LIVRE: La croix est un scandale (Don Carson)

Réflexions sur la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Ça pourrait sentir le réchauffé. Eh bien, pas du tout. Et, pour une fois, commençons par la phrase de la fin: pour qui est ce livre? Pour tout le monde. Pour chaque chrétien d’abord et avant tout puisque nous ne nous vanterons que d’une seule chose, la croix de notre Seigneur Jésus-Christ (Ga 6. 14). Pour n’importe qui s’il se demande pourquoi des gens accordent tant d’importance à «un mec sur une croix». Je recense beaucoup de livres, ils sont souvent bons, mais je réserve à peu l’étiquette «à lire sans restriction ».

9782914562683Trois qualités du livre

1. Clarté, concision, exégèse approfondie, propos bien ordonné et bien découpé, beaucoup de sérieux doublé d’une dose d’humour, bref un bon style en plus d’un bon fond, ça compte toujours pour être happé par le livre.¹

2. Nous donner l’envie d’ouvrir la Bible. Carson part réellement du texte biblique pour nous conduire vers une compréhension de ce texte. Chaque portion commentée est mise en valeur.

Pour être honnête, j’ai souvent lu des livres chrétiens dont la façon d’écrire de l’auteur rendait pesante l’action d’ouvrir ma Bible et de retrouver les passages auxquels il était fait référence. Ce n’était pas de mauvais livres pour autant. Il fallait seulement être rudement discipliné pour toujours accorder de l’attention au texte biblique (et donc vigilant par la même occasion pour ne pas laisser l’auteur modeler nos pensées plus que la Bible). Ici, je n’ai pas du tout eu cette impression.

La lecture de ce livre m’a rappelé à quel point je n’avais jamais assez lu un passage de l’Ecriture. De plus, ça a renouvelé mon désir de prendre du temps pour la lecture et l’étude de la Bible tant j’ai eu du plaisir à voir ce que Dieu voulait nous communiquer dans les extraits choisis de La croix est un scandale.

3. Nous conduire à l’adoration et à la prière. Beaucoup de livres nous apprennent des choses au sujet de la personnalité de Dieu ou de son dessein pour les hommes. On a alors des raisons de s’émerveiller davantage et de penser de façon cohérente sa foi. La croix est un scandale est de ceux-là.

En revanche, c’est plus rare que, spontanément, ce que je lis me fasse parler avec Dieu. Avec La croix est un scandale, à plusieurs reprises, on s’interrompt pour remercier le Seigneur et lui demander de toujours plus vivre de la nouvelle vie offerte grâce à la mort et la résurrection de Jésus.

Survol de chaque partie

I. Les ironies de la croix (Matthieu 27. 27-51a).

Carson relève quatre ironies dans les propos des ennemis de Jésus à son sujet. Ces derniers ne savaient pas si bien dire avec leurs affirmations car  :

– l’homme dont on se moque de la royauté est roi

– l’homme qui est totalement impuissant est puissant

– l’homme qui ne peut se sauver lui-même sauve les autres

– l’homme qui pousse un cri de désespoir a confiance en Dieu.

 II. Le point central de la Bible (Romains 3. 21-26).

Dans ce chapitre, Carson montre combien l’universalité de la désobéissance est un fait difficile à annoncer de nos jours. Lorsqu’il se rend dans des universités, les étudiants n’ont pas vraiment de problème avec la Trinité ou la résurrection, en revanche, s’il leur parle de dépravation totale de l’homme, ils s’emportent très vite. Il nous donne de bons éléments pour faire face à cela.

Se trouve aussi dans cette partie un passage génial sur une forme de stupidité qui n’émane que de gens très intelligents ! Un ancien intellectuel athée témoigne. Sa capacité à comprendre beaucoup de choses, supérieure à la moyenne, avait sa propre façon d’être corrompue. Il y a des personnes qui volent ou qui tuent. Sa manière à lui de fuir Dieu était tout autre, c’était de devenir stupide. Ça peut toujours surprendre, mais il y a une forme de stupidité qu’une personne doit être particulièrement intelligente pour développer, dit-il. Il se rappelle ainsi comment il est parvenu à soutenir en bonne et due forme une thèse de doctorat visant à démontrer que la différence entre le bien et le mal était une invention humaine. Il enseignait ensuite ces choses à des étudiants. Aujourd’hui, c’est un péché à ses yeux.

L’auteur revient aussi sur l’idée répandue selon laquelle Dieu serait de mauvaise humeur dans l’Ancien Testament puis plus doux dans le Nouveau Testament ! Tout au plus, les récits où Dieu manifeste sa colère dans l’Ancien Testament sont temporels,  de nature historique. En revanche, dans le Nouveau Testament, les textes qui relatent cette colère sont colorés de termes eschatologiques et apocalyptiques. Or, notre siècle centré sur le présent ne prête plus attention à de telles représentations.

S’ajoutent des développements perspicaces sur la raison pour laquelle tout péché est d’abord un péché contre Dieu, et sur le fait que la colère de Dieu est inévitablement liée à sa sainteté.

Enfin, dans l’une des parties les plus intéressantes du livre, Carson revient longuement sur le fait que Dieu offre Christ en sacrifice pour d’abord montrer sa propre justice (Rm 3.25). La croix est à la fois une démonstration de l’amour et de la justice de Dieu. La justification est d’abord et avant tout la question de la justification de Dieu. Simultanément, Dieu préserve son attribut de justice et justifie les impies. C’est le cœur de l’Evangile. De même, n’opposons jamais le Père et le Fils, comme si le premier était contre nous et le second pour nous. C’est le Père qui envoie le Fils.

III. Le triomphe étonnant d’un agneau immolé (Apocalypse 12)

L’analyse du récit de la femme et du dragon nous montre l’accès auprès de Dieu que Satan a perdu depuis la résurrection de Jésus. Et, si nous savons bien sûr qu’ultimement les chrétiens seront vainqueurs, où en est-on dans le combat qui se joue en ces jours ?

Beau rappel aussi dans ce chapitre que la promesse de la vie nouvelle offerte par Dieu n’est pas fondée sur le degré d’intensité de notre foi ou sur la joie de l’obéissance mais sur le sang de l’Agneau.

Enfin, l’auteur explicite les trois moyens dont disposent les chrétiens, selon Apocalypse 12, pour combattre Satan : le sang de l’Agneau, la parole du témoignage et le don de sa vie (Ap 12.11).

IV. Un miracle plein de surprises (Jean 11. 1-53)

Jésus rend la vie à un mort, Lazare. Ses sœurs interpellent Jésus par : «Seigneur, celui que tu aimes est malade» (Jn 11.3).

Je pense vraiment que c’est une caractéristique commune de ceux qui deviennent intimes de Jésus de ne pas se penser eux-mêmes comme ceux qui l’aiment particulièrement beaucoup mais de ceux qui sont particulièrement beaucoup aimés de lui. (cf. Jn 13.23 ; 21.7, 20 ; 20.2).

Ce chapitre nous montre comment paradoxalement Jésus démontre son amour par le délai d’attente qu’il impose avant de se rendre chez Lazare (il faut lire le livre pour avoir les détails de l’explication !), console du deuil en dirigeant l’attention des soeurs sur lui et donne la vie en mourant lui même.

C’est typiquement le genre de récit sur lequel on peut penser qu’on nous a déjà tout rabâché. Il y a tant à découvrir de qui est Jésus en s’appliquant à la lecture.

V. Doutes sur la réalité de la résurrection (Jean 20. 24-31)

Les disciples voient le Seigneur et Thomas ne les croit pas. Comment son retournement, de sceptique, il devient adorateur, nous enseigne à tous quelque chose ? Qu’entend Jésus par : «Parce que tu m’as vu, tu as cru. Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru!» (Jn 21.29). Que la foi sans s’attacher aux preuves et à l’historicité des faits est la plus digne de Jésus, comme on utilise souvent ce verset pour illustrer cette position? Certainement pas !

Description du contenu par la quatrième de couverture

«Beaucoup de chrétiens acceptent le fait que la croix de Christ est un élément central de l’Évangile du salut accompli en Christ. Et cela est vrai. Mais il est moins courant d’en saisir toute la dimension scandaleuse. Ce crucifié si particulier n’aurait jamais dû l’être s’il n’y avait eu que les hommes en lice. Derrière la croix, se projette l’ombre de son plus grand acteur – Dieu lui-même. C’est pourquoi elle est suivie par la certitude glorieuse de la résurrection. (…)

Dans ce livre, Don Carson montre avec grande finesse et sensibilité ce que Dieu faisait dans l’événement de la croix. Il explique le sens fondamental de ce sacrifice et comment ce triomphe divin a des portées eschatologiques enrichissantes pour aujourd’hui. (…)

Ce livre est trompeur. Derrière une facilité de lecture remarquable, se cache une somme énorme de réflexion, d’érudition et de fidélité biblique. En le refermant, le lecteur ne manquera pas de se demander : «Pourquoi n’ai-je jamais vu cela avant?»»

¹ C’est l’impression à la lecture de la version originale du livre, Scandalous: the cross and the resurrection of Jesus.

Pour aller plus loin :

Myriam J.

A fait une licence d'histoire à la Sorbonne. Elle était une contributrice régulière au blog durant plusieurs années.

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