents à redorer le blason d’un concept qui véhicule souvent une foule de connotations négatives?

La meilleure chose à faire est de vivre un mariage où les femmes sont respectées et aimées. De plus, nous devons faire preuve de beaucoup d’amour envers ceux qui ne sont pas de notre avis. Il est essentiel que nous encouragions et mettions en avant les nombreux ministères exercés par les femmes dans les Églises locales et que nous les traitions avec respect et honneur.

Pour être honnêtes, nous avons souvent failli sur ce point dans nos Églises. Ce n’est pas le conservatisme ou le traditionalisme que nous voulons encourager, mais la fidélité à la Parole de Dieu qui, selon nous, n’enseigne pas seulement le leadership masculin, mais aussi le partenariat homme-femme dans le foyer comme à l’Église.

NDLR DU 5/09/2016 à 15h45: un lecteur à attiré notre attention sur ce qui semble être une erreur de traduction lié à la différence culturelle entre les Églises américaines et françaises. Aux USA il est répandu d’avoir un temps d’enseignement en petits groupes avant le culte du dimanche matin et cela s’appelle « L’école du dimanche ». Enfants et adultes vont donc à l’école du dimanche. Comme cela n’est pas le cas en France, cela prêtait à confusion sur la question n°7 (qui parlait d’école du dimanche des adultes et des groupes de maison).

Andreas J. Köstenberger est docteur en théologie et professeur de Nouveau Testament et de théologie biblique aux États-Unis. Il est également l’auteur de nombreux ouvrages. Lui et sa femme ont quatre enfants.
Thomas R. Schreiner est docteur en théologie et professeur en interprétation du Nouveau Testament. Il a publié de nombreux articles et recensions de livres dans des revues spécialisées.
Article traduit avec autorisation. Merci à Corinne Banziger pour la traduction.

Auteur invité

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18 thoughts on “Le ministère féminin dans 1 Timothée 2.9-15

  1. Jérôme Laffez dit :

    Merci pour ce texte d,explication.
    Au début « À mon avis, notre culture est aujourd’hui encore moins convaincue qu’il existe des différences entre l’homme et la femme, et que par conséquent, le ministère pastoral est réservé aux hommes. »
    La tournure est complexe on a l’impression que notre génération ne voit plus de différence ce qui veut dire, qu’ils sont égalitariens et ouvrir le ministère pastoral aux femmes… pas l’inverse.
    Je dois sans doute mal comprendre dsl.

    En tout cas merci pour la traduction et les questions pertinentes, ainsi que les réponses…

    1. Salut Jérôme, oui la phrase d’intro affirme ton impression. C’est à dire que la culture contemporaine est encore moins convaincue par l’enseignement complémentarien de la Bible.

    2. Laurent dit :

      Bonjour,

      Je souhaiterai rebondir sur l’expression utilisée par Stéphane : « l’enseignement complémentarien de la Bible ». Si d’un point de vue créationnel, j’arrive sans trop de problème à le situer, je ne vois pas pour autant quels sont les versets de la Bible qui parlent de la complémentarité homme-femme dans l’Eglise ??? L’expression est certes commode et facilite les disputations mais sur quelle base scripturaire repose-t-elle ? Pas l’expression en tant que telle, bien sûr, mais ce qu’on y met. Un avis sur la question ?

    3. Bonjour Laurent et merci pour ta visite sur le blog. En écrivant la phrase, je savais que je risquais des remarques. 🙂

      C’est un grand sujet, mais c’est certain pour les deux côtés du débat que la Bible parle de la complémentarité homme-femme dans l’Église. Le débat est comment interpréter les textes.

      Si tu veux un livre en français qui défend une thèse assez proche de la mienne, je te conseille: http://toutpoursagloire.com/projet-bienveillant-de-dieu/

      PS. On demande aux lecteurs de commenter avec leur vraie identité: Prénom ET Nom.

    4. alf dit :

      Dans Genèse 2/3, il y a cette interprétation que Eve est issue de la côte d’Adam pendant son sommeil. Voilà pour l’à peu près. En fait en hébreu il est lisible directement dans le texte que ‘de la côte d’Adam », la particule préposition définit plutôt : ‘Eve contre // du côté’ et nom de la côte d’Adam.
      C’est à dire qu’elle manifestera son aide sur l’œuvre de son Adam.
      « Contre, au/du côté ». C’est à dire que le travail de l’Adam, se fera avec l’homme en vis à vis de sa femme. L’un édifié par l’autre et réciproquement. Soit une vie à deux avec l’unité divine. L’un montant sur l’échelle que lui tient l’autre puis réciproquement échangée, l’autre s’aidant et appuyé contre sa moitié.
      NB : Selon mon opinion personnelle, je ne pense pas que cette échèle de valeurs ne dépasse pas en hauteur ‘eretz, et n’atteigne le Dieu Créateur et Christ son Fils Unique. Mais, par rapport à l’infini de perfection. Nous en restons au même point, immobiles en un sens. L’un se trouvant soutenir, contre l’autre, le bénissant, mais en tant que créatures associées. Sachant que le Seigneur ne fait acception de personne. Ainsi le ni juif ni grec est suivi du ni homme ni femme. Et la relation H/F ou F/H est définie au travers du mystère de la vie donnée à l’Église par le tête de l’assemblée, savoir Jésus Christ Dieu de Dieu Lui-Même. Plongeons nous dans le mystère de la relation de la shulamite avec son amant avec le témoignage des gardes et des filles de Jérusalem. Cant5.2a, par exemple.

    5. Bonjour Alf, avez-vous remarqué qu’au dessus de chaque section de commentaires on demande à chaque d’utiliser leur vrai prénom et nom pour commenter? Surtout sur les sujets « chauds » c’est mieux. Si vous répondez, je suis prêt à discuter votre commentaire. 🙂

  2. Fred dit :

    Grand merci pour cet article ! Je trouve qu’il illustre bien comment on peut avoir des convictions tout en restant humble et respectueux des avis différents.
    2 choses me turlupinent :
    – voir dans cette péricope une interdiction faite aux femmes d’enseigner à des enfants (« école du dimanche »), je trouve ça un peu fort puisque, précisément, les enfants ne sont pas des « hommes » au sens où il est utilisé dans le contexte du passage. Comment peut-on imaginer qu’une femme ne puisse pas – ne doive pas – prendre autorité devant des enfants ?Timothée lui-même a été enseigné par sa mère et sa grand’mère (2 Tim 1.5). Est-ce que quelqu’un connaît une seule Eglise où seuls des hommes enseignent à l’EDD ?
    – est-ce que les auteurs parlent dans leur livre de l’expression « je ne permets pas » ?

    1. Bonjour Fred,

      1. Bien vu. C’est une erreur de traduction à mon avis. Aux USA, l’école de dimanche c’est pour tout le monde, pas juste les enfants. Je corrige donc et j’en parle avec nos traducteurs.
      PS. Oui dans notre Eglise à Pont de Chéruy nous avons des moniteurs hommes et femmes, même si la majorité sont des femmes.

      2. Très probablement! Tout le livre est consacré au verset. Je ne l’ai pas sous la main (je suis entre deux bureaux), sinon je vérifierais.

  3. Je n’ai malheureusement pas un accès direct aux texte grec. Mais j’ai toujours trouvé laborieuses les explications de 1 Timothée 2.15, qui me paraissent souvent si éloignées de l’esprit de l’Évangile ! J’avoue mon faible pour l’exégèse qui pourrait découler tout naturellement du texte, tel que le rend la « Semeur » : « mais Ève sera sauvée (de sa position de femme indépendante et pécheresse) grâce à sa descendance (Jésus !) Quant aux femmes, elles seront sauvées si elles persévèrent dans la foi, dans l’amour, et dans une vie sainte en gardant en tout le sens de la mesure. (donc,… comme les hommes !) » Je ne prétends pas convaincre.

    1. Bonjour Claude, comme tu as pu lire dans l’article. Même deux grands exegètes comme Köstenberger et Schreiner qui manient bien le grec ne sont pas complètement d’accord sur ce verse. La semeur a le mérite et l’inconvénient de cacher toutes les difficultés du texte en faisant l’interprétation pour le lecteur.

    2. Sandra Luthi dit :

      Sur Internet, il y a plusieurs accès direct au texte grec communément retenu.

      Les situations dans lesquelles les premiers chrétiens « prenaient autorité » sont décrites dans la Bible. Dans les Actes, plusieurs ont parlé devant le Sanhédrin en entier. Une femme pouvait-elle y prendre la parole ? Les premiers chrétiens allaient beaucoup dans les lieux publics des villes (places couvertes: synagogues-basiliques et places découvertes: cours du temple, agora, forum, etc) et là encore, les femmes ne pouvaient pas forcement y prendre la parole, surtout pour réfuter des circoncis.

      Tite 1 charge d’évêque (…) attaché à la vraie parole telle qu’elle a été enseignée, afin d’être capable d’exhorter selon la saine doctrine et de réfuter les contradicteurs. Il y a, en effet, surtout parmi les circoncis, beaucoup de gens rebelles, de vains discoureurs et de séducteurs, auxquels il faut fermer la bouche (…)

      Les circoncis juifs et samaritains en tout cas, n’avaient pas le droit de discuter avec une femme dans la rue (et la campagne). Être réfuté devant tous par une femme était-il simplement possible devant des chrétiens, des circoncis non-chrétiens, des païens non-chrétiens … ?

      Par contre, lors de l’unique description d’une assemblée des chrétiens de toute une ville, (ouverte aux non-chrétiens, d’ailleurs) selon 1Corinthiens 10 à 14, la femme prophétise avec la tête couverte, c’est à dire, instruit, édifie l’église entière, exhorte (selon la description du chapitre 14 du terme prophète-prophétiser) mais s’instruit à la maison.

      Une fois instruite, que fait une femme ? Question peu soulevée par certaines assemblées ! 🙂

      Les premiers chrétiens mangeaient chaque jour dans les maisons de couples, d’hommes … et de femmes. Selon Éphésiens 5, (et Colossiens) par exemple, tous s’instruisaient et s’exhortaient les uns les autres chaque jour.

      Soit on se base sur toutes les lettres pour comprendre ce que faisaient réellement les premiers chrétiens, quand se rassemblaient-ils pour faire quoi, où, etc, ce que faisaient réellement les ministres (les anciens) ou encore ce qu’était la charge d’évêque (il semble que cette charge peut s’attribuer indifféremment à un homme ou à femme) et on regarde ce qui était réellement demandé aux évêques envers les chrétiens, etc

      Soit on part de ce qui se fait de nos jours mais on ne recherche pas dans la Bible une fonction pour une femme, qui n’existe pas en tant que tel pour les hommes !

    3. Bonjour, Sandra, ce que vous me répondez s’adresse plutôt aux autres intervenants, dont les auteurs. Car moi, je me suis seulement exprimé sur ce qui m’horripile le plus : en ne distinguant pas entre Ève et les femmes en général en 1 Tim 2.15, on arrive à l’aberration sous-entendue ou exprimée que les femmes pourraient être sauvées autrement que les hommes. Ce que j’espère personne ne croit ?

    4. Sandra Luthi dit :

      Bonjour Claude, je vous ai répondu sur le grec et l’exégèse. Généralement, les non-catholiques partent de tous les textes de la Bible. Lorsqu’il a été fait de Junia un homme, beaucoup partaient des travaux d’Aristote et non pas des écrits des apotres. Aristote et Platon ont inventé l’exégèse et le fait de pouvoir prendre une phrase a elle toute seule pour en faire un dogme sans regarder dans le livre entier (et même dans toute la partie de la Bible) et donc de regarder toutes les situations possibles (l’ensemble de tous les passages) qui se rapportaient à la phrase en question. Parfois, il arrive que l’exégèse de Platon soit reprise de nos jours encore, pour scruter 2 ou 3 petits passages de la Bible et les étudier en long, en large et en travers. Alors que d’autres versets ne sont pas inclus dans la recherche. Dans cet exemple précis, tous les passages qui parlent de près ou de loin de femmes dans le ministère. Tous, tous.

      Mais oui, cela s’adressait aussi à tous.

      Bonne recherche! 🙂

    5. Bonjour Sandra, si la question vous intéresse, je vous conseille le très sérieux ouvrage collectif: « Recovering Biblical Manhood and Womanhood » édité par John Piper et Wayne Grudem (tous deux complémentariens) disponible gratuitement en ligne: http://www.desiringgod.org/books/recovering-biblical-manhood-and-womanhood.pdf
      Les questions que vous soulevez sont traitées au chapitre 11: « The valuable ministries of women in the context of male leadership » de Thomas Shreiner ainsi que le chapitre 9: « What does it mean not to teach or have authority over men? » de Douglas Moo.
      Bonne lecture!

    6. Sandra Luthi dit :

      Bonjour Matthieu,

      La question qui se pose, pour pratiquement tous les sujets (dogmes, habitudes) etc, c’est pourquoi plusieurs « conclusions » différentes.

      Nous trouverons généralement toujours des livres (et donc des auteurs qui partent de leurs impressions ou de leur culture ou de leurs souhaits de « faire passer » quelques choses) et qui donne un développement « contre » ou « pour », voir qui apportent des arguments pour différentes conclusions, pesant le pour et le contre.

      En replaçant les versets « relevés-étudés-commentés » et souvent répétés au détriment de plusieurs autres passages de la Bible, donc en replaçant les versets connus par coeur de tous (dans une même dénomination), verset(s) qui est (qui sont) à la base de l’habitude (du dogme) en question et en lisant simplement les livres en entier d’un bout à l’autre, et en donnant la même importance à chacun des versest, il n’y a généralement plus de possibilité d’avoir plusieurs conclusions différentes.

      Et souvent même il n’y a plus le souhait d’apporter une conclusion, car le sujet semble soudain secondaire, car avoir lu les livres de la Bible en entier et d’un bout à l’autre, nous a fait considérer d’autres sujets.

      Après, il reste à comprendre pourquoi, un même verset peut se traduire différemment en français. La Seg 21 fait bien la différence entre aner et anthropos, par exemple J’avais déjà donné l’exemple de la famille de diaconos.

      Il est très rare qu’un livre reprennent l’ensemble de tous les livres de la Bible, même si son auteur part de la théologie systématique. Les auteurs se basent généralement sur « une grille » de passages bibliques définis par d’autres ou encore, sur tout ce qui s’est dit précédemment à ce sujet, (les différentes théologies et les différents dogmes du passé).

      Nous nous disons souvent tous « solo scriptura », ce qui veut très précisément dire, la Bible fait foi en matière de dogme.

      Mais dans les faits, « nous » partons la pluart du temps, d’UN verset de la Bible (ou de 2 ou 3) (ou de 10 ou 15) et des « commentateurs » précédents (des théologies-dogmes-traditions-habitudes cultu(r)elles, précédent, etc) Partir des apotres eux-mêmes en tant qu’auteurs et donc partir de leurs écrits à eux est une démarche autrement différente.

      Ne sont-ils pas eux, les meilleurs auteurs sur lesquels se baser ? N’est-ce pas les livres de la Bible qui sont notre référence, avant n’importe quel autre livre ?

  4. Stephane Cuyx dit :

    Je me pose une question,
    Il est évident que le contexte parle d’autorité. En synthétisant la femme ne peut prendre autorité sur l’homme ni l’enseigner. Toutefois il lui est permis d’enseigner les enfants. Mais d’un point de vue spirituel, cela ne risque t’il pas de poser problème dans le sens où des enfants sont bcp plus influençables que des hommes et donc moins « critiques » par rapport à ce qu’on leur enseigne. Tout ça pour dire qu’on permet à une femme d’enseigner des enfants (moins critiques) et pas des hommes (plus critiques). C’est tout de même un peu « fou »
    Mais si effectivement le contexte tourne uniquement autour de l’autorité alors c’est tout différent.

    1. Salut Stéphane, le texte de 1 Timothée 2 n’interdit pas quelques chose aux femmes pour des raisons pragmatiques (« vous vous trompez plus souvent que les hommes »), mais pour une raison créationnelle.

      Les auteurs ne pensent pas que c’est en raison d’un manque de capacité que les femmes se voient interdire quelque chose, mais plutôt parce que Dieu a estimé bon d’illustrer l’égalité et la soumission trinitaire au sein du mariage et de l’Église. Bon j’avoue, cette dernière partie, je ne sais pas s’ils diraient ça exactement comme ça. Ce sont des théologiens et moi pas. Mais bref, j’espère que ça répond à ta question.

  5. Sandra Luthi dit :

    Bonjour à chacun,
    Peut-être éclairer ce passage de Timothée par
    l’ensemble de toutes les lettres ? Existaient-ils des femmes « dans le
    ministère », si oui, qui étaient-elles et qui faisaient-elles ?

    Selon
    les recherches actuelles d’Alphonse Maillot, sur les 37 collaborateurs
    (compagnons de service) mentionnés dans la Bible, un tiers sont des
    femmes. Par exemple, Romains 16:12 – Philémon 1:2 – Philippiens 4:3
    Saluez Tryphène et Tryphose, elles qui travaillent pour le Seigneur.
    Saluez la bien-aimée Perside, qui a beaucoup travaillé pour le Seigneur –
    A Philémon, notre bien-aimé collaborateur, à notre bien-aimée Apphia –
    je te prie de les aider, elles qui ont combattu pour l’Évangile avec
    moi.

    Jean par exemple, écrit une lettre entière à Kyria. Kyria
    est le féminin de kurios, maitre, titre donné en signe de respect dans
    les salutations envers les « sages et anciens » à ces époques.

    Est-ce
    que le canon XI (11) du concile de Laodicée en 363, qui avait interdit
    le ministère de la femme, aurait eu des répercussions jusque sur la
    traduction en française de la Bible ? Plusieurs traductions en français
    parlent de ministres,
    lorsqu’il s’agit d’hommes, et de diaconesses, lorsqu’il s’agit de
    femmes.
    Or il n’y a qu’une et qu’une seule famille de mot en grec: diaconos (en
    temps que verbe, nom ou adjectif) utilisée indifféremment pour les
    hommes et les femmes.

    Par exemple, Romains 16:1-2 Je vous
    recommande notre sœur Phœbé, diacre-servante-ministre de l’Eglise de
    Cenchrées. Cenchréés étant le port de Corinthe, la plus grande (ou une
    des plus grandes) ville sur la méditérannée, à ces époques. Phoebé y
    était ministre. Mais plusieurs traductions française en parle en tant
    que diaconesse qui est en tout point similaire et interchangeable avec
    les termes servante et ministre. Il y a donc eu une réelle volonté par
    les traducteurs de différencier les ministères masculins et les
    ministères féminins dans le passé.

    Dans l’iconographie grecque, Junia est une femme. Les chrétiens
    orthodoxes considèrent Junia comme une apôtre femme depuis le début de
    l’église.
    (Romains 16:7 Saluez Andronicus et Junia, ce sont des apôtres
    remarquables) Il y a 700 ans, Aegide de Rome, né en 1245, et
    probablement élève de Thomas d’Aquins, (né en 1226) fait de Junia un
    homme dans ses travaux théologiques. Junia sera considérée comme un
    homme, jusqu’à ce que l’histoire démontre qu’elle était femme. Origène
    et Chrysostome, deux chrétiens qui ont beaucoup écrit, et qui sont
    morts, le premier dans les années 250, le deuxième dans les années 400,
    ou encore Jérôme, lequel a canonisé la Bible en latin (la Vulgate) dans
    les années 400, considéraient tous Junia comme une femme et comme une
    femme apôtre.

    Comme soudain Junia était devenue un homme,
    Kyria est devenue une église entière, et Phoebé une « petite »
    ministre. D’autres noms de collaboratrices (compagnons) femmes seront
    passés sous silence, c’est à dire, de nombreux versets ne seront pas
    relevés et étudiés et commentés du haut de (certaines) chaire(s). Par
    contre, le petit passage de Timothée relevé dans cet article, deviendra à
    lui tout seul, une base de discussion dans plusieurs assemblées. Ou
    même un dogme en lui-même, sans possibilité de discussions …

    Peut-on
    faire « un dogme » à partir d’un unique verset de la Bible ? Qui plus est
    pour supprimer le service de la moitié des chrétiens …

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